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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 40 min 41 sec

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 22 septembre 2020

ven, 10/02/2020 - 09:59


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 22 septembre 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Noémie Bergez - Claudine Chassagne - Jean-Christophe Becquet - Frédéric Couchet - Patrick Creusot à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 22 septembre 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera sur l'invalidation du Privacy shield
    1. Petit rappel préliminaire sur les « transferts » de données.
    2. Le Privacy Shield, comment a-t-il vu le jour et pourquoi ?
    3. Comment fonctionnait le Privacy Shield ?
    4. On s’est posé la question de savoir si le fait d’avoir invalidé le Privacy Shield constituait un vide juridique.
  2. Collectivités et logiciel libre avec Claudine Chassagne, adjointe au maire, commune de Saint-Martin-d’Uriage, en charge entre autres du numérique
  3. Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, qui porte sur Sésamath et les ressources pédagogiques libres
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Collectivités et logiciel libre avec Claudine Chassagne, adjointe au maire de la commune de Saint-Martin-d'Uriage, ce sera le sujet principal de l’émission du jour avec également au programme la chronique de Noémie Bergez sur l’invalidation du Privacy Shield et aussi la chronique de Jean-Christophe Becquet sur Sésamath et les ressources pédagogiques libres.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April c’est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à l’émission avec tous les liens et références utiles.

Nous sommes mardi 22 septembre 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui Patrick Creusot. Bonjour Patrick.

Patrick Creusot : Bonjour Fred et bonjour aux auditeurs.

Frédéric Couchet : Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » et vous nous retrouvez sur le salon dédié à l’émission.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

On va commencer par un petit quiz. Je vous donnerai la réponse en fin d’émission. Vous pouvez proposer des réponses soit sur le salon web de la radio, sur le chat, soit sur les réseaux sociaux. Ma question est : le groupe de travail Sensibilisation de l’April se réunit actuellement à distance chaque jeudi soir. Quel outil libre de visioconférence ce groupe utilise-t-il ? On a déjà parlé de cet outil dans Libre à vous ! et on a même déjà fait une interview de son auteur. Je vous donnerai la réponse en cours d’émission. N’hésitez pas à proposer des réponses.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera sur l'invalidation du Privacy shield

Frédéric Couchet : Évoquer le code à la main une règle de droit ou un procès en lien avec les œuvres, les données, les logiciels ou les technologies, c’est la chronique « In code we trust », « Dans le code nous croyons », de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune.
Bonjour Noémie

Noémie Bergez : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : Noémie, aujourd’hui tu souhaites nous parler de l’invalidation du Privacy Shield, en français on va appeler ça le bouclier de protection des données Europe/États-Unis. Je te laisse nous expliquer l’enjeu de cette invalidation.

Noémie Bergez : Bonjour à tous.
Effectivement en droit des données, l’été a été marqué par une décision de la Cour de justice de l’Union Européenne, la CJUE, du 16 juillet 2020, qui a invalidé le Privacy Shield. Pour rappel, la CJUE est la juridiction européenne qui veille à l’application du droit de l’Union européenne.
Dans cette chronique, je propose de vous apporter un éclairage sur le concept de transfert de données, de revenir sur l’objet du Privacy Shield, d’analyser la décision de la CJUE et ses conséquences.

Petit rappel préliminaire sur les « transferts » de données.

Il faut comprendre ce qu’est un transfert de données pour comprendre pourquoi la CJUE a invalidé le Privacy Shield.
Un transfert de données, selon la CNIL, c’est « toute communication, copie ou déplacement de données personnelles ayant vocation à être traitées dans un pays tiers à l’Union européenne ».
Donc le transfert implique trois éléments : premièrement des données à caractère personnel ; deuxièmement une partie émettrice dans l’Union européenne ; troisièmement une partie réceptrice hors de l’Union européenne.
On comprend bien qu'aujourd’hui, avec l’importance des flux de la mondialisation, les transferts de données sont quasi omniprésents.

Dans l’Union européenne, les transferts de données à caractère personnel sont encadrés par le droit de l’Union européenne. Pour transférer des données, il faut respecter les règles de l’Union européenne : si le transfert se fait d’un pays membre de l’Union européenne vers un autre pays membre de l’Union européenne, on va considérer que les règles sont communes. Quelles sont ces règles ? Avant 2018 on avait une directive de 1995 qui s’appliquait. Depuis le 25 mai 2018, c’est le Règlement général sur la protection des données qui s’applique et qui vise à encadrer les transferts de données.
Le principe c’est l’interdiction des transferts de données à caractère personnel vers des États non membres de l’Union européenne. Pourquoi cette interdiction ? L’objectif c’est d’empêcher que le niveau de protection des personnes physiques, garanti par le RGPD, le Règlement général sur la protection des données, ne soit compromis.
Qu’est-ce qui va permettre de garantir ce niveau de protection ? S’il y a une interdiction de principe, dans les faits on sait très bien qu’il existe des transferts de données hors de l’Union européenne. Pourquoi ? Parce que le RGPD prévoit un certain nombre de mécanismes qui viennent normalement garantir le fait que les règles du droit des données sont respectées.

On a donc différents mécanismes, outils, dispositifs, qui sont là pour garantir le respect du droit de l’Union européenne dans les transferts.
Ces différents mécanismes, outils, peuvent être une décision d’adéquation de la Commission européenne qui concerne certains pays qui assurent un niveau de protection adéquat. Là ça va être la Commission européenne qui va, dans une décision motivée, indiquer quels sont les pays qui assurent un niveau de protection adéquat et, dans ce cas-là, il peut y avoir un transfert vers ces pays.
On peut avoir aussi des outils qu’on appelle des clauses contractuelles : dans le cadre d’une relation où on a un importateur et un exportateur qui sont l’un dans l’Union européenne et l’autre en dehors de l’Union européenne, ils sont unis par un contrat qui va les lier et dans ce contrat on a ces clauses contractuelles qui viennent encadrer strictement le transfert.
On a également des transferts qui peuvent être fondés sur un mécanisme de certification ou un code de conduite qui sont des documents approuvés par les autorités de contrôle avec lesquelles on a des engagements d'appliquer des garanties appropriées.
On a également un mécanisme qui s’appelle les règles internes d’entreprise, les BCR [Binding Corporate Rules], qui constituent en fait une politique de protection des données « intra-groupe » lorsqu’il y a des sociétés qui sont dans l’Union européenne avec d’autres sociétés qui sont hors de l’Union européenne.
Enfin, nous avons la possibilité des transferts qui sont autorisés par un texte juridique.

Ce qu’il faut aussi savoir c’est que le RGPD prévoit des dérogations à ces interdictions de principe du transfert qui sont des exceptions très strictes, qui ne sont pas prévues par les mécanismes que je viens de vous présenter, mais qui permettent de contourner l’interdiction dans des cas très exceptionnels. C’est pour ça que je ne vais pas entrer dans les détails parce que, pour comprendre le Privacy Shield, vous avez besoin qu’on vous expose les différents mécanismes mais ce n’est pas nécessaire d’aller dans les exceptions qui sont quand même très spécifiques.

Le Privacy Shield, comment a-t-il vu le jour et pourquoi ?

Lorsque j’ai expliqué que certains transferts sont fondés sur une « décision d'adéquation » de la Commission européenne, le Privacy Shield répond à ce critère, c’est-à-dire qu’il va concerner les relations entre les États-Unis et l’Europe, donc pour tous les transferts qui avaient lieu entre les États-Unis et l’Europe, on disait le Privacy Shield, le bouclier de protection des données.

Avant cela, historiquement, le département du Commerce américain, en concertation avec la Commission européenne, avait instauré un accord qu’on appelait le Safe Harbor. Ce Safe Harbor a été invalidé déjà en 2015 par la CJUE. À la suite de cette invalidation, il a fallu prendre une autre décision d’adéquation pour permettre de nouveau les transferts de l’Union européenne vers les États-Unis. C’est pour cela que la Commission européenne et le gouvernement des États-Unis ont préparé ce nouvel accord qui était le Privacy Shield, qui est un mécanisme qui a été mis en place le 12 juillet 2016, qui permet de garantir aux citoyens de l’Union européenne un niveau de protection équivalent à celui de l’Union européenne lorsque leurs données sont communiquées vers des entreprises aux États-Unis.

Comment fonctionnait le Privacy Shield ?

C’était un mécanisme d’auto-certification : les entreprises américaines se déclaraient « conformes » à ces principes. Elles étaient inscrites sur une liste qu’on peut d’ailleurs toujours consulter sur Internet et on y voit la liste des entreprises qui étaient certifiées.
Les États-Unis avaient assuré à la Commission européenne qu’ils allaient procéder à des mesures de contrôle efficace pour contrôler les entreprises américaines et éventuellement sanctionner en cas de non-respect de la réglementation de l'Union européenne, pouvant même aller jusqu'à la suppression de leur nom dans la liste.
La différence avec le Safe Harbor c’est que le Privacy Shield était censé apporter plus de garanties, plus de reconnaissance des droits individuels pour les citoyens. Il devait également restreindre l’accès du gouvernement américain aux données à caractère personnel.
On a eu, au moment du Privacy Shield, de nombreux acteurs qui se sont insurgés contre cet accord pour dire qu’en fait il ne garantissait pas, il n’était pas suffisamment protecteur au regard du droit de l’Union européenne. Donc un litige a été porté devant la CJUE qui a opposé un avocat, l’avocat qui avait déjà fait tomber le Safe Harbor, Maximillian Schrems, contre Facebook. À la suite de ce litige porté devant la CJUE, la CJUE a rendu cette décision en juillet 2020. Elle annule purement et simplement la décision de la Commission européenne de reconnaître une protection adéquate au Privacy Shield.

Pour faire tomber cet accord, la CJUE se fonde sur deux raisons principales.
La première raison c’est que les services de renseignement américain opèrent une surveillance qui leur permet, pour des raisons de sécurité nationale et d’intérêt public, d’accéder aux données qui sont transférées depuis l’Union Européenne sans limitation d’accès.
La deuxième raison qui justifie pour la CJUE le fait que le Privacy Shield ne répond pas à la réglementation européenne, c’est qu’il n’offre pas suffisamment de voies de recours effectives aux personnes qu’il est censé protéger.
Considérant que le Privacy Shield ne répond pas à ces exigences, la CJUE le rend invalide.
La conséquence c’est que le Privacy Shield, aujourd’hui, ne peut plus servir de fondement à un transfert de données à caractère personnel vers les États-Unis. Il tombe sans préavis. Application à effet immédiat. Les conséquences c’est que les transferts de données à caractère personnel à destination d’entreprises américaines, qui était fondés sur le Privacy Shield, sont désormais illicites et doivent être suspendus.
La décision est quand même très importante ; elle a vraiment des impacts forts. Cela signifie que les transferts peuvent se faire, mais il faut un autre mécanisme que le Privacy Shield pour les justifier.
Donc non, il n’est pas impossible aujourd’hui de transférer des données vers les États-Unis, mais c’est sous condition. Il faut donc faire une analyse au cas par cas pour déterminer si les garanties qui sont proposées par un importateur implanté dans un pays tiers de l’Union européenne sont suffisantes.

On s’est posé la question de savoir si le fait d’avoir invalidé le Privacy Shield constituait un vide juridique.

Non, puisque dans la mesure où il existe d’autres mécanismes que je vous ai présentés en début de la chronique, en réalité il est tout à fait possible de trouver un autre mécanisme à appliquer. Évidemment, la doctrine va se construire au fur et à mesure et on risque d’avoir, peut-être pourquoi pas, une nouvelle décision d’adéquation, en tout cas pour les transferts vers les États-Unis.
Le Comité Européen de Protection des Données qui est l’organe qui garantit l’application cohérente du RGPD dans tous les pays de l’Union européenne est en train de travailler sur des explications, des pratiques pour pouvoir remédier à cette invalidation du Privacy Shield. D’ores et déjà le Comité Européen a indiqué que les sociétés qui souhaitaient faire de tels transferts pouvaient mettre en place des clauses contractuelles, qui sont un des outils prévus par le RGPD. Il suffit pour cela d’adapter, d’appliquer en fait les clauses contractuelles dans les contraintes qu'on conclut avec un sous-traitant par exemple situé à l’étranger.

En pratique, pour les sociétés qui sont concernées, qu’elles soient sur le territoire de l’Union européenne ou en dehors de l’Union européenne, ce qu’il faut c’est évidemment lister les flux, lister aussi ses sous-traitants pour voir dans quelles conditions ils vont transférer les données à caractère personnel, regarder les contrats. S’il y a des transferts vers les États-Unis, tout de suite, sans attendre, négocier un avenant ou intégrer dans les contrats qu’on a en cours des clauses contractuelles types.
Si c’est un transfert vers un pays autre que les États-Unis, vérifier que la législation de ce pays est suffisamment conforme aux exigences de la CJUE au niveau attendu de protection des données personnelles.

Voilà un petit peu la présentation de cette décision qui a quand même beaucoup fait parler d’elle parce qu'en pratique, dans le droit des données, les transferts de données sont omniprésents comme j’ai expliqué. Et c’est vrai qu’aujourd’hui il faut trouver des moyens pour substituer la réglementation et c’est ainsi qu’on risque de voir d’autres évolutions arriver dans les prochains mois.

Pour ceux que ça intéresse éventuellement, il y a un webinar qui est organisé entre Dune Academy et Doctrine, un webinar gratuit qui portera sur le sujet, qui est organisé demain, donc petite auto promo.

Frédéric Couchet : Tu as bien raison. On mettra les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.
De toute façon, comme tu le dis, on va suivre ce dossier avec intérêt parce qu’il va sans doute y avoir d’autres décisions et il y a aussi des réactions des GAFAM, je crois que Facebook a commencé notamment avec la CNIL irlandaise, qui a utilisé cette décision pour leur dire d’arrêter de transférer les données des Européens et Européennes aux USA. Donc un sujet chaud qu’on va suivre sur la durée.
Noémie je te remercie et on se retrouve le mois prochain pour ta prochaine chronique.

Noémie Bergez : Parfait. Merci. Bon après-midi à tous.

Frédéric Couchet : Bonne journée. On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Aujourd’hui notre programmateur musical Éric Fraudain, du site Au Bout Du Fil, auboutdufil.com, va nous faire voyager au Japon grâce à l’artiste Peritune. On va écouter donc le premier morceau qui s’appelle Harvest6. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Harvest6 par Peritune.

Voix off : Cause Commune, 93.1

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Harvest6 par Peritune, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.com, et sur le site de la radio, causecommune.fm, et vous trouvez une présentation de cet artiste japonais sur le site auboutdufil.com.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer maintenant au sujet principal.

[Virgule musicale]

Collectivités et logiciel libre avec Claudine Chassagne, adjointe au maire, commune de Saint-Martin-d’Uriage, en charge entre autres du numérique

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui va porter sur le thème des collectivités et du logiciel libre. Nous poursuivons en effet nos retours d’expérience avec aujourd’hui Claudine Chassagne, adjointe au maire de la commune de Saint-Martin-d’Uriage en Isère, en charge, entre autres, du numérique.
On va vérifier que Claudine est avec nous. Est-ce que tu es bien là ?

Claudine Chassagne : Oui. Bonjour.

Frédéric Couchet : Bonjour Claudine.
Si vous souhaitez participer à cet échange, n’hésitez pas, sà vous connecter sur le salon web de l’émission. Vous allez sur le site causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon web consacré à l’émission.

Nous avons le plaisir d’avoir aujourd’hui avec nous Claudine Chassagne qui va nous parler un petit peu du retour d’expérience de la commune de Saint-Martin-d’Uriage concernant le logiciel libre.
Déjà une première question personnelle, une petite présentation de ton parcours et de ton arrivée à la commune de Saint-Martin-d’Uriage.

Claudine Chassagne : Je suis ingénieur informatique, informaticienne de formation. Je suis sortie de l’école en 1976, donc autant dire que je suis un dinosaure de l’informatique. Ensuite, comme métiers, j’ai été directrice des systèmes d’information à l’université de Grenoble et après au Conseil général de l’Isère. En même temps, aussi, professeure associée à l’université et formatrice au Centre national de la fonction publique territoriale, le CNFPT que connaissent bien les agents des collectivités.
Depuis 2014, je suis élue, en charge entre autres du numérique, sur la commune de Saint-Martin-d’Uriage.

Frédéric Couchet : La commune de Saint-Martin-d’Uriage c’est en Isère, est-ce que tu peux nous donner quelques chiffres pour qu’on sache si c’est une grande commune, une petite commune, en termes d’habitants et d’habitantes et de personnes qui travaillent au sein de la collectivité ?

Claudine Chassagne : C’est une commune périurbaine de l’agglomération grenobloise. Elle est dans le bassin grenoblois, bien qu’elle n’appartienne pas, elle ne fasse pas partie de la métropole grenobloise, elle a un peu son identité « communauté de communes du Grésivaudan » qui est un peu différente. C’est une commune qui a 5600 habitants. C’est une station thermale et touristique, tout le monde connaît les crèmes Uriage qui sont fabriquées à partir de l’eau d’Uriage, en fait, qui permet d’alimenter la station thermale. C’est une commune de montagne, c’est-à-dire qu’elle s’étend entre 300 et 1200 mètres, donc elle monte assez haut en dessous de Chamrousse.
Pour gérer les services de la commune, la mairie comporte à peu près 150 agents, ce qui veut dire à peu près 120 temps pleins parce qu’il y a beaucoup de temps partiels dans les écoles, bien sûr. Pour gérer l’informatique il y a un responsable des systèmes d’information qui est aidé actuellement d’un apprenti en licence informatique.

Frédéric Couchet : D’accord. Ça nous positionne très bien la commune et ça nous permet de comparer par rapport à d’autres retours d’expérience qu’on a pu faire par exemple avec la ville de Paris ou même avec la ville de Grenoble.
Comme tu l’as dit, tu es en charge notamment du numérique. Tu es adjointe au maire depuis 2014, pas depuis les dernières élections municipales mais celles d’avant, 2014. En fait, dès les élections, il y avait dans le programme politique de l’équipe candidate cette priorité au logiciel libre. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu pour quelles raisons, finalement, il y avait cet engagement, ce projet de migration vers les logiciels libres et cette priorité au logiciel libre ? Et quels sont les enjeux qui ont motivé ce choix pour l’équipe candidate qui ensuite a été élue ?

Claudine Chassagne : Effectivement, c’est moi qui suis arrivée un peu avec cette idée de logiciel libre puisque ça fait longtemps que je suis sensibilisée. Au niveau du Conseil général j’avais déjà mis en place une stratégie, j’étais alors directrice du système d’information donc du côté agent. Pour moi c’était un enjeu politique qu’il fallait porter donc qui a été inscrit dans le programme. Il a fallu convaincre les élus de l’équipe municipale, mais ça a été relativement facile, et le maire était aussi tout à fait favorable. Donc on a inscrit cette politique de recours au logiciel libre dans le programme.
Il faut dire qu’à ce moment-là c’était aussi au moment où la région Rhône-Alpes avait des élus qui s’étaient beaucoup mobilisés sur le logiciel libre, donc on s’est un peu inspirés de ce qu’ils avaient fait au niveau délibération.

Frédéric Couchet : C’était une délibération qui avait été faite notamment par Jean-Marie Chosson si je me souviens bien.

Claudine Chassagne : Tout à fait. Jean-Marie avait fait ça. Donc on s’est complètement inspirés de cette délibération pour ensuite démarrer une fois que nous avons été élus en 2014.

Frédéric Couchet : D’accord. Quels ont été les enjeux mis en avant dans ta conviction par rapport à tes collègues de l’équipe candidate et pour quelles raisons, finalement, cet engagement en faveur du logiciel libre ?

Claudine Chassagne : En 2014 – on reviendra après sur 2020, c’est un petit peu différent en 2020 –, c’était vraiment un enjeu politique fort d’indépendance technologique, c’est-à-dire ne plus être tributaires du monopole qui était exercé par ce qu’on appelle les GAFAM, les acteurs économiques que sont Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft. Donc c’était pour acquérir une indépendance technologique vis-à-vis de ces acteurs à la fois par rapport à la protection des données et au risque d’exploitation des données et, à la fois aussi, par rapport à notre système d’information parce qu’on était quand même pieds et poings liés avec Microsoft. Donc il y avait cette idée, cet enjeu politique très fort au départ de reprendre la maîtrise de nos logiciels et de nos données. Aujourd’hui on parle beaucoup de souveraineté numérique, c’était un petit peu ça au départ, c’était vraiment de pouvoir être maîtres de nos logiciels et de nos données, ne pas subir justement les contraintes de ces acteurs.

Frédéric Couchet : Les contraintes et les choix que finalement ces acteurs vous imposent au détriment de vos propres choix politiques ou de choix pour l’intérêt général, en fait. C’est ça ?

Claudine Chassagne : Voilà, tout à fait. On voit bien un petit peu les dérives aujourd’hui. Typiquement le marché avec l’Éducation nationale qui est obligée, justement, de poursuivre dans cette lancée par rapport à l’acteur actuel qui est Microsoft parce que c’est très difficile de reprendre la main. C’est pour moi une dépendance qui a pas mal d’impacts au niveau politique, au niveau technique, au niveau sociétal.

Frédéric Couchet : On en a déjà parlé plusieurs fois dans l’émission. On renverra notamment les auditeurs et auditrices au cas de l’Éducation nationale et aussi au cas, encore plus emblématique, du ministère de la Défense [ministère des Armées] avec son fameux contrat « Open Bar » Microsoft-Défense qui a été signé, si je me souviens bien, en 2009 et qui est toujours actif car renouvelé tous les quatre ans parce que le ministère de la Défense n’a pas le temps de se sortir de ce piège Microsoft.
Ça c’est le premier point, souveraineté, reprendre la maîtrise des logiciels et des données.
Il y a aussi un point qui a sans doute joué, c’est la partie peut-être mutualisation parce que dans le logiciel libre et les collectivités, souvent on apporte l’aspect économique sous la forme de la mutualisation entre communes. Est-ce que ça a été un argument que tu as mis en avant ou que l’équipe candidate a mis en avant ?

Claudine Chassagne : Oui, tout à fait, c’est le deuxième argument fort parce qu’il y a un impact économique et financier assez fort sur les collectivités. Il y a un peu plus de 36 000 communes en France qui ont les mêmes missions et qui vont séparément contractualiser avec leurs prestataires pour gérer ces missions. Je prends comme exemple le logiciel de gestion des cimetières. Toutes les communes sont confrontées à cette mission de gérer le cimetière. C’est quelque chose qui est aujourd’hui fait avec un logiciel libre, développé pour les collectivités, qui peut être mutualisé et pour nous c’était important de nous inscrire dans ce mouvement-là, soit de pouvoir prendre justement des logiciels libres qui sont aujourd’hui développés pour ces missions, soit aussi d’essayer de se regrouper avec d’autres communes pour développer un logiciel qui corresponde à ces missions ou pour faire ensemble quelque chose qui est utile et que maintenant on ne peut plus faire tout seul.

Frédéric Couchet : C’est l’aspect mutualisation et effectivement plutôt que chacun dépenser dans son coin quelques milliers d’euros dans des solutions privatrices, se regrouper pour financer du logiciel libre. Le logiciel dont tu parlais, de mémoire il doit s’appeler openCimetière et il fait partie de l’ensemble des logiciels libres openMairie dans lequel il y a, si je souviens bien, je ne me souviens plus du nom de structures, mais il y a à la fois des collectivités, des entreprises qui développent du logiciel libre, pour développer des logiciels libres pour les collectivités territoriales.

Claudine Chassagne : Voilà, pour effectuer, pour assurer les missions des collectivités. Ça peut être la gestion des élections, la gestion des cimetières. Donc les collectivités peuvent prendre ces logiciels puisqu’ils sont libres, les choisir et après, éventuellement, soit mettre en concurrence un prestataire pour la maintenance, soit le faire en régie.

Frédéric Couchet : Ce qu’on appelle en régie c’est qu’en fait une société externe délègue du personnel dans la collectivité à temps plein, pendant plusieurs mois, pour travailler sur les systèmes d’information. C’est bien ça ?

Claudine Chassagne : Ça c’est dans les grandes collectivités. Dans les petites collectivités, ce qu’on appelle en régie c’est qu’en général on n’a qu’un agent et c’est lui que le fait.

Frédéric Couchet : OK ! Ça n’a rien à voir, j’ai bien fait de poser la question.

Claudine Chassagne : Ça dépend de quel point de vue on se place. C’est vrai qu’il y a deux univers un peu différents entre les grandes collectivités et les petites collectivités.

Frédéric Couchet : Tout à fait.
Dans la préparation, tu m’as aussi parlé d’un autre argument qui est l’aspect sociétal, la coopération et la réutilisation. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu cet enjeu ?

Claudine Chassagne : En fait, jusque-là, on gère les projets d’une façon assez classique, c’est-à-dire qu’on définit les besoins, on passe un marché et après ça correspond plus ou moins et on adapte sur le terrain. Là, ce que nous souhaitions faire justement et que les logiciels libres nous permettent de faire, c’est d’associer d’autres acteurs, par exemple dans la définition des besoins. Je prends par exemple le portail famille pour les usagers. À ce moment-là c’est travailler avec les usagers pour définir les besoins avec eux, travailler aussi avec d’autres acteurs qui peuvent être des experts ou des entreprises, pour essayer de définir des besoins et de coller au mieux à ce qu’on veut faire et après, éventuellement, le faire développer. Les logiciels libres nous permettent de faire ça. Aujourd’hui on n’y est pas encore arrivés, on a ce projet effectivement de travailler comme ça, mais ça implique de gros changements au niveau des agents et au niveau des élus, c’est un travail un petit peu de longue haleine pour essayer de mettre tout ça en place. C’est effectivement cet enjeu de travailler avec des nouvelles méthodes qu’on appelle l’innovation ouverte et qui nous permettent de mettre des projets au point petit à petit avec les usagers, avec d’autres acteurs et avec d’autres communes.

Frédéric Couchet : Quand tu dis petit à petit, c’est sous une forme d’agilité, comme on a pu déjà l’évoquer dans d'autres émissions ?

Claudine Chassagne : Tout à fait. Avec des méthodes agiles. Avec ces méthodes agiles et l’innovation ouverte, c’est-à-dire qu’on associe d’autres acteurs et on a des méthodes à petits pas qui nous permettent d’avancer, de construire progressivement les besoins.

Frédéric Couchet : En fait c’est pour impliquer les personnes utilisatrices de vos logiciels ou, en tout cas, de vos solutions pour permettre qu’elles correspondent à ce qui est vraiment attendu, plutôt que de livrer quelque chose qui, finalement, ne correspond pas à ce qui est attendu parce qu’on n’a pris en compte les besoins des habitants et des habitantes. C’est bien ça ?

Claudine Chassagne : Tout à fait, c’est exactement ça.

Frédéric Couchet : Sur l’agilité, je renvoie à un podcast d’une émission Libre à vous ! avec Alexis Monville, je ne sais plus quelle date c’était, mais vous allez sur causecommune.fm et vous trouverez ça.
On a parlé politique, économie avec la mutualisation, sociétal, mais souvent il y a aussi une raison qui est mise en avant, c’est la raison technique et on parle souvent de termes comme l’« interopérabilité », « les formats ouverts ». Est-ce que ça a été un critère de choix ?

Claudine Chassagne : Complètement, parce que justement ce qu’on cherchait à faire c’était de construire un système d’information qui ne soit pas une boîte noire, qui ne soit pas constitué de boîtes noires, mais qui soit constitué de modules qui puissent communiquer entre eux. L’idée c’était d’éviter ce qu’on appelle le plat de spaghetti, c’est-à-dire qu’on met des boîtes noires et après, lorsqu’on veut les faire communiquer, on développe des interfaces entre ces boîtes noires et finalement on arrive à des tas d’interfaces et à un plat de spaghetti.
Ce qu’on cherchait à faire c’était d’avoir effectivement un système d’information qui soit construit par modules qui puissent communiquer entre eux, et qui dit communiquer entre eux dit qu’ils parlent le même langage c’est-à-dire qu’ils répondent aux formats ouverts, ce qui va leur permettre de communiquer entre eux.
Je prends toujours l’exemple des prises électriques. Aujourd’hui on peut aller n’importe où, on branche sa prise et ça marche, donc on parle le même langage. Dans le système d’information c’est un peu ce qu’on cherchait à faire et pour ça on avait besoin de reposer sur de la normalisation et des formats ouverts. C’est effectivement l’enjeu technique qui a été assez important avec l’enjeu politique au départ, c’est-à-dire essayer d’urbaniser ce système d‘information.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc on a bien compris ces quatre grands enjeux : politique, économique-mutualisation, sociétal et technique. Ça c’est en 2014, avec une délibération qui indique le recours à la priorité au logiciel libre.
Est-ce qu’il y a eu un soutien de l’équipe candidate, visiblement oui vu que c’était, quelque part, dans sa feuille de route, mais au niveau des gens qui travaillaient dans la collectivité – tu as parlé tout à l’heure du directeur des systèmes d’information et on peut penser aussi, je ne sais pas si vous en avez, à un directeur général ou quelque chose comme ça –, comment a été accueillie cette annonce de « on va vous diriger progressivement vers le logiciel libre » ?

Claudine Chassagne : D’abord, le technicien qui était en place avait déjà mis en place des petits logiciels libres. Souvent c’est le cas dans les collectivités, dans les petites communes il y a des petits bouts de logiciel libre qui sont un peu la volonté du technicien informatique, en fait. On était dans ce cas-là, sauf que ce technicien est parti peu de temps après, parce que, justement, il en avait assez de ne pas avoir de soutien politique, donc il est parti au mauvais moment, mais tant pis ! Donc on a recruté un technicien qui est devenu notre RSI, qui ne connaissait rien du tout du logiciel libre et qui a vraiment joué le jeu, c’est-à-dire qu’il s’est impliqué complètement, qui s’est investi là-dedans et qui est devenu vraiment une force de proposition au niveau technique, pourtant il n’y connaissait rien au départ.
Pareil pour la direction générale des services. Là c’est pareil, on a eu d’abord une DGS qui soutenait le projet et qui est partie, et le DGS qui est arrivé lui aussi a soutenu le projet.
Ça c’est vraiment important. Je dis toujours que c’est un tabouret à trois pieds ou à quatre pieds, ça dépend de l’importance de la collectivité, mais ce qui est important c’est d’avoir un élu qui porte le programme et de préférence un élu soutenu par le maire, le DGS et le DSI ou le RSI. Il faut vraiment qu’il y ait ces trois soutiens pour que ça fonctionne dans le temps, dans la durée et que ça ne s’essouffle pas. Souvent on a des techniciens comme je le disais, mais souvent ça s’essouffle parce que ce n’est pas relayé par l’administration.

Frédéric Couchet : D’accord. On va rappeler que DGS c’est la Direction générale des services et RSI je suppose que c’est le responsable du système d’information.

Claudine Chassagne : Oui. Nous on l’appelle RSI mais c’est un DSI, sauf qu’il est tout seul.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est pour ça. Je comprends ! Effectivement diriger une structure où on est tout seul ! Des fois c’est compliqué de se diriger tout seul, mais bon ! C’est important de noter que même quand on a une petite structure avec finalement, au niveau informatique, une seule personne comme tu l’as dit aidée par un apprenti, on peut faire un plan de migration vers le logiciel libre comme on va le voir ensuite dans les étapes.
Toujours en 2014, en tout cas au début, tout à l’heure tu as parlé de mutualisation entre communes, quand on parle de mutualisation dans les collectivités et logiciel libre il y a forcément le nom d’une association qui arrive sur la table, l’association ADULLACT, l’Association des Développeurs et Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales, adullact.org. Est-ce que l’adhésion de Saint-Martin-d’Uriage à l’ADULLACT a été immédiate et si oui pour quelles raisons ? Où ça en est des relations entre la commune et l’ADULLACT ?

Claudine Chassagne : Je suis arrivée moi aussi avec cette connaissance de l’ADULLACT parce que l’ADULLACT existe depuis 2003. J’étais justement à ce moment-là au Conseil général et j’ai participé dès le départ au conseil d’administration. C’est une idée forte de se dire qu’il y avait une association qui aidait les collectivités, donc forcément il fallait y aller. C’est donc dans la délibération politique, la délibération cadre qui a fixé le recours au logiciel libre qui, en même temps a préconisé, enfin a fait voter l’adhésion de la commune à cette association, fin 2014, et en même temps a aussi mis en place un schéma directeur du système d’information. C’est-à-dire qu’avec ces trois aspects-là, on rejoignait tout ce qui était politique, accompagnement et puis technique, stratégie.

Frédéric Couchet : D’accord. On reviendra sur l’ADULLACT tout à l'heure quand on parlera du label Territoire Numérique Libre parce que c‘est dans l’actualité, mais ça sera plutôt vers la fin.
On a vu dans cette première partie de notre échange le début, les raisons, la décision politique de priorité au logiciel libre, quels étaient les principaux enjeux. Quand on prend une telle décision forcément à un moment on nous dit « attendez, ça ne va pas être si simple que ça », on va parler de problèmes ou de freins. Quels ont été les freins ou les points de vigilance qui ont été invoqués soit pour l’aspect technique soit pour l’aspect politique pour cette migration vers le logiciel libre ?

Claudine Chassagne : Ils ont été invoqués à ce moment-là, mais ils le sont toujours. Les freins sont toujours très prégnants et ils reviennent très souvent parce que c’est un combat de tous les instants et dans la durée pour vraiment instaurer tout ça.
D’abord, il faut tordre le cou à une idée, à quelque chose qu’on entend très souvent : « Moi je choisis le Libre parce que le Libre c’est gratuit ». Et vraiment, on s’inscrit en faux contre ça depuis le début au niveau de l’ADULLACT et je pense aussi au niveau de toutes les associations parce que le Libre a un coût, ça a le coût au moins du premier développement — ensuite on peut mutualiser — et puis ça a un coût pour les communes ou pour les organisations, enfin pour les entreprises qui vont y aller, c’est le coût du changement. Le changement est extrêmement important entre une base installée, qui est souvent une base propriétaire, pour passer justement à du Libre, c’est un petit différent. Donc ce changement a un coût à la fois au niveau technique, mais aussi auprès des utilisateurs puisqu’il faut conduire ce changement auprès des utilisateurs. Donc, à un moment donné, il faut se poser la question de le faire et d’investir dans ce changement, et après de partir et de poursuivre dans la durée. Mais ce changement a un coût et il ne faut pas le nier.
Ça c’était la première idée qui revient toujours et dans laquelle on s’inscrit en faux.
Ensuite dans les freins, bien sûr, c’est qu’on ne part pas de zéro. Si on partait de zéro ça serait plus facile mais là on part de quelque chose. Il y a déjà des logiciels, il y a des boîtes noires, il y a des habitudes, il y a des usages, et ça fonctionne tant bien que mal mais ça fonctionne. Donc il faut étudier, il faut planifier ce qu’on va renouveler ou ce qu’on va mettre en place et qui va être du logiciel libre, et ça c’est plus facile à faire sur les nouveaux logiciels à installer. Par exemple on n’avait pas de logiciel de gestion des élections, eh bien tout de suite on a choisi openElec de la suite openMairie, parce que ça nous paraissait évident et ça nous paraissait vraiment un endroit dans lequel on pouvait commencer à mettre en place du Libre. Aujourd’hui les agents qui utilisent openElec sont très très contents.
Donc voilà. Un premier frein c’est le système d’information qui existe.
Il y a un deuxième frein qui est la commande publique qui est toujours invoquée, c’est-à-dire « oui mais c’est compliqué dans la commande publique. Si on définit les besoins ça sera forcément en faveur, ça sera forcément le logiciel propriétaire qui sera gagnant et on n’arrive pas à faire passer le logiciel libre, etc. » Alors qu’en fait, aujourd’hui, il y a des façons de définir dans la commande publique le fait qu’on veut du logiciel libre soit en disant qu’on veut des formats ouverts, qu’on veut se baser sur des formats ouverts, ou alors qu’on veut accéder au code source. Aujourd’hui on sait demander des logiciels libres et on sait les mettre en concurrence avec du logiciel propriétaire.
Après, il y a aussi une façon très simple de faire, que nous avons beaucoup utilisée, c’est qu’on choisit un logiciel libre, c’est-à-dire qu’on a la volonté politique de choisir un logiciel libre, et ensuite on met en concurrence le service de maintenance ou d’évolution dont on a besoin ; c’est ce qu’on a fait pour openElec.
Donc aujourd’hui ça existe et c’est possible.

Frédéric Couchet : C’est important ce que tu dis parce que, effectivement, il y a beaucoup de mécompréhension par rapport à la commande publique. On va rappeler, par rapport à ce que tu disais, le fait de choisir un logiciel libre et de mettre en concurrence après, au niveau du service, ce que le Conseil d’État a validé en 2011, je dis ça de mémoire, avec une décision importante qui concernait un ENT, un Espace numérique de travail. Je crois aussi que l’État lui-même a un document, je ne me souviens plus du titre, en tout cas un guide qui explique comment effectivement faire des appels d’offres ouverts au logiciel libre. On me précise sur le webchat : septembre 2011 concernant l’ENT Lilie. Vous pouvez venir sur le webchat de la radio, causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez.
Donc la commande publique peut être utilisée effectivement et on va rappeler qu’actuellement c’est plutôt l’inverse qui est fait par l’État, notamment l’Éducation nationale, tu en parlais tout à l’heure, et également le ministère des Armées. En tout cas la commande publique peut être un outil parfaitement puissant pour mettre en œuvre une priorité au logiciel libre.
Justement comme je suis sur le salon, je vois qu’il y a une petite question, même si on va poursuivre après sur les freins, mais je vais la poser immédiatement. On nous demande : est-ce que l’offre logicielle, services, entreprises du Libre te paraît actuellement suffisante ? Et, pour compléter la question, quels logiciels ou applications manqueraient, selon toi, sur le marché actuellement ?

Claudine Chassagne : Évidemment ce sont les logiciels métiers. Dans le système d’information on a quand même des blocs qui restent propriétaires. Quand je dis les logiciels métiers, c’est gestion des ressources humaines, gestion des finances, là aujourd’hui ça manque. Pour en avoir discuté souvent au sein de l’ADULLACT, c’est qu’en fait, en termes d’évolution il faut vraiment suivre la réglementation et c’est très contraignant. Donc ça, aujourd’hui, les prestataires qui existent sur le marché, qui se partagent le marché, le font très bien et c’est compliqué de rentrer en concurrence et de faire la même chose. Donc c’est vraiment gestion des ressources humaines, gestion des finances.
Après il y a des choses par exemple comme gestion de l’urbanisme sur lesquelles aujourd’hui il y a des alternatives. Il y a openADS, toujours de la suite openMairie, qui est justement une alternative crédible et qui commence à s’installer dans les communes. Ce n’est pas le cas chez nous parce que chez nous les gens du service urbanisme ont voulu poursuivre avec leur logiciel, mais il y a des communes, j’en connais sur l’Isère, qui ont installé justement ce logiciel de gestion de l’urbanisme.

Frédéric Couchet : D’accord. On va juste préciser que OpenDAS c’est la gestion de l’autorisation du droit des sols. ADS c’est Autorisation du droit des sols.

Claudine Chassagne : Autorisation du droit des sols.

Frédéric Couchet : Exactement. Je surveille s’il y a d’autres questions. On va donc continuer sur les freins. Je suppose, en tout cas ça fait partie de la liste, que le besoin de nouvelles compétences est un frein qui est souvent mis en avant et ça va être encore plus prégnant pour une structure, dans la collectivité, qui a une seule personne en charge de l’informatique. Est-ce que c’est un vrai frein ? Comment avez-vous géré, dans cette petite structure, le fait qu’il n'y ait qu'une seule personne en charge de l’informatique ?

Claudine Chassagne : Quand il n’y a qu’une seule personne en charge de l’informatique, il y a beaucoup de choses qui sont, en fait, sous-traitées. Quand on a besoin d’un logiciel, on prend le schéma classique : définition du besoin, on passe un marché, etc., et c’est l’informaticien qui va piloter ça. L’informaticien a une formation qui lui permet d’appréhender ces technologies-là, mais aussi des technologies du Libre, même si maintenant dans les universités on forme assez peu au libre et on forme plutôt au logiciel propriétaire.
Ceci dit, un informaticien c’est pour moi quelqu’un qui est en veille permanente au niveau technique et qui est capable de se former ou d’appréhender d’autres technologies. Il n’est pas lié à une technologie ou à un système propriétaire.
Donc ça c’est le métier informatique qu’il faut justement concevoir un peu différemment, accompagner certainement. Notre RSI, Nicolas, il s’est formé tout seul en fait, par curiosité il s’est formé.
Pour moi ce n’est pas un frein et, en plus, après, il faut s’appuyer sur l’écosystème du Libre. L’écosystème du Libre est quand même très riche aujourd’hui. Il y a des associations, l’April, l’ADULLACT, etc., il y a ces communautés qui s’entraident, c’est quand un peu le principe du Libre. Après il y a des entreprises du Libre, il y a le Conseil national du logiciel libre. Il y a l’État qui a pas mal avancé aussi sur des outils comme le Socle interministériel des logiciels libres, le SILL. Donc il y a beaucoup de choses qui existent pour un technicien qui, justement, doit se former en permanence ; il y a tout ce qu’il faut.

Frédéric Couchet : D’accord. On va poursuivre cette très intéressante discussion. Il y a des commentaires vraiment élogieux sur le salon web de la radio.
On va faire une petite pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va continuer notre voyage au Japon avec un morceau choisi encore une fois par Éric Fraudain. Nous allons écouter Enchanter3 Celesta par Peritune. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause commun, 93.1.

Pause musicale : Enchanter3 Celesta par Peritune.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Enchanter3 Celesta par Peritune, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Commune 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons poursuivre notre discussion avec Claudine Chassagne, adjointe au maire de la commune de Saint-Martin-d’Uriage en Isère. Nous parlons de la migration de la commune vers le logiciel libre. Je rappelle que vous pouvez participer à notre conversation sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon.

Juste avant la pause musicale, Claudine nous parlait d’un certain nombre de freins invoqués lors de l’annonce d’une migration vers le logiciel libre. On va poursuivre avec ces freins avant de parler un petit peu de stratégie de migration et de quelques exemples.
L’un des freins dont tu avais commencé un petit peu à parler en tout début d’émission c’était, en fait, l’habitude des facilités offertes par les GAFAM, ces géants du Web dont il faut arriver à se défaire.

Claudine Chassagne : Oui, tout à fait. C‘est tellement ancré, en fait, dans les habitudes de travail — par exemple on ne parle de traitement de texte, on parle de word, ce qui est toujours étonnant parce qu’on peut avoir des logiciels de traitement de texte autres — et ces habitudes de travail sont difficiles à changer parce que les agents savent à peu près les utiliser – je reviendrai là-dessus parce qu’on s’est rendu compte qu’ils ne savaient pas bien les utiliser – et par rapport à ce qu’on va leur mettre comme alternative libre, ils vont trouver par exemple qu’ils sont en régression, que ce ne sont pas les mêmes fonctionnalités… En fait, ils ont un peu l’impression que ce sont des logiciels au rabais. Ça c’était surtout vrai quand, avant LibreOffice, il y a eu la période Open Office, il y a une dizaine d’années en arrière, qui était certainement moins mature, et là les agents ont véritablement eu l’impression d’une régression. Aujourd’hui c’est un petit peu moins vrai. LibreOffice est quand même quelque chose de complètement évolué, qui possède les fonctionnalités de base dont les agents ont besoin qui n’utilisent pas forcément toute la batterie de fonctionnalités offerte par Microsoft. Le plus difficile c’est effectivement de convaincre qu’on a des outils qui sont aussi bons maintenant et que, moyennant une formation, parce qu’il y a quand même des petites différences, ils vont retrouver ces compétences-là.
Ça c’est quelque chose qui reste encore bien ancré dans la tête des gens qui est de se dire « moi je ne veux pas de ça parce que c’est au rabais !»
C’est aussi le problème qu’on a avec les enseignants dans nos écoles, qui ont ces outils depuis longtemps, qui ont du mal et qui sont très réticents à les changer.

Frédéric Couchet : D’autant plus qu’ils sont sans doute déjà très occupés, ils n’ont pas forcément le temps de se re-former à de nouveaux outils, je suppose.

Claudine Chassagne : Complètement. On le comprend et ils sont souvent dans l’urgence quand il faut démarrer le matériel pour leur classe. Là on est en train de travailler vraiment sur le parc informatique des écoles pour essayer justement de trouver le bon compromis.

Frédéric Couchet : À l’inverse, on en parlait la semaine dernière je crois, il y a des enseignants qui ont profité de la période de confinement pour s’auto-former à l’usage de logiciels libres, notamment pour les échanges à distance, les visioconférences, les audioconférences. Mais effectivement, l’école est un sujet en tant que tel qu’on traitera sans doute assez rapidement dans Libre à vous !
On va continuer sur les freins. Pendant la préparation tu me parlais aussi de la participation à la communauté. Souvent effectivement, quand on parle de logiciel libre, on se dit que ce n’est pas uniquement utiliser des logiciels, mais c’est contribuer à une communauté alors, qu’en fait, ce n’est pas forcément obligatoire. Ça c’est un frein. Est-ce que tu peux nous expliquer s’il te plaît ?

Claudine Chassagne : Effectivement, ce n’est pas forcément obligatoire, et là encore il y a différents niveaux. En fait il y a trois profils dans une communauté :

  • il y a l’utilisateur qui va chercher son logiciel libre et qui l’utilise couramment sans forcément connaître ce qu’il y a sous le capot ;
  • il y a l’initiateur, celui qui va, par exemple au niveau d’une commune ou au niveau d’une grande collectivité, initier un développement. On a aujourd’hui des grandes collectivités qui initient des développements et qui vont être initiateurs par rapport à ça ;
  • et puis il y a les contributeurs, c’est-à-dire ceux qui ont les connaissances et qui vont contribuer justement au développement, à l’évolution du logiciel libre.

Il y a ces trois profils. On peut très bien comprendre que dans une commune où il n’y a qu’un RSI, on ne va pas forcément être dans le profil initiateur ou contributeur. On peut être dans le profil d’utilisateur, mais en fait, je me rends compte que petit à petit, avec même le technicien qui s’est formé et qui s’est bien approprié ces technologies, eh bien il contribue en fait. Donc c’est quelque chose qui peut se développer dans le temps, mais au départ une commune peut très bien être simplement utilisatrice, une commune ou même un particulier, sans forcément participer davantage.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Comme tu as dit tout à l’heure que tu avais à faire à un vrai informaticien, quelqu’un qui se forme tout au long de sa vie, je suppose que quelque part ça doit lui faire plaisir de se dire qu’il peut contribuer. Souvent, dans le logiciel privateur, on est contraint par les choix de l’éditeur, par les bugs, etc., alors dans le logiciel libre il y a justement cette possibilité de contribution. Je pense que quelque part, c’est une question, est-ce que ça lui apporte quelque chose d’un point de vue professionnel et même personnel, cette possibilité de contribution ?

Claudine Chassagne : Oui, tout à fait. Je crois que cette démarche lui a bien plu. Lui qui ne la connaissait pas forcément au départ, je pense que ça lui a bien plu en termes de curiosité informatique de savoir ce qu’il y a sous le capot et de pouvoir contribuer. Je pense que c’est tout à fait positif pour lui.

Frédéric Couchet : D’accord. Dernier frein que tu as évoqué pendant la préparation, c’est l’expression « le Libre c’est pour les geeks ». Est-ce que tu peux nous expliquer ça ?

Claudine Chassagne : Peut-être que là aussi, au niveau des associations, il faut quand même qu’on travaille bien là-dessus. Même au niveau de l’ADULLACT, souvent je le dis au sein de l’ADULLACT, c’est que quelquefois on parle à des initiés et du coup ça écarte un petit peu les volontés d’aller dans ce modèle-là, qui est un modèle pas forcément technologique mais qui est, pour moi, un modèle politique. Je pense qu’il faut qu’on fasse un bout de chemin du côté des associations pour essayer d’attirer beaucoup plus de monde dans ce modèle-là. Et après, c’est ce que je disais tout à l’heure, aujourd’hui il y a beaucoup de vulgarisation qui a été faite, je pense à toutes ces associations et à l’April où il y a énormément d’informations sur le site, pour tout le monde. Et puis il y a des accompagnements même pour les associations, pour les habitants, je pense à ce qu’on appelle les Chatons, les hébergeurs alternatifs, et toutes les associations comme Colibri, etc., qui essayent justement, qui font tout ce travail d’accompagnement. Le CNFPT, le Centre national pour la fonction publique territoriale, a maintenant inscrit des formations au logiciel libre. Il y a justement le label Territoire Numérique Libre pour faire connaître les communes qui se sont lancées et qui mettent petit à petit ce mouvement en marche. Donc, en fait, c’est quelque chose qui n’est plus réservé qu’aux geeks. Je pense que c’est en train de se démocratiser, qui va bien avec le changement de comportement qu’on appelle un peu de nos vœux par rapport à la transition actuellement. Je trouve qu’on est dans une période tout à fait propice pour aller plus loin. Mais c’est vrai que ça reste encore, au niveau professionnel dans les entreprises ou dans les communes, quelque chose de réservé aux geeks. Petit à petit il faut changer ça, pour moi c’est en train de changer et on est dans la bonne période pour le faire changer.

Frédéric Couchet : Oui, tout à fait. On va peut-être préciser les sites web. Tout à l’heure tu as parlé des Chatons, ces structures qui proposent des services libres et éthiques. Pour les retrouver vous allez sur chatons, c, h, a, t, o, n, s point org, et vous allez retrouver tout un groupe de structures, dont l’April et d’autres, qui proposent différents services.
Tu as parlé du Territoire Numérique Libre, je pensais en parler à la fin, mais on va en parler tout de suite. C’est un label qui est géré par l’ADULLACT avec d’autres structures comme l’April, le Conseil national du logiciel libre, qui permet de valoriser les initiatives logiciel libre dans les collectivités. C’est un label de cinq niveaux, de 1 à 5, Saint-Martin-d’Uriage a pour l’instant le niveau 3 sur 5. Je précise que les collectivités peuvent candidater pour l’édition 2020 du label Territoire Numérique Libre jusqu’au 15 octobre 2020 à minuit ; le site web c’est territoire-numerique-libre.org et vous retrouverez évidemment les références sur causecommune.fm et sur april.org.
Tu parlais des évolutions. Juste une petite anecdote personnelle, je dois faire bientôt une téléconsultation avec un médecin et j’ai eu l’agréable surprise que le médecin me propose d’utiliser Jitsi Meet, un logiciel libre de visioconférence et on a reçu l’auteur, le créateur dans Libre à vous !. J’étais très content, en plus avec les arguments de données personnelles, etc. C’était un petit point perso.
Le temps passe, il ne nous reste même pas dix minutes. On a vu les points essentiels, en tout cas on a expliqué les enjeux sur la migration, les freins invoqués. Tu as parlé tout à l’heure, en introduction, d’avancer petit à petit dans cette migration vers le logiciel libre. Est-ce qu’on pourrait mettre le focus maintenant sur un ou deux exemples dans les sept/huit minutes qui nous restent, justement sur ce qui a été mis en place depuis 2014 ?

Claudine Chassagne : J’ai pris deux exemples assez différents pour montrer que ce n’est pas gagnant à tous les coups, ce que j’explique toujours, mais ce n’est pas pour ça qu’il faut désespérer et ne pas poursuivre.
Il y a ce renouvellement du logiciel de gestion de l’urbanisme.
Je vous ai dit que pour les nouveaux logiciels à mettre en place, là il n’y a pas de souci, on choisit du Libre quand du libre existe et donc il n’y a pas eu de problème. Donc il y a eu gestion des élections, gestion du courrier, openDemande, voilà, un certain nombre de choses qu’on a pu mettre en place parce que c’était des besoins nouveaux.
Après, on s’est heurtés justement au renouvellement des logiciels existants. On était aussi obligés de renouveler par exemple notre logiciel de gestion des finances, là il n’y a pas eu photo, on n’avait pas d’alternative libre, on est partis dans le même logiciel propriétaire.
Pour la gestion de l’urbanisme, le problème s’est posé. On a fait vraiment une analyse des deux produits qui étaient en liste, c’est-à-dire celui qui était utilisé et qu’il fallait faire évoluer, qui était propriétaire, et openADS. On a fait venir les prestataires, on a regardé, on a testé, etc., avec la direction de l’urbanisme, avec le service de l’urbanisme. Et puis finalement, à la fin, le service de l’urbanisme a eu un petit peu peur d’aller vers de l’inconnu et a préféré rester sur ce qu’il connaissait. Et là, nous le numérique on a laissé le dernier mot quand même au service métier et à l’élu en charge de l’urbanisme. On ne s’est pas battus contre ça. Donc le logiciel de gestion de l’urbanisme a été renouvelé au niveau logiciel propriétaire. Par contre, c’est là où moi je suis intervenue pour dire « attention, le service d’information géographique est complètement imbriqué dedans et il faut qu’on le sorte. On va en prendre un autre qui est libre, qui est le logiciel QGIS, et on va faire en sorte qu’il puisse communiquer avec ce nouveau logiciel de gestion de l’urbanisme, mais en même temps qu’il puisse servir à d’autres services que sont les services techniques ou les élus quand ils font des présentations de cartographie, des choses comme ça ».Donc on a travaillé là-dessus pour dissocier les deux et finalement essayer d’avoir justement un système d’information géographique libre alors que ce n’était pas le cas jusque-là.
C’est là où je dis qu’on n’est pas gagnant à tous les coups parce qu’il y a quelquefois des réticences métiers qu’il faut entendre et qui sont assez prégnantes, par contre, voir comment on peut quand même en tirer parti.

Frédéric Couchet : Et avancer un petit peu, et là, en l’occurrence, avec l’installation d’un système d’information géographique libre qui est donc QGIS.
Ça c’est le premier exemple. Le deuxième exemple, pour terminer, tu voulais choisir quel exemple ?

Claudine Chassagne : L'autre exemple c’est la migration vers la bureautique libre. Celui-là je l’ai gardé pour la fin du mandat. En fait, il était inscrit dès le début du mandat dans le planning, mais il y avait énormément de réticences et puis il y avait toujours d’autres priorités. Donc on a attendu de mettre en place quelques logiciels, de montrer que ça fonctionnait quand même, que ce n’était pas des hurluberlus, etc. Petit à petit on a quand même acquis une confiance de la part des services et, en 2019, j’ai demandé qu’on fasse vraiment cette migration vers la bureautique libre. Je l’ai inscrite dans le budget parce qu’on a demandé un accompagnement par un prestataire qui est openGo, je le cite parce qu’on a vraiment été très contents. Il nous a accompagné mais essentiellement pour la conduite du changement, pas pour l’aspect technique, parce que l’aspect technique dans la migration vers la bureautique libre c’est 20 %, par contre c’est 80 % d’accompagnement des agents et de conduite du changement.
J’ai pu l’inscrire dans le budget 2019 et on a démarré en 2019.
On s’est aperçu très rapidement qu’en fait les agents allaient être gagnants là-dedans. D’abord parce qu’ils n’avaient plus de formation au traitement de texte depuis longtemps, donc ils ne savaient plus trop comment l’utiliser et ça nous faisait beaucoup d’incidents au niveau de l’assistance informatique, beaucoup de questions sur les logiciels de traitement de texte en particulier, donc on s’est dit qu’on allait faire de la formation et qu’ils seraient forcément gagnants. On s’est aperçu aussi qu’il n’y avait pas de modèles de documents formalisés, donc qu’on allait en profiter pour en faire.
Dans ce projet de migration vers la bureautique libre, on a mis à la fois présentation politique et technique de ce projet-là, formation, accompagnement spécifique pour ceux qui avaient des difficultés à migrer leurs propres données — on a fait intervenir le prestataire dans les services, par exemple le service de la police qui avait beaucoup de données au niveau .doc — et puis l’élaboration des modèles. Donc on a fait des formations, on a formé tous les agents par groupes de dix en les mélangeant et ça, ça a été très bien apprécié. C’est vrai qu’on a un peu trop tendance à penser que l’informatique c’est intuitif, que c’est acquis une fois pour toutes et qu’après on n’a plus besoin de former ou d’accompagner les agents. En fait, on s’aperçoit que les agents perdent beaucoup de temps au quotidien avec l’outil informatique soit parce qu’ils ne savent pas faire soit parce qu’ils se débrouillent comme ils peuvent, etc.
Donc ça a été vraiment l’occasion de former les agents qui, d’ailleurs, en redemandent aujourd’hui, ils nous demandent des formations de perfectionnement en particulier sur Calc, donc on va continuer.
Là on est en train d’évaluer. Le projet a connu un petit peu de retard et de coupure à cause de la crise sanitaire. On va le terminer fin 2020 et on va faire une évaluation de ce projet-là, mais il y a vraiment un retour très positif de la part des agents. Ce qu’on attend maintenant c’est le moment où on va enlever complètement les outils de Microsoft pour qu’il n’y ait plus que les outils de LibreOffice sur les postes de travail.

Frédéric Couchet : D’accord. À cette occasion on reviendra vers toi pour refaire un point. On va juste préciser que la société prestataire pour la conduite du changement c’est OpenGo, donc opengo.fr, de Marie-Jo Kopp Castinel, si je n’écorche pas son nom. Il est toujours intéressant de citer les prestataires qui font bien leur travail dans le monde du logiciel libre.
Claudine, en moins de deux minutes parce qu’on arrive à la fin de notre sujet, est-ce que tu pourrais nous donner les éléments clefs à retenir de cet échange ?

Claudine Chassagne : C’est le triptyque élus, DGS, RSI. Ça c’est vraiment important pour asseoir une vraie politique, une vraie stratégie.
Se dire qu’il faut voir loin, il faut avoir une cible ambitieuse et avancer petit à petit, peut-être avec des retours en arrière, mais on avance petit à petit.
Et se dire que c’est à la portée de tout le monde. Aujourd’hui je crois qu’il y a à peu près un tiers des communes qui utilisent des logiciels libres, comme ça, au quotidien. Il faut aller plus loin, c’est à la portée de tout le monde. Il faut s’appuyer sur l’écosystème du Libre. Il faut discuter avec les autres communes. C’est à la portée de tout le monde et il faut oser y aller.

Frédéric Couchet : Ça fait très plaisir. Je pense qu’on aura l’occasion de refaire un point peut-être justement avec le fameux informaticien qui s’est formé au Libre.
En tout cas nous étions avec Claudine Chassagne qui est adjointe au maire de la commune de Saint-Martin-d’Uriage en Isère, en charge entre autres du numérique.
Je rappelle que les collectivités peuvent candidater au label Territoire Numérique Libre jusqu’au 15 octobre 2020 à minuit pour valoriser leurs actions logiciel libre. Je rappelle qu’il y a cinq niveaux à ce label et ça permet aussi de voir les évolutions.
Je te remercie. Je te précise que les commentaires sur le salon web de la radio sont particulièrement élogieux pour les propos que tu as tenus. Je tiens aussi à te remercier personnellement parce que c’est sans doute la préparation la plus facile qu’il y a eue pour l’émission sujet long. C’est assez rare d’avoir un telle qualité de préparation par les personnes invitées, en tout cas tu as été celle qui est allée le plus loin dans la préparation. Je t’en remercie et j’aurai grand plaisir à t’avoir à nouveau au téléphone pour parler de logiciel libre et aussi de données publiques parce qu’on n’en a pas beaucoup parlé mais ça fait aussi partie des choix politiques de la ville.

Claudine Chassagne : Est-ce que je peux juste compléter en disant que tout ça est dans un dossier en cours de publication aux Éditions Territorial et qui va paraître à l’automne.

Frédéric Couchet : Effectivement, les Éditions Territorial, territorial-editions.fr, c‘est en gros la maison d’édition des collectivités territoriales. Claudine a rédigé un dossier qui va paraître bientôt, relatant justement ce retour d’expérience. N’hésitez pas à vous y référer.
Claudine, je te souhaite une bonne fin de journée et à bientôt.

Claudine Chassagne : Merci.

Frédéric Couchet : On va passer une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va continuer et terminer notre voyage au Japon par mon morceau préféré des trois morceaux d’aujourd’hui de l’artiste Peritune. Nous allons écouter Sakuya2. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Pause musicale : Sakuya2 par Peritune.

Frédéric Couchet : Pour terminer ce voyage au Japon, nous venons d’écouter Sakuya2 par Peritune, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Je vous rappelle que les choix musicaux sont le fait de notre programmateur musical Éric Fraudain du site auboutdufil.com.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, qui porte sur Sésamath et les ressources pédagogiques libres

Frédéric Couchet : Texte, image, vidéo ou base de données, sélectionnée pour son intérêt artistique, pédagogique, insolite, utile. Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, nous présente une ressource sous une licence libre. Les auteurs de ces pépites ont choisi de mettre l’accent sur la liberté accorder à leur public parfois avec la complicité du chroniqueur. C’est donc la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet et c’est le grand retour de Jean-Christophe car c’est sa première chronique de l’année 2020, le coquin ! Bonjour Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Oui. Bonjour à tous. Bonjour à toutes. Je suis ravi de revenir à nouveau dans Libre à vous ! pour cette chronique mensuelle à partir d’aujourd’hui « Pépites libres ». Aujourd’hui je vais vous parler de Sésamath.

Sésamath est une association qui publie des manuels scolaires et des ressources pédagogiques sous licence libre pour l'enseignement des mathématiques. Ses valeurs sont la solidarité, le respect, l'ouverture – Sésamath vient de Sesame Math – et le partage. Elle se définit comme « une communauté de professeurs de mathématiques, prêts à imaginer, à concevoir, à échanger, à critiquer et à créer ensemble ». Elle considère les ressources éducatives qu'elle génère comme des biens communs qui peuvent servir à tous.
Toutes les ressources conçues par Sésamath sont mises à disposition librement et gratuitement sur le site web de l'association. Elles peuvent ainsi être copiées, réutilisées par tout un chacun, que ce soient les acteurs de la communauté éducative, des associations ou entreprises, les élèves et leurs familles. Les enseignants et formateurs trouveront l'ensemble de ces ressources dans des formats modifiables, ce qui leur permettra de les adapter aux besoins de leurs publics.
La méthode collaborative mise en œuvre par les contributeurs de Sésamath en fait une œuvre collective. C'est-à-dire que l'association est l'auteur des ressources qu'elle crée grâce à ses contributeurs. Dans le Code de la propriété intellectuelle, on retrouve cette définition : « Est dite collective l’œuvre créée sur l'initiative d'une personne physique ou morale qui l'édite, la publie et la divulgue sous sa direction et son nom et dans laquelle la contribution personnelle des divers auteurs participant à son élaboration se fond dans l'ensemble en vue duquel elle est conçue, sans qu'il soit possible d'attribuer à chacun d'eux un droit distinct sur l'ensemble réalisé. »
Détenir le droit patrimonial sur ses productions permet donc à l'association Sésamath de les partager sous licence libre. On retrouve sur la page expliquant le choix des licences, en l'occurrence la GNU FDL, Free Documentation License, et la Creative Commons BY-SA, un visuel de l'April encourageant à diffuser ses documents sous licence libre. Le choix du copyleft implique que les réutilisateurs doivent non seulement citer l'auteur mais aussi garder la même licence lorsqu'ils partagent à leur tour des versions modifiées de ces ressources.
Il n'est pas nécessaire d'être membre de Sésamath pour participer à ce processus de création, mais il faut accepter de travailler sous licence libre et dans un certain état d'esprit fondé sur le respect des opinions d'autrui. Sésamath ne promeut par ailleurs aucune pédagogie ou approche didactique particulière.

Sésamath met en place des partenariats avec des éditeurs tels que Génération5, Retz ou Magnard qui impriment des manuels papier et en assurent la diffusion et la commercialisation. Cette démarche me semble particulièrement exemplaire, en effet Sésamath prouve par la pratique que le photocopillage ne tue pas le livre !

Les fruits du travail de Sésamath sont très concrets. J'ai pu le constater moi-même, en tant que parent, lorsque mes enfants étaient au collège. Il était par exemple très pratique de pouvoir accéder librement aux supports de cours en ligne, les manuels imprimés étant réservés à l'utilisation en classe pour éviter les transports sur le dos des enfants et les oublis.

On peut donc dire que le Libre allège les cartables tout en garantissant aux élèves d'avoir toujours sous la main leurs outils de travail.

Il existe d'autres initiatives de mutualisation de ressources pédagogiques grâce aux licences libres. Citons par exemple le site ecole.edulibre.org, conçu par Daniel Caillibaud et animé par deux membres de l'April : Cyrille Largillier et Arnaud Champollion. Ces enseignants partagent leurs documents en français, mathématiques, histoire, géographie, sciences, technologie, TICE, arts visuels, musique, langues et même EPS pour l'école élémentaire, c'est-à-dire de la petite section de maternelle au CM2.
Il me semble urgent de faire connaître plus largement ces généreuses initiatives pour bouter hors de l'école les manuels numériques truffés de DRM, ces menottes numériques qui mettent sous clef les savoirs que l'école est censée transmettre à tous, sans discrimination.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe.
J’ai deux questions de Marie-Odile Morandi à te relayer. La première c’est comment faire en sorte que les enseignants d’autres disciplines adoptent la même solution que Sésamath ?

Jean-Christophe Becquet : On peut peut-être d’abord se poser la question : pourquoi les premiers à avoir fait ça sont des enseignants de mathématiques. Moi j’y vois au moins deux éléments de réponse. Le premier ne me parait pas être un stéréotype, je pense que c’est une réalité, c’est que les enseignants de maths se sentent peut-être plus familiers, plus à l’aise avec les technologies informatiques qui sont utilisées pour l’édition collaborative de ces ressources.
Le deuxième élément qui me vient à l’esprit, pourquoi les maths, c’est que l’avantage des maths c’est que toutes les ressources qui composent les programmes, les théorèmes de maths, sont de libre parcours. On ne peut pas breveter les théorèmes de mathématiques, le théorème de Thalès et de Pythagore sont libres donc il est très facile de les documenter, de les exploiter dans un manuel sous licence libre. C’est complètement différent si on veut faire un manuel de français ou un manuel d’histoire-géographie. Pour le programme d’histoire contemporaine on va être bien embêté parce que toutes les ressources documentaires qu’on va vouloir utiliser sont protégées par le droit d’auteur, donc les compiler dans un manuel sous licence libre ne sera pas possible.
Ceci dit, comme je le citais à la fin de la chronique, il y a aujourd’hui des enseignants qui font cette démarche dans d’autres disciplines. On trouve par exemple sur le site ecole.edulibre.org que j’évoquais des livres, des ouvrages de littérature pour enfant sous licence libre, utilisables dans le cadre scolaire et au-delà. Mais ça nécessite, du coup, une démarche d’écriture à part entière parce que si on veut utiliser les grands classiques de la littérature, on est gêné par le fait que ces ouvrages sont protégés par le droit d’auteur et cela 70 ans après la mort de l’auteur, donc autant dire qu’une grande partie, la quasi-totalité de la littérature étudiée dans les programmes scolaires, est inutilisable sous licence libre.
Après, comment convaincre des enseignants d’autres disciplines.

Frédéric Couchet : C’était la deuxième question de Marie-Odile. En une minute, comment les convaincre ?

Jean-Christophe Becquet : Comment convaincre ces enseignants ? Je pense qu’il faut vraiment argumenter sur les vertus des licences libres, les vertus de partage, les vertus de mutualisation. Dans le cadre de Sésamath, l’enseignant qui a fait le chapitre sur Thalès, eh bien grâce à la contribution de ses collègues, il a Pythagore, il a tout le reste du programme et les quatre niveaux du collège. Donc il y a cet aspect mutualisation et c’est vrai que dans le monde enseignant il y a encore une grosse crainte par rapport à l’utilisation commerciale des ressources qui seraient libérées.
Je pense que les manuels Sésamath montrent qu’en fait l’utilisation commerciale des manuels n’est pas du tout un problème, au contraire c’est un atout parce que ça permet une meilleure diffusion de ces manuels, ça rend service aux élèves, aux enseignants, aux familles auxquels sont destinés les manuels. Je pense que ce qu’il faut faire connaître les licences libres et leurs vertus de diffusion, de partage des savoirs, le plus largement possible au sein de la communauté éducative.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe.
C’était la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet. On va juste indiquer que le site de Sésamath c’est sesamath.net.
Jean-Christophe, je te souhaite une bonne fin de journée et on se retrouve le mois prochain.

Jean-Christophe Becquet : Ça marche. Merci. Bonne fin de journée à tous et à toutes.

Frédéric Couchet : Au revoir.

Nous allons terminer par quelques annonces.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Annonces rapides parce que la fin de l’émission approche.

Déjà la réponse au quiz. Je vous disais que le groupe de travail Sensibilisation de l’April se réunit actuellement à distance chaque jeudi soir. La question était : quel outil libre de visioconférence est utilisé ? La réponse c’est Jitsi Meet, dont j’ai d’ailleurs parlé tout à l’heure à titre personnel, et le site qui est utilisé en l’occurrence c’est visio.chapril.org, Chapril étant la contribution de l’April au collectif CHATONS dont on a parlé dans le sujet précédent. N’hésitez pas, vous pouvez vous aussi utiliser librement cet outil et les autres outils proposés par le Chapril, je rappelle chapril.org. La prochaine réunion du groupe de travail Sensibilisation c’est justement ce jeudi 24 septembre 2020 à partir de 18 heures 30, à distance, donc n’hésitez pas à participer.
Etalab, une structure de l’État, lance une enquête sur les pratiques de publication du code source du secteur public. Ce questionnaire vous prendra 5 à 15 minutes. N’hésitez pas à le remplir, à le diffuser auprès du secteur public. Toutes les références sont sur le site de l’April et sur causecommune.fm.
Vous avez un certain nombre d’évènements qui sont annoncés sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.
Je rappelle également que la radio dispose d’un répondeur. Vous pouvez réagir à l’un des sujets de l’émission, nous poser une question ou simplement nous laisser un message. N’hésitez pas à l’utiliser, le numéro du répondeur c’est 09 72 51 55 46, je répète 09 72 51 55 46.
Voilà pour les annonces, je vérifie. J’ai tout fait.

Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Noémie Bergez, Claudine Chassagne, Jean-Christophe Becquet.
Aux manettes de la régie aujourd’hui pour son retour, Patrick Creusot. Ça s’est bien passé Patrick ?

Patrick Creusot : Très bien.

Frédéric Couchet : On rigole parce que juste avant la prise d’antenne on a eu quelques soucis, mais tout s’est très bien passé.
Je remercie également l’équipe qui traite les podcasts : Sylvain Kuntzmann, Antoine, Samuel Laurent, Olivier Humbert, Olivier Grieco et les découpeurs de podcasts Quentin Gibeaux et Christian-Pierre Momon, qui vous permettent d’avoir des podcasts de qualité pour l’émission entière et également par sujet.

Vous retrouverez sur le site web april.org et sur le site de la radio, causecommune.fm, toutes les références utiles ainsi que les moyens de nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. N’hésitez pas à faire des remarques et questions, elles sont les bienvenues.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et également à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 29 septembre 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur le thème du logiciel libre et la santé et on parlera notamment du Health Data Hub, la plateforme des données de santé. L’émission sera animée par mon collègue Étienne Gonnu.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi prochain et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Lettre d'information publique de l'April du 1er octobre 2020

jeu, 10/01/2020 - 09:20

Bonjour,

Le projet de rapport au Parlement, sur la possibilité de créer un Commissariat à la souveraineté numérique vient d'être publié. L'April avait été auditionnée. Le rapport fait le constat que le logiciel libre doit être un élément structurant pour une politique publique de souveraineté numérique cohérente.

L'April a été auditionnée par la mission « Géants du numérique » et par la mission sur l'obsolescence logicielle. Les rapports de ces deux missions sont attendus dans quelques mois.

Véronique Bonnet, présidente de l'April et professeur de philosphie, a publié un éditorial Code is Education.

Vous pouvez retrouver les podcasts des émissions des 1er, 8, 15 et 22 septembre. Au programme : les syndicats de l'éducation et le logiciel libre ; la chronique de Marie-Odile Morandi « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture », les nouveautés de la saison 4 de l'émission ; Les femmes et l’informatique ; première chronique d'Antanak ; Fête des Possibles. ; l'informatique c'est quoi (sujet principal) ; première chronique musicale d'Éric Fraudain ; chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet ; collectivités et logiciel libre avec Claudine Chassagne adjointe au Maire de la commune de Saint Martin d'Uriage ; chronique de Noémie Bergez sur l'invalidation du « Privacy shield » ; chronique de Jean-Christophe Becquet sur Sésamath et les ressources pédagogiques sous licence libre.

Vous pouvez également découvrir et diffuser largement les bandes-annonces de présentation de cette saison 4.

Pensez à vous abonner au podcast de l'émission ainsi qu'à la lettre d'actus.

Suite à notre appel pour avoir de l'aide pour le traitement des podcasts de « Libre à vous ! » nous avons reçu trois propositions d'aide. L'équipe podcast est en train de se mettre en place.

Vous pouvez contribuer aux actions de notre groupe de travail Sensibilisation qui travaille notamment sur un jeu de plateau coopératif et pédagogique appelé « Jeu du Gnou ». Le groupe se réunit régulièrement en visio-conférence, une réunion est d'ailleurs prévue ce jeudi 1er octobre à 17 h 30 (accueil à 17 h 15).

Le groupe Transcriptions vous offre treize nouvelles transcriptions.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité.

Consultez la lettre publique pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une trentaine d'articles.

Une question pour finir : deux grands projets du logiciel libre ont fêté récemment respectivement leur 10 et 27 ans. Quels sont ces deux projets ?

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Code is Education. Un éditorial de rentrée de Véronique Bonnet, présidente de l'April

« Le monde d'après », qui fait sauter certains comme des cabris, dans la jubilation du « hors-sol », peine à dissimuler ses pilotis idéologiques. À la résultante historique la plus surdéterminée, on prétend refaire une virginité. Telle Vénus surgissant de l'écume des flots, la mythologie de l'abolition du « monde d'avant » multiplie les représentations chaotiques, purement chronologiques, de ce qui arrive. Parler de mondes successifs, comme de vagues successives de la pandémie, pour se référer aux irruptions successives des crises sanitaire, économique, existentielle, écologique, peut faire figure de pis-aller explicatif commode, mais ne doit pas faire disparaître dans les sables la logique des événements. Lire la suite.

Le projet de rapport étudiant l'intérêt, ou non, de créer un Commissariat à la souveraineté numérique disponible en ligne

Le rapport, ou plutôt le projet de rapport remis au Parlement, sur la possibilité de créer un Commissariat à la souveraineté numérique vient d'être publié sur son site par une Sénatrice. L'April avait été auditionnée en 2017 par les deux ingénieurs des mines chargés de rédiger le projet de rapport. Dans le document publié, ils font le constat que le logiciel libre doit être un élément structurant pour une politique publique de souveraineté numérique cohérente.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Code is Education. Un éditorial de rentrée de Véronique Bonnet, présidente de l'April
  2. Le projet de rapport étudiant l'intérêt, ou non, de créer un Commissariat à la souveraineté numérique disponible en ligne
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Auditions
    2. Contribuer aux projets du groupe de travail Sensibilisation
    3. S'inscrire à la liste d'information dédiée à l'émission « Libre à vous ! »
    4. Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune
    5. Libre à vous ! : les bandes-annonces
    6. Décryptualité
    7. Treize nouvelles transcriptions
    8. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
    2. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Auditions

L'April a auditionnée par la mission « Géants du numérique » de l'Assemblée nationale ainsi que dans le cadre d'une mission d'information sur l'obsolescence logicielle. Les rapports de ces deux missions sont attendus dans quelques mois.

Contribuer aux projets du groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre. Le groupe travaille notamment actuellement sur « Le jeu du Gnou » (jeu coopératif et pédagogique) et sur un « Quiz enjeux de l'informatique » (questions autour du logiciel libre, les licences libres, etc). Le groupe organise régulièrement des réunions de travail à distance.

Toutes les informations utiles pour contribuer sont disponibles sur la page wiki du groupe.

S'inscrire à la liste d'information dédiée à l'émission « Libre à vous ! »

Pour savoir toutes les nouvelles de l'émission Libre à vous ! sur les libertés informatiques, inscrivez-vous à la lettre d'actus.

Vous y recevrez régulièrement les actualités concernant l'émission : annonce des podcasts, des émissions à venir et de toute autre actualité en lien avec l'émission.

Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune

Libre à vous ! a fait sa rentrée mardi 1er septembre 2020. Quatre nouvelles éditions de l'émission ont été diffusées en direct sur radio Cause Commune.

Émission du 1er septembre 2020

Au programme : syndicats de l'éducation et logiciel libre ; la chronique de Marie-Odile Morandi « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture », les nouveautés de la saison 4 de l'émission.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 8 septembre 2020

Au programme : Les femmes et l’informatique - la première chronique d'Antanak - Fête des Possibles.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 15 septembre 2020

Au programme : l'informatique c'est quoi (sujet principal) ; première chronique musicale d'Éric Fraudain ; chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 22 septembre 2020

Au programme : collectivités et logiciel libre avec Claudine Chassagne adjointe au Maire de la commune de Saint Martin d'Uriage ; chronique de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, sur l'invalidation du « Privacy shield » ; chronique de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, sur Sésamath et les ressources pédagogiques sous licence libre.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Libre à vous ! : les bandes-annonces

Nous avons mis en ligne deux bandes-annonces pour cette nouvelle saison de Libre à vous !. N'hésitez pas à les diffuser largement pour faire connaître l'émission.

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Treize nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec treize nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir Événements passés Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 4 septembre 2020, la synthèse de la revue du 11 septembre 2020, la synthèse de la revue du 18 septembre 2020, la synthèse de la revue du 25 septembre 2020.

Adhésions

Au 1er octobre 2020, l'association compte 3 960 membres (3 653 personnes physiques, 307 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

Pour recevoir automatiquement par courriel cette lettre, inscrivez-vous à la liste de diffusion

Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

#76 - Santé et logiciel libre – « Maitre et serviteur » – Digital rime avec médiéval - « Libre à vous ! » diffusée mardi 29 septembre 2020 sur radio Cause Commune

mar, 09/29/2020 - 15:30

Au programme de l'émission : Santé et logiciel libre, la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème « Maitre et serviteur » et la chronique « La pituite de Luk » dont le thème sera : « Digital rime avec Médiéval » .

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 76e émission :

  • Notre sujet principal porte sur le thème du logiciel libre et de la santé. Il sera notamment question de l'appel d'offres de la Centrale d'Achat de l'Informatique Hospitalière sur le logiciel libre et du « Health Data Hub » (dont nous avions discuté lors du Libre à vous! #51 du 28 janvier 2020).
  • la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème « Maitre et serviteur ».
  • la chronique « La pituite de Luk » dont le thème sera : « Digital rime avec Médiéval ».
  • diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique de Vincent Calame
  4. Références pour la partie sur santé et logiciel libre
  5. Références pour la chronique de Luk
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April
  • Vincent Calame, bénévole à l'April
  • Adrien Parrot, président de l'association InterHop (les hôpitaux français pour l'interopérabilité)
  • Pierre-Yves Dillard de la société Easter-Eggs
  • Philippe Montargès, co-président de la société Alterway
  • Luk
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April(à la régie)
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

Références pour la chronique de Vincent Calame Références pour la partie sur santé et logiciel libre Références pour la chronique de Luk Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Rétrospective juridique - Actualité - Travaux en cours - Benjamin Jean - RMLL2015

mar, 09/29/2020 - 13:09


Titre : Rétrospective juridique : actualité et travaux en cours.
Intervenants : Benjamin Jean - François Pellegrini
Lieu : RMLL2015 - Beauvais
Date : Juillet 2015
Durée : 40 min 38
Visualiser la vidéo
Support de la présentation format ODP ou format PDF
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Benjamin Jean, Inno3 - Licence Creative Commons CC By-SA 4.0.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

D’une manière qui leur est propre, les juristes travaillent à renforcer le Libre. Cette présentation dressera ainsi une rétrospective des années 2014-2015 afin de présenter, à l’international comme en France, les dernières actualités judiciaires ainsi que les divers groupes de travail en place.

Transcription

Le but de cette petite conférence, c'est d'essayer de partager un peu, je dirais, ma vision sur les travaux juridiques qui ont eu lieu dans l'année 2014. Je vais commencer par me présenter. Benjamin Jean, juriste de formation, spécialisé en propriété intellectuelle et, je vais utiliser un mot tabou ici, spécialisé aussi dans le domaine des licences libres et open source. Je travaille dans le secteur du logiciel, de l'open data et tous ces modèles de collaboration qui s’appuient sur le droit.
Pour faire le lien, contrairement à l'intervention précédente et à d'autres interventions qui ont eu lieu dans le cadre des Rencontres mondiales, honnêtement, je m'intéresse aujourd’hui moins, en tout cas ce n'est pas le lieu de cette intervention, aux actualités législatives, aux nouvelles lois, qui sont en train soit d’être discutées, soit qui ont été votées, qui vont être changées, et qui, finalement, bougent plus vite que ce qu'on peut, nous-mêmes, faire comme travail de veille sur ces sujets. De mon point de vue, c'est déjà peu intéressant, mais ce n'est surtout pas juridique. Pourquoi ? Les enjeux sont fondamentaux, sont cruciaux, mais finalement, ceux qui travaillent sur ces lois ne sont pas des juristes. Effectivement, ce sont eux qui font la loi, clairement, mais la loi évolue au fur et à mesure pour répondre à des enjeux et des impératifs qui, encore une fois, ne sont pas juridiques. Je pourrais en parler, je pourrais échanger. Je côtoie, de plus en plus, maintenant, les personnes qui font pression pour que la loi aille dans un sens ou dans l'autre. C'est peut-être intéressant d'un certain point de vue — intellectuel, politique, stratégique —, mais, encore une fois, et je pense que je l'aurais dit suffisamment, ce n'est pas juridique.

Quand on vous dit — après je vous poserai une question quand même — que sur des sujets liés à la loi sur le renseignement, la loi sur la consommation, c'est à vous, en tant que citoyen, contribuable, de faire en sorte de vous faire entendre, c'est clairement le cas. Si vous ne le faites pas, les juristes ne le feront pas pour vous, ce n'est pas leur rôle, et puis aussi, à chacun de prendre ses responsabilités. Voilà, cette entrée en matière un peu brutale. Désolé !

Ce que je voulais évoquer aujourd'hui c'est un peu le fruit de mon expérience et de mon vécu de cette année. Différents sujets.
D'une part, montrer les travaux sur lesquels les juristes se rejoignent, principalement en France, pour faire avancer le droit ou la collaboration ou les modèles liés au Libre et à l'open source.
De nouveaux projets, champs d'investigation qui touchent à ça.
Le projet SPDX [Software Package Data Exchange]. Là j'irai dans le technique, mais c'est très lié en fait, c'est comment, justement, gérer, comment les ingénieurs ou les gens qui pensent le droit comme un objet technique, comme un programme presque, peuvent faciliter, en l’occurrence, la gestion des licences.
Différentes voies de convergence. C'est-à-dire que de mon point de vue, de plus en plus maintenant le logiciel libre peut être défendu par d'autres orientations ou d'autres visions que celles purement, j'allais dire dogmatiques — mais ce n'est pas péjoratif —, en tout cas les définitions qu'on peut connaître de la Free Software, la Free Software Definition, ou celle de l'open source. Il y a d'autres moyens, l’interopérabilité en est un bon, je pense, pour pouvoir faire la promotion des formats ouverts et du logiciel libre.
Je vais parler aussi, rapidement, de l'Open Data, de l'Open hardware, qui sont des sujets en pleine croissance, en tout cas de plus en plus actuels, et sur lesquels on peut s'appuyer, maintenant, aussi pour défendre les intérêts du logiciel libre.
J'avais aussi une dernière section actualité judiciaire, finalement il n'y a rien à dire, quasiment, donc je passerai très rapidement.

Un vent de mutualisation

Juste une question : qui, dans la salle, est juriste de formation ? Il ne faut pas avoir honte, malgré tout ce que j'ai pu dire, les juristes ont tout à fait leur place, au moins dans le domaine du Libre. C'est juste que notre champ d'action, on le verra, n'est pas nécessairement celui de l'établissement des lois, mais plus de la conception des outils, en tout cas à mes yeux. Mettre à disposition les outils qui vont ensuite permettre aux gens de créer ensemble, sur les licences open source, donc d'associer un contrat, des règles précises, à un projet de collaboration.

Juste une remarque et ce sera le point liminaire. L'une des raisons, à mes yeux, du succès du logiciel libre c'est notamment — c'est loin d’être suffisant — l'idée des licences libres comme instrument harmonisé. On s'est dit plutôt que d'avoir un contrat par logiciel, comme c’était le cas lorsque Richard Stallman a publié ses premiers logiciels, on va mettre un contrat pour tous les logiciels. Il y a plusieurs contrats, mais qui peuvent s'appliquer sur quasiment tous les logiciels. Ça, pour parler uniquement de la licence de Richard Stallman, donc de la FSF [Free Software Foundation], ça a été la bascule, en 1989, lorsqu’ils se sont dit « finalement on ne va plus avoir une licence par projet, mais on va avoir une GPL, General Public License ». Ça vient vraiment de là. On va harmoniser le contrat, il sera utilisé partout. Le gros intérêt c'est que maintenant, à l'échelle internationale, quel que soit le projet, quels que soient les contributeurs, donc les pays d’origine, peu importe, on s'appuie sur des contrats qui sont les mêmes. Honnêtement, c'est en tout cas l'une des raisons du succès et c'est ce qui favorise la reprise de code d'un projet dans un autre, donc la mutualisation.

Les licences sont les premiers instruments, je pense, de mutualisation. En termes juridiques, c'est le premier outil qui traite du droit qui nous intéresse.
Dans la même lignée, on a vu des sociétés : je pense à Canonical, la société qui est derrière Ubuntu, mais il y avait aussi Alcatel, il y avait plein d'autres projets, plein d'autres sociétés, et aussi des projets communautaires comme la FSF1, la Fondation Linux2, ou le SFLC, le Software Freedom Law Center3, donc le Centre pour la recherche juridique de la liberté, je ne sais plus comment le traduire en français, qui est dirigé par Eben Moglen, le bras droit juridique de Richard Stallman.

Donc ce projet de Contributors Agreement a eu pour principe, comme livrable, une série de documents qui permettent de gérer non plus le code qu'on va mettre sur un projet : ce n’était plus la licence qui était associée à chaque contribution dans un seul projet, mais c’était la licence qui était imposée à celui qui voulait contribuer, excusez-moi, je vais reprendre, mais celui qui voulait que son code soit repris par le projet lui-même. Je donne un exemple : vous voulez contribuer à Firefox, Mozilla Firefox, il faut effectivement mettre votre code sous MPL [Mozilla Public License], mais ce n'est pas suffisant, il faut aussi transmettre les droits à la Fondation. Le document par lequel vous allez transmettre ces droits à la Fondation est un autre document, ce n'est plus la licence. Auparavant c'étaient des documents qui, à chaque fois, étaient au cas par cas ; le projet Harmony a eu pour objectif d’harmoniser cette seconde strate de documents contractuels. En fait, les juristes se sont pris au jeu. Une fois qu'ils se sont aperçus que c’était intéressant d'essayer d'échanger leurs pratiques en matière de licences mais aussi en matière de Contributors Agreement de manière générale, ils se sont dit « mais tiens, finalement on gagne à travailler ensemble ». Donc il y a eu un vrai élan, c'est pour ça que j'avais mis ce titre-là tout à l'heure, de collaboration entre les juristes et c'est en train de s'étendre.

On a eu le même travail en matière de politique de marques. Vous avez un projet, je reprends l'exemple de Firefox, c'est uniquement parce que je l'ai en tête, on pourra transposer si vous le souhaitez. Firefox va vous dire « très bien j'ai plusieurs marques, la marque verbale Firefox ou Mozilla ; j'ai des marques figuratives, donc le renard ou même la marque — il y a plusieurs marques détenues par Mozilla — vous pouvez les utiliser dans certains contextes, de certaines manières. Si vous faites une localisation, si vous traduisez Firefox, vous pouvez utiliser le logo. Si jamais vous voulez changer le code, vous faites une modification quelconque dans le code de Firefox, vous ne pouvez plus utiliser le nom Firefox ». Ce n'est qu'un exemple, c'est une politique en matière de marques, c'est très accepté. Mais c'est, encore une fois, un document, généralement une politique qui est sur le site de l'éditeur, qui vient formaliser tout ça. L'association Wikimedia a mis en place un template, un modèle de contrat, en tout cas de politique en matière de marques, qui est partagé entre tous les projets, entre un certain nombre de projets open source. Encore une fois, c'est juste un exemple de ce qui a pu être mutualisé entre juristes.

Un dernier exemple, ou en tout cas un dernier projet. Est-ce que vous connaissez Richard Fontana ? C'était l'ancien responsable juridique de Red Hat qui maintenant est passé chez HP. C'est à la fois un développeur et un avocat, quelqu'un de très bien, qui est aussi l'un des principaux rédacteurs de la GPLv3. Pour information, c’est lui qui était un petit peu la cheville ouvrière de la dernière GPL. À l'époque il était au SFLC, ensuite il est parti à Red Hat et depuis il est chez HP. Il avait créé ce projet sur GitHub, qui avait pour objectif de collaborer dans la rédaction d'une nouvelle GPL. Il voulait sortir, un peu, du carcan ; la FSF a sa licence avec une vision peut-être parfois un peu hégémonique, donc il créait une nouvelle licence. Il a incité d'autres avocats, et c'est là où ça devient intéressant, à contribuer directement sur le projet, à forker sa licence pour essayer de l'améliorer. C'est vraiment une logique de contribution autour du document lui-même.
Il y a même, si jamais vous vous intéressez au sujet, une page sur GitHub pour tous les avocats ou tous les juriste qui ont un compte GitHub. Il n'y en a pas des masses. Ceux qui sont dessus peuvent y figurer. Je ne sais plus quelles sont les informations demandées.

En matière de brevets, idem, il y a une initiative qui est assez intéressante, ce n'est pas du contractuel en tant que tel, qui se développe en Europe, l'Open Invention Network4. Je ne sais pas si ça vous parle ? Pas plus que ça. Je vois des têtes qui hochent. Ce n'est pas quelque chose qui a bonne presse, en fait, jusqu'à il y a peu de temps en France et en Europe, pour la simple et bonne raison que ça revient, d'une certaine manière, à reconnaître les brevets sur les logiciels. L’idée de l'Open Invention Network ce sont les entreprises qui mutualisent leurs brevets pour protéger un secteur d'environnement, en l’occurrence Linux. Aux États-Unis ça marche très bien, c'est une société à part entière. Google, Red Hat, tous les gros en font partie et tous leurs brevets sont licenciés, donc sont mis à disposition de cette société, au profit de tous ceux qui signent le même contrat de la société. Donc il y a vraiment une logique de parapluie. C'est un patent troll'' mais mode défensif, avec en plus, dans le cadre de l'OIN, d'une part ils déposent eux-mêmes des brevets. Alors je ne sais pas qui invente derrière, en tout cas il y a un dépôt de brevets, et d'autre part des initiatives contre la brevetabilité, notamment un projet communautaire qui cherche à créer des antériorités aux brevets. C'est en crowdsourcing donc n'importe qui peut contribuer. Il a accès au dépôt de brevets actuels dans l'USPTO, et ensuite, donc ce projet, ''Linux Defenders, qui est poussé par l'OIN, va faire en sorte de donner l'accès aux bonnes antériorités à l'USPTO pour que le brevet soit rejeté.
En Europe, c'est quelque chose qui là, depuis deux trois ans, est poussé de manière assez agressive, je dirais. En tout cas toutes les sociétés qui font de l'édition de logiciels et qui utilisent du Libre et de l'open source sont contactées par l'OIN pour adhérer à la démarche. J'ai une position, à priori, c'est dur de se prononcer dessus, mais dès lors qu'on est clair sur la non brevetabilité des logiciels, j'aurais tendance à conseiller à une entreprise… Pardon ?

Public : C'est le contraire.

Benjamin Jean : Désolé, la fatigue. Je ne vous énumérerez pas tous les motifs qui la justifient, mais la fatigue est là, c'est indéniable. Dès lors qu'on est contre la brevetabilité des logiciels et qu'on a une position tranchée sur le sujet, ça ne coûte pas grand-chose d'adhérer à cette société, ne serait-ce que lorsqu'on veut ensuite diffuser ses logiciels sur un marché, marché américain, japonais ou que sais-je, où là, de toutes façons, les brevets sont forts et sont exploités de manière très agressive.

Un dernier projet de mutualisation, pareil, entre juristes, là c'est plutôt entre grands comptes. Lorsqu'une société utilise du Libre et de l'open source, de plus en plus le font — en fait, toutes les sociétés qui développent, qui ont des projets de recherche utilisent du Libre et de l'open source — généralement, ce qu'elles font au bout d'un moment, c'est qu'elles mettent en place une politique qui, en quelques mots, va formaliser quelles sont les licences qui sont autorisées : est-ce qu'on veut du GPL, est-ce qu'on veut de l'Apache, est-ce qu'on veut du BSD ? Peu importe ! Et, en fonction des licences, quels sont les processus, quelle est la procédure, que faut-il respecter, quelles sont les informations à collecter et à qui faut-il les envoyer ?, donc toute une série de process. Une gouvernance, un comité est mis en place, et là, l'enjeu de ce groupe de travail que j'évoque, il n'a pas de nom, ça a été de reconnaître les politiques des autres sociétés. Imaginons que je sois la mairie d'une grande ville, je suis la mairie de Lyon, je dis n'importe quoi, ou je suis Airbus. Quelqu'un développe, à partir de logiciels libres ou open source pour moi. Si je ne veux pas avoir à revalider toute la gestion du Libre et de l’open source des composants qui ont été utilisés, je vais devoir faire confiance à sa politique, mais sur quels critères ? En fait, c'est cette reconnaissance, inter-politique, que cherche à mettre en place ce groupe de travail.

De nouveaux projets et champs d'investigation

Nouveau projet et champ d’investigation. Là, très rapidement, j'embraye sur le sujet qu'a évoqué Marie [Duponchelle], l'interopérabilité. J’ai travaillé sur l’interopérabilité, pas tout à fait dans les mêmes visées, je dirais, ou le même usage. Quand vous avez des spécifications, les spécifications c'est tout ce qui est, en fait, interface logiciel, API [Interface de programmation d'application], protocoles et formats, c'est potentiellement protégeable par certains droits de propriété intellectuelle. Je ne vais pas rentrer trop dans le détail, mais ça peut être du droit d'auteur, des brevets, parfois c'est du secret. Il y a potentiellement un monopole sur la spécification en tant que telle. Je ne parle pas du programme qui l'implémente, je suis désolé, je rentre un peu dans le technique, mais au-delà du programme qui implémente la spécification, la spécification, ce qui permet à plusieurs logiciels de communiquer entre eux, peut être protégée. Et l'idée de ce type d'initiative c'est de s'assurer que ces informations, ces spécifications, ces informations d'interopérabilité elles-mêmes, sont sous une licence qui permet ensuite, ne serait-ce que leur implémentation, mais aussi la réutilisation dans un contexte open source ou dans un contexte commercial. Je fais très bref. Je vois François froncer les sourcils

François Pellegrini: On parle des brevets puisqu'on est au niveau de la fonctionnalité.

Benjamin Jean : Malheureusement, oui, je suis d'accord avec toi. Si ce n'est qu'il y a des juges qui ont reconnu que les API étaient protégeables par le droit d'auteur, et droit d'auteur non pas logiciel, mais droit d'auteur.

François Pellegrini: C'est toujours la Cour suprême ?

Benjamin Jean : Cour d’appel. Oui c'est en cour d'appel.

François Pellegrini: Oui, c'est en Cour d'appel parce que le premier jugement était limpide, était parfait.

Benjamin Jean : A été complètement rejeté.

François Pellegrini: Le deuxième était ridicule, donc là maintenant, c'est devant la Cour suprême.

Benjamin Jean : C'est ça. En fait, c'était un procès entre Oracle et Google. Le premier juge a dit à Oracle, je lis « très bien, d'une part lorsque Google a repris, donc a développé sa propre machine virtuelle pour Android, il n'a pas repris votre code, il a repris trois/quatre lignes et rien de protégeable par le droit d'auteur et, d'autre part, votre API, les API ne sont pas protégeables, donc passez votre chemin, il n'y a rien à voir ». Ça c'était en première instance. Ensuite le deuxième juge qui était, peut-être, moins compétent techniquement, pour dire les choses de manière posée, a reconnu que non, il y avait tout à fait un droit d'auteur et, à partir de là, a rendu les choses un peu plus complexes. En plus il a reconnu un droit d’auteur non pas logiciel, mais un droit d'auteur classique.
La raison pour laquelle je vous dis ça, c'est qu'en matière de droit d'auteur logiciel, il y a cette exception d'interopérabilité. On ne l'a pas en droit d’auteur classique. Et là, les API sont protégées par un droit d'auteur classique. Donc on n'a même pas d'exception d'interopérabilité. Mais effectivement ce n'est pas fini. Ce qui est intéressant c'est qu'aux États-Unis on en est à ce stade-là, il y a un droit d'auteur.
La question qui se pose, qui va se poser prochainement, c'est : y a-t-il un fair use'' qui permettrait, néanmoins, l'implémentation de l'API ? Et on rejoint l'autre élément que je voulais évoquer, le droit à la concurrence : est-ce que dans le cadre d'une libre concurrence ou d'une ouverture à la concurrence, compte-tenu de l'impact que ça aurait de protéger, par un droit d'auteur complet une API ; encore une fois les API c'est le vocabulaire qu'on va utiliser pour pouvoir communiquer avec une autre application, c'est le vocabulaire, donc aux États-Unis on est dans cette idée où, finalement, c'est protégé par le droit d'auteur, mais peut-être que le ''fair use'' — ''fair use'' c'est cette exception générale aux États-Unis qui permet aux juges, ponctuellement, de dire « effectivement il y a un droit d'auteur, copyright, mais, dans ce contexte-là, le ''fair use'' vous permet quand même de continuer ce que vous êtes en train de faire ». On n'a pas de ''fair use'' en Europe. Donc nous, on va se retrouver, si jamais on reconnaît le même droit d'auteur, avec un droit d'auteur complet sur les API, mais sans notre ''fair use, derrière, pour nous protéger. Je crois qu'il y a une question. Oui.

François Pellegrini: Il faudra qu'on rediscute, parce que je ne suis pas tout à fait d’accord avec ta séparation API, protocoles, formats, puisque que finalement c'est totalement lié du point de vue abstrait.

Benjamin Jean : Oui, tout à fait.

François Pellegrini: Les API sont tout autant une grammaire au sens où on est, quand même, dans le niveau fonctionnel et abstrait, on n'est pas dans la création de formes. La création de formes étant celle qui caractérise le droit d'auteur ; c'est peut-être un peu technique pour ce niveau-là. Mais l'API, c'est la définition : dans une fonction tu as un entier, deux flottants, etc. On n'est pas dans la création de formes. On est dans la définition abstraite et fonctionnelle, donc on est en dehors du domaine du droit d'auteur.

Benjamin Jean : Le problème c'est qu'elles se formalisent par un document. En fait, c'est ce document qui est technique.

François Pellegrini: Mais qui, de fait, ne traduit pas la personnalité de son auteur. C'est-à-dire qu'en fait, le point spécifique sur lequel portait le jugement Oracle contre Google, c'est sur le nom des fonctions. Pas sur le fait qu'il y ait un certain type de paramètres d'appel, mais le choix du nom des fonctions lui-même. Et je ramènerais, mais ça tu pourras en parler largement mieux que moi, sur ce qui existe aussi aux États-Unis, le must fit must match, qui est aussi un angle d'attaque par rapport à la nécessité d'interopérabilité du monde physique, qui peut être transposé.

Benjamin Jean : Ça permet aussi de présenter François Pellegrini5, dans la salle, qui connaît le sujet de l'interopérabilité comme vous avez pu le constater.
En tout cas, pour moi l'interopérabilité c'est vraiment quelque chose qui mérite encore d’être creusé. De manière générale je pense que l'interopérabilité va pendre beaucoup plus de place dans la société de demain que le droit d’auteur, même droit d'auteur logiciel. Et dans le domaine du logiciel libre, c'est d'autant plus intéressant que tous les grands groupes travaillent sur cette notion d’interopérabilité et ne font pas en sorte de favoriser l'ouverture à l'open source.

Un projet que je voulais aussi évoquer. Là, on n'est plus dans les licences libres appliquées au code en tant que tel, mais un projet qu'on a lancé en 2014, justement en octobre, qui s'appelle Open Law6, qui avait pour objectif d’ouvrir un secteur, je dirais une filière économique, un secteur économique, autour de l'exploitation des jeux de données juridiques. En France, je pense que tout le monde connaît Légifrance, dites-moi si je me trompe, tout le monde peut y accéder gratuitement, ça c'est un aspect positif, c'est assez récent, mais c'est le cas. Néanmoins, la société qui voulait exploiter la base de données qui permet ensuite de donner accès à toutes ces jurisprudences, toutes les lois, la société qui voulait accéder aux jeux complets de données devait payer une licence, un coût relativement élevé à la DILA, qui est la Direction de l'information légale et administrative. Donc il y avait cette problématique où finalement, effectivement, pour, je dirais, l'usager final on avait accès à la loi, en revanche la base de données qui contenait toute cette loi, elle, était soumise au droit sui generis des bases de données notamment, qui permettait de soumettre à licence l'accès à cette base, donc l'exploitation de nouveaux services.En 2014, on a essayé de changer un peu les choses.
Juste pour revenir là-dessus, il y avait un nombre très limité d'acteurs, des éditeurs, qui accédaient à ces jeux de données, qui proposaient des services autour de ça. Partant d'un postulat qui est vieux comme la loi, qui dit que nul n'est censé ignorer la loi, on s'est dit que c'était quand même aberrant, alors que tout le monde parle d'Open Data, d'Open gouv, ou de transparence et d'ouverture des données, que les données juridiques, elles-mêmes, n'aient pas ce statut-là. Donc on a travaillé ensemble pour identifier toutes les bases de données, ou un maximum de bases de données qui n'étaient pas encore ouvertes et qui pouvaient l’être, pour ouvrir celles qui le pouvaient, pour identifier celles qui ne pouvaient pas encore l’être mais qui le devraient, et pour animer la filière, en tout cas de faire en sorte que les gens se saisissent de ces jeux de données-là et puissent créer à partir de ça. Et ils l'ont fait en open source, ils l'ont fait grâce aux jeux de données qui étaient en open data et je passe les autres ambitions qu'on a dans le cadre de ce projet.
Donc c'est une association, c'est vraiment un projet qui réunit, et c'est tout son intérêt, des acteurs publics et privés. L'objectif c'est donc de favoriser l’ouverture des données, des jeux de données en tant que tels, favoriser le développement d'applications à partir, en tout cas autour de ces jeux de données, pour que n'importe qui puisse produire des services faciles autour de l'exploitation des jeux de données juridiques.

Définition de spécifications open source interopérables, donc on revient à l'élément que j'ai cité juste avant.

Diffusion de contenus en Open Content et favoriser l'Open Access. Je ne sais pas s'il y a une conférence sur l'Open Access dans le cadre des Rencontres mondiales. Ça c'est aussi un sujet crucial.

Public : Je recherche. J'ai vu quelque chose traîner dans le programme sur la recherche et la publication.

Benjamin Jean : D'accord. Je vous invite, alors on n'y fait pas nécessairement suffisamment attention, mais le modèle dans lequel le chercheur se trouve, qui lui impose de passer par certains publishers pour pouvoir, ensuite, être reconnu par ses pairs. On est vraiment dans un modèle où finalement on paye tout, quand je dis « on » c'est le contribuable paye tout et on n'a pas grand-chose en retour.

Public : C'est aujourd'hui même, à 14 heures 40, dans le thème Sciences et formation.

Benjamin Jean : Donc Sciences et formation, aujourd'hui même, 14 heures 40. En tout cas si les sujets liés à la production scientifique, à la recherche, vous intéressent, l'Open Access c'est vraiment the place to be. Dans le domaine juridique il n'y a actuellement rien dans l'Open Access ou encore très peu, je crois qu'il y a deux initiatives en France. Oui ?

Public : J'avais une question par rapport à Open Law et par rapport à une initiative, je pense très personnelle, de quelqu'un qui a mis le code pénal sur Git, qui permet de voir les évolutions. Est-ce que, du coup, vous prenez aussi ça en considération, le fait que l'on puisse voir l'évolution de la loi, dans les jeux d'Open Data ? Et aussi, quand on a des lois en construction, on ait une branche qui permette de voir les propositions qui sont faites, les amendements, ce à quoi ressemblerait la loi.

Benjamin Jean : Ça c'est La Fabrique de la Loi7. Il y a déjà un projet notamment de Regards Citoyens et Sciences Po. Oui, idéalement en fait, tout ça rentre dans la même démarche. Est-ce qu'on le fait nous-mêmes ? Pour l'exemple du code pénal, non. Ça ne vient pas de nous, c'est un acteur qu'on connaît et ça se fait en totale convergence, mais ça ne vient pas directement de nous. On a un compte sur GitHub sur lequel on a déjà poussé un certain nombre de choses. L’objectif c'est ça. C'est vraiment de bénéficier au mieux des outils collaboratifs qu'on connaît, notamment grâce au logiciel libre, dans ces domaines.

Ce qui est intéressant pour Open Law c'est qu'on est vraiment dans un domaine métier. Je me trompe peut-être, mais je pense, en l’occurrence, que cette initiative est vraiment un succès. En tout cas, les gens se rendent compte que ça dérange ; ça dérange, mais en plus ça marche, ça crée de l'innovation. Et même des acteurs, je pense à des éditeurs juridiques qui sont en concurrence féroce, se mettent à travailler ensemble, notamment par exemple, sur les anthologies, sur des couches très basses mais qui sont nécessaires pour eux. Donc ils mutualisent en partie, et je suis assez content qu'on ait réussi à donner cette dynamique. Pour moi, si ça marche c'est qu'on est vraiment, en fait, en transverse, mais sur un secteur métier, et on adresse les producteurs de la loi, les différents intermédiaires jusqu’à l’utilisateur final.

Peut-être qu'une bonne façon, aussi, de faire de l'Open Data, en tout cas d'ouvrir et de faciliter le collaboratif, c'est de fonctionner par secteurs, de la même façon. J'aurais aimé, là en fin d'année, travailler sur le secteur de la santé. Pareil, il y a énormément de choses à faire, mais à priori c'est encore plus dur encore que le droit. Donc, on commence déjà par ce qu'on connaît.

SPDX, une version 2.0

SPDX. Qui connaît SPDX dans la salle ? Deux mains se lèvent, c'est déjà bien, on aurait pu en avoir moins. SPDX est un projet qui a été lancé, je ne sais plus si j'ai les dates, non je ne les ai pas mises, il y a quatre/cinq ans je pense. L'idée c’était que lorsque quelqu'un développe un logiciel, généralement s'il fait bien la chose, dans mon esprit ça fait partie de la qualité logicielle, il a fait attention aux licences des composants open source qu'il a utilisés ; ça fait partie des bonnes pratiques. Je vais chercher des bibliothèques à droite, à gauche, des composants, je ne le fais pas n'importe comment, je fais attention aux licences. Si je n'ai pas fait attention au moment du développement, j'y fais au moins attention avant de distribuer mon logiciel. Donc là on est sur des bonnes pratiques.
SPDX, en fait, permet de mettre dans un format XML [Extensible Markup Language], donc structuré, toutes les informations relatives aux licences, libres ou open source, des composants utilisés. L’avantage c'est, d'une part, que nous on peut le généraliser par n’importe quel logiciel, on peut le générer par n'importe quel logiciel, et, en face, n'importe quel logiciel peut prendre ce fichier et avoir accès aux mêmes informations. Donc il y a un gain de temps considérable.
Ce qui est intéressant, c'est que lorsque ce projet a été lancé on était vraiment sur cette idée juste d'un petit fichier XML qui serait transmis en même temps que le paquet et, en fait, les juristes qui ont travaillé dessus se sont dit « mais on utilise quel identifiant pour quelle licence ? ». Ils se sont rendu compte, je crois que c'était, je n'ai plus les dates, imaginons 2010, qu'il n'y avait aucune source unique d'identification des licences. C'est-à-dire que suivant les projets, lorsque le projet est en Apache v2, en version 2 de la licence Apache, vous aviez Apache, APL, AL, AL2.0, APL 2.0, Apache license'', ''Apache license v2. En fait, il y avait quinze façons différentes d'évoquer, de citer la même licence.
Généralement, en plus, on peut retrouver la licence souhaitée, mais parfois, honnêtement pour passer du temps sur ces sujets-là, c'est impossible. Surtout quand vous avez un projet, vous regardez dans le reader, et ça vous dit « Same license as », c'est-à-dire que vous avez la même licence qu'un projet qui n'est plus distribué depuis dix ans. Vous voyez un peu, après on redevient historien, ou archéologue, je ne sais pas.

Le constat était que, finalement, il n'y avait pas d'harmonisation, d’identification unique des licences, donc il y a un vrai projet qui a été lancé autour de l'identification unique des licences.

Maintenant sur le projet, sur la page SPDX, vous avez des centaines de licences, avec un identifiant unique. Ça c'est une avancée, ce n’était pas du tout attendu, mais je pense que c'est la plus belle avancée de ce projet. Tant mieux !

Au fur et à mesure que ce travail était fait, ils se sont rendu compte, finalement, que les licences étaient peu souvent utilisées telles qu'elles. Souvent, si je parle de jQuery8 par exemple, vous allez avoir un composant qui est sous MIT et GPLv2 ; ou BSD GPLv2, peu importe. Si c'est du Linux, vous allez avoir la GPL, mais avec une interprétation de Linus Torvalds. Ou si vous utilisez MySQL9, vous avez la GPLv2, mais avec une exception fausse. En fait, il y a plein de modèles comme ça. Vous avez des exceptions fausses, mais en plus, alternativement, vous avez une licence commerciale.

Le second travail sur lequel se sont penchés tous ces juristes pour faire évoluer, je dirais, la spécification SPDX, en tout cas pour couvrir plus largement, en fait, les informations qui pouvaient être contenues dans le fichier XML SPDX.
Globalement, pour faire simple, là vous avez vraiment la manière dont le fichier est structuré, et là ce sont les apports de SPDX 2.0, des expressions. Maintenant on peut dire « tel composant est sous licence GPL et sous licence Apache », par exemple, plutôt ou sous licence Apache, c'est alternatif, ou on peut dire, à l’inverse, « tel composant est soumis à trois licences » et ça veut dire qu'il faut respecter les trois licences. On a cette possibilité d'ajouter des exceptions. Pareil, c'est normalisé, c'est formaté de telle manière qu'un ordinateur puisse le comprendre, et les équivalences. C’est-à-dire que finalement on va pouvoir dire « dans telle licence le texte est écrit de telle manière. Si dans tel autre reader, dans tel autre en-tête de fichier, le texte est écrit non plus avec des étoiles mais avec des tirets, c'est du formatage, alors on considère que c'est exactement la même chose ». Parce que ça aussi, jusqu’à un an, ce n'était pas traité. Il suffisait que la personne rajoute une tabulation, j'exagère un peu, pour qu'on considère qu'il s’agissait d'une nouvelle licence, alors que ça n’avait aucun effet en droit. À l'inverse, l'ajout d'une virgule, ça peut avoir des effets conséquents.

Public : Les caractères ne sont pas égaux !

Benjamin Jean : Voilà. Exactement, pour bien conclure.

Convergence avec d'autres approches

Convergence avec d'autres approches. Là j'en reviens à ce que je disais tout à l'heure, l'un des gros chantiers liés au logiciel libre, c'est le droit de la concurrence.

Le droit de la concurrence, c'est quelque chose qui est d’autant plus pertinent maintenant qu'il y a une volonté politique, pas que, de favoriser le logiciel libre dans les marchés publics, par exemple. La décision10 du Conseil d’État est maintenant un peu vieille, parce que c'est 2011, si je ne dis pas de bêtise. Le Conseil d’État avait validé la volonté de la Picardie, justement, de favoriser le logiciel libre dans son marché. Ils l'ont fait parce qu'ils considéraient que c’était sain pour la concurrence. Et je pense que c'est vraiment un axe sur lequel il faut continuer à investiguer et à creuser, parce que, clairement, et j'ai plein de décisions à vous fournir si ça vous intéresse, le logiciel libre a été admis auprès, quasiment, de toutes les Cours suprêmes des grands pays, comme étant bon pour la concurrence. Ce qui permet, pour revenir là juste à la notion de marché, par exemple à ce qu'un logiciel libre soit identifié par sa marque, par son signe distinctif lui-même, alors qu'on ne pourrait jamais le faire pour un logiciel propriétaire.
Il y a la théorie et la pratique : si dans un marché je demande du Microsoft Office pour toute ma collectivité, clairement je n'ai pas le droit. Je n'ai pas le droit d’utiliser la marque ne serait-ce que pour le faire. Encore une fois il faut distinguer la théorie et la pratique. Mais, tel que le code des marchés publics est conçu, on ne peut pas identifier par une marque un produit propriétaire. L'apport de la décision du Conseil d'État a été de dire qu'on était dans un autre type de marché, qu'il était possible d'identifier précisément le marché sur lequel allait porter l'installation, l'évolution et toute une série d'autres services.

Voilà pour le droit de la concurrence. Ça rejoint ce que je disais sur l'interopérabilité. Pareil, je pense que l’interopérabilité c'est un autre levier, dans le domaine du logiciel libre, sur lequel il faut s'appuyer. Et pourquoi je rattache droit de la concurrence et interopérabilité aux aspects juridiques liés au logiciel libre, c'est parce que, à mon avis, ce sont vraiment les champs sur lesquels il y a le plus besoin de faire le lien, de montrer la convergence, et c'est ce qui pourra, peut-être, profiter le plus au logiciel libre. C'est tout ce qui est, je pense aussi, RSE, Responsabilité Sociale des entreprises. Il y a plein d'entreprises qui, par ce biais-là, se mettent à faire du Libre. Je pense qu'il ne faut pas hésiter à aller chercher dans d'autres champs des leviers comme ceux-ci.

Certifications. Je passe très rapidement. De plus en plus, on se retrouve avec du logiciel libre dans des systèmes embarqués, systèmes embarqués ou pas, mais systèmes critiques. La certification c'est quand, à un moment, on va certifier une version qui sera maintenue, en tout cas pendant beaucoup plus longtemps. Donc cette certification, qui coûte généralement très cher, devient aussi une source de modèle économique. Je ne vais pas trop renter dans le détail, mais dans le domaine de l'embarqué c'est quelque chose d'assez intéressant.

L'Open Data, très brièvement, simplement pour évoquer aussi ces éléments qui font partie des avancées 2014.
En France on a deux licences qui sont utilisées sur l'Open Data, donc sur le Libre associé aux jeux de données. Deux licences principales qui sont la Licence Ouverte11 et ODbL12 [Open Database License].
Ce qui est intéressant c'est que l'ODbL, qui est l'équivalent de la GPL dans le domaine des données, dérange tout le monde. Quand je dis dérange tout le monde, je pense, notamment, aux moteurs de recherche en position monopolistique qu'on peut connaître sur Internet ou dans nos régions, qui ont envie de reprendre toutes les données qui sont diffusées de la sorte, et qui se voient en totale contradiction, qui voient leur modèle économique en totale contradiction avec les obligations de repartage que peuvent avoir ce type de licences et ça c'est super intéressant. Je l'ai peut-être mal formulé. Ce qui est intéressant ce n'est pas tant que leur modèle économique soit remis en cause, mais c'est de s'apercevoir qu'il faut aussi qu'ils modifient leur comportement et que, finalement, ils ne peuvent pas tout prendre, juste parce que ça serait financé par de l'argent public, sans avoir à reverser quoi que ce soit.

L'arrivée des Creative Commons13 aussi, 4.0, c'est tout récent et c'est ce qui aurait pu permettre l'utilisation des Creative Commons en France pour l'Open Data, sauf qu'elles sont arrivées trop tard. Je fais bref, c'est la raison pour laquelle on ne les utilise pas.

L'Open hardware, j'avance très rapidement, pareil, ça c'est l'Open Source Vehicle, je ne sais pas si vous avez eu l'occasion d'entendre parler de ça. Je pense que François connaît un peu le sujet.

François Pellegrini: C'est une quatre places.

Benjamin Jean : Parce que la région Aquitaine est moteur sur ce domaine. Mais c'est pareil, c'est d'essayer d'étendre à tout un véhicule ces logiques d’open source, d'Open hardware. On a les spécifications, on a des brevets, on a les dessins et modèles, on a plein de choses, mais il n’empêche que tout est mutualisé.

Actualité judiciaire, je n'en dirai pas plus que ça.
Les deux choses que je voulais éventuellement évoquer, c'est l'avis14 de la CADA. Ce qui est intéressant dans ce contexte-là, c'est que la CADA, qui est donc la Commission d’accès aux documents administratifs, qui est la Commission qu'on doit solliciter si jamais on veut accéder à un document administratif et que la personne publique, l’administration, l'établissement public ou privé en charge d'une mission de service public, nous refuse. Si on nous refuse, on peut aller devant cette instance, si elle fait droit à notre demande, pour qu'elle aille requérir ce document.

Public : La notion qu'un logiciel qui puisse être considéré comme un document administratif mérite d’être…

Benjamin Jean : J'allais y venir. Oui, effectivement, c'est vrai qu'il y a un « égal » sur la diapositive. La question qui a été posée, la décision qui a été donnée, le problème que ça a ensuite posé, était de savoir si un logiciel est un document administratif comme un autre. Et si, à cet égard, le logiciel devait aussi être, d'une part, accessible, donc on doit donner accès, mais en plus, les informations qui sont contenues par ce logiciel devraient pouvoir être réutilisées ; si oui dans quels cas. Effectivement, c’est un sujet qui est porté bien plus haut, ce n'est pas une chose que je suis personnellement, mais de ce que j'ai pu entendre, c'est un sujet qui est porté à une échelle supérieure, sachant que les jeux de données, en tant que tels, sont aussi des documents administratifs. Je vois peu de raisons à ce que ça ne soit pas considéré comme un document administratif, si ce n'est que, de toute façon, la réutilisation est limitée.

Public : Pour le logiciel il serait nécessaire de poser la question.

Benjamin Jean : Il faut poser la question de fond, bien sûr. Pardon ? Alors, je ne sais plus quelle était la question.

Public : La question c'était : est-ce que c'était à un niveau supérieur ? Par contre je pense qu'il faudrait peut-être contextualiser. De mémoire c'est parce que quelqu'un a demandé la formule de calcul de l’impôt et qu'il n'y avait pas de document administratif donnant cette formule de calcul que, du coup, le logiciel a été considéré comme le document administratif faisant référence.

Benjamin Jean : Non. Il ne me semble pas. Je crois que c'est le logiciel qui a été demandé de manière brutale et claire.

Public : C'est la simulation.

Benjamin Jean : L'argument qui était opposé à la communication c'était que le logiciel n’était pas terminé. La réponse a été assez claire disant « si c'est suffisant pour vous, ça l'est aussi pour celui qui vous le demande ».

François Pellegrini: Je crois que ce qui était intéressant c'est que c’était aussi la capacité de simulation du logiciel, c’est-à-dire qu'on pouvait changer les paramètres, et ça permettait justement au citoyen d'explorer lui-même d'autres modèles de répartition de l’impôt.

Benjamin Jean : Oui, tout à fait. Mais tu veux dire, à ce compte-là, l'accès aurait pu être limité au regard des aspects stratégiques confidentiels. Ou non ?

François Pellegrini: Je ne sais pas. Enfin, il y a deux choses, il y a le fait que pour son usage en mode SaaS [Software as a Service], on aurait pu dire « eh bien vous avez les boutons, vous pouvez jouer avec ». Mais ça, c'est déjà vrai pour un autre logiciel fiscal dont je ne retrouve plus le nom.

Benjamin Jean : OpenFisca ? Non ?

François Pellegrini: Oui. OpenFisca15, voilà. Mais là aussi le code était demandé parce que les formules étaient dedans et évidemment, tu ne touches pas à ça en mode SaaS.

Benjamin Jean : Et juste une dernière décision pour l'évoquer, mais honnêtement il y a eu très peu d'activité sur le sujet, c’est une décision en Allemagne, sur l'aspect commercial, sur la clause Non Commerciale des Creative Commons. On sort du logiciel libre en tant que tel, mais le juge a considéré — oui, j'ai eu la même réaction — que la clause NC des licences Creative Commons qui interdit l'usage commercial, n'interdisait pas l'usage sur un site, à des fins d'illustration, d'une image, un site d'une société commerciale, je le précise parce que c'est tout l'enjeu. L'acception, la compréhension classique c'est que, dès lors qu'on est une société, tout usage qu'on ferait d'un contenu sous licence Creative Commons avec clause NC, tout usage serait contradictoire avec la clause NC. Cette décision du juge allait à l'encontre de cet esprit. Juste pour être complet, la société qui avait fait cette réutilisation, a modifié par ailleurs la photo et sur ce fondement-là, en revanche, ils ont perdu. Voilà.

Donc c’était un tour complet, en tout cas pour l'activité qui a pu être réalisée sur le sujet, à mes yeux. Merci.

[Applaudissements]

Décryptualité du 28 septembre 2020 - Cambridge Analytica exploite toujours l'omniscience de Facebook

mar, 09/29/2020 - 01:46

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 28 septembre 2020 (15 minutes)

Les réalisateurs britanniques partis sur les traces de Cambridge Analytica ont découvert que l'entreprise vend ses services aux églises de l'alt-right aux États-Unis pour qu'elles recrutent au sein des populations vulnérables.

Le signe qu'un GAFAM comme Facebook est un acteur politique avant toute chose.

Decryptualité sur Mastodon

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Musique de l'indicatif : Sebkha-Chott - CRPTS ND TPSTRZ - KHOLIK NEFAEHRTITIK

Revue de presse de l'April pour la semaine 39 de l'année 2020

lun, 09/28/2020 - 21:53

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[BlogNT] Les codes sources de Windows XP et Office 2003 ont fait l'objet d'une fuite en ligne

✍ Yohann Poiron, le samedi 26 septembre 2020.

Les codes sources de Windows XP, de Office 2003 et d’un certain nombre d’autres propriétés de Microsoft auraient fait l’objet de fuites sur la toile.

[la Croix] Numérique: le guide pour échapper à la mainmise des GAFAM (¤)

✍ Stéphane Bataillon, le samedi 26 septembre 2020.

L’exploitation de nos données personnelles et de notre vie privée par les géants du Net ne cesse d’augmenter. Mais un autre numérique est possible, qui propose des solutions respectueuses de nos données personnelles, créées dans un esprit collaboratif et soucieuses de leur impact sur la planète. Ce guide vous invite à les découvrir.

Et aussi: [Le Vent Se Lève] «La surveillance est un mode du capitalisme» - Entretien avec Christophe Masutti

✍ Maud Barret Bertelloni, le vendredi 25 septembre 2020.

La surveillance et le marché ne cessent de s’immiscer dans notre milieu de vie et nos rapports sociaux. Entretien d’analyse et de recherche de pistes d'émancipation collective avec Christophe Masutti, auteur d’Affaires privées, Aux sources du capitalisme de surveillance (2020).

[France Culture] Pierre-Antoine Gourraud: l'intelligence artificielle face au Covid

✍ Maxime Tellier, le jeudi 24 septembre 2020.

Pierre-Antoine Gourraud est professeur de médecine au CHU de Nantes mais il n’a pas été au contact des patients pendant le pic de la crise sanitaire au printemps. Cet enseignant-chercheur passé par la Californie utilise la donnée et le numérique pour enrayer la pandémie.

[Le Figaro.fr] Santé/Recherche: le Conseil d'Etat rejette un recours contre les transferts de données vers les USA

Le lundi 21 septembre 2020.

Le Conseil d’Etat a rejeté ce lundi le recours en référé d’un collectif qui souhaitait suspendre le transfert de données de santé de la plateforme française destinée à la recherche Health Data Hub vers les serveurs du géant américain Microsoft.

Et aussi:

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 1er octobre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

lun, 09/28/2020 - 19:33
Start: 1 Octobre 2020 - 17:15End: 1 Octobre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 1er octobre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. À cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Code is Education. Un éditorial de rentrée de Véronique Bonnet, présidente de l'April.

ven, 09/25/2020 - 16:56

Code is Education.
Un éditorial de Véronique Bonnet, présidente de l’April.

« Le monde d'après », qui fait sauter certains comme des cabris, dans la jubilation du « hors-sol », peine à dissimuler ses pilotis idéologiques. À la résultante historique la plus surdéterminée, on prétend refaire une virginité. Telle Vénus surgissant de l'écume des flots, la mythologie de l'abolition du « monde d'avant » multiplie les représentations chaotiques, purement chronologiques, de ce qui arrive. Parler de mondes successifs, comme de vagues successives de la pandémie, pour se référer aux irruptions successives des crises sanitaire, économique, existentielle, écologique, peut faire figure de pis-aller explicatif commode, mais ne doit pas faire disparaître dans les sables la logique des événements.

Dans le monde de l’éducation, l'informatique a été, eu égard au contexte, présentée comme une amie prodigieuse, capable de remédier aux impossibilités du présentiel par la magie soudaine et massive du distanciel. Cette formulation discontinuiste laisse entendre que toute solution logicielle est bonne à prendre. Que sont les John Van Neumann, les Alan Türing, les Ian Murdock, les Aaron Schwartz devenus, dans leur exigence d'une informatique de l'autonomie ? Richard Matthew Stallman, dans les textes de la philosophie GNU concernant l’école, a souligné l’importance de ne pas accoutumer les enfants à une informatique de la docilité, de la subordination, pour que les futurs adultes et citoyens soient confortés dans leur aspiration à comprendre. Restituons ici, par quelques chaînes de raisons, une ascendance pour l'opposer à une autre, pour remettre en perspective « l'informatique de l'après » et la situer par rapport aux idéaux ou aux intérêts de « l’informatique d’avant. »

Dans son article de janvier 2000 publié dans le Harvard Magazine intitulé Code is Law – On Liberty in Cyberspace : Le code fait loi – De la liberté dans le cyberespace, dans la traduction de Framalang https://framablog.org/2010/05/22/code-is-law-lessig/, le grand juriste Lawrence Lessig met en garde contre une l’opinion selon laquelle la loi ne pourrait émaner que d’un État. À l’ère du cyberespace, la loi peut aussi bien être la résultante du code qui, en l’organisant, « fait loi » :

« Nous sommes à l’âge du cyberespace. Il possède lui aussi son propre régulateur, qui lui aussi menace les libertés. Ce régulateur, c’est le code  : le logiciel et le matériel qui font du cyberespace ce qu’il est. Ce code, ou cette architecture, définit la manière dont nous vivons le cyberespace. Il détermine s’il est facile ou non de protéger sa vie privée, ou de censurer la parole. Il détermine si l’accès à l’information est global ou sectorisé. Il a un impact sur qui peut voir quoi, ou sur ce qui est surveillé. Lorsqu’on commence à comprendre la nature de ce code, on se rend compte que, d’une myriade de manières, le code du cyberespace régule. »

D’où sa crainte :

« Cette régulation est en train de changer. Le code du cyberespace aussi. Et à mesure que ce code change, il en va de même pour la nature du cyberespace. Le cyberespace est un lieu qui protège l’anonymat, la liberté d’expression et l’autonomie des individus, il est en train de devenir un lieu qui rend l’anonymat plus difficile, l’expression moins libre et fait de l’autonomie individuelle l’apanage des seuls experts. Mon objectif, dans ce court article, est de faire comprendre cette régulation, et de montrer en quoi elle est en train de changer. Car si nous ne comprenons pas en quoi le cyberespace peut intégrer, ou supplanter, certaines valeurs de nos traditions constitutionnelles, nous perdrons le contrôle de ces valeurs. La loi du cyberespace – le code – les supplantera. »

En effet, alors que dans l’architecture initiale du cyberespace, les protocoles TCP/IP, outils de l’échange de données entre réseaux interconnectés, rendant difficile l’identification de ceux qui échangent et de ce qu’ils échangent, permettent le respect de la vie privée et la liberté d’expression, il se trouve que « le code n’est pas figé », et que cette « architecture peut changer. »

Rappelant que, techniquement, si le code fait la loi, il pourrait faire intervenir des nuances, Lawrence Lessig aperçoit le risque d’une mainmise progressive du code sur les utilisateurs, si des intérêts particuliers tendant vers le profilage des individus prennent le pas sur les idéaux des droits de l’être humain :

« La technologie pourrait permettre de certifier certains faits vous concernant, tout en gardant d’autres faits confidentiels. La technologie dans le cyberespace pourrait fonctionner selon une logique de «  moindre révélation  », ce qui n’est pas possible dans la réalité. Là encore, tout dépendrait de la manière dont elle a été conçue. Mais il n’est pas dit que les choses iront dans ce sens.[…] Il existe d’autres architectures en développement, de type «  une seule carte pour tout  ». Dans la logique de cette architecture, plus il y a d’informations, mieux c’est. Rien ne permet aux individus de faire le choix du moins. La différence entre ces deux conceptions est que l’une garantit la vie privée, alors que l’autre non. La première inscrit le respect de la vie privée au cœur de l’architecture d’identification, en laissant un choix clair à l’utilisateur sur ce qu’il veut révéler  ; la seconde néglige cette valeur. »

On le voit, l’auteur montre que le cyberespace est à la croisée des chemins. De deux choses l’une. Soit les dispositifs de régulation du cyberespace essaient de faire la part des choses, c’est-à-dire d’éviter que l’absence de régulation soit préjudiciable et porte atteinte au individus tout en préservant dans la mesure du possible la vie privée.
Soit ces dispositifs, intrusifs, tentent de faire de l’utilisateur, purement et simplement, un document, en croisant toutes ses métadonnées pour le caractériser intégralement, le profiler.

(Pour le dire dans le contexte qui est le nôtre, en 2020, nous en sommes à essayer d’éviter que sur les réseaux sociaux la liberté d’expression en vienne à permettre l’expression ouverte du racisme, sexisme. Mais au risque, considéré par certains comme une opportunité, de traiter chaque acteur du cyberespace comme ayant à rendre public tout ce qui le concerne, sans possibilité de garder un dimension privée.)

Quoi qu’il en soit, Lessig met, dès 2000, en évidence la montée en puissance insensible du pouvoir de la technologie, nommé par le philosophe Michel Foucault soft power, celui qui s’avance masqué et peut se manifester dans des logiciels apparemment anodins, qu’on soupçonnera d’autant moins qu’ils rendent service sur le court terme :

« La question n’est donc pas de savoir qui décidera de la manière dont le cyberespace est régulé  : ce seront les codeurs. La seule question est de savoir si nous aurons collectivement un rôle dans leur choix – et donc dans la manière dont ces valeurs sont garanties – ou si nous laisserons aux codeurs le soin de choisir nos valeurs à notre place. »

Quatorze ans plus tard un autre juriste, très impliqué dans le registre de la documentation, Lionel Maurel, alias Calimaq, dans un article intitulé : Comment « Code Is Law » s’est renversé en « Law Is Code », https://scinfolex.com/2014/01/24/comment-code-is-law-sest-renverse-en-la..., montre que le changement d’architecture pressenti par Lessig pouvait « machiniser la loi », la rendant insoupçonnable, non interrogeable et implacable :

« parce que le Code d’Internet a été construit sur des bases antagonistes avec celles de la propriété intellectuelle, l’axiome de Lessig tend aujourd’hui à se renverser : « Code Is Law » devient de plus en plus « Law Is Code ». Les principes du droit d’auteur peuvent en effet être transcrits en langage machine et interprétés automatiquement par des algorithmes. C’est la logique depuis longtemps à l’œuvre derrière les DRM (Digital Rights Management), première tentative technique d’agir sur le Code pour le mettre en conformité avec la loi. Mais au-delà des DRM, le « Droit de Regard de la Machine » déborde aujourd’hui les simples verrous numériques pour déboucher sur des systèmes de surveillance et de contrôle à grande échelle. ContentID, le Robocopyright de YouTube qui compare constamment les vidéos à des empreintes fournies par les titulaires de droits, donne par exemple une image de ce que peut devenir une application mécanisée du droit d’auteur déployée au niveau de l’une des plus grandes plateformes au monde. Faite à l’origine pour être interprétée et appliquée par des humains, la loi aujourd’hui se machinise ; elle peut entrer « dans le code » et ce mouvement provoque des conséquences susceptibles d’altérer en profondeur l’équilibre des libertés en ligne. »

Toutes proportions gardées, construisons deux analogies. Si la proposition « Code is Education », peut être portée par le mouvement du logiciel libre, montrons qu’il serait préjudiciable de le transformer en « Education is Code », c’est-à-dire de confier l’acte éducatif émancipateur à n’importe quel support qui serait porteur, dans ses rouages techniques, de dispositifs de confiscation. Soit de réduire le droit de regard de l’éducateur et de l’éduqué au droit de regard d’une technologie invasive qui introduirait dans ses mécanismes des couches logicielles intrusives.

Montrons, d’une part, que l’architecture de codage du logiciel libre est, en soi, éducative.
Mais montrons, d’autre part, qu’il ne faudrait pas prendre la partie pour le tout. Ni croire que toute séquence de code, toute plateforme logicielle, serait en soi éducative, que tout code serait éducation.

Code is Education. L’architecture de codage du logiciel libre est, en soi, éducative.

Dans son texte de la philosophie GNU, sur le site de la Free Software Foundation, intitulé Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement du logiciel libre (https://www.gnu.org/education/edu-schools.fr.html) Richard Stallman rappelle les fondamentaux :

« L’école a une mission sociale celle de former les élèves à être citoyens d’une société forte, capable, indépendante, solidaire et libre. Elle doit promouvoir l'utilisation de logiciel libre tout comme elle promeut la conservation des ressources naturelles et le vote. En formant les élèves et étudiants au logiciel libre, elle donnera leur diplôme à des citoyens prêts à évoluer dans une société numérique libre. Cela aidera la société toute entière à échapper à la domination des multinationales. En revanche, enseigner un programme non libre revient à implanter la dépendance, ce qui va à l'encontre de la mission sociale de l'école. Les écoles ne doivent jamais le faire. »

En effet, le logiciel libre qui promeut les quatre libertés que sont la liberté d’exécuter le programme, la liberté d’étudier le programme pour éventuellement le modifier, la liberté de le copier et la liberté d’en distribuer des copies, modifiées ou non, permet au discernement et à la créativité de ceux qui apprennent une libre expression :

« Le logiciel libre permet aux élèves et étudiants d'apprendre comment les programmes fonctionnent. Certains programmeurs-nés, une fois adolescents, ont soif d'apprendre tout ce qu'il y a à savoir de leur ordinateur et de ses logiciels. Ils sont extrêmement curieux de lire le code source des programmes qu'ils utilisent tous les jours. »

Alors que les logiciels non libres verrouillent le code source, à plus forte raison lorsqu’ils captent des données de navigation à l’insu de l’utilisateur, jouent sur une crédulité et vont jusqu’à dissuader de connaître. Richard Stallman se réfère à la soif d’apprendre des programmeurs-nés ( natural-born programmers) , soit des jeunes qui sont très doués qui progressent rapidement dans cette discipline, soit plus largement au adolescents dont la curiosité est restée intacte et agit en véritable moteur pour un exceptionnel potentiel de progression dans l’écriture du code.

« Le logiciel privateur rejette cette soif de connaissance ; il dit : « Le savoir que tu recherches est un secret – apprendre est interdit ! » Le logiciel privateur est par essence l'ennemi de l'éducation, aussi ne doit-il pas être toléré à l'école, sauf comme objet de rétro-ingénierie. »

Code is Education au sens où une certaine informatique peut donner de l’appétit, et des ailes :

« Le logiciel libre encourage tout le monde à apprendre. La communauté du logiciel libre rejette ce « culte de la technologie » qui maintient le grand public dans l'ignorance de son fonctionnement ; nous encourageons les élèves et étudiants de tous âges et toutes origines à lire le code source et à apprendre autant qu'ils veulent savoir. Les écoles qui utilisent du logiciel libre permettent aux apprentis programmeurs doués de progresser. Comment les programmeurs-nés apprennent-ils à être de bons programmeurs ? Ils ont besoin de lire et de comprendre de vrais programmes que les gens utilisent réellement. On apprend à écrire du code bon et clair en lisant beaucoup de code et en écrivant beaucoup de code. Seul le logiciel libre le permet. »

Savoir technique-pratique, donc, mais aussi plus que cela. Richard Matthew Stallman fait état du pouvoir humanisant de la pratique du code, si le code est effectivement éducatif ; il amène les apprenants à se dépasser, en exerçant leur libre arbitre et leur sens de l’autre :

« La raison la plus profonde d'utiliser du logiciel libre dans les écoles concerne l'éducation morale. Nous attendons de l'école qu'elle enseigne aux élèves et étudiants des connaissances de base et des compétences utiles, mais c'est seulement une partie de sa mission. Sa mission la plus fondamentale est d'enseigner la bonne citoyenneté, y compris l'habitude d'aider les autres. Dans le domaine de l'informatique, cela signifie apprendre aux élèves à partager les logiciels. Il faut qu'on leur dise dès la maternelle : « Si tu apportes un logiciel à l'école, tu devras le partager avec les autres élèves. Tu dois montrer le code source à la classe, au cas où quelqu'un voudrait s'instruire. »

Le texte se conclut alors par un appel à tous les partenaires de l’éducation :
« Si vous êtes dans le milieu de l'enseignement – que ce soit comme élève, étudiant, enseignant, employé, administrateur, donateur ou parent – il est de votre responsabilité de faire campagne pour que l'école migre vers le logiciel libre. Si une demande faite en privé ne permet pas d'atteindre ce but, portez la question sur la place publique dans ces communautés ; c'est ainsi que les gens prendront conscience du problème et que vous trouverez des alliés dans votre campagne. »

Lorsque le 17 mars dernier, le professeur que je suis a dû très rapidement reconfigurer sa pratique pédagogique pour continuer à préparer les étudiants de seconde année aux concours des grandes écoles scientifiques et économiques, ceux de première année à la seconde année, mon enseignement, comme celui de mes collègues, a reposé tout entier sur des lignes de code, permettant une continuité entre les apprentissages et exercices accomplis in vivo et les modalités de substitution, à distance, qu’elles soient en audio ou en vidéo. En prenant bien soin de n’utiliser que des plateformes irréprochables, non intrusives, respectueuses de l’autonomie du professeur et de ses élèves, pour éviter l’appropriation indue de données d’autant plus sensibles qu’elles concernent le lien entre un enseignant et des adultes en construction qui ont besoin de pouvoir s’exercer à écrire et à parler sur des dispositifs hautement sécurisés. Par exemple, la plateforme education.apps (https://apps.education.fr/), proposant des outils logiciels libres est soucieuse de bonnes pratiques ; elle écrit sur sa page d’accueil :

« Vous y trouverez les outils essentiels et communs à tous les métiers de l’Éducation nationale. Les utilisateurs sont propriétaires de leurs données et sont, de fait, en charge de leur gestion. »

Mais toute informatique n’est pas éducative. Education is not Code.

Il ne faudrait pas prendre la partie pour le tout. Ni croire que toute séquence de code, toute plateforme, est en soi éducative, que tout logiciel peut être, les yeux fermés, proposé à des élèves ou des étudiants. Certes, avec la meilleure intention du monde, certains ont pu, dans l’urgence, ouvrir pour leurs classes des dispositifs informatiques sans en contrôler les licences ni les certifications d’innocuité. Et s’apercevoir que certaines caractéristiques pouvaient s’avérer toxiques, comme permettre le siphonnage sans vergogne des métadonnées des élèves. Il est alors essentiel de rectifier le tir. L’éducation ne saurait s’en remettre à n’importe quelle informatique.

Dans le Protagoras de Platon ( https://fr.wikisource.org/wiki/Protagoras_(trad._Chambry ), de 313c à 314b, le personnage Socrate demande ainsi à son interlocuteur de fiction, Hippocrate, homonyme du fameux médecin, s’il ne prend pas un risque considérable à confier son esprit au sophiste Protagoras dont les discours sont peut-être empoisonnés.

« Est-ce qu’un sophiste, Hippocrate, n’est pas une sorte de marchand et de trafiquant des denrées dont l’âme se nourrit ? [...] aussi faut-il craindre, ami, que le sophiste, en vantant sa marchandise, ne nous trompe comme ceux qui trafiquent des aliments du corps, marchands et détaillants ; ceux-ci en effet ignorent ce qui, dans les denrées qu’ils colportent, est bon ou mauvais pour le corps ; mais ils n’en vantent pas moins toute leur marchandise, et leurs acheteurs ne s’y connaissent pas mieux, à moins qu’il ne s’y trouve quelque maître de gymnastique ou quelque médecin. »

Platon joue ici sur les deux sens du terme grec pharmakon, qui signifie aussi bien le remède que le poison.

« Si donc tu sais ce qu’il y a dans ces marchandises de bon ou de mauvais pour l’âme, tu peux sans danger acheter les sciences et à Protagoras et à tout autre ; sinon, prends garde, bon jeune homme, de hasarder sur un coup de dés ce que tu as de plus cher ; car le danger est beaucoup plus grand dans l’achat des sciences que dans l’achat des aliments ; si en effet on achète des vivres et des boissons à un détaillant ou à un marchand, on peut les emporter dans les vases appropriés, et, avant de les introduire dans le corps en les buvant et en les mangeant, on peut les déposer chez soi, consulter, et faire appel à quelqu’un qui sait ce qu’il faut manger ou boire, et ce qu’il ne faut pas, combien il faut en prendre, et à quel moment, de sorte qu’on ne court pas grand danger à les acheter ; mais les sciences, on ne peut les emporter dans un autre vase, il faut, le prix payé, loger dans son âme même la science qu’on apprend et s’en aller, empoisonné ou conforté. »

Il en va de certains pourvoyeurs de logiciels comme des sophistes. Sous couvert de panacée, de remède universel, ils prétendent que l’éducation peut se fier à n’importe quelle informatique, que toute informatique fait du bien à qui l’utilise. Qu’un logiciel ne peut jamais faire de mal puisqu’un élève doit au moins apprendre à s’adapter à lui.

Préférons alors à ces outils logiciels peu soucieux d’éveiller le libre arbitre une informatique capable de se comporter effectivement en amie prodigieuse. L’informatique libre par laquelle « Code is Education ».

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (29 septembre 2020)

ven, 09/25/2020 - 14:09
Start: 29 Septembre 2020 - 15:30End: 29 Septembre 2020 - 17:00

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76e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 29 septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

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Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

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Health Data Hub, les données de santé des Français hébergées par Microsoft - Décryptualité du 21 septembre 2020

jeu, 09/24/2020 - 15:11


Titre : Décryptualité du 21 septembre 2020 - Health Data Hub, les données de santé des Français hébergées par MS
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 21 septembre 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 38 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Stethoscope Flat Icon, Wikimedia Commons - Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Cette semaine, on parle de la contestation autour de Health Data Hub, la plateforme des données de santé des Français hébergée sur le cloud Microsoft.

Transcription

Luc : Décryptualité. Semaine 38. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : On ne perd pas de temps, directement la revue de presse.

Manu : Une grosse revue de presse, il y a neuf thèmes principaux.

Luc : Clubic.com, « GNU/Linux : 10 distributions incontournables pour bien débuter », un article de Johan Gautreau.

Manu : Un article très intéressant, justement pour les débutants, qui liste un petit peu des distributions, des manières de commencer à installer un système d’exploitation libre. C’est plutôt sympa. Il y a des bonnes idées.

Luc : Journal du Net, « Intelligence artificielle : restez open ! », un article de Christophe Boitiaux.

Manu : Quelque chose d’assez général, une chronique qui parle effectivement d’IA, même si ça reste compliqué comme sujet et qui aborde par le fait qu’avec le cloud aujourd’hui, tout ce qui est informatique en nuage, il y a des gros outils qui favorisent les développements et puis que l’open source est très importante, notamment pour ne pas être bloqué avec certaines technologies ou certains fournisseurs, on peut passer de l’un à l’autre plus facilement.

Luc : Numerama, « Mozilla renonce à l'envoi de fichiers et aux mémos synchronisés en fermant Send et Notes », un article de Julien Lausson.

Manu : C’est dommage, c’étaient deux services et il me semble que Notes était supposé pas trop mal fonctionner. Mais il y a des gros mouvements en ce moment chez Mozilla, on en a parlé la semaine dernière, notamment le fait que les budgets sont en train de se réduire, donc ils réduisent la voilure, ils ont enlevé pas mal d’ingénieurs, malheureusement. Mozilla continue à faire Firefox qui est génial, que j’adore et que je vous encourage à installer, malgré tout.

Luc : cio-online.com, « Le Ministère de l'Éducation Nationale tente de justifier son choix de Microsoft », un article de la rédaction.

Manu : Il y a des gens qui se plaignent, le CNLL [Conseil national du logiciel libre], et puis il y a des remontées d’informations par Le Canard enchaîné qui montrent un petit peu qu’il y a des problèmes avec le ministère de l’Éducation et son accord avec Microsoft. Ils ont vendu l’Éducation nationale à Microsoft pour pas cher, en fait ils ont même accepté de l’argent, donc ça montre bien qu’il y a un problème et il semblerait qu’on n’est pas près d’en sortir.

Luc : EurActiv, « La directive sur le droit d’auteur fait des remous au sein du navire européen », un article de la rédaction.

Manu : C’est une lettre qui est remontée à Thierry Breton, le Commissaire européen au Marché Intérieur. Ça parle de problèmes qui sont en lien avec tout ce qui se fait en ce moment sur le droit d’auteur au niveau européen. Effectivement, il y a des choses assez embêtantes, des choses un petit peu trop contraignantes à notre goût. On va essayer d’étudier un petit peu ce qui se passe en ce moment. Il y aura sûrement des évolutions et des articles qui en parleront.

Luc : Le Monde.fr, « La justice européenne consacre « la neutralité du Net » dans l'UE », un article de la rédaction.

Manu : Là, hurrah ! C’est génial ! La neutralité du Net ça veut dire que le facteur n’a pas le droit de bloquer vos lettres, de regarder ce qu’il y a dedans et de les orienter différemment en fonction de ses envies. En tout cas là, maintenant, il y a des limites qui sont claires, qui ont été mises au niveau européen, on ne peut pas faire du zero-rating c’est-à-dire, en gros, vous fournir un accès différent pour certains sites, notamment en ne vous faisant pas payer, par exemple un accès à Wikipédia. Je crois que c’est au Portugal que ce problème a été soulevé.

Luc : Oui, c’était une offre au Portugal d’un fournisseur d’accès portugais qui a déclenché cette procédure. Donc très bonne nouvelle qu’on attendait depuis longtemps. En tout cas c’est un sujet qui est sur la table depuis un paquet de temps.
La gazette.fr, « La vague des communs arrive », un article de Delphine Gerbeau.

Manu : Les communs c’est une façon différente de voir l’économie et on en a beaucoup parlé parce qu’on aime beaucoup ce sujet-là. Ça aborde à nouveau l’idée, notamment en reparlant de cette prix Nobel qui avait mis en avant la gestion des communs. Tu te rappelles de son nom ?

Luc : Elinor Ostrom.

Manu : Quelqu’un de vraiment intéressant. C’est très bien que ça descende au niveau des communes. Les communs, c'est super approprié.

Luc : Association mode d'emploi, « Les Chatons concurrencent les GAFAM », un article de Laurent Costy et Angie Gaudion.

Manu : Ça parle des Chatons. On n’a pas Mag qui pourrait nous faire l‘énonciation des différentes lettres, mais en gros c’est une émanation de Framasoft, beaucoup de services, beaucoup de briques proposées sur Internet qui vous permettent de faire plein de choses super intéressantes et qui vous permettent de ne pas passer par les GAFAM.

Luc : Laurent Costy est administrateur de l’April, rappelons-le, et Angie est salariée de Framasoft, donc c’est une tribune, plutôt qu’un article pur et dur.
Dernier article dont on fera notre sujet du jour : ZDNet France, « Le Health Data Hub de nouveau attaqué devant le Conseil d'État », un article de Clarisse Treilles.

Manu : C’est tout un collectif, le CNLL, le Conseil national du logiciel libre, qui a saisi le Conseil d’État. Le sujet ce sont les données de santé des Français. L’État français a contracté avec Microsoft pour qu’elles soient hébergées sur le nuage de Microsoft et c’est très embêtant. Aujourd’hui, justement, il y a pas mal de choses qui remettent en cause cet accord qui est en train d’être discuté en ce moment même, notamment suite à l’invalidation du Privacy Shield.

Luc : Donc le Privacy Shield c’était une sorte d’accord entre les États-Unis et ses alliés disant « on va rester bons copains au niveau de l’utilisation des données que vous pourriez avoir hébergées chez nous. »

Manu : C’est le bouclier de vie privée.

Luc : De vie privée. Un truc dont on ne sait pas trop ce que ça pouvait valoir puisqu’à côté de ça il y a le Patriot Act qui fait que les entreprises américaines doivent faire ce que leur dit le gouvernement et mentir si nécessaire, au cas où.

Manu : C’est-à-dire que le gouvernement américain peut regarder dans tout ce qui est hébergé par les entreprises américaines et en plus, si on leur demande, les entreprises américaines doivent mentir et dire que non, elles ne travaillent pas avec le gouvernement.

Luc : On peut imaginer que le Privacy Shield protégeait dans la dimension commerciale l’exploitation et la revente des données. En tout cas ce truc n’existe plus.

Manu : Depuis juillet de cette année.

Luc : Voilà. À la tête des États-Unis il y a un type complètement taré, donc on ne sait pas ce que ça peut donner, raison de plus pour se dire qu’on veut rester maître de nos données. C’est pour ça que de toute façon on doit rester maître de nos données même si on s’entend bien avec les gens qui hébergent nos données parce qu’on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait, là on en a la parfaite illustration.

Manu : Microsoft et l’État français, eux, revendiquent que ce sont des données qui sont chiffrées qui seront hébergées dans le cloud de Microsoft et qu’en plus de ça ce sont des données anonymisées, c’est-à-dire, en gros, qu’on n’a pas les noms et prénoms des Français dont les données devraient être hébergés sur Azur, c’est le nom du cloud. Donc là, ça devrait être bon quoi ! C’est chiffré, c’est anonymisé, c’est quoi le problème ? Non ?

Luc : De fait c’est étudié, c’est une recommandation1 de la CNIL qui a trouvé effectivement que ce truc-là pose quand même des problèmes. Il y a des gens qui disent que les recommandations de la CNIL ne sont pas applicables, que ce ne sera pas faisable, donc on a quand même de gros doutes là-dessus.

Manu : Et le chiffrement, d’une manière générale, il y a la NSA qui est en face, c’est la plus grosse administration de renseignement du monde, et dedans il y a des quantités juste phénoménales de mathématiciens. À priori ils ont des algorithmes qui leur permettent de percer beaucoup de systèmes. Et chiffrer ! Comment ils vont chiffrer ? Avec le nuage de Microsoft ? C’est le nuage qui va se chiffrer lui-même et qui va garantir que tout va bien ?

Luc : On pourrait imaginer chiffrer en amont. Encore une fois on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Aujourd’hui les premiers ordinateurs quantiques tournent dans les laboratoires et on sait que c’est typiquement le genre de technologie dont on dit qu’à l’avenir elle sera extrêmement puissante pour déchiffrer et que toutes données chiffrées aujourd’hui seront quasi transparentes le jour où ce truc-là marchera de façon industrielle.

Manu : Et les États-Unis sont encore en avance sur le sujet !

Luc : Effectivement. Ça pose plein de questions. Une pétition2 a été lancée sur le site du Sénat, elle a été publiée le 16 septembre. Ce n’est pas une pétition de base qui est faite par on ne sait trop qui. Il faut qu’ils atteignent 100 000 signatures pour pouvoir exploiter cette pétition, c’est tout à fait atteignable.

Manu : Mais c’est un sujet qui est difficile. C’est peut-être atteignable théoriquement, mais je pense que ça va être difficilement atteignable parce qu’il faut faire remuer 100 000 personnes, en France, sur un sujet hyper technique.

Luc : Effectivement. Après c’est peut-être à ça que servent des associations qui s’intéressent aux libertés numériques, c’est effectivement aussi de relayer ce genre d’initiative.

Manu : C’est déjà pas mal. Il y a eu d’autres pétitions qui ont été montées dans le passé sur plusieurs autres sujets, notamment le ministère de l’Éducation qui est une autre branche de toutes ces problématiques. Là ça nous inquiète pas mal parce qu’une fois que les données de santé seront diffusées, on ne peut pas les reprendre, comme qui dirait. Donc là, si on les donne à nos amis américains, on ne sait pas trop ce que nos amis américains vont en faire derrière, on n’a aucune garantie, sans oublier que l’incompétence existe et qu’elle a déjà été remarquée. Parfois des données de ce type-là ont fuité. Je crois que les données des soldats américains ont fuité en Asie. En Inde, les données des passeports, des papiers d’identité des Indiens ont fuité en grosses quantités.

Luc : Il y a aussi la compétence : la santé avec la banque c’est l’eldorado annoncé pour les GAFAM, c’est le nouveau domaine dans lequel ils veulent mettre leurs billes et ils ont tout intérêt à avancer. Microsoft, avec ce genre de données-là, sera assise sur un gâteau très intéressant. En même temps il va y avoir des forces pour privatiser les services de santé, etc. Du coup, c’est mettre un pied dans cette direction et avoir des GAFAM qui sont en bonne position pour exploiter tout ça.

Manu : En Angleterre aussi on dirait qu’il y a des accords un peu semblables qui sont en train d’être mis en place.

Luc : Ils ont pris de l’avance puisque l’équivalent de la sécurité sociale en Grande-Bretagne a passé un accord avec Amazon et ils ont déjà connecté leurs bases de données sur les services Amazon de telle sorte que les assurés britanniques puissent choisir à l’avenir de faire gérer leurs données de santé par Amazon s’ils le veulent. Le truc est techniquement déjà fait et j’imagine bien cette logique économique disant « Amazon ce n’est pas cher, c’est gratuit, ils sont super puissants donc allons-y. Si les gens veulent y aller, pas de problème ! ». De la même façon qu’aujourd’hui les GAFAM sont alimentés avec les données des gens à tour de bras parce qu’ils offrent des services gratuits, plutôt pseudo-gratuits, la même chose est en train de se mettre en place avec les données de santé.

Manu : Moi je tiens à remarquer que ça peut être très intéressant, hyper-innovant, que les GAFAM qui s’emparent de ces sujets-là. Ils peuvent vraiment apporter une pierre importante à l’édifice. Calculer les données de santé mondiales, de tous les habitants, en ressortir des corpus d’informations qui leur permettront peut-être de mieux contrôler notre conduite, mieux contrôler notre santé, mieux contrôler ce qu’on dépense, ça peut améliorer la santé de l’être humain sur toute la planète !

Luc : Oui, c’est comme la surveillance en Chine ! Ça apporte plein d’avantages, notamment ça facilite la vie des gens qui sont notés, ils n’ont pas besoin de justifier des trucs, ils n’ont pas besoin de payer des cautions, etc. D’une façon générale la surveillance, le fait de générer de la donnée sur une population, ce n’est pas neuf, c’est une technique qui est apparue avec la modernité. On a commencé en faisant des statistiques, tous les trucs qu’il y a dans Foucault dont je suis super fan. Ça a des côtés liberticides pour les individus, mais collectivement ça reste une technique qui peut-être effectivement puissante et, dans le domaine de la santé, on peut faire des statistiques et avoir des nouveaux moyens très puissants pour faire de l’épidémiologie, savoir quels sont les vrais risques, ce qui se passe et ce qu’on peut en place comme politique, etc. Mais là où tu es un troll et un provocateur c’est que si ça, ça doit se faire, ce n’est pas les GAFAM qui le feront

Manu : Comment ça ? Si ! De fait ce sont les GAFAM qui le font en ce moment.

Luc : Oui. Mais ils passeront par la case privatisation des données ou, en tout cas. de l’exploitation des données, des données personnelles, etc. On sait qu’aux États-Unis où le domaine de la santé est très largement privatisé, le système de santé coûte extrêmement cher pour une performance très faible.

Manu : Je crois que c’est trois fois plus cher qu’en Europe en moyenne.

Luc : clairement les assurés américains, les clients, payent la part du bénéfice, du coup ils payent très cher pour avoir une protection sociale et des soins qui ne sont pas très bons, comparativement au coût que ça a. On sait quel est le modèle des GAFAM, on sait d’où ils viennent et on n’a pas trop de doutes sur le fait que c’est ça qu’ils veulent reproduire.

Manu : C’est une direction qu’ils sont, semble-t-il, en train de prendre vraiment très rapidement. Je rappelle que les dirigeants de certaines de ces entreprises sont eux aussi intéressés par la santé de manière générale, ils vieillissent comme nous tous, ils s’intéressent à ce qu’on appelle le transhumanisme, une évolution de l’être humain, peut-être que ça passe par ça, tu vois !

Luc : Theranos3 est là pour leur permettre de vivre très longtemps !

Manu : Theranos ?

Luc : C’était une énorme escroquerie avec une jeune femme très belle et très brillante qui disait qu’elle avait des technologies de pointe dans les biotechnologies pour vivre très longtemps. Tout le monde a dit : « Oh ! Super ». Elle a raflé un milliard de dollars et elle est partie avec. Oups !

Manu : Là attend on a confiance. Jeff Bezos n’a pas besoin d’un milliard de plus, il ne va pas partir si on lui donne juste un milliard. Jeff Bezos, c’est bon !

Luc : Oui, mais il aime bien avoir des milliards en plus. J’ai assez peu de doutes sur le fait qu’on va mettre les pieds dans un truc où on va être exploité pour faire plus de bénéfices, prendre plus de contrôle sur la vie des gens et puis rien ne les empêchera de croiser les données qu’ils ont déjà avec les nouvelles données, donc il y aura une emprise de plus en plus importante et là-dessus les secoueurs de téléphone ne nous sauveront peut-être pas !

Manu : Quoi ? De quoi tu parles ? Les quoi de téléphone ?

Luc : C’est un truc dont je suis assez fier. Il y a des années de ça on était tombé sur un article qui disait, je ne sais plus dans quel pays asiatique, probablement la Chine, que les assurances faisaient payer moins cher leur prime d’assurance si les gens mettaient une appli qui surveillait le nombre de pas qu’ils faisaient par jour.

Manu : Un podomètre.

Luc : Voilà un podomètre dans le téléphone en disant « si vous avez une activité physique plus importante et si vous marchez au lieu de prendre votre voiture, statistiquement on sait que c’est bon pour la santé, du coup vous paierez moins cher ». Quand j’avais lu ça, j’ai dit un « jour il y aura des gadgets qu’on posera sur le bureau pour secouer le téléphone pour faire croire qu’on marche ». De fait ça existe. Je suis assez auto-satisfait, ce jour-là j’ai fait une prédiction qui s’est révélée exacte.

Manu : Sachant que les assureurs vont potentiellement dans toutes ces directions-là, notamment suivre les conducteurs dans leur véhicule et savoir ce qu’ils font, leur style de conduite, est-ce que c’est un style de conduite à risques ou pas à risques. Là on est à deux doigts d’y arriver : est-ce que les conducteurs ont dépassé les limites de vitesse, est-ce qu’ils ont utilisé leur voiture tout simplement, ne serait-ce que ça. Toutes ces données vont commencer à être utilisées de plus en plus. Perso, en tant qu’informaticien, ça me plaît bien. J’aime beaucoup l’idée qu’on utilise l’informatique pour traiter les informations de la planète et pour améliorer le traitement de l’être humain. J’adore !

Luc : Et ça c’est un sujet ultra-politique et c’est pour ça que les actions d’associations comme l’April et d’autres associations du genre sont importantes, c’est que c’est politique. C’est-à-dire que oui on peut faire des choses bien pour l’humanité avec plus d’informations, mais on peut faire des trucs absolument abominables également et c’est bien un enjeu politique et c’est un enjeu de pouvoir. Savoir comment on fait pour tirer des bénéfices de toutes ces choses-là et non pas se faire exploiter et tomber dans un système d’oppression

Manu : Comme tu disais, Jeff Bezos sait tirer du bénéfice… mais pas pour l’humanité !

Luc : Voilà. C’est un machin un peu tombé en désuétude qu’on appelle l’intérêt général.

Manu : Ça n’existe plus ça, ça n’existe plus, voyons ! Tu trolles, c’est toi ce coup-ci.

Luc : OK ! On ne va penser rien qu’à nous pendant toute la semaine.

Manu : On va en profiter pour travailler notre santé. On va réfléchir.

Luc : Tu me donneras tes chiffres du cholestérol !

Manu : Oui. Je vais les partager. Je les ai mis sur un cloud quelque part, je crois que je ne les ai plus avec moi !

Luc : Salut tout le monde.

Manu : À la semaine prochaine.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 24 septembre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mer, 09/23/2020 - 10:35
Start: 24 Septembre 2020 - 17:15End: 24 Septembre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 24 septembre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. À cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Surveillance numérique ; état des lieux - Radio Agora - Nanterre

mar, 09/22/2020 - 15:20


Titre : Surveillance numérique ; émission 1 : état des lieux
Intervenant·e·s : Audric Gueidan - Adèle Frantz
Lieu : Adèle surveille - Radio Agora - Nanterre, la wikiradio des initiatives citoyennes
Date : 16 juillet 2020
Durée : 40 min 52
Écouter le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Direction libre, Open-DSI - Licence Creative Commons Attribution 3.0 non transposé
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

En compagnie d'Audric, médiateur informatique, Adèle s'interroge sur notre relation aux outils numériques. Dans quelles mesures représentent-ils un risque pour notre vie privée et nos libertés individuelles ? Pouvons-nous parler de « surveillance numérique » ?

Transcription (relu avec audio par véro)

Diverses voix off : Salut les Nanterriens.
La vie privée d’un athlète, ça se respecte même si Jean-Claude a peut-être tout essayé en matière d’aphrodisiaques et autres prothèses, en tout cas cela ne nous regarde pas.
Mon petit père, mets les cartouches dans le fusil, on lâche les chiens.
Ce n’est certainement pas à nous de divulguer les ragots comme quoi il serait homosexuel.
Tout à fait.
Cela ne nous regarde pas !

Adèle Frantzf : Deux évènements ont marqué mon confinement.
Le premier c’est quand j’ai reçu l’appel de ma vielle amie Annabelle — Salut Annabelle ! Avec Annabelle on a grandi ensemble en région PACA. Heureusement on n’a pas gardé notre accent en grandissant.

Voix off : Tu sais cet accent quand je parle tu sais d’où je viens.

Adèle Frantzf : Finalement moi j’ai préféré Nanterre et Annabelle est allée s’installer à Toulouse. Depuis, désolée Annabelle mais c’est vrai, elle a un chouille l’accent toulousain, mais bon !, on va lui pardonner.

Voix off : Traître !

Adèle Frantzf : Donc ce jour-là, en plein confinement, elle se baladait dans les rues de la ville rose avec son nouveau bébé tout neuf et son homme. Vous allez me dire mais que faisait-elle en plein confinement à flâner dans les rues avec son bébé alors qu’elle devrait être cloîtrée chez elle? Était-elle légitime d’être là ? Avait-elle rempli son autorisation ? Et le bébé avait-il une autorisation ? Ah ! Les Françaises sont quand même vraiment indisciplinées… Stop ! Déjà on se calme, je n’ai pas dit qu’elle flânait et puis la raison de son déplacement, cela ne nous regarde pas !
Toujours est-il qu’Annabelle a levé la tête quand elle a entendu une voix métallique voler au-dessus d’elle. C’était un joli drôle de drone qui flottait à quelques mètres de leurs têtes en susurrant : « Police nationale. Veuillez respecter les distances de sécurité ». Elle s’effraya d’abord « c’est quoi ce truc de taré ? », et puis elle a rigolé ensuite « c’est quoi ce truc de taré ? » Elle tourne la tête et voit un policier au coin de la rue faire son geek avec la manette, « mais c’est quoi ce truc de taré ? »
Et puis elle a oscillé comme ça un temps, entre le rire et l’angoisse.
Le deuxième évènement marquant de mon confinement c’est quand j’ai appris qu’une femme avait été mise en garde à vue non pas pour voir un clitoris mais pour avoir affiché une banderole sur la façade de sa maison avec écrit « Macronavirus, à quand la fin ? ». Dénoncée par un voisin ou tout simplement arrêtée après le passage d’une brigade, dans tous les cas l’ironie créative n’a pas plu. Ferme ta gueule, détour case prison, pan pan fessée, rentre au terrier. Confinée, oui, mais sois sage et n’insulte pas celui qui, à priori, est encore ton souverain auquel tu dois allégeance.

Ces deux drôles de drames m’ont fait l’effet d’une bombe.
Le premier me projeta directement dans 10/15 ans, quand le bébé d’Annabelle aura été biberonné aux bruits généralisés d’insectes robotisés et leurs gueules de mouches aux gros yeux voltant, furetant la moindre info, soumettant la populace au couvre-feu, surveillant les faits et gestes des révolutionnaires en herbes folles. Un temps où l’on deviendra mélancoliques du temps où le ciel était juste le ciel avec des nuages ou du bleu, peuplé de chants d’oiseaux, et le film La guerre des mondes nous semblera naïf et grotesque. Alors je prendrai le maquis, enfin, s’il reste des arbres, et je couperai le canon de la carabine du grand-père. Je jouis déjà à l’idée de tirer sur les drones avec mes balles de plomb et de les voir s’écraser au sol comme un amas vulgaire de fils et de vis. Je les finirai à coups de bâtons et je pendrai la micro-caméra encore à moitié opérante sous les yeux ronds de la Technopolice à l’autre bout. Oui, vous ne le saviez pas mais ça s’appelle la Technopolice, celle qui reste derrière les caméras de surveillance à Nice, caméras inutiles, caméras qui ont eu au moins l’avantage de faire de magnifiques images d’archives des attentats du 14 juillet. C’est l’Ina qui va être content. Mon bâton dans les mains et le drone tout penaud devant moi je dirai à la Technopolice [inaudible], avant de l’écraser lentement avec mon talon à la manière de Clint Eastwood avec sa cigarette. J’ai dit maquis, j’ai dit carabine, j’ai dit grand-père, Clint Eastwood, mais soyons clairs, je n’ai aucune mélancolie pour l’ancien temps.
Vous voyez, le coup de la banderole « Macronavirus », elle, me rappelle une surveillance à l’ancienne, celle de la Stasi. Le monde des croix gammées sur les murs, le monde sur écoute de La Liste de Schindler, le monde de la machine à écrire. « Macronavirus, à quand la fin ? » Les chiens de garde, depuis quelques années, n’ont même plus la décence de nous laisser l’illusion qu’on peut encore rire, critiquer et penser impunément. Mais bon ! Ça ce n’est pas nouveau.
Oui. La surveillance de masse du futur sera technologique. Je dirais même numérique, digitale.

Voix off : Vous parlez d’Internet, mais Internet c’est magique enfin ! C‘est la vie, c’est la libération, c‘est le cloud et tout ça. Je peux « zoomer » avec mes petits-enfants, je peux envoyer une photo de mes fraisiers à ma copine Germaine pour lui montrer que les miens sont mieux coupés.

Adèle Frantzf : Évidemment, une invention incroyable, ça dépend toujours dans quelles mains elle tombe. Parlez-en à feu Marie Curie qui n’aura pas vraiment idée de ce que les habitants d’Hiroshima subiront à la suite de sa découverte.
Donc le monde n’a pas attendu Internet pour surveiller et contrôler les plus réfractaires aux règles, mais cet outil apparaît comme l’outil idéal de surveillance de masse.
Oui, parce qu’il y a une entité qui me connaît mieux qu’un drone, mieux que mon voisin, mieux que la police, une entité qui sait que j’ai tapé « remèdes naturels contre les hémorroïdes » le 17 mai 2018 à 21 heures 18, même moi je ne m’en souvenais plus ! L’entité dont on parle, celle qui me connaît que moi, ce n’est pas que Google. L’entité, c’est cette liste des cinq géants du numérique, les GAFAM.

Voix off : C’est quoi ? Une mutuelle ?

Adèle Frantzf : Il s’agit de Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft.

Voix off : Ils ont créé Internet, ils savent tout ce que vous faites, quand vous mangez, pissez, pensez, à midi ou à 3 heures du mat. GAFAM, 1984 la nouvelle mini-série Netflix.

Adèle Frantzf : Les GAFAM, c’est joli sur le papier, c’est l’émancipation humaine, le savoir, le mélange des cultures, la communication entre les êtres, la liberté d’expression. Tout ça c’est la partie émergée de l’iceberg.

Voix off : Putain ! Merde !

Adèle Frantzf : Et quel putain d’iceberg !

Voix off : Merci. Iceberg droit devant ! Arrêtons tout !

Adèle Frantzf : Et si on plongeait ensemble dans le monde invisible de la surveillance du Net ? Pour cela, j’ai invité Audric Gueidan, grand spécialiste de la surveillance digitale. On va plonger ensemble dans un nouveau cortex. Suivez-moi.
Salut Audric.

Audric Gueidan : Bonjour Adèle.

Adèle Frantzf : Audric, il y a cinq ans, tu troquais ton ordinateur Mac contre un système d’exploitation en mode logiciel libre et tout le monde à l’époque, je me rappelle, te regardait vraiment bizarrement. Tu disais qu’on était surveillés. Même moi je me disais « il est quand même un peu parano le mec », alors que maintenant c’est comme la question de la viande. Les gens sont de plus en plus sensibilisés à cette question et toi tu passes pour un pionnier en fait, c'est la classe totale ! Et puis entre temps tu es devenu médiateur numérique. Déjà, Audric, c’est quoi ce métier un peu bizarre, médiateur numérique ?

Audric Gueidan : C’est un terme un peu fourre-tout dans lequel je mets plein de choses. Déjà le fait de faire de la médiation c’est servir d’intermédiaire entre deux ou plusieurs choses pour faciliter un transfert de connaissances, par exemple d’un individu à l’autre. Dans le cadre du numérique, en tout cas pour moi, l’objectif c’est d’accompagner un utilisateur ou plusieurs à maîtriser les différentes technologies, les enjeux, les usages, toutes ces questions de la culture du numérique, de la culture du Libre, il y a beaucoup de sensibilisation. Du coup je fais la médiation entre l’homme et la machine, entre l’usager et l’outil informatique.
Concrètement ça peut être plein de trucs. Ça peut être des cours d’informatique un peu classiques, le b.a.-ba de l’apprentissage de l’ordinateur : comment allumer une machine, comment se créer une adresse mail, envoyer un courrier, des pièces jointes, transférer des fichiers, toutes ces choses-là. Des choses un peu plus techniques : l’utilisation d’une tablette, l’intérêt d’un smartphone, les applications qu’on peut utiliser dessus, et également toute la partie sensibiliser les gens aux enjeux du logiciel libre dont on va reparler. Évidemment parler de la surveillance et de la protection des données, c’est un sujet qui m’anime depuis quelque temps. On peut également parler de robotique ou de fab labs, les fameux lieux de fabrication numérique dans lesquels les gens apprennent grâce à leurs pairs – p,a, i, r, s, pas les papas. On apprend ensemble, on s’échange des compétences, toujours avec l’idée d’accompagner les gens, le public, pour les rendre autonomes, leur permettre de mieux comprendre, de faire par eux-mêmes et de prendre des décisions, d’avoir le choix.

Adèle Frantzf : Justement, pour mieux comprendre, parce que là tu parles de surveillance, tu parles de logiciel libre, en fait c’est quoi le Libre ? Ça veut dire que nous on n’est pas libres et que toi tu es là un peu pour nous libérer ? Et pourquoi c’est aussi important pour toi cette différence entre libre et pas libre ?

Audric Gueidan : Il faut déjà définir ce qu’est un logiciel libre.
Un logiciel qui est considéré comme libre va respecter quatre libertés :

  • la liberté 0 qui est la liberté d’utiliser le logiciel pour quelque usage que ce soit ;
  • la liberté 1 c’est étudier le fonctionnement du programme et de pouvoir l’adapter à son besoin, c’est-à-dire pouvoir accéder au code source. J’accède à la recette de cuisine du logiciel ou du système ;
  • la liberté 2 c’est pouvoir redistribuer des copies à tout le monde, je peux partager mon logiciel, légalement, je n’ai aucun problème à faire ça et même les développeurs vont être plutôt contents parce que ça va leur faire de la publicité ;
  • la liberté 3 c’est la liberté d’améliorer le programme, le logiciel et de le repartager avec peut-être des modifications, des améliorations que j’aurais apportées.

Évidemment quand je parle d’adapter, de regarder le code source, ça sous-entend que je comprends un petit peu les choses, donc il faut être développeur pour faire ça. Moi je ne suis pas développeur, par contre je peux m’appuyer justement sur la communauté des développeurs, toutes les personnes qui ont ces compétences techniques. Je préfère faire confiance à une communauté qu’à une entreprise privée qui va fonctionner comme une boîte noire et dans laquelle je ne vais pas pouvoir regarder ce qui se passe.

Voix off : C’est aujourd’hui l’entreprise privée qui vaut le plus cher au monde. Dans l’après-midi, Apple a vu son action grimper et franchir des sommets. L’entreprise est aujourd’hui valorisée en bourse à plus de 1000 milliards de dollars.

Adèle Frantzf : Est-ce que tu aurais des exemples de navigateurs qui seraient libres par rapport à un navigateur pas libre, des applications qui peuvent remplacer, en fait, les usages un peu plus marchands ?

Audric Gueidan : Un navigateur qui n’est pas libre en général c’est celui qui est installé par défaut dans ta machine. Si on prend l’exemple d’un ordinateur qui tourne sur Windows, eh bien le navigateur Microsoft Edge ou, avant, Internet Explorer, qui sont les deux navigateurs de Microsoft, ne sont pas des navigateurs libres. Par contre, le navigateur libre que tu vas pouvoir installer par la suite, c’est Mozilla Firefox1. C’est une communauté qui a développé Firefox, n’importe qui peut regarder le code source, peut vérifier que le logiciel fait bien ce qu’il dit qu’il fait – c’est le principe d’audit, je peux regarder ; il ne va pas être géré par une entreprise qui va monnayer toutes les informations. Mozilla est une fondation qui gère ça. Il y a une partie fondation avec de l’argent, il y a une partie plus bénévole et les deux fonctionnent bien ensemble.
La même chose sur ton téléphone portable. Par défaut, sur un téléphone Android – les téléphones Android c’est à peu près 80 % des téléphones quand même – tu as Google Chrome, qui appartient à Google, qui est installé dessus, qui n’est absolument pas libre et qui va récupérer un paquet de données sur tout ce que tu fais, tout ce que tu regardes sur Internet.

Adèle Frantzf : Pourquoi, quand on parle de surveillance de masse, la surveillance numérique est-elle la plus redoutée ? C’est quoi les enjeux dans un État capitaliste ? C’est quoi les enjeux dans un État totalitaire ? C’est quoi les dangers, finalement ?

Audric Gueidan : D’un point de vue de l’utilisateur il n’y a pas vraiment de dangers, en fait c’est juste une technologie, c’est un outil donc ça dépend comment on s’en sert. Je peux avoir un couteau de cuisine et couper les tomates avec ou je peux aller planter ma voisine, ce ne sera pas la faute de l’outil c’est ce que j’en fais. Internet c’est un peu pareil.
Je pense qu’Internet est un outil qui fait peur aux politiciens parce que ça permet aux citoyens, au peuple, de se rassembler, de communiquer, de se mettre d’accord ensemble et parfois de manière cachée, justement, et c’est en réfléchissant en dehors de la meute qu’on va pouvoir expérimenter et proposer de nouvelles choses. Donc pouvoir faire ça à l’abri des regards c’est quelque chose qui fait peur. C’est pour ça que depuis de nombreuses années, tous les gouvernements essayent de cadrer Internet, de fixer des règles, des lois, des limites. En France, par exemple, on essaye souvent de mettre le CSA [Conseil supérieur de l'audiovisuel] dans la boucle, le CSA qui contrôle la télévision, mais Internet ce n'est pas la télévision. La télévision c’est on s’assoit sur le canapé et on regarde un flux qui nous est envoyé. On peut choisir le flux, mais c’est tout.
Internet, on est actif, on participe à ce flux. Tout le monde peut être à la fois émetteur et récepteur, donc tout le monde peut parler. C’est vraiment la mise en application de ce qu’on appelle la liberté d’expression qui, avant, était plutôt relative. Certes, depuis de nombreuses années, on sait lire et écrire, sauf que tout le monde n’a pas la capacité de diffuser son texte, d’écrire un livre et de le faire lire aux autres. Même si dans les différents journaux auxquels je peux l'envoyer au courrier des lecteurs, eh bien si ce que je dis ne plaît pas, je peux être censuré. Alors que si je le fais sur Internet, je fais mon site, mon blog, je peux le partager et du coup n’importe qui peut avoir accès à mes informations. Et ça, ça fait peur.
Ce qui fait peur aussi c’est qu’à partir du moment où il y a une information sur Internet, globalement elle ne disparaît pas. Du coup, il est possible de déterrer une information, fausse ou vraie, mais une information et de mettre un personnage public, politique, face à ses contradictions. Il y a x mois cet homme politique a dit ça sur Twitter, aujourd’hui il dit l’inverse, eh bien hop !, je peux lui ressortir ça directement, sans filtre, et je lui mets devant les yeux « vous avez dit une connerie il y a quelques x mois ». On ne va pas l’oublier comme ça.
On nous balance souvent le prétexte du piratage, de la menace terroriste ou des sites pédopornographiques pour censurer un maximum de choses. On agite un mouchoir pour dire « attention il y a ça » et, en fait, on essaye de faire passer plein de lois liberticides.
Ce qui a essayé de se passer récemment avec la loi Avia, qui a d’ailleurs été censurée finalement, une loi qui avait pour objectif de censurer de manière plus au moins automatique les contenus en ligne qui étaient haineux. Ça part d’une bonne intention, évidemment qu’il faut faire disparaître la haine d’Internet, mais on ne peut pas se baser sur des algorithmes parce qu’il y a énormément de ce qu’on appelle des faux positifs. On ne peut pas non plus donner ce pouvoir-là aux grandes plateformes, aux fameux GAFAM, parce qu’il n’y a que ces plateformes-là qui techniquement pourraient le faire, c’est-à-dire Facebook, Twitter, Google, c’est à eux qu’on donne les clefs de la justice.

Adèle Frantzf : Il y a justement une émission de Cash Investigation qui a révélé les conditions de travail des employés de prestataires de Facebook ou de Google, je ne sais plus, censés nettoyer Internet, et qui se retrouvent, pour un salaire indécent, à trier toute la journée des vidéos toutes plus violentes les unes que les autres, des décapitations, des lacérations ou bien des vidéos à caractère pornographique. Là où c’est vrai que les sociétés de nettoyage à domicile veulent, et les clients aussi, que le travail des femmes et des hommes de ménage soit invisible, c’est vrai qu’on ne se pose jamais la question du nettoyage d’Internet. C’est aussi ça qui nous permet finalement de naviguer tranquillement sans être attaqués par des images ou des vidéos à caractère très violent.
Le problème, comme tu dis, c’est que c’est la plateforme qui fixe ses propres règles et, par exemple, c’est Facebook qui va censurer des images artistiques parce qu’on voit un sein donc c’est jugé à caractère pornographique. C’est aussi Facebook aussi qui, malgré la révolte de ses employés, décide de ne pas censurer les propos d’appel à la haine d’un certain Donald Trump.

Audric Gueidan : Sur Internet, le problème c’est qu’on ne peut pas laisser les grandes plateformes décider de ce qui est légal, de ce qui ne l’est pas. Il y a déjà des choses qui sont écrites dans la loi concernant les contenus haineux, il n’y avait pas besoin de la loi Avia. Pour les faire appliquer il faut juste mettre des moyens, c’est facile à dire, dans la justice.
On nous dit souvent qu’on est anonyme sur Internet. En fait c’est très facile techniquement de remonter à la trace, à la source et de savoir. Techniquement on peut repérer qui est l’utilisateur qui se cache sous un pseudo, qui a proféré des menaces de mort concernant quelqu’un sur Twitter, et cette personne aura des problèmes. En fait, tout cela existe déjà.

Adèle Frantzf : Alors c’est quoi les données personnelles ? Est-ce que tu peux nous expliquer un peu mieux pourquoi, en fait, ça vaut de l’or tout ça ?

Audric Gueidan : Une donnée c’est un élément qui va permettre de t’identifier toi soit directement soit par recoupement, par croisement d’informations.
Des données on va dire faciles à avoir c’est ton nom, ton prénom, peut-être ton pseudo, ton âge, ton sexe, ton adresse, d’ailleurs il y a une partie de ces données-là qui sont déjà publiques parce que tu existes aux yeux de l’État, aux yeux de la loi.
Ensuite il y a beaucoup de données qui vont être récupérées en fonction de que tu fais sur Internet, en fonction des articles que tu lis, combien de temps tu passes dessus, sur quels liens tu as cliqué, qu’est-ce que tu as partagé sur les réseaux, tout ça, ça va donner une espèce de fiche d’identité numérique de toi, de tes goûts, de ton orientation politique, sexuelle ou religieuse et tout ça, ça peut se monnayer.
C’est là où les grandes plateformes, les GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – s’en mettent plein les poches. D’un côté ça va permettre de t’envoyer de la publicité ciblée, vu qu’on sait qui tu es on peut vraiment t’envoyer quelque chose d’hyper-personnalisé. Je veux vendre un vélo, je vais déjà pouvoir regarder dans ma base de données l’âge des utilisateurs, on va dire que je veux quelqu’un qui a entre 30 et 40 ans, qui est sportif, qui habite à côté de Nanterre. Je peux cibler comme ça, envoyer ma publicité à ces personnes-là.

Adèle Frantzf : Concrètement, je prends l’exemple des chaussures allemandes Adidas. C’est un objet connecté, qui est assez pratique parce que, finalement, il donne des mesures sur l’activité physique, savoir si vous êtes en forme, ce que vous devez faire. En fait c’est quoi les avantages de ce truc ?

Audric Gueidan : Il y a des gens qui aiment bien savoir combien de kilomètres ils ont fait, quel était le parcours et partager tout ça aussi sur les réseaux.
Après, est-ce que j’ai envie que Adidas connaisse mon adresse, connaisse mon itinéraire préféré de footing ? On peut se dire « ouais ce n’est pas grave ! » Il y a une histoire assez rigolote. Il y a quelques mois des agents, j’ai envie des agents secrets, je ne sais plus exactement quel statut ils avaient, des personnes d’une agence du gouvernement américain avaient l’habitude de faire comme ça du footing autour de leur base. En fait, ils ont été identifiés comme ça. Peut-être qu’avec tes chaussures tu as, en plus, un bracelet connecté qui va prendre ton rythme cardiaque que ton assurance aimerait bien avoir. Si on se rend compte que « tiens, madame Machin a un problème cardiaque », du coup on va peut-être lui changer son tarif. Ça pose un autre problème.

Voix off : Découvrez la nouvelle brosse à dents électrique connectée Oral-B Smart Series et l’application Oral-B spécialement conçue pour des résultats de nettoyage optimaux. L’application est déjà en route pour vous guider en temps réel et vous aider à vous brosser les dents au moins deux minutes. Grâce au guide animé des quatre zones de votre bouche, vous pouvez être sûr d’avoir brossé de manière égale toutes les parties de votre bouche. Un indicateur de pression apparaît sur l’application lorsque votre brossage est trop vigoureux.
La page défilante, en bas de l’application, fait apparaître les actualités, la météo, des conseils pour la santé bucco-dentaire, des images de la nature, vos prochains rendez-vous sur votre calendrier et bien plus encore pendant votre brossage, tout en vous permettant de recevoir vos aides de brossage et le contrôle de la pression pour une expérience de brossage complet.

Adèle Frantzf : Fatigant, non ?

Voix off : Pourquoi ne pas prendre un petit moment pour vous-même avec l’application Petit Bouddha ? Détendez-vous. Reliez-vous directement aux pulsations de votre cœur. Nous savons que parler de réchauffement climatique ou de surveillance numérique et de tous ces sujets sensibles peut provoquer des montées de stress indéniables. Sachez que toute l’équipe de radio Agora est là pour vous. Respirez et détendez-vous. Bienvenue sur radio Agora.

Adèle Frantzf : Moi je sais que la publicité ciblée, par exemple, ça ne marche pas des masses sur moi, tu vois ! En fait, moi je vogue dans le cloud, tu sais, ce nuage tranquille et flou et du coup tout ça, cette surveillance de masse, ce n’est pas très réel en fait, ça reste dans mon ordinateur et j’ai toujours tendance à minimiser un peu l’impact des traceurs, des applis, des GAFAM, gnagnagna. Est-ce que pour toi, réellement, le virtuel a un réel impact, réel, sur la vie réelle ?

Audric Gueidan : Si je prends ton téléphone peut-être que dessus il y a l’application de ton parti politique, il y a peut-être une application de suivi de grossesse, une application médicale — je pense au suivi de diabète —, une appli de rencontre, toutes ces infos-là, pareil, ça permet déjà de te mettre dans une case. Est-ce que tu aurais envie que toutes ces infos soient marquées sur un panneau que tu trimballes toujours à côté de toi ? Est-ce que tu veux avoir marqué en gros pour qui tu votes, avec qui tu couches et ce que tu manges ? Je ne suis pas sûr.
Il y a une histoire qui est assez symptomatique de tout ça. Un site de rencontres adultères qui s’appelle Ashley Madison a été piraté il y a quelques années, ça doit faire trois/quatre ans, et la liste entière des utilisateurs s’est retrouvée sur Internet, comme ça, à la vue de tous.
Dans ce listing on retrouve des politiciens américains et également deux ou trois personnes qui sont, j’ai envie dire, dans la religion, je ne sais plus si ce sont des prêtres ou des pasteurs. Un certain nombre de personnes, du coup, se retrouvent affichées sur la place publique comme étant habituées d’un site de rencontres adultères. Il y en a plusieurs qui ont dit : « Non, ce n’est pas moi c’est faux », plusieurs qui ont avoué et il y en deux ou trois qui se sont suicidées. Donc oui, ça peut avoir un impact.

Adèle Frantzf : Moi, à part recevoir des amendes pour excès de vitesse, je ne fais de mal à personne et j’ai un peu rien à cacher !

Audric Gueidan : Peut-être que quelque chose que tu fais actuellement est légal, est normal, peut-être que dans quelques années ça ne sera plus le cas. Imaginons que je suis dans un système totalitaire, j’ai envie d’identifier et de faire disparaître tous mes opposants politiques, si je peux les identifier juste avec l’application du parti politique auquel ils ont adhéré ou le nombre de pages Facebook ou certains sujets qu’ils ont likés ou partagés, ça pose problème. Si on regarde aux États-Unis, Trump a pu identifier une partie de ses opposants via Facebook et via les caméras de surveillance qui étaient postées dans les rues pendant les manifestations. Si on regarde en Chine, si je commence à critiquer le gouvernement chinois je vais avoir des problèmes. C’est d’ailleurs ce qui se passe actuellement avec Hong-Kong. Toutes les personnes qui s’expriment en mal sur le sujet sont immédiatement arrêtées.

Adèle Frantzf : Durant le confinement on a fait un peu connaissance avec le logiciel Zoom qui vaut maintenant plus cher en bourse que les sept plus grosses compagnies aériennes mondiales réunies et qui est quand même accusé d’avoir fait fuiter les vidéos vers Facebook notamment. Il y a eu le petit robot chien jaune qui surveille les Singapouriens, il y a eu StopCovid.
Justement, si on revient au contexte international de la pandémie COVID-19, ça me fait penser à la théorie de Naomi Klein, La Stratégie du choc, qui soutient qu’à l’occasion de désastres, que ce soit des attentats, des catastrophes naturelles, des coups d’État, des changements de régime, les gouvernements en profiteraient pour imposer des réformes économiques ultralibérales et super restrictives au nom de la sécurité d’un pays. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur la réaction des gouvernements face au choc de cette pandémie ?

Audric Gueidan : Tu l’as bien dit, à chaque fois qu’il y a un évènement important on en profite pour faire passer des lois ou des appareils de surveillance ; ça revient à ce que je disais tout à l’heure, en parlant notamment du prétexte du terrorisme.
On pense que la magie de la technologie va nous sauver, c’est ce qu’on appelle le techno-solutionnisme. On se dit qu’on va mettre en place une application, un appareil superbe qui va contrôler l’épidémie, gérer les personnes malades, peut-être en même temps identifier les manifestants.
En France, des drones ont été déployés par la police pour surveiller que les gens respectaient bien le confinement. Depuis, ces drones ont été considérés comme illégaux, ils n’ont plus le droit de voler, même si apparemment on en a vu certains pendant les manifestations. Bon ! Il y a des caméras de surveillance avec reconnaissance faciale qui ont été installées avec l’idée de savoir si tu portes ton masque ou pas alors que la CNIL [Commission nationale de l'informatique et des libertés] va dire « non il ne faut pas faire ça ». Certains maires se pensent au-dessus des lois !
Donc oui, on surveille, on flique, on file des amendes. Si on n’a pas notre papier pour sortir, pareil il y a eu un nombre important d’abus à ce niveau-là. On peut aller plus loin, d’ailleurs c’est ce qui s’est passé à Singapour. À Singapour ils avaient une application équivalente à StopCovid, sauf qu’ils se sont rendu compte que la population ne l’avait pas installée, ne s’en servait pas, exactement ce qui se passe en France d’ailleurs, du coup ils sont allés plus loin : quand tu rentres dans un bâtiment public tu dois scanner une espèce que QR Code qui à l’entrée avec ton téléphone, qui va t’identifier et qui va dire si tu es contaminé, contagieux et du coup qui va te permettre, ou pas ,de rentrer dans ce bâtiment.
On peut très bien imaginer ça en France en allant plus loin en disant que si tu n’as pas l’application StopCovid sur ton téléphone alors tu ne peux pas, je ne sais pas, rentrer dans la gare, tu ne peux pas aller faire tes courses.
Est-ce qu’on a envie d’aller vers ça ? Moi non.

Adèle Frantzf : Justement, qu’est-ce qui t’a choqué le plus ? Est-ce qu’il y a un évènement qui t’a vraiment choqué pendant cette période ?

Audric Gueidan : Le fait qu’en France on avance un peu avec des œillères, je pense notamment au chargé du numérique, Cédric O, qui a maintenu, qui y est allé à fond contre tous les avis des experts et des associations de défense des libertés individuelles en disant « on va faire notre application, on va faire un truc français. On ne veut pas s’appuyer sur ce qui existe, sur le protocole qui est utilisé par Apple et par Google, non, non, nous on va faire notre protocole à nous », qui ne fonctionne pas si bien que ça finalement.

Adèle Frantzf : Là tu parles de l’application StopCovid ?

Audric Gueidan : Oui, pour StopCovid. II y a un truc qui n’est pas logique : on dit « on veut du numérique souverain, du numérique français » et, en même temps, on voit par exemple que toutes les données de santé vont être hébergées par Microsoft. Bon ! On a envie de dire que ce n’est pas très logique !

Adèle Frantzf : Est-ce qu’il y a eu des choses bien pendant cette période ?

Audric Gueidan : Que la loi Avia ait été retoquée, je trouve ça bien.
En effet, que la police n’ait pas le droit normalement d’utiliser ses drones pour surveiller les gens je trouve également ça bien.
Je pense que ce qui est positif, par exemple, on va parler du télétravail : il y a beaucoup de personnes qui se sont rendu compte que oui, c’est possible de travailler à la maison et même souvent on travaille plus et mieux qu’en étant au boulot alors qu’il y avait beaucoup de patrons qui disaient « non, moi je ne veux pas que mes employés fassent du télétravail », ils avaient toutes les bonnes raisons. On voit que c’est possible. Il y a eu une espèce d’électrochoc en prouvant que le numérique ça peut aider, ça peut être bien ; même chose pour les jeux vidéos d’ailleurs. Il y a quelques mois l’OMS disait « attention, ça y est, le jeu vidéo est considéré comme une addiction » et en même temps, pendant le confinement, ils ont dit : « Oui, on avoue, les jeux vidéos permettent de calmer les enfants, c’est bien de jouer une à deux heures par jour ». Il y a, comme ça, plusieurs articles qui sont sortis, que j’ai trouvés intéressants.
On voit également qu’il y a un nombre important de personnes qui sont vraiment en grande difficulté face au numérique. On parle en moyenne de 20 % de la population qui n’est pas connectée ou qui a vraiment des difficultés.

Adèle Frantzf : C’est sûr qu’à 80 ans, à la vitesse où ça va, si je n’ai pas d’amis ou de la famille qui s’y connaît, je deviendrai incapable d’être à la page et on voit la Caf, la SNCF, qui ferment de plus en plus de guichets humains et l’État compte maintenant de plus en plus sur les associations qui sont en grande partie bénévoles pour rattraper le coup, en fait, et aider les personnes à apprivoiser le numérique. Finalement ces associations crient aussi au manque de moyens.

Audric Gueidan : Dans les associations je pense par exemple à Emmaüs Connect2 qui fait partie de Emmaüs, qui va être là pour former une partie de la population et accompagner les personnes qui sont en difficulté. Ça a été un petit peu accentué pendant le confinement et plusieurs initiatives ont été lancées pour essayer justement de pallier à ces différents manques que ça soit pour les étudiants, les écoliers qui se sont retrouvés à devoir travailler de chez eux ; que ça soit pour les indépendants ou les salariés qui, du jour au lendemain, doivent faire du télétravail alors qu’ils n’en ont jamais fait et ça ne se fait pas comme ça, ce n’est pas évident.

Adèle Frantzf : Aujourd’hui, est-ce que tu pourrais nous donner des noms d’associations, d’institutions étatiques, qui sont les garants de notre liberté numérique ? Qui est-ce qui se bat, en fait, pour que justement on ait plus accès au logiciel libre, qu’on puisse savoir un tout petit mieux comment nos données fuitent ? Vers qui se tourner en fait ?

Audric Gueidan : On peut imaginer qu’on pourrait se tourner vers notre pays qui est censé être garant de nos libertés. Pour moi c’est un petit peu compliqué de ce côté-là quand on parle de numérique parce que les États sont noyautés par les entreprises privées, on peut reparler de Microsoft qui est vraiment partout : en France, Microsoft est à la Défense, il est à la Culture, il est à l’Éducation, déjà ça pose un problème. Il y a ce qu’on appelle des back doors, on va dire que c’est la porte de derrière qui permet à l’entreprise d’aller voir discrètement ce que tu fais sur ta machine. Est-ce qu’il faut que les ordinateurs de l’armée française soient connectés en permanence aux serveurs de Microsoft qui est une entreprise américaine ? Je n’en suis pas certain.
Est-ce que j’ai envie que les collégiens, les étudiants soient formatés à utiliser des logiciels privés et payants : toute la suite office et compagnie est gratuite quand ils sont à l’école, mais lorsqu’ils sortent de l’école ils vont devoir acheter leurs logiciels — la première dose est gratuite et après c’est à vous de payer ! Je ne suis pas certain que ça soit une bonne chose, surtout quand il existe des associations ou des organismes qui vont se battre, qui vont prouver que c’est possible. Je pense notamment à Framasoft3 qui une association de promotion du logiciel libre qui met en place différents services. En 2013 ils avaient lancé la campagne « Dégooglisons Internet »4 pour prouver qu’on peut se passer de Google, on peut trouver des équivalents qui fonctionnent aussi bien et qui vont être éthiques, qui vont respecter notre vie privée, qui vont être libres, c’est-à-dire qu’après tout le monde peut les utiliser, les employer pour faire sa propre version. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé : le Collectif des CHATONS5 a émergé de ça après, c’est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Ça permet en plus de faire de l’Internet on va dire local : je peux aller dans l’association de ma ville, récupérer des services numériques, une boîte mail, un hébergement de fichiers, de la même manière que je serais allé à l’AMAP du coin récupérer mon panier de fruits et légumes et ma boîte d’œufs. En plus, là je sais qui s'en occupe, je peux discuter avec ces personnes-là, je peux m’investir et monter en compétences si j’ai envie, si j’ai le temps, je peux devenir acteur de ma vie numérique.

Adèle Frantzf : Finalement, c’est un peu la même chose que dans l’agriculture, c’est-à-dire qu’on veut surtout du local et on veut de l’éthique. On veut du Libre, du bio, quoi ?

Audric Gueidan : C’est ça, sauf que pour passer au bio il faut être un petit peu sensibilisé, il faut quand même se renseigner, ce n’est pas forcément évident comme transition parce qu’on ne va pas trouver exactement la même chose, peut-être pas au même prix, peut-être pas en même quantité.
C’est la même chose de passer à des outils libres, éthiques, open source. On va dire que c’est un travail de tous les jours parce que certains outils, à un moment donné, vont être très bien et puis hop !, l’organisation va se faire racheter et finalement c’est devenu moins bien, maintenant il y a des trackers dedans, donc il ne faut plus utiliser cette application. Il y a besoin de faire de la veille à de sujet-là, globalement les gens n’ont pas le temps de faire ça, donc les associations le font.
La Quadrature du Net6 fait du bon travail pour sensibiliser les gens à cette question-là et pour prouver que le numérique sort de la sphère de l’ordinateur et du smartphone, ça touche toute notre vie, toute notre vie est numérique maintenant.
Je pense à ce qu’on appelle les GULL qui sont les groupes d’utilisateurs Linux et logiciels libres. Pareil, on va en trouver un petit peu partout en France. Ce sont des groupes de bénévoles qui vont être là pour vous encadrer, vous apprendre à utiliser Linux [GNU/Linux], si vous voulez passer à Linux qui est le système d’exploitation libre, qui vont globalement essayer de vous former.
On peut aller dans ce qu’on appelle les Cafés vie privée. Ce sont des lieux de formation, ça peut se passer partout, ça peut être dans un café comme le nom l’indique ou dans un restaurant, dans une bibliothèque, où on veut, et là on va apprendre à utiliser des outils qui protègent nos données, on va comprendre comment laisser moins de traces.
On peut aller dans sa bibliothèque de quartier, il y a beaucoup de bibliothécaires qui sont sensibilisés à ces questions-là.
Donc il y a du monde qui est présent sur le terrain pour justement garantir qu’on respecte au maximum nos libertés numériques.
L’idée, toujours, c‘est de pouvoir reprendre la main sur la machine, sur l’outil, sur le logiciel, comprendre comment ça marche et pouvoir faire des choix éclairés.

Diverses voix off : La NSA a placé sous surveillance tous les portables du monde.
Les Américains ne rêvent pas d’être libres, ce qu’ils veulent c’est la sécurité.
Oui, sauf que malheureusement les gens ignorent qu’ils ont passé un marché.

Adèle Frantzf : Tu sais comme moi que certains réalisateurs de films d’horreur ou de thrillers disent souvent que la réalité est bien pire que la fiction. Pour toi, quels films se rapprocheraient le plus de la dystopie qui pourrait nous attendre si on ne fait pas gaffe ?

Audric Gueidan : Un film qui est bien, qui est d’ailleurs adapté d’un livre à la base, Minority Report. Ça se passe dans un monde futuriste où il y a une brigade d’intervention qui peut arrêter les personnes avant qu’elles aient commis un crime. C’est ce qu’on appelle du prédictif. Il y a déjà eu, en tout cas en Chine, des arrestations préventives grâce ou à cause, ça dépend dans quel sens on se place, de ce qu’on appelle le big data, de toutes ces données qui vont être récupérées, qui vont permettre à des algorithmes d’imaginer que potentiellement cette personne va commettre un crime, donc on l’arrête en amont.
Un autre film qui est intéressant, qui pourrait faire peur, c’est WALL-E. C’est tout mignon, c’est tout joli, mais quand on regarde ce que les humains sont finalement devenus dans WALL-E, ils sont complètement dépendants des machines, ils sont juste rivés à leur écran, ils ne sont même plus capables de marcher par eux-mêmes et de réfléchir, ils ne savent plus comment ça fonctionne.
Un algorithme ce n’est pas une invention magique, il y a quelqu’un à la base qui a fait des choix et qui a décidé que le logiciel pouvait faire ça ou ça. Lawrence Lessig7 dit Code is Law, « Le code c’est la loi » et en effet le robot, l’algorithme, la machine, va suivre ce qui a été écrit dans son code.
Après pour sortir du film, il y a une série qui est très bien, tous les épisodes ne se valent pas, c’est Black Mirror, il y a certains épisodes où, en fait, ce n’est même plus le futur, on est vraiment déjà dedans.

Voix off : Comment ça fonctionne ?
Cette puce va accéder à vos engrams, à vos souvenirs relatifs à l’évènement.
Je ne suis pas intéressée par ce que vous auriez pu faire dans votre chambre sur votre temps libre.
Ce qui est privé doit rester privé.

Audric Gueidan : Voilà ce que je peux un petit peu conseiller.

Adèle Frantzf : Nous arrivons à la fin de cette première émission numérique. Merci beaucoup à toi Audric.

Audric Gueidan : Merci à toi.

Adèle Frantzf : Ne dites plus Twitter, dites Mastodon8. Ne dites plus YouTube, dites PeerTube9. Instagram devient PixelFed10, Zoom devient Jitsi11. Gmail devient Mailo12 ou Disroot et Google docs devient Framapad13. Ça, c’est la classe !
Reprenez la main sur la machine, le trafic, le contenu.
À Nanterre il y a l’Electrolab, il y a Nanterre Digital. Il y a Évelyne Jardin qui donne des formations à l’Agora. Il y a Lien intergénération 92, il y a La Ligue de l’enseignement qui avait diffusé notamment, je me souviens, un docu très facile à visionner, qu’on va mettre en lien sur le site de l’Agora, Nothing to Hide, « Rien à cacher », et il y a le Centre social Arc-en-ciel très actif notamment sur le festival Nanterre Digital.
À Rueil, il y a Rueil Digital et le Chaton le plus proche est à Courbevoie, il s’appelle Tedomum.
Enfin il y a la FFDN14, la Fédération des Fournisseurs d'Accès à Internet associatifs.
Évidemment la liste n’est pas exhaustive. Si vous voulez partager votre expérience aux Rencontres numériques nantériennes n’hésitez pas à laisser un commentaire sur radioagora-nanterre.fr.
J’en profite pour remercier toute l’équipe de radio Agora de cette opportunité qui nous est faite de nous exprimer librement. Bisous les Nantériens.Prochaine émission le mois prochain.

Décryptualité du 21 septembre 2020 - Health data hub, les données de santé des français hébergée par MS

mar, 09/22/2020 - 01:25

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 21 septembre 2020 (15 minutes)

Cette semaine, on parle de la contestation autour de Helath Data Hub, la plateforme des données de santé des français hébergée sur le Cloud Microsoft.

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Revue de presse de l'April pour la semaine 38 de l'année 2020

lun, 09/21/2020 - 22:08

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Clubic.com] GNU/Linux: 10 distributions incontournables pour bien débuter

✍ Johan Gautreau, le dimanche 20 septembre 2020.

Windows 10 et macOS sont actuellement les systèmes d’exploitation pour ordinateur les plus répandus sur le marché grand public. GNU/Linux, fortement représenté dans le domaine professionnel jouit de son côté d’une très mauvaise image auprès des foules. Une mauvaise réputation qui n’a plus lieu d'être de nos jours tant les distributions se sont simplifiées et ouvertes pour séduire le grand public. Nous avons sélectionné pour vous 10 systèmes GNU/Linux à essayer d’urgence pour sauter le pas en toute sérénité!

[Journal du Net] Intelligence artificielle: restez open!

✍ Christophe Boitiaux, le vendredi 18 septembre 2020.

Aujourd’hui dans 90% des cas, le cloud public classique est suffisant pour gérer le volume de data nécessaire au machine learning. Mais demain, il est fort probable qu’on ne puisse se passer de l’informatique quantique.

[Numerama] Mozilla renonce à l'envoi de fichiers et aux mémos synchronisés en fermant Send et Notes

✍ Julien Lausson, le vendredi 18 septembre 2020.

L’outil de partage de fichiers Firefox Send ne sera pas relancé. Quant au service Notes, qui permet de prendre des mémos et de les synchroniser entre plusieurs appareils, il sera désactivé en novembre.

Et aussi: [ZDNet France] Le Health Data Hub de nouveau attaqué devant le Conseil d'Etat

✍ Clarisse Treilles, le jeudi 17 septembre 2020.

Un collectif a déposé un recours en urgence au Conseil d’Etat, qui avait déjà été appelé à trancher une première fois sur le sujet. Les requérants espèrent cette fois-ci faire peser l’invalidité du Privacy Shield.

[cio-online.com] Le Ministère de l'Education Nationale tente de justifier son choix de Microsoft

Le mercredi 16 septembre 2020.

Après l’article dans Le Canard Enchaîné et la plainte du CNLL, le Ministère de l’Education Nationale a transmis ses arguments en faveur de Microsoft.

Et aussi: [EurActiv] La directive sur le droit d'auteur fait des remous au sein du navire européen

Le mardi 15 septembre 2020.

Plusieurs sociétés civiles européennes ont écrit une lettre à Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur, mettant en lumière de «profondes inquiétudes» liées au document d’orientations de la Commission européenne sur la directive relative au droit d’auteur.

Et aussi: [Le Monde.fr] La justice européenne consacre «la neutralité du Net» dans l'UE

Le mardi 15 septembre 2020.

L’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne consacre mardi le principe d’égalité de traitement et d’accès des contenus en ligne.

Et aussi: [La gazette.fr] La vague des communs arrive

✍ Delphine Gerbeau, le mardi 15 septembre 2020.

Notion très ancienne, les communs connaissent depuis quelques années un regain d’intérêt, à l’heure de la recherche d'économies et d’autres façons de mener les politiques publiques. Plusieurs pays européens sont bien en avance sur le sujet, en France quelques collectivités tentent de donner forme à cette gestion “en commun”.

[Association mode d'emploi] Les Chatons concurrencent les Gafam

✍ Laurent Costy, Angie Gaudion, le mardi 15 septembre 2020.

Après une phase importante de déploiement d’outils numériques par les associations (1), on assiste à une rationalisation et à un intérêt marqué pour les logiciels libres. Ceux-ci permettent aujourd’hui de répondre aux principaux besoins des acteurs associatifs. Des besoins renforcés depuis la crise sanitaire du Covid-19 qui obligent à repenser nos modes de fonctionnement. Le collectif Chatons les aide à les découvrir et les adopter.

Bilan des vacances ! Décryptualité du 14 septembre 2020

lun, 09/21/2020 - 16:10


Titre : Décryptualité du 14 septembre 2020 - Bilan des vacances !
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 20 septembre 2020
Durée : 12 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 37 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Solved Puzzle - Licence Creative Commons CC01.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Rentrée tardive pour Décryptualité, l'occasion de faire un petit bilan de ce qui s'est passé pendant l'été et de se demander si nous sommes condamnés à nous répéter encore et toujours.

Transcription

Luc : Semaine 37. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : C’est la rentrée !

Manu : Eh oui ! On n’a pas Nicolas ni Nolwenn qui seront avec nous au cas par cas, au fur et à mesure de l’année. Donc on reprend, mais on n’a pas peur un peu de se répéter parce que j’ai l’impression qu’il n’est pas arrivé grand-chose, là quand même !

Luc : C’est toujours la même chose. C’est ce que nous dit une certaine personne que nous ne nommerons pas, en disant qu’on se répète, c’est toujours la même chose.

Manu : Les mêmes arguments…

Luc : Et le même genre d’évènements. Déjà sur la revue de presse, qu’est-ce qu’on a ?

Manu : On a cinq articles. Cinq sujets. Ça n’a pas été facile toutes les semaines pendant l’été, c’était un petit peu calme, mais là ça repart.

Luc : Le Point, « Alice Zeniter : « J’interroge les différentes possibilités de l'engagement » », un entretien mené par la rédaction, on n’a pas de nom.

Manu : Alice Zeniter est une auteure qui vient d’écrire un roman, Comme un empire dans un empire, et dedans, d’après ce qu’elle en dit, ça discute un petit peu économie, économie alternative, logiciel libre, partage du savoir de manière générale. C’est intéressant, donc elle a des héros qui sont positionnés sur une échelle politique avec des discours d’actualité de notre point de vue, mais novateurs dans les romans. Je ne crois pas qu’on voie souvent cela. Il faudra qu’en en discute avec Magali qui est libraire et qui est assez contente de voir apparaître ce genre de sujet.

Luc : ZDNet France, « Éducation nationale : voici pourquoi Microsoft est une drogue dure », un article de Louis Adam, une tribune même.

Manu : Oui, qui tape dur ! Parce que de la drogue c’est bien un sujet qu’on a déjà abordé, mais ça fait quand même toujours bizarre de voir ressortir ce genre d’approche. Effectivement, oui, le logiciel privateur c’est une drogue parce qu’on s’y habitue et on ne peut plus en décrocher après. Il semblerait, en tout cas, pour l’Éducation nationale.

Luc : Souvent ça fait partie de la stratégie de se rendre indispensable.
ouest-france.fr, « Arthur Le Vaillant : « On ne doit pas être des sportifs comme les autres » », une interview de la rédaction également.

Manu : Ça ne parle pas beaucoup de logiciel libre, c’est vrai, c’est un petit peu restreint, mais quand même ! Les gars innovent dans la voile et quand ils innovent, eh bien ils vont le faire de manière ouverte, sur le modèle du logiciel libre. Ça me fait plaisir de voir ça et j’aime bien le mettre en avant.

Luc : ZDNet France, « L'Inria veut faciliter l'accès aux technologies numériques open source », un article de Clarisse Treilles.

Manu : Exactement c’est l’Inria Academy, avec un « y » à la fin. Ils veulent former des gens, dans les entreprises surtout, avec l’idée du logiciel open source et certains logiciels open source. Ça a été repris dans pas mal d’endroits et je suppose qu’on en reparlera parce que l’Inria est une institution importante et qu’il fasse ça pour les entreprises…

Luc : Qui fait de la recherche dans le domaine de l'informatique.

Manu : Globalement et là c’est un gros truc. Ça fait plaisir.

Luc : Le Monde Informatique, « La Chine bannit Scratch, le langage d'apprentissage à la programmation », un article de Jacques Cheminat.

Manu : Ce ne sera pas le premier qui aura droit à ce traitement-là. C’est une censure, rien de moins. Il y a aussi Notepad++ qui s’est fait jarreter.

Luc : Un logiciel pour éditer du code, pour les gens qui ne connaissent pas.

Manu : Plutôt pour les développeurs. Il y a peut-être un point commun. Là c’est de la programmation aussi.

Luc : Ils se sont fait dégager sur quels critères ?

Manu : Parce qu’ils revendiquaient de la liberté, notamment pour les Ouïghours, et puis je crois que l’auteur de Notepad++ est d’origine asiatique.

Luc : Effectivement je me souviens, il y a des années de ça à l’époque de Sarkozy, Sarkozy avait dit des trucs qui ne lui avaient pas plu du tout et il avait ajouté des commentaires.

Manu : Une release notes.

Luc : Une release notes ou quelque chose comme ça. Les gens l’avaient critiqué, il avait dit « si vous n’êtes pas contents allez voir ailleurs ! » Mais quelle arrogance, quand même, de critiquer la politique de la Chine !

Manu : Oui, mais il n’est pas payé pour faire ce qu’il fait et il a bien le droit de s’exprimer même si c’est dans un milieu qui est un peu inhabituel. Après tout c’est un développeur, il utilise son lieu d’expression qui est son code, de manière générale.

Luc : De quoi on parle aujourd’hui, du coup, pour cette rentrée ?

Manu : On fait un petit recap sur l’été. Est-ce qu’il est arrivé des choses intéressantes cet été, voyons.

Luc : Pour voir si c’est effectivement toujours la même chose comme on disait en introduction, qu’est-ce que tu as retenu de cet été ?

Manu : Il y a des soucis avec Firefox, ils ont viré du monde et ça fait mal au cœur.

Luc : Un quart de leurs effectifs, 250 personnes, ce qui veut dire qu’il y a quand même beaucoup de gens à la Fondation Mozilla1. Ils ont beaucoup d’argent puisqu’ils avaient un accord avec Google pour mettre son moteur en avant et ils touchaient des millions pour ça.

Manu : Des centaines de millions.

Luc : Des centaines de millions. D’une part, au fil des années, Firefox s’est retrouvé en position minoritaire, donc Google n’a plus vraiment besoin d’eux. Avec la covid, le marché de la pub, tout ça, tout est un peu en train de se casser la gueule, donc ils ont décidé de lâcher du lest.

Manu : Licenciement de 250 personnes. Petit détail, mais qui fait toujours mal au cœur, elle est payée combien… ?

Luc : C’est un des trucs qui fait débat. Mitchell Baker, la personne responsable de la Fondation Mozilla, touche deux millions et demi de dollars par an. Pas mal de gens ont critiqué ça, ça ne couvre pas le salaire de 250 personnes, de 250 développeurs en tout cas si ce sont des développeurs, mais ça pose quand même la question de ce modèle de financement.
Je suis tenté de faire le parallèle avec Blender2, le logiciel de 3D, ce n’est pas du tout le même domaine, qui a complètement explosé, qui est maintenant une référence, qui a envahi le monde professionnel et qui est en train de grimper à toute vitesse. Il y a quelqu’un derrière ça, un Hollandais qui s’appelle Ton Roosendaal, et qui a toujours dit « oui, j’aurais peut-être pu devenir riche mais ça ne m’intéresse pas. Je préfère faire un beau logiciel, faire plaisir à des tas de gens et faire avancer quelque chose ». On n’a pas nécessairement besoin d’avoir quelqu’un qui touche des millions. On a plein de grands patrons, en Allemagne ou dans les pays nordiques, qui ne sont pas aussi bien payés que plein d’autres grands patrons. Mitchell Baker dit : « Sur le marché, dans une boîte normale, je toucherais beaucoup plus ».
Ça pose cette question du coup : est-ce que le marché justifie tout ? Et si maintenant ça doit être financé par la communauté, par les utilisateurs, est-ce que les utilisateurs ont envie de payer très grassement quelqu’un à la tête de ce truc-là ? En plus de ça les résultats ne sont pas faramineux, peut-être que le contexte ne l’est pas, en tout cas le mauvais résultat est là. Firefox est plutôt en mauvaise posture.

Manu : Petit détail, nous ne sommes pas les clients de Mozilla, nous ne payons pas Mozilla pour développer. C’est Google, de fait, et puis d’autres entreprises, d’autres sponsors qui le font. Donc ça reste compliqué comme débat.

Luc : En tout cas, si ça démontre une chose c’est que ce n’est peut-être pas une bonne idée d’être dépendant des GAFAM et que, à la fin, eh bien… on se fait avoir !

Manu : Petite remarque, quelque chose de positif, Facebook rejoint la fondation Linux3. Oui ! Ça fait plaisir !

Luc : Bien sûr !

Manu : Bon ! Ça fait bizarre, mais ils ne seront pas les premiers à tremper leurs pieds dans le monde du logiciel libre. Rappelons que Microsoft intègre un noyau Linux dans son système d’exploitation et qu’il travaille avec plein de logiciels libres.

Luc : Il y a plein de très grosses de boîtes de l’informatique qui font du Libre depuis longtemps. On aime bien le rappeler de temps en temps, tous les GAFAM qu’on aime critiquer peuvent exister grâce à du logiciel libre. Enfin tous ! Presque tous ! Mais Google, Amazon, n’existeraient pas s’il fallait qu’ils payent une licence pour chaque base de données et pour chaque système d’exploitation de serveurs qu’ils déploient. Et, en plus de ça, s’ils n’ont pas le droit de mettre les doigts dedans alors qu’ils font des trucs compliqués, je pense qu’ils ne s’en sortiraient pas. Ça n’aurait jamais pu exister.
Une chose que je dis de temps en temps quand je fais des conférences, j’aime bien dire « le logiciel libre c’est le logiciel qui est trop bien pour vous, parce que toutes ces grosses boîtes qui offrent des services aux gens – enfin les offrent, les vendent ! – directement ou indirectement, elles ont bien compris l’intérêt d’utiliser du logiciel libre et elles en profitent, mais n’en font pas profiter les utilisateurs. »
Donc bonne nouvelle sur Facebook, mais ils ont quand même brillé d’une lumière un peu plus sombre pendant l’été, l’Inde notamment accuse Facebook de mettre en péril sa démocratie ; ça c’était début septembre.
Un ingénieur qui a claqué la porte de Facebook en disant que Facebook faisait de la thune sur la haine et, en gros, ils font du profit sur la haine .
Il y a eu aussi ce rapport russe qui a fuité et qui révèle que le gouvernement de la Grande-Bretagne était incapable d’identifier les interférences du Kremlin dans le référendum pour le Brexit, ce qui démontre, si la source est fiable, que oui, les Russes ont effectivement bien fait le nécessaire.

Manu : Avec justement les informations qui avaient été transmises par Facebook à Cambridge Analytica4.

Luc : À Cambridge Analytica et à peu près à n’importe qui qui en voulait. Il y a deux ans, toutes les semaines on disait « ils ont filé tant de millions de données à untel et puis à untel, untel ». En fait, ils ont donné les données personnelles des gens à n’importe qui.

Manu : On fait confiance à Boris Johnson qui va relever le défi et s’attaquer au sujet, sûrement !

Luc : Oui ! Une chose que j’avais lue c’est que, à priori, il était très motivé pour que l’enquête n’aboutisse pas.
Donc Facebook rentre dans la Fondation Linux, mais ils ne nous ont pas déçus, on a quand même un petit goût de déjà-vu.

Manu : Oui. On peut s’attendre à ce que ça continue dans l’année. En plus, avec les élections qui arrivent, sûrement que le sujet va revenir sur la table. On rappelle qu’il y a eu pas mal de débats sur les tweets du président des États-Unis qui ont été annotés sur Twitter et sur Facebook. Mais ça fait débat parce que la liberté de discussion, la liberté de parole, c’est un sujet très important, notamment aux États-Unis, mais quand c’est Donald Trump qui parle, des fois on a envie que ce ne soit pas trop diffusé.

Luc : Quoi d’autre ?

Manu : Apple.

Luc : Oui Apple a banni Fortnite.

Manu : Fortnite, c’est quoi ?

Luc : C’est un jeu vidéo qui marche super bien, notamment chez les gamins.

Manu : Ils gagnent des millions en plus, je crois qu’ils sont entrés en bourse. Ça fait fureur.

Luc : Apple a dit : « Vous ne payez pas ce que vous nous devez », donc ils les ont juste dégagés en disant « vous n’existez plus chez nous ».

Manu : Exactement il y avait eu un problème avec le d’Apple où il fallait que 30 % des revenus de la plateforme soient payés et eux ont refusé si j’ai bien compris.

Luc : C’est ça, eh bien ils se sont fait dégager et Apple s’est également tournée, dans la même période, vers WordPress qui offre des services pour que les gens puissent ne pas installer WordPress qui est du logiciel libre, mais avoir le service directement. Mais là ils n’ont pas réussi.
On a également appris pendant l’été que Apple reporte tout le coût de la taxe GAFAM, un truc européen pour essayer de récupérer de l’argent chez ces gens qui payent très peu d’impôts, sur les développeurs qui font des applis dans le monde iOS. Donc pour Apple ça va, les bénéfices sont toujours là, et ce sont ses fournisseurs qui raquent à sa place.

Manu : Rappelons, petit détail, que pendant le confinement et toute cette période qu’on a vécue, eh bien les GAFAM se sont encore plus développés et ont enrichi encore plus les milliardaires qui sont à leur tête. Jeff Bezos nous remercie parce qu’on a contribué à son empire financier.

Luc : Amazon prend des proportions complètement folles. Pendant des années je pense qu’Amazon était un peu sous-estimée dans les GAFAM parce qu’on a dit « ils vendent des livres, ils vendent des trucs ».

Manu : C’est sous le radar de la vie privée, sous le radar des logiciels privateurs/logiciels libres, en tout cas moindre que les autres GAFAM.

Luc : En tout cas ils ont été accusés pendant l’été d’utiliser leur position pour, en gros, tirer profit de leurs vendeurs tiers, puisque, évidemment, chez Amazon il y a plein de boîtes qui utilisent Amazon pour vendre leurs produits. Ce qu’ils feraient c’est surveiller les produits innovants qui fonctionnent et dès ils en repèrent un ils mettent leurs boîtes sur le coup et ensuite ils prennent la place de l’autre, ils vont mettre en arrière plan le vendeur tiers et vendre ses produits à sa place. Il paraîtrait même qu’ils vont voir des boîtes qui ont des produits innovants et ils leur disent « eh vous faites un truc super, voilà un million, deux millions, rentrez au capital, mais donnez-nous plus d’infos pour savoir si on fait un bon investissement ». Évidemment les boîtes s’empressent de les donner. Et même topo, Amazon file ça à ses emprises et, dans la foulée, il y a un concurrent qui arrive et la boîte innovante dégage. Donc on voit qu’être sous l’emprise d’un GAFAM, il y a les données personnelles, mais également, dans le domaine économique, ce n’est pas loyal.

Manu : Mauvaise nouvelle, qui fait mal au cœur, la mort d’un philosophe.

Luc : Bernard Stiegler, effectivement.

Manu : Qu’on a régulièrement référencé dans la revue de presse.

Luc : Ça faisait longtemps qu’on n’en avait pas parlé. C’était un philosophe qui était très abordable dans ses explications, alors que certains sont très nébuleux. Malheureusement il est mort cet été, mais ses conférences sont toujours accessibles. Il s’intéressait notamment, entre autres choses, au logiciel libre, il avait même fait des conférences, des tables rondes, des évènements là-dessus. Occasion d’aller voir ses conférences et d’écouter ce qu’il racontait. C’est quand même assez intéressant.

Manu : Sur ce je te dis à la semaine prochaine.

Luc : On n’a pas répondu à la question du début : est-ce que c’est toujours la même chose ou pas ?

Manu : Moi je pense que ça s’améliore.

Luc : Oui. Moi je pense quand même que ça empire.

Manu : On verra la semaine prochaine !

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 15 septembre 2020

lun, 09/21/2020 - 13:53


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 15 septembre 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Éric Fraudain - Sylvie Boldo - Fabien Tarissan - Véronique Bonnet - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 15 septembre 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Première chronique musicale de Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil
  2. Qu’est-ce que l’informatique ? avec Sylvie Boldo, directrice de recherche à l'Inria, et Fabien Tarissan chargé de recherche en informatique au CNRS, auteur de l'ouvrage Au cœur des réseaux. Des sciences aux citoyens, Le Pommier, 2019
  3. Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeure de philosophie et présidente de l'April : présentation et commentaire du texte de Richard Stallman « Mettre en application les critères du logiciel libre »
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
L’informatique c’est quoi ? Ce sera le sujet principal de l’émission du jour avec au programme la première chronique musicale d’Éric Fraudain, également la chronique de Véronique Bonnet sur la mise en application des critères du logiciel libre.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April c’est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et également tous les moyens de nous contacter.

Nous sommes mardi 15 septembre 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Frédéric Couchet : Salut Fred.

Frédéric Couchet : Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Pour commencer on va vous proposer un petit quiz, ça faisait longtemps, on va poser une petite question et je fournirai la réponse au cours de l’émission sauf si vous la donnez avant. Lors de l’émission de la semaine dernière, mardi 8 septembre 2020, il y a eu la première chronique d’une association qui agit notamment pour l’appropriation de l’informatique par toutes et tous et dont les locaux sont situés à côté du studio de la radio dans le 18e arrondissement de Paris. Quel est le nom de cette association ? Vous pouvez évidemment répondre sur le salon web de la radio ou sur les différents réseaux sociaux, sinon je vous donnerai la réponse en cours d’émission.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Première chronique musicale de Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil

Frédéric Couchet : Nous allons commencer par la première chronique musicale d'Éric Fraudain. Nous avons en effet le plaisir d’accueillir dans l'équipe des chroniqueurs Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil, au boutdufil.com. Éric propose une sélection de musiques libres dans tous les styles musicaux. Il va nous faire une chronique musicale mensuelle, la première va avoir lieu aujourd'hui. Éric va également nous aider pour la programmation musicale en nous sélectionnant pour chaque émission des pépites musicales libres. Bonjour Éric.

Éric Fraudain : Bonjour à tous, très heureux d'être parmi vous.

Frédéric Couchet : C'est super, on est ravis. Je crois qu'aujourd'hui tu veux nous parler d'un artiste qui s'appelle Cloudkicker.

[Éric Fraudain corrige la prononciation de Cloudkicker]

Frédéric Couchet : Tu apprendras que mon anglais est particulier. Je te laisse la parole sur Cloudkicker.

Éric Fraudain : Tout d’abord je suis heureux de pouvoir partager avec vous mes préférences musicales, évidemment sous licence Creative Commons Attribution. Aujourd'hui, je vous emmène à Columbus, dans l'Ohio, à la découverte d'un artiste américain, qui s'appelle Cloudkicker, qui assume sa différence et son goût pour l'expérimentation.
Derrière Cloudkicker se cache un musicien, vous vous en doutez, qui s'appelle Ben Sharp et qui produit sous Cloudkicker depuis 2007 maintenant des albums sous licence Creative Commons, essentiellement Creative Commons Attribution. Je ne sais pas pourquoi mais sur son dernier album il s'est mis à publier sous licence Creative Commons By-NC-SA, où il interdit l'utilisation commerciale de sa musique, c'est pour la petite histoire.
Aujourd'hui je vous propose d'écouter un titre qui s’appelle Night qui est le premier titre de son album Unending qui est paru le 15 août 2019, et comme pour ses précédents opus, Ben Sharp a pris la main sur la réalisation tout entière de son album que ce soit l'écriture, la composition, l'enregistrement, le mixage et le mastering.
Je vous propose d'écouter ce titre et on revient juste après pour la review.

Éric Fraudain : Cause Commune 93.1.

[Diffusion de Night de Cloudkicker]

Éric Fraudain : Vous venez d’écouter Night sous licence Creative Commons Attribution de Cloudkicker.
La musique de Cloudkicker est, comme son nom d’artiste, onirique mais rebelle, aérienne mais un peu folle. Elle suit ses propres règles, loin des conventions, et refuse de se ranger dans une case, preuve que son nom, Cloudkicker, n’a pas été choisi au hasard, en français on pourrait traduire par « le botteur de nuage ».
Vous l’avez entendu, Ben Sharp est un multi-instrumentaliste avec une spécialisation à la guitare. Il est indépendant et il a tout appris par lui-même. Do it yourself. Il possède malgré tout une certaine notoriété depuis plusieurs années et ce sans travailler son marketing, uniquement grâce à son talent. C’est vraiment remarquable, surtout à notre époque. Pour la petite histoire, il possède même une référence sur Wikipédia anglais où il a sa propre page.
Si on voulait s’amuser à catégoriser sa musique – parfois il est nécessaire de la ranger dans un style – on pourrait tout simplement la cataloguer en musique instrumentale post-rock ou post-métal.
Je dois vous avouer que la musique que vous venez d’entendre, Night, ne reflète pas complètement la musique de Ben Sharp, puisqu’il est quand même très orienté vers un style métal, post-métal instrumental. J’ai essayé de vous faire écouter une musique qui permet plutôt d’avoir une approche générale à la liste de sa musique. Si vous aimez son style je vous encourage vraiment à aller bien plus loin et à écouter ses compositions sur Bandcamp essentiellement. D’ailleurs toutes ses musiques sont téléchargeables sur Bandcamp gratuitement et, bien sûr, vous pouvez contribuer financièrement à hauteur de ce que vous souhaitez.

Ben Sharp est donc un musicien passionné, qui crie haut et fort son envie de produire continuellement de nouveaux sons, sortant ainsi des sentiers battus. Night est un morceau mélancolique qui ouvre l’album Unending en douceur, invitant l’auditeur à se concentrer sur lui-même, sur ses propres rêves et ses pensées intérieures.
Sa particularité se situe dans les détails. Il travaille énormément les effets à la guitare. J’ai pu noter un travail sur un effet qui est le chorus voire de la reverb. J’ai un doute, mais je pense qu’il doit utiliser un bottleneck pour produire cet effet à la guitare, glissant entre deux notes ; je ne suis pas sûr de moi mais je pense qu’il doit utiliser ce genre d’outil. Le bottleneck, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est comme un tube de verre ou de métal que le guitariste place sur son doigt, qui fait le lien entre eux accords. D’habitude on voit plutôt cette technique sur les musiques spécifiques au blues notamment. Là on voit bien que Ben Sharp a essayé d’emprunter cet instrument dans propre univers.
Il faut noter aussi que le mixage est une partie intégrante dans sa composition et il peut passer plusieurs mois à travailler son mixage. C’est presque devenu obsessionnel chez lui.

Pour résumer, pour conclure, Cloudkicker met un point d’honneur à se renouveler d’un album à l’autre. Il aime expérimenter, explorer de nouveaux sons, créer de l’inédit. Chacun de ses albums est donc différent du précédent.

J’en ai terminé. Je tiens juste à rappeler que sa musique, Night, est disponible sous licence Creative Commons By, Attribution.
Frédéric c’est à toi.

Frédéric Couchet : Merci. On va juste rappeler que la licence Creative Attribution signifie simplement qu’on est libre d’utiliser la musique de Cloudkicker à condition unique de le citer, c’est-à-dire que vous pouvez la modifier, vous pouvez la réutiliser même pour des besoins commerciaux. C’est une des nombreuses licences libres qui existent.
Je précise que Éric nous a concocté un choix d’autres titres de Cloudkicker pour cette émission. Chacune des pauses musicales aujourd’hui sera consacrée à l’artiste Cloudkicker.
Je remercie Éric Fraudain du site auboutdufil.com qui va nous faire une chronique musicale mensuelle et qui s’occupe de la programmation de Libre à vous !
Éric on se retrouve le mois prochain.

Éric Fraudain : Pas de souci. Merci à tous. Bonne émission.

Frédéric Couchet : Bonne journée. À bientôt.
On va passer à une pause musicale

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : La pause musicale c’est à nouveau, évidemment, Cloudkicker. On va écouter Intro to Woum par Cloudkicker. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Intro to Woum par Cloudkicker.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Intro to Woum par Cloudkicker, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, c’est-à-dire partage à condition d’attribuer la source de la musique à l’artiste. Ce choix musical est de Éric Fraudain de auboutdufil.com. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.com, et sur le site de la radio, causecommune.fm

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet principal.

[Virgule musicale]

Qu’est-ce que l’informatique ? avec Sylvie Boldo, directrice de recherche à l'Inria, et Fabien Tarissan chargé de recherche en informatique au CNRS, auteur de l'ouvrage Au cœur des réseaux. Des sciences aux citoyens, Le Pommier, 2019

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui va porter sur le thème « c’est quoi l’informatique ? », large question !, avec Sylvie Boldo directrice de recherche à l’Inria et Fabien Tarissan chargé de recherche en informatique au CNRS et auteur de l'ouvrage Au cœur des réseaux. Des sciences aux citoyens, Éditions Le Pommier en 2019.
Normalement Sylvie et Fabien sont en connexion téléphonique avec nous, on va vérifier. Est-ce que vous êtes là ?

Fabien Tarissan : Tout à fait. Bonjour.

Sylvie Boldo : Bonjour. Oui, nous sommes là.

Frédéric Couchet : Parfait. Je précise que c’est un premier test de connexion. On est encore en mode covid, donc Fabien et Sylvie sont à distance pendant que Étienne et moi sommes au studio.
L’idée de cette première émission, qui est née d’ailleurs lors d’une rencontre l’an dernier avec la Société informatique de France dont Fabien Tarissan est membre du conseil d’administration, c’est un peu d’expliquer ce qu’est l’informatique, parce que, en fait, l’informatique est omniprésente dans nos vies mais ce n’est pas sûr que les gens aient bien compris ce que c’est. Ce n’est probablement qu’une première émission parce que nous aborderons certains sujets peut-être plus en détail dans d’autres émissions ; là on va essayer de débroussailler un petit peu ce terrain. Première question, on va laisser se présenter les deux personnes que nous avons invitées. On va commencer par Sylvie Boldo.

Sylvie Boldo : Je suis chercheuse en informatique à l’Inria et l’Université Paris-Saclay et ma recherche porte sur la confiance dans les ordinateurs et les calculs sur ordinateur.

Frédéric Couchet : C’est un des sujets qu’on va aborder, justement cette fameuse de notion de confiance. Fabien Tarissan.

Fabien Tarissan : Je suis également chercheur mais au CNRS, en informatique également. Mon domaine d’expertise c’est plutôt les réseaux. J’ai aussi une casquette d’enseignant puisque je suis professeur attaché à l’École normale supérieure de Paris-Saclay et, vous l’avez dit, j’ai également une casquette en termes de médiation, de diffusion des connaissances auprès du plus grand nombre, du grand public pour faire simple : je suis, pour la Société informatique de France, vice-président en charge de la médiation scientifique.

Frédéric Couchet : D’accord. On va commencer par une question qui est peut-être un peu compliquée, mais on va essayer de rentrer un petit peu là-dedans, c’est la définition de l’informatique. Si on vous pose la question quand on vous rencontre la première fois et que vous expliquez que vous faites de l’informatique, comment vous définissez l’informatique ? Quels sont les grands concepts de l’informatique et après on va essayer de les détailler un petit peu. Sylvie Boldo.

Sylvie Boldo : Pour moi il y a quatre concepts importants en informatique qui sont : l’information, l’algorithme, le programme et la machine. Je ne sais pas si vous voulez que je détaille les quatre ou si Fabien veut le faire.

Frédéric Couchet : Vous allez pouvoir les détailler tous les deux. Vous, vous partez sur les quatre grands concepts. De votre côté, Fabien Tarissan, est-ce que vous partez sur ces mêmes quatre grands concepts ou est-ce que vous donnez une définition un peu différente ?

Fabien Tarissan : En général je commence par dire une formule, une définition qui est assez communément admise dans notre communauté qui est de dire que l’informatique c’est une science et que c’est une science du traitement automatisé de l’information. J’aime bien cette formule parce que, notamment,elle renvoie d’abord à la démarche scientifique qui est derrière l'informatique, l’informatique c’est une discipline scientifique, mais aussi à l’aspect technique, au traitement automatisé qui, lui, renvoie plutôt à l’ordinateur. Et effectivement, ensuite on peut se demander ce que recouvre, en termes de champs disciplinaires, la notion de science du traitement automatisé de l’information et là je suis tout à fait d’accord avec Sylvie, il faut travailler les quatre concepts qu’elle vient d’énoncer et qui sont d’ailleurs la manière que l’on a de présenter l’informatique au lycée dans les programmes d’enseignement scolaire. Ce sont effectivement quatre concepts qui traversent tous les champs de la discipline informatique.

Frédéric Couchet : D’accord. On va les aborder et on reviendra tout à l’heure sur la formation au collège, lycée, puis la formation des enseignants. Déjà on retient une science du traitement de l’information mais également une technique parce que, pendant longtemps, les gens n’ont sans doute vu l’informatique que d’un point de vue technique. Donc quatre grands concepts : information, algorithme, langage, machine.
Est-ce qu’on peut commencer un petit peu à détailler ces quatre grands concepts en commençant par le premier, l’information. Sylvie Boldo.

Silvie Boldo : L’information, il y en a partout autour de nous. Ça va effectivement des serveurs de données de vos mails à des choses très simples. Je voulais vous donner un exemple : vous imaginez une classe qui a des notes sur 20 et le professeur veut, par exemple, la moyenne ou la note maximale de ces notes. La donnée de base, eh bien ça va être les notes de tous les élèves. Après il va vouloir appliquer un algorithme qui est, par exemple, je vais sommer, faire la somme de toutes ces valeurs-là, diviser par le nombre d’élèves et là j’aurai la moyenne. Après, s’il veut le faire en vrai, il va écrire un programme dans un langage de son choix, donc il va devoir écrire un texte compréhensible par la machine qui va lui permettre de faire ce calcul-là. Après, ça va rentrer dans la machine qui va vous donner un résultat.
Quelque part l’informatique c’est passer au travers de ça, c’est-à-dire aller d’un certain nombre d’informations et d’idées de façon à concevoir un algorithme qui, après, va marcher sur une machine.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est déjà intéressant et on va revenir sur ces quatre concepts, notamment avec Fabien, mais que les gens comprennent que « informatique » n’est pas synonyme forcément « d’ordinateur », on peut faire de l’informatique sans machine quelque part et on verra peut-être tout à l’heure dans l’initiation qu’on peut commencer à initier à l’informatique dès la maternelle, en fait sans ordinateur.
Fabien, sur ces quatre grands concepts et sur leur enchaînement donc information, algorithme, langage, machine ?

Fabien Tarissan : C’est intéressant de comprendre l’enchaînement. Sylvie a tout à fait raison. Comprendre ce qu’est l’informatique et avoir une démarche d’informaticien ou d’informaticienne c’est exactement ce qu’elle vient dire, c’est-à-dire mettre en œuvre l’ensemble de ces quatre concepts dans une démarche assez rigoureuse.
Si on les prend séparément j’aime bien commencer par définir ce qu’est un algorithme, parce que, notamment, l’algorithme n’est pas propre à l’informatique, ça existe depuis des milliers d’années, probablement depuis que les hommes et les femmes ont eu besoin de compter, de faire des calculs notamment sur les surfaces agraires, etc. On retrouve des algorithmes dans l’Antiquité.
Qu’est-ce que c’est qu’un algorithme ? C’est une séquence d’instructions qui est censée être simple, élémentaire, qui est censée être non ambiguë, dont l’interprétation ne dépend pas de la personne qui reçoit cette séquence d’instructions, et surtout qui résout un problème donné. L’exemple que j’aime bien prendre, notamment devant un public très jeune, c’est l’exemple de la recette de cuisine. Si vous voulez faire un gâteau au chocolat, vous suivez une recette, vous prenez tant d’œufs, tant de proportions de beurre, de farine, vous chauffez votre four à telle température, et normalement, invariablement, à la fin vous allez obtenir un gâteau au chocolat. Ce que j’aime bien dans cet exemple c’est qu’on peut très vite sentir qu’on n’a pas besoin de comprendre pourquoi ça marche, on n’a pas besoin de comprendre l’alchimie qui s’opère entre les ingrédients, à la fin, invariablement, on obtient un gâteau au chocolat. Et c’est ça qui est un petit peu au cœur d’un algorithme. Si on suit la procédure qui est exprimée par cette séquence d’instructions dans un algorithme, alors on obtient la résolution du problème auquel s’attaque l’algorithme.
Après, si on veut enchaîner et comprendre la dynamique avec les autres facettes, avec l’exemple de la recette on sent bien qu’on n’est pas dans l’algorithme informatique, d’accord. Il y a des choses qui caractérisent les algorithmes dits informatiques des autres, il y a plusieurs points particuliers, mais il y en a qui nous amène au deuxième concept qui est que les algorithmes informatiques ont pour vocation, ont pour destinée à être opérés non pas par des êtres humains mais par des machines. Ça nous amène au deuxième concept qui a été évoqué par Sylvie tout à l’heure qui est celui de machine. Il faut comprendre comment s’organise une machine qui traite automatiquement de l’information. Qu’est-ce que c’est qu’un système d’exploitation ? Qu’est-ce que c’est qu’un fichier ? Qu’est-ce qui se passe quand on met des ordinateurs connectés entre eux et qu’on crée des réseaux ?
Du coup, on a ces deux concepts qui interagissent, on a quelque chose de très abstrait, un algorithme, on a quelque chose de très concret qui est une machine et là se joue quelque chose qui est de faire correspondre ces deux mondes. Et là on a besoin d’un cadre très formel pour exprimer ce qu’est un algorithme pour une machine. C’est donc ça l’exercice de la programmation et de comprendre ce qu’est un langage de programmation. Là toute la question, notamment dans le cadre de l’enseignement, c’est de faire comprendre quels sont les éléments clefs qu’un langage doit avoir pour rendre opérationnel ce que les algorithmes veulent faire et le rendre exécutable par une machine.
On voit bien que ces points-là ont une dynamique ensemble. Ils sont en même temps très distincts et, en même temps, ils parlent un petit peu de la même chose : on a les algorithmes du côté très abstrait, la machine du côté concret et le langage qui fait opérer les deux.

Frédéric Couchet : D’accord. Je suppose qu’il y a plusieurs façons de résoudre un même problème, donc plusieurs algorithmes possibles. Par exemple si on veut trier des objets, il y a sans doute plusieurs façons de trier des objets et il y a également plusieurs langages qui existent pour mettre en œuvre cet algorithme de façon compréhensible par l’ordinateur ?

Fabien Tarissan : Tout à fait. D’ailleurs c’est une des choses que l’on enseigne très vite quand on enseigne l’algorithmique, c’est d’essayer de raisonner sur les algorithmes d’abord pour des choses très importantes qui sont être capable d’être sûr, donc de prouver – on est vraiment dans le domaine mathématique – que l’algorithme est correct, qu’il fait ce qu’il est censé faire, qu’il termine, c’est-à-dire qu’il va répondre à un moment donné. On évalue aussi ce qu’on appelle sa complexité, c’est-à-dire, grosso modo, le temps qu’il va mettre pour répondre à un problème. Et là, effectivement, on peut se mettre à comparer des algorithmes qui, en un sens, ont envie de faire tous la même chose, ils résolvent le même problème, simplement ils ne mettent peut-être pas tous le même temps à le faire.
Il y a effectivement plusieurs méthodes pour répondre à un problème et on peut se mettre à comparer ces méthodes de façon très formelle pour, du coup, choisir la plus optimale.

Frédéric Couchet : Sylvie Boldo, justement, complétez sur ces quatre facettes.

Sylvie Boldo : Pour compléter ma réponse parce que j’ai trouvé que l’exemple du tri des valeurs est intéressant. Quand on apprend le piano on fait des gammes, quand on apprend l’informatique on fait des gammes et parmi ces gammes il y a effectivement les algorithmes de tri. Dans l’enseignement de l’informatique il y a effectivement un certain nombre d’algorithmes de tri qui sont appris. C’est vraiment un exemple clef de la littérature informatique.

Frédéric Couchet : Je n’ai pas pris cet exemple totalement au hasard. Ayant été étudiant en informatique, c’est effectivement une des premières choses qu’on nous a expliquée, qu’on nous a demandé de résoudre, les algorithmes de tri. Effectivement quand il s’agit de trier 10 objets, peu importe finalement l’algorithme, mais quand il s’agit d’en trier des millions voire des milliards, évidemment la complexité de l’algorithme, comme l’expliquait Fabien Tarissan, est importante.
Le premier point important de cette discussion pour les gens qui écoutent, est qu'ils comprennent finalement que l’informatique ce sont quatre grands champs qui sont liés entre eux : information-données, l’algorithme, le langage et les machines, avec ordinateurs aujourd’hui tels qu’on les connaît, mais ça peut être d’autres machines, ça peut être des machines dans des voitures, dans des avions, dans des téléphones, etc.
Sur cette notion de quatre grands concepts liés entre eux, est-ce que vous voulez ajouter quelque chose avant qu’on passe au thème suivant ?

Fabien Tarissan : On peut peut-être rappeler une formule d’un de nos grands pontes en informatique, Edsger Dijkstra, qui a dit quelque chose que vous avez repris au début de l’émission : « L'informatique n'est pas plus la science des ordinateurs que l'astronomie n’est celle des télescopes. ». Je pense que c’est important, effectivement, de démystifier ça, de décorréler un petit peu l’image que le grand public peut avoir de l’informatique à travers juste de l’objet machine et comprendre que derrière il y a une démarche scientifique qu’il est important également de percevoir et de comprendre.

Frédéric Couchet : D’accord. Sylvie est-ce que vous voulez ajouter quelque chose sur cette partie ?

Sylvie Boldo : Juste un petit complément. Effectivement, les gens imaginent un ordinateur. Ce que j’aime faire dans les classes de petits c’est leur apporter un ordinateur en morceaux pour qu’ils voient le processeur. Les enfants sont fascinés d’avoir entre les mains un processeur, mais effectivement, ça ne veut pas dire que l’informatique repose sur des processeurs, on peut faire de l’informatique débranchée.

Frédéric Couchet : On va en parler tout à l’heure.

Sylvie Boldo : On va en reparler, oui.

Frédéric Couchet : Votre expérience m’amuse parce que, quand mes enfants étaient encore petits, je leur ai ouvert le capot d’un ordinateur, à l’époque où on pouvait encore le faire facilement, pour leur montrer ce qu’il y a dedans et c’était quand même très passionnant. On va parler justement de la partie déconnectée tout à l’heure.
Deuxième thème un plus rapide c’est peut-être donner quelques dates. Est-ce qu’il y a quelques dates clefs dans l’histoire de l’informatique. Tout à l’heure Fabien Tarissan disait que les algorithmes ça n’avait rien de nouveau, c’était arrivé avec la création de l’humanité quelque part. Est-ce qu’il y a des dates clefs à retenir dans l’histoire de l’informatique ? Sylvie ou Fabien, qui veut commencer ?

Sylvie Boldo : Ce que j’aime bien c’est la machine de Blaise Pascal au 17e siècle, la Pascaline, qui est effectivement le début des calculs automatisés. Après il y a d’autres outils. C’est une machine que j’aime beaucoup et ça montre qu’en fait faire des calculs à la main c’est pénible, donc on veut les automatiser, donc on veut les automatiser depuis très longtemps, déjà au 17e siècle. Maintenant on va beaucoup plus vite, mais on a toujours une machine à calculer.

Frédéric Couchet : Fabien Tarissan.

Fabien Tarissan : C’est marrant. Si on part sur le côté technique, sur les machines, j’aime bien aussi compléter ce genre de machines avec des machines qui n’ont rien à voir avec l’informatique à priori, en tout cas auxquelles on ne pense pas en premier, que sont la machine à tisser. Pourquoi ? Parce que ce sont des exemples de machines programmables. Donc la machine à tisser, les orgues de Barbarie sont des machines dans lesquelles on va changer un petit bout à l’intérieur et ça va totalement changer la sortie de cette machine et c’est quelque chose qui est aussi au cœur du fonctionnement de l’informatique, enfin de l’aspect technique de l’informatique.
En termes de dates, ce que j’aime bien citer à mes élèves de première année, c’est rappeler que la naissance de l’informatique telle qu’on la connaît maintenant, ce sont les années 1950, fin des années 1940 on a les premiers ordinateurs et en fait on a, un tout petit peu avant, un texte fondamental qui a été écrit par Alan Turing, qui me semble fondamental, dans lequel est énoncé pour la première fois le concept de machine universelle qui est une description très abstraite de ce que pourrait être un ordinateur et cette description est faite dix ans avant les premiers ordinateurs tels qu’on peut les connaître maintenant. C’est un texte de 1936 qui me semble fondamental.
Après il y a d’autres dates.

Frédéric Couchet : Oui, il y a plein d’autres dates. C’était pour vous demander quelques dates. Je crois que les premiers enseignements universitaires c’est aussi dans les années 1970, il y a une cinquantaine d’années en gros. C’était pour avoir quelques dates et après on renvoie les personnes aux pages Wikipédia et aux références qu’on mettra sur le site de l’April. C’est important de noter que finalement l’informatique n’est pas quelque chose de récent, c’est quelque chose qui existe depuis très longtemps.
On va aborder un troisième sujet qui est notamment le cœur du travail de Sylvie Boldo, c’est la confiance dans l’ordinateur. En fait, les deux choses qu’on voit souvent chez les gens c’est soit ils pensent que l’ordinateur est absolument parfait et ne peut jamais faire d’erreurs. Et deuxième chose qu’on voit souvent, notamment avec l’informatique propriétaire, c’est que quand il y a quand même des erreurs ou des bugs, c’est forcément de la faute de la personne et pas de l’ordinateur, l’ordinateur étant parfait. Tout à l’heure Fabien Tarissan a aussi parlé, je crois, de vérification ou de méthode formelle, je ne sais plus, qui fait partie de la confiance.
Sylvie Boldo, je vous propose de commencer là-dessus puisque c’est justement votre cœur de recherche, sur la confiance dans l’ordinateur : est-ce que l’ordinateur est un outil magique et parfait ? Est-ce qu’il a des limites ?

Sylvie Boldo : Quelque part, pour l’utilisateur, c’est quand même un outil un peu magique parce que ça permet d’accéder très rapidement, très vite, à des informations qui sont éloignées. Quelque part les gens ont effectivement perçu le téléphone ou l’ordinateur comme des outils magiques. Le problème c’est qu’en fait un ordinateur c’est très bête, ça fait ce qu’on lui demande et surtout, ça fait ce qu’on lui demande et pas ce qu’on veut. Effectivement on interagit avec l’ordinateur, qui est une machine, par le biais de programmes — Fabien a évoqué tout à l’heure les systèmes d’exploitation —, donc quelque part il y a des humains qui ont programmé des programmes qui nous permettent d’interagir avec la machine, qui est un truc très bête qui sait faire des additions, des multiplications, etc., mais qui n’a aucune idée de ce qu’il est en train de faire. Donc de temps en temps ça ne marche pas comme on veut. Effectivement, souvent c’est la faute de l’ordinateur. La solution c’est soit de râler sur l’ordinateur, ce qui ne marche pas, soit de rebooter, ce qui marche parfois, soit d’autres choses. Dans un contexte personnel ce n’est pas forcément très grave, mais l’informatique est aussi dans les avions, dans les hôpitaux, etc., donc il peut y avoir des cas où on a besoin d’un peu plus de sûreté et de confiance. Il y a un pan de l’informatique qu’on appelle méthode formelle qui a pour but d’amener de la confiance pour effectivement être sûrs qu’un certain nombre de programmes ou d’algorithmes sont corrects et ne vont pas planter au milieu.

Frédéric Couchet : Le but de ces méthodes formelles sur lesquelles vous travaillez c’est prouver de façon, quelque part, mathématique que l’ordinateur, que le langage ou que le programme qui a été écrit par un être humain fait vraiment ce pourquoi il était prévu et pas autre chose.

Sylvie Boldo : Absolument. C’est ça. Une des difficultés c’est de décrire ce que le programme est censé faire. Il ne faut pas imaginer juste un petit bout de programme de dix lignes écrit par une personne, il faut imaginer des systèmes qui sont écrits par 50, 100 personnes, qui doivent interagir entre eux. Le fait qu’une fonction écrite par quelqu’un va bien être ce que l’autre attend, ce n’est pas complètement évident non plus. Il y a des techniques de génie logiciel pour ce genre de choses, mais disons que globalement c’est quand même une question très compliquée. On commence à savoir faire des choses, il y a pas mal de recherche là-dessus, mais effectivement c’est encore du domaine de la recherche.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce qu’il y a beaucoup de code qui est étudié de cette façon-là, notamment du code qui est en production, c’est-à-dire utilisé au quotidien ? C’est-à-dire est-ce que par exemple le code qui est embarqué dans les avions subit des tests via des méthodes formelles ?

Sylvie Boldo : Les programmes dans les avions sont soumis à des normes extrêmement difficiles. Ils doivent être testés de façon très intensive et ils sont au moins partiellement prouvés avec diverses méthodes formelles. Il y a un niveau d’exigence sur les codes des avions qui est très important, beaucoup plus que sur les logiciels que vous utilisez couramment. On fait quand même beaucoup d’efforts pour ces systèmes critiques. Effectivement, ce qu’on aimerait bien, c’est que ce soit beaucoup plus automatique, notamment les démonstrations, c’est un des sujets sur lesquels les gens travaillent. Il y a effectivement des niveaux d’exigence pour certains programmes qui sont très élevés.

Frédéric Couchet : Ça fait combien d’années que des gens travaillent sur ce champ-là de cette preuve formelle ?

Sylvie Boldo : Sur les méthodes formelles, ça fait au moins trente ans. Les premières choses c’était l’informatique théorique, le lambda-calcul, ce sont les années 70/80. Quelque part, le fait de pouvoir décrire un algorithme et un programme de façon formelle c’est quelque chose qui n’est pas nouveau. Ce qui est plus récent c’est effectivement réussir à appliquer ça sur des programmes de la vraie vie, ça on le fait au moins partiellement.

Frédéric Couchet : D’accord. Fabien Tarissan, sur ce sujet de la confiance dans l’ordinateur, est-ce que vous voulez compléter sur les méthodes formelles ou sur un autre domaine ?

Fabien Tarissan : Non, la description est très claire. Par contre j’insisterais bien sur l’importance de cette nécessité de s’assurer de la sécurité des programmes qui sont écrits. On vient de voir avec les méthodes formelles des techniques extrêmement pointues qui sont justement ce sur quoi travaille Sylvie au quotidien dans ses recherches. On peut aussi aller regarder à l’autre bout de la chaîne, notamment quand on enseigne la programmation aux plus jeunes ou d’ailleurs aux moins jeunes. On n’enseigne pas simplement le fait d’être capable d’écrire des programmes c’est-à-dire de bien connaître les mots clefs du langage et comment ils s’organisent, mais on enseigne aussi la bonne pratique. La bonne pratique de la programmation elle vise quoi ? Justement à s’assurer qu’il y ait le moins d’erreurs possibles lorsqu’on écrit un programme. En fait, même si l’algorithme est clair dans notre tête, on ne se lance pas bille en tête dans l’écriture d’un programme, on passe par des phases dans lesquelles on évalue ce que va être ce qu’on appelle la spécification d’un programme, donc qu’est-ce qu’il va prendre en entrée, quel type de données il va prendre en entrée, quel type de données il va renvoyer en sortie dans son calcul, quelles sont les contraintes ou les hypothèses qui sont portées sur ces données. On essaye d’évaluer des batteries de tests sur lesquels on va ensuite tester son programme. Il y a toute une dynamique, un processus qui participe d’une bonne pratique d’écriture des programmes et qui est en lien avec cette nécessité de s’assurer que les programmes sont corrects.

Frédéric Couchet : D’accord. On va revenir sur ce sujet et on abordera aussi celui de l’enseignement. D’abord on va faire une petite pause musicale qui va être relativement courte. Aujourd’hui ce ne sont que des pauses musicales relativement courtes, encore une fois choisie par notre programmeur musical Éric Fraudain.
Nous allons écouter Welcome back par Cloudkicker. On se retrouve juste après. On vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1

Pause musicale : Welcome back par Cloudkicker.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Welcome back par Cloudkicker, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causecommune.fm.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Commune, la voix des possibles, 93.1 et en DAB+ et Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Avant de poursuivre avec notre sujet, je vais répondre à la première question du quiz pour être sûr de ne pas oublier. Je vous indiquais que dans l’émission de la semaine dernière il y avait eu la première chronique d’une association qui agit notamment pour l’appropriation de l’informatique par toutes et tous et dont les locaux sont situés à côté du studio de la radio dans le 18e, je vous demandais le nom de cette association. L’association s’appelle Antanak, antanak.com. Isabelle qui est intervenue la semaine dernière m’a dit que suite à sa chronique quatre personnes ont contacté l’association pour installer un système d’exploitation libre sur leur ordinateur. Donc n’hésitez pas à contacter antanak, avec un « k », point com. C’est juste à côté du local de la radio, vous pourrez en plus passer voir la radio si vous passez dans le quartier.

On va poursuivre avec notre sujet principal qui porte sur le thème « c’est quoi l’informatique ? » avec nos invités : Sylvie Boldo, directeur de recherche à l’Inria et Fabien Tarissan chargé de recherche en informatique au CNRS.
Juste avant la pause musicale on parlait de confiance dans l’ordinateur et aussi de l’importance de la qualité d’écriture du code. Je crois que c’est Fabien Tarissan qui parlait de ça juste avant.
Avant d’aborder l’importance de l’enseignement de l’informatique, est-ce que sur cette notion d’importance de la qualité de l’écriture du code vous voulez ajouter quelque chose ? Une question un peu provocatrice : est-ce que la majorité du code, notamment dans certains logiciels, est mal écrite en fait tout simplement, pour des raisons peut-être d’urgence parce que l’entreprise ou la structure dans laquelle on travaille est sous pression ou autre ? Quelle est la qualité générale du code écrit aujourd’hui en informatique ? Fabien, Sylvie, est-ce que vous êtes encore avec nous ?

Fabien Tarissan : Je n’ai pas une grande idée. Je me dis que la qualité dépend des contraintes, dépend de la norme que l’on pose sur ce qu’est un bon programme. Si on prend les normes telles que celles évoquées par Sylvie dans l’aviation je pense qu’il y a très peu de codes qui sont bien écrits. Il y a aussi beaucoup de codes qui sont partiellement bien écrits mais cela est suffisant pour les besoins de ce qu’ils font. Moi j’écris souvent des programmes que je suis le seul à utiliser pour des petits calculs ; s’ils ne sont pas parfaits, ce n’est pas très grave tant que le résultat est juste. Je ne sais pas très bien comment répondre à cette question, je n’ai pas une idée précise de la qualité sur l’ensemble des programmes. J’ai idée qu’ils ne sont pas tous très bien écrits quand même !

Sylvie Boldo : Je pense aussi que c’est un problème compliqué de bien écrire un programme. C’est un problème connu. Je pense aussi qu’au moment où ils sont écrits ils sont probablement bien écrits, mais après les programmes changent, ils évoluent, et on leur demande souvent de faire plus que ce qu’ils faisaient au début. Quelquefois il faudrait tout réécrire et on n’a pas forcément le temps. Je pense que c’est surtout pour ça qu’on a de la mauvaise qualité à la fin.

Frédéric Couchet : D’accord. On avait fait une émission sur l’agilité et notamment la personne qui intervenait, Alexis Monville, parlait, je cite ça de mémoire, des cycles en V versus les cycles agiles. Donc cycle en V où pendant des mois des gens écrivent du code et ensuite livrent le truc et ça ne correspond pas vraiment à ce que voulait la personne, versus cycle agile où il y a des itérations courtes, par exemple à la semaine, qui permettent d’adapter l’écriture du code en fonction du retour des personnes utilisatrices. Est-ce que c’est un petit peu ça ou je suis complètement hors sujet ?

Sylvie Boldo : Non, ce n’est pas hors-sujet, c’est juste que quelque part ça dépend du projet. Des fois il faut sortir un seul truc à une certaine date, dans ce cas-là, effectivement, c’est plutôt un cycle en V. Des fois on fait un cycle en V et, en fait, on se rend compte que ce n’était pas de ça qu'on avait besoin, donc il faut soit refaire un V, soit refaire du agile et, quelque part, étant donné certaines contraintes on a faits des choix et des fois les contraintes changent, ça fait que le programme qu’on a à la fin est un petit peu bancal. Ce n’est pas forcément la faute des programmeurs du début.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc ne tapez pas toujours sur les programmeurs et les programmeuses quand quelque chose ne fonctionne pas ! On va aussi rappeler que l’informatique est un domaine très large, ce n’est pas parce qu’on fait de l’informatique qu’on maîtrise toute l’informatique. C’est vraiment un domaine très large comme on a pu le voir. On peut être spécialiste et ne rien connaître d’un autre domaine de l’informatique. C’est « normal » entre guillemets.

Sylvie Boldo : C’est tout à fait normal, je ne connais rien en réseaux.

Fabien Tarissan : Je connais très peu de choses sur les bugs.

Frédéric Couchet : On a parlé tout à l’heure, évidemment, de l’importance de l’enseignement de l’informatique ou, en tout cas, nous on considère que c’est important. Justement, je voudrais vous demander, avant qu’on aborde comment se passe l’enseignement de l’informatique aujourd’hui en France, pourquoi est-ce si important que ça d‘enseigner l’informatique ? Finalement par rapport à ces quatre grands concepts qu’on a vus au début de l’émission, je les rappelle, information, algorithme, langage, machine, lesquels doit-on apprendre aux personnes ? Sous quelle forme ? Quels sont les liens ?
Première question pourquoi est-ce si important d’apprendre l’informatique à nos élèves ou même, peut-être, au grand public, je ne sais pas ? Fabien Tarissan on va commencer par vous parce que, je le rappelle, vous êtes, je crois, vice-président, médiation de la Société informatique de France. Je crois que vous travaillez beaucoup sur ce domaine-là.

Fabien Tarissan : La médiation, du coup, c’est plus sur la diffusion des connaissances et pas forcément directement sur l’enseignement, mais, bien sûr, c’est très fortement lié.
Pour reprendre quelque chose qui a été dit tout à l'heure par Sylvie, l’informatique est partout, la notion d’information est partout, le numérique, il me semble constater que ça amène à des fantasmes dans les deux sens. C’est-à-dire des fantasmes tout à fait déraisonnables sur la résolution espérée de problèmes profonds et, à l’inverse, des peurs tout à fait irraisonnées sur les développements technologiques et le fait que ça dépasse l’humanité.
En réalité, comme souvent dans l’évolution des sciences et des techniques, ce ne sont pas tant les innovations elles-mêmes mais l’exploitation des possibilités qu’elles offrent qui sont porteuses soit de dangers soit, au contraire, de bienfaits pour le plus grand nombre.
Ce qui importe au final c’est d’être capable de peser sur ces développements et de maîtriser leurs conséquences. Du coup, comment contrôler les conséquences d’une nouvelle science ou d’une nouvelle technologie si on ne comprend pas, au préalable, ce sur quoi elle se fonde. C’est pour ça que c’est important de comprendre ce qu’est l’informatique, ce que sont les algorithmes, ce qu’est la notion de sécurité des programmes, ce que sont les réseaux, pour ensuite, en citoyen et citoyenne éclairés, peser sur les choix qui nous sont offerts.
Voilà en tout cas comment je conçois l’importance pour tous d’ailleurs, pas simplement pour les élèves, vous l’avez dit, d’avoir un minimum de connaissances sur ce qu’est l’informatique.

Frédéric Couchet : Sylvie Boldo.

Sylvie Boldo : Je suis complètement d’accord. Je pense que c’est important que les citoyens soient éclairés sur l’informatique parce qu’ils l’utilisent tout le temps. C’est-à-dire qu’effectivement ils vont faire leur déclaration des revenus sur le site web des impôts, ils vont éventuellement donner des informations à Google, Facebook, Amazon et ils ne se rendent pas forcément compte des conséquences effectivement de donner ses données, d’utiliser des programmes, quelque part parce qu’on ne leur a pas expliqué, on ne leur a pas expliqué ce que Google pouvait faire avec leurs données, donc on ne peut pas espérer que les gens aient un avis éclairé si on ne leur explique pas. Ça, effectivement, c’est important pour moi et à tout âge. On commence par les jeunes parce qu’ils vont grandir mais, quelque part, ça mériterait d’être plus large.

Frédéric Couchet : Ça me fait penser à une question que m’avait envoyée Marie-Odile qui s’occupe des transcriptions chez nous en préparant l’émission, je retrouve la petite question : si on dit que l’informatique est partout, pourquoi est-elle si mal comprise par les responsables politiques ? Est-ce que c’est un problème justement de formation ? De génération quelque part peut-être ? Peut-être que les responsables politiques sont majoritairement d’une génération qui n’a peut-être pas appris l’informatique. Est-ce que vous partagez ce point de vue, peut-être que vous ne le partagez pas, sur le fait que l’informatique est mal comprise par les responsables politiques actuels ?

Fabien Tarissan : Si, je partage ce point de vue. Je pense que les décideurs publics, au sens large, pas que les hommes et les femmes politiques, je le vois aussi dans le domaine de la magistrature où les algorithmes arrivent aussi dans les tribunaux soit pour épauler les juges soit, au contraire, pour pour que ça devienne des sujets de droit — il faut trancher d’un point de vue juridique sur des questions qui touchent à l’informatique — et les gens sont mal préparés. Effectivement, la raison vient en partie du fait qu’ils sont d’une génération où il n’y a pas eu de formation à l’informatique, donc il n’a pas du tout de connaissances sur ce qu’est un algorithme ou sur ce qu’est l’informatique. Oui, je suis assez d’accord avec ce constat.

Frédéric Couchet : Et Sylvie Boldo, de votre côté ?

Sylvie Boldo : Oui, tout à fait. On ne les a pas formés on ne peut pas espérer qu’ils sachent !

Frédéric Couchet : Justement parlons donc de l’enseignement de l’informatique. On va parler des élèves dans un premier temps et, si on a le temps, on parlera peut-être après des adultes. À partir de quelle classe d’âge peut-on commencer à enseigner l’informatique et sous quelle forme ? Notamment est-ce que dès le départ on va parler de données, d’algorithme, de langage, de machine ? Comment on commence ? À quel âge ? Qu’est-ce qu’on fait en fonction des différentes classes d’âge ? Pour parler concrètement, est-ce qu’en maternelle on peut initier à l’informatique et est-ce qu’il faut initier à l’informatique dès la maternelle ?

Fabien Tarissan : Est-ce qu’il faut ?, je ne sais pas, mais est-ce qu’on peut ?, oui. J’en ai fait l’expérience, je suis déjà intervenu en maternelle. Du coup, il faut réfléchir à ce qu’est le programme au niveau scolaire auquel on essaye de participer. C’est très personnel ce que je dis là, ce n’est pas une réponse globale. En l’occurrence, quand j’étais intervenu en moyenne section, ils travaillaient la notion de déplacement et de positionnement dans l’espace. Il fallait que les élèves, dans l’année, arrivent à comprendre quand on leur dit « droite, gauche », quand on leur dit à « droite de l’arbre, à gauche de l’arbre, à l’entrée, etc. » On avait travaillé sur un petit problème de déplacer des personnages sur une grille, ça participait d’un conte qui était travaillé à ce moment-là. J’étais intervenu pour discuter avec les élèves de comment on pourrait expliquer à ce petit personnage qui doit se rendre à un endroit sur une carte comment se déplacer. Donc on avait discuté langage. On avait essayé ensemble de mettre au point des mots clefs qui permettraient à quelqu’un, les élèves, de décrire le déplacement que le personnage devait opérer sur une grille et ensuite on avait mis en œuvre ce langage qu’ils avaient donc proposé eux-mêmes, bien sûr on avait encadré ça. Ensuite ils écrivaient de tout petits programmes à base de flèches, à base de déplacements et c’étaient des algorithmes, c’était leurs premiers programmes. Bien sûr, on ne mettait pas ces mots-là dessus. On ne parle pas de programme, on ne parle pas de langage, on ne parle pas d’algorithme et de complexité, bien évidemment. Mais on fait le plus important c’est-à-dire qu’on travaille les concepts, on forge de l’intuition pour que plus tard, dans leur scolarité, lorsqu’ils tombent sur la notion d’algorithme, la notion de terminaison, la notion de programme, eh bien ça fasse écho à des choses qu’ils ont déjà travaillées plus jeunes.

Frédéric Couchet : Est-ce que ce que vous décrivez est un peu en rapport à ce qu’on faisait il y a longtemps, ça existe peut-être toujours, la tortue du langage Logo ?

Fabien Tarissan : Oui. Sauf que là on ne le faisait pas avec une machine. Le problème que je vois dans l’apprentissage avec exclusivement un ordinateur c’est que c’est un médium qui met une barrière entre les concepts dont on parlait tout à l’heure et leur apprentissage. Si on passe par l’ordinateur pour enseigner ces concepts, alors il faut alors au préalable appréhender l’outil, il faut être capable d’écrire sur un clavier, il faut être capable d’être agile avec ses doigts, il faut être capable de lire les messages d’erreur sur un ordinateur. Donc il y a tout un écart qui se fait entre les concepts-mêmes et l’apprentissage. Lorsqu’on évacue l’ordinateur, notamment auprès des plus jeunes, ça facilite beaucoup le fait de travailler les concepts. Nous on travaillait ça avec du papier, un crayon et des flèches. Sinon oui, ça correspond beaucoup à ce qu’on faisait avec la tortue Logo, bien sûr.

Frédéric Couchet : D’accord. Dans l’enseignement actuel français on peut commencer dès la maternelle, mais dans les programmes officiels on commence à partir de quand en fait ? À partir de quelle classe d’âge ?

Fabien Tarissan : L’informatique telle qu’on l’a décrite tout à l’heure, notamment l’enseignement des quatre concepts, on la retrouve très clairement en première. C’est là qu’il y a la spécialité informatique, une spécialité sur laquelle les élèves de première, donc dans le prolongement, en terminale peuvent passer le bac et c’est une spécialité au même titre que les mathématiques, la littérature, la philosophie, l’histoire-géo, etc. Là c’est vraiment l’enseignement comme on l’a dit tout à l’heure.
C’est aussi abordé avant dans les programmes, on retrouve de l’informatique, notamment l’algorithmique, dans les programmes de mathématiques, ce qui est très bien, simplement c’est de l’informatique pour les mathématiques. Évidemment, si ça apparaît dans les programmes de mathématiques, c’est parce que c’est une partie de l’informatique qui est très fortement corrélée au programme de mathématiques de l’année. Par exemple ça va être comment est-ce qu’on calcule le plus grand commun diviseur entre deux nombres. Bien sûr on travaille l’informatique, ça forge aussi l’intuition et les connaissances, mais ce n’est pas complètement collé à ce qu’on décrivait tout à l’heure.
Ensuite, il y a un aussi cours qui est très important, qui est apparu en 2019 en même temps que la spécialité « numérique et sciences informatiques » de première et de terminale, qui est le cours de seconde, qui s’appelle « sciences numériques et technologie », qui lui est un cours obligatoire d’une heure et demie par semaine pour tous les lycéens de seconde, qui est un enseignement qui touche à l’informatique et qui touche à la technologie. C’est un enseignement qui est pensé sous forme de thèmes. Il aborde différents thèmes : qu’est-ce que c’est qu’Internet ? Qu’est-ce que c’est que le Web ? Qu’est-ce que c’est que la photo numérique ? Je ne les ai pas tous en tête là comme ça [Internet - Le Web - Les réseaux sociaux - Les données structurées et leur traitement - Localisation, cartographie et mobilité - Informatique embarquée et objets connectés . La photographie numérique]. Donc c’est un apprentissage à la fois de la technologie qui est derrière, de la bonne pratique de ces objets-là et aussi de quelques rudiments d’informatique au sens scientifique.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc ça commence dès la seconde, puis première, terminale.
Sylvie Boldo, sur cette partie enseignement, est-ce que vous voulez compléter avant que je pose une question sur la formation des enseignants ?

Sylvie Boldo : Je voulais dire que je n’ai pas testé la maternelle, je n’ai pas été si courageuse que ça, j’ai testé le primaire et, par contre, c’était plutôt de l’algorithmique, pas sur ordinateur non plus, mais avec des Duplo donc avec des objets physiques qu’il faut déplacer. Là les algorithmes c’est comment je me déplace d’un certain nombre de cases pour effectivement faire ce que je voulais. Ma pratique c’est que ça marche très bien. C’est-à-dire qu’effectivement les enfants se prennent vraiment au jeu de trouver un algorithme, je ne dis pas forcément le gros mot « algorithme », mais de résoudre le problème et de trouver une méthode systématique. Ça les entraîne vraiment à ce qu’on peut appeler plus tard la pensée algorithmique, c’est-à-dire effectivement comment je trouve une méthode systématique pour résoudre mon problème.

Frédéric Couchet : D’accord.
Par rapport à ces cours se pose la question de la formation des enseignants et des enseignantes. Historiquement, je crois que la plupart de ces cours étaient donnée notamment par des professeurs de mathématiques, etc. Depuis peu, si je ne me trompe pas, il y a un CAPES informatique. Est-ce que qu’aujourd’hui les enseignants sont eux-mêmes et elles-mêmes formés pour donner des cours d’informatique en tant que science ? Où est-ce qu’on en est de cette formation ? Fabien Tarissan.

Fabien Tarissan : En partie. En fait l’informatique a fait son introduction dans les programmes il y a à peu près une dizaine d’années avec la spécialité « Informatique et sciences du numérique », qui s’appelait ISN, qui a donc disparu depuis pour cette spécialité plus importante qui s’appelle « Numérique et sciences informatiques ».
En 2019, si je me souviens bien, 30 000 élèves avaient choisi la spécialité informatique en première, c’est quand même conséquent. Ça demande à peu près, je dis un petit peu à la louche mais c’est l’ordre de grandeur, 2500/2800 professeurs pour faire ça. Effectivement la question se pose de qui va enseigner, qui peut être formé pour ça ? Il y a eu plusieurs courants de formation. Comme vous l’avez dit, des enseignants qui sont, en fait, des enseignants d’une autre discipline, qui se sont formés, qui ont fait de la formation continue pour, entre guillemets, « se mettre à niveau », pour avoir l’ensemble des connaissances du programme pour enseigner ça. Il faut se rendre que la spécialité c’est quatre heures par semaine en première, six heures par semaine en terminale. C’est quand même très conséquent en termes de connaissances à avoir et de recul à avoir pour le professeur pour qu’il soit à l’aise dans le fait de dispenser ces connaissances-là. Aujourd’hui, entre cette formation ISN qui avait eu lieu il a dix ans et la formation très récente à travers un diplôme inter-universitaire pour préparer les enseignants, on en est aujourd’hui à travers ces formations, ces différentes habilitations qui ont formé des enseignants d’une autre discipline, autour je crois de 1500. Je dis à peu près, il faudrait vérifier, j’aurais dû vérifier pour être plus précis.

Frédéric Couchet : Ce n’est pas grave, on mettra les bons chiffres.

Fabien Tarissan : C’est à peu près ça. Il manque quand même, au bas mot, 1000 professeurs pour ouvrir partout où on voudrait ouvrir ces classes-là pour répondre à la demande.
Il y a effectivement un CAPES, le CAPES il est très bien, c’est une formation longue, ce sont des gens qui sont en licence, qui ont suivi une formation universitaire en informatique et qui passent le concours du CAPES pour être professeur qui est la voie habituelle, en fait, pour enseigner une discipline au lycée et au collège, le CAPES c’est 30 places par an, donc on ne va pas aller très vite à ce rythme-là !

Frédéric Couchet : Trente places !

Fabien Tarissan : C’était 30 places cette année. Il a ouvert l’année dernière, donc là on a la toute première promotion de capétiens et de capétiennes ; 30 places dans le public et dix places dans le privé. C’est très peu pour répondre à la forte demande, au fort besoin d’enseignants. Donc oui, il va falloir muscler un petit peu notre corps enseignant. Il va falloir aussi regarder comment va s’opérer l’articulation entre les nouveaux formés, les capétiens et les capétiennes, et ceux qui ont fait un effort considérable dans une formation ad hoc, à travers les habilitations que j’évoquais avant. Il faut voir que ce sont des professeurs qui se sont formés en continu pendant qu’ils enseignaient leur matière. Ils avaient leur service dans la semaine, ils enseignaient et ils ont pris des semaines de vacances pour se former huit heures par jour pendant cinq semaines pour être prêts à enseigner cet enseignement à la rentrée. Donc il va falloir articuler ces deux corps-là et notamment pas que les nouveaux arrivants remplacent simplement tous ces gens-là qui ont fait un effort considérable pour démarrer ces enseignements de spécialité.

Frédéric Couchet : D’ailleurs sur ce sujet-là, si je me souviens bien, l’association EPI, Enseignement public et informatique, a publié récemment un communiqué de presse qui s’inquiétait justement de cette situation que vous évoquez.

Fabien Tarissan : Effectivement, c’est l’EPI qui a alerté sur cette question et, du coup, on essaye de voir exactement ce qui s’est passé, comment les décisions se prennent. Il faut juste porter une attention sur la manière dont vont s’opérer les affectations dans les lycées. Il serait inacceptable que tous ces gens qui ont fait énormément d’efforts pour se former et pour enseigner se voient du jour au lendemain sans enseignement d’informatique simplement parce que maintenant il y a quelques capétiens qui arrivent. Il y a de place pour tout le monde, il y a une forte demande, il y a un fort besoin, il faut juste qu’on arrive à prendre les bonnes décisions en termes d’affectation, en termes de répartition des classes.

Frédéric Couchet : Je ne vais pas vous demander si le ministre actuel peut prendre ce gendre de décision… Je fais mon commentaire tout seul !
Le temps avance. Je regarde l’heure parce que j’aurais aimé qu’on aborde un dernier sujet, celui des réseaux, sur lequel notamment vous travaillez Fabien. Sylvie, est-ce que vous voulez compléter ou ajouter quelque chose sur cette partie enseignement de l’informatique soit pour nos élèves, soit pour les adultes ?

Sylvie Boldo : Ce qu’a dit Fabien était très complet. Je voulais juste souligner le travail très important des professeurs qui se sont formés à l’informatique parce qu’ils ont vraiment travaillé très dur.

Frédéric Couchet : Oui, tout à fait. Pour en connaître quelques-uns, ils ont travaillé à côté sur leurs heures, ils se sont formés souvent, en plus, en utilisant des logiciels libres et des ressources libres. Donc ça c’est vraiment important.
On va aborder un dernier sujet, il nous reste quelques minutes, même pas une dizaine de minutes, un sujet qui est important sur lequel on reviendra sans doute aussi dans le cadre d’une autre émission.
Quand on discute avec des ados, il y a une chose qui revient assez souvent c’est que ces personnes n’ont souvent pas compris la différence entre un navigateur et un moteur de recherche. Je ne vais pas donner le nom du moteur de recherche, en l’occurrence si, c’est souvent Google, mais il y a souvent une confusion entre les deux, c’est-à-dire que pour eux le navigateur qu’ils utilisent, en fait, c’est uniquement un moteur de recherche. Donc il y a une mécompréhension du fonctionnement d’Internet, du Web, encore plus sans doute des algorithmes derrière les réseaux sociaux que les personnes utilisent. Ça c’est une de vos thématiques, Fabien Tarissan, de recherche et de travail, d’ailleurs je rappelle que vous avez écrit un ouvrage qui s’appelle Au cœur des réseaux. Des sciences aux citoyens, aux Éditions Le Pommier en 2019. J’aimerais que vous nous parliez un petit peu de l’importance de comprendre comment fonctionne Internet, le Web, pour comprendre le monde qui nous entoure aujourd’hui, qu’on utilise au quotidien.

Fabien Tarissan : Ce monde en ligne, oui tout à fait. Vous parlez de confusion entre navigateur et moteur de recherche, il y a des confusions encore plus profondes, la confusion entre Internet et le Web est très courante. Quand on dit qu’on va surfer sur Internet alors qu’en fait on va surfer sur le Web pour récupérer des informations, ce sont des confusions. Par exemple Internet et le Web sont deux objets, sont deux réseaux mais deux réseaux extrêmement différents. D’ailleurs l’année dernière, en 2019, on a célébré les 50 ans de la naissance d’Internet et, la même année, on a fêté les 30 ans de la naissance du Web. Ce n’est pas simplement que ce sont deux objets différents, c’est qu’ils ont 20 ans d’écart au moment de leur création. 20 ans, à l’échelle de l‘informatique moderne, c’est quand même beaucoup.
Il y a deux choses à dire. D’abord ça ne me choque pas tant que ça qu’on confonde Internet et le Web et qu’on prenne l’un pour l’autre. Par contre, quand on commence à réfléchir sur les enjeux qui sont derrière ces objets, derrière ces deux réseaux, alors là ça devient important de les distinguer. Par exemple, on a beaucoup parlé ces dernières années de la neutralité du Net qui était un acquis, enfin un consensus de la communauté pour faire fonctionner le réseau internet, et qui commence à être détricoté aux États-Unis notamment. Donc là, si on veut comprendre ce qui passe, il faut comprendre ce qu’est Internet. Le Web n’a aucun lien avec la question de la neutralité du Net. La neutralité du Net c’est savoir si on a le droit, en tant qu’opérateur de télécommunications, de traiter les flux d’informations qui arrivent à un point du réseau de façon différente que neutre. Jusqu’à présent non, le réseau devait être neutre, donc il devait traiter tous les flux de la même manière et maintenant on commence à donner le droit à ces opérateurs de le faire de façon différente.
À l’autre extrême, si je prends un autre exemple dont on parle beaucoup en ce moment que sont les fake news, là c’est l’inverse. L’Internet n’a rien à dire sur les fake news, ce qui est important c’est le Web qui permet de comprendre comment ces fausses informations se créent, comment est-ce qu’elles sont relayées sur les réseaux, pourquoi est-ce qu’elles acquièrent une telle notoriété en général extrêmement vite, pourquoi est-ce qu’elles touchent autant d’utilisateurs du Web, pour essayer de comprendre comment s’en prémunir d’une certaine façon.
Donc oui, je crois qu’il y a un travail à faire pour bien comprendre ce qui se joue derrière ces objets, pour comprendre aussi ce qui se joue derrière les algorithmes qui opèrent sur ces réseaux. Vous avez cité les moteurs de recherche qui ont effectivement un rôle. Un rôle, il faut le souligner, qui est nécessaire. En moyenne, quand quelqu’un tape des mots clefs sur un moteur de recherche quel qu’il soit, il y a plusieurs centaines de milliers de pages web qui correspondent à cette requête. Il est évident qu’on ne peut pas laisser l’utilisateur en face de 200 000 pages web livrées en vrac en lui disant « voilà, il y a ces 200 000 pages qui devraient t’intéresser ». Évidemment il faut classer l’information, évidemment il faut organiser l’information, il faut le faire de manière automatique et c’est ça le travail d’un moteur de recherche. Mais, en même temps, du coup, les moteurs de recherche ont un impact extrêmement fort sur l’information qui est rendue visible. On ne voit, en réalité, qu’une infime fraction des pages web qui existent, des posts qui existent sur les réseaux sociaux, etc. Donc se pose la question de quel impact ça a sur notre manière de raisonner ensuite, sur les décisions qu’on prend hors-ligne, par exemple sur notre manière de voter.
C’est d’ailleurs pour ça que j’ai écrit l’année dernière ce livre, pour essayer de démystifier un petit peu le fonctionnement à la fois des réseaux, en même temps des algorithmes qui opèrent sur ces réseaux, essayer de faire comprendre aussi l’économie qui se joue derrière puisque la plupart des services qu’on utilise se présentent comme gratuits aux utilisateurs. Or, on le sait bien, il y a une énorme économie derrière. Donc il faut comprendre comment se joue cette économie, d’où vient la valeur ajoutée qui crée l’économie pour les sociétés qui sont derrière. Tout ça, encore une fois, pour choisir de façon éclairée quel service on va utiliser, comment on va l’utiliser et comment on va paramétrer tout ça.

Frédéric Couchet : Tout à l’heure on parlait de la formation des élèves. Est-ce que dans les spécialisations, les cours de spécialité informatique, est-ce que ces thèmes sont abordés ou pas du tout ?

Fabien Tarissan : Dans la spécialité première et terminale, on le trouve un petit peu à la marge, disons que c’est saupoudré. Mais c’est avant tout un enseignement scientifique au sens, je dirais, science dure, donc c’est moins fait. Par contre, c’est plutôt dans le programme de seconde que c’est fait où là, à chaque fois qu’il y a un thème qui touche à ces objets-là, il y a des connaissances sur qu’est-ce que ça veut d’utiliser ces services ? Comment on se paramètre ? Qu’est-ce que ça veut dire données publiques, privées, ce genre de choses ?

Frédéric Couchet : Sylvie Boldo sur cette thématique donc Internet, le Web, les algorithmes ?

Sylvie Boldo : Juste une anecdote parce que ce n’est pas mon domaine de recherche. Si vous allez sur un navigateur web vous avez en haut une barre sur laquelle vous pouvez mettre l’adresse et, en fait, il y a un truc qui a changé au cours de ma vie : avant je ne pouvais mettre que des adresses, maintenant je peux mettre des mots clefs et ça va me faire la recherche qui correspond. Ça, ça veut quand même dire que les moteurs de recherche ont une puissance très importante puisque, effectivement, les gens ne vont plus garder en marque-page des sites web, ils vont juste se rappeler des mots clefs et passer toujours par le moteur de recherche.

Frédéric Couchet : En plus, le moteur de recherche, notamment Google, vise visiblement, quelque part, à faire disparaître les URL.

Sylvie Boldo : Absolument.

Frédéric Couchet : C’est une volonté. Je suppose que les autres moteurs de recherche, peut-être pas tous, sont sur cette même logique-là. Effectivement on l’a remarqué.
Il ne nous reste que quelques minutes. J’aurais envie de vous demander à tous les deux, en deux minutes, si vous avez un message important à faire passer par rapport à cette thématique de l’informatique ou des annonces peut-être de projets en cours ou des annonces d’évènements. En deux minutes, le message important ou les messages importants à retenir par rapport à cette thématique de l’informatique. Ce n’est qu’une première émission, notamment sur la partie algorithme, on reviendra plus en détail sans doute dans d’autres émissions. Qu’est-ce que vous auriez envie de dire en chose importante ? On va commencer par Fabien Tarissan.

Fabien Tarissan : Là à chaud, en faisant référence à ce qui vient d’être dit ? On a évoqué le fait d’avoir besoin de l’éducation, de l’enseignement, d’éduquer les citoyens pour être éclairés sur ces questions. On vient de parler de bonnes pratiques, c’est-à-dire d’être acteurs sur les services qu’on utilise, le navigateur – certains navigateurs peuvent être respectueux de votre vie privée –, les moteurs de recherche – certains peuvent l’être également, etc. –, il me semble qu’il y a une troisième dimension sur laquelle il faut être capable de peser et qu’il faut bien avoir en tête, c’est légiférer. Il faut absolument encadrer par la loi ce que l’on peut et ne peut pas faire dans le domaine de l’informatique, dans le domaine de l’exploitation des données. Ça c’est un petit peu fait avec le règlement européen dont on a beaucoup parlé ces dernières années, le Règlement général pour la protection des données et puis les transpositions dans la législation française, mais il parle exclusivement des données, de l’information. Il faut le faire aussi au niveau algorithmique. Qu’est-ce qu’on a le droit de faire en termes de traitement automatisé dans tout un tas de questions qui sont extrêmement importantes ? Je reprends un exemple que je connais un petit peu qui est celui de la justice. En ce moment on se pose la question sur à quel point on peut épauler les magistrats, les avocats, d’outils de recommandation qui vont les aider à travailler leurs affaires. Et ça on le retrouve partout. On le retrouve aussi dans le domaine médical, on le retrouve dans différents pans d’enjeux sociétaux. Et là c’est important aussi d’être capable de dire très précisément ce qu’on a le droit ou pas le droit de faire dans ces domaines-là.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Donc il faut une révision de la dernière loi dite numérique qui est la loi, de mémoire, de 2016, la loi pour une République numérique où il y a déjà quelques petits encadrements, mais sans doute largement insuffisants.

Fabien Tarissan : Tout à fait. Il y en même des plus récentes. En décembre dernier, en décembre 2019, il y a eu une loi qui encadre ce qu’on a le doit de faire en termes de publicité politique dans les contextes de campagnes électorales. On n’a pas le droit de diffuser de façon opaque des messages à caractère en fait publicitaire d’un point de vue politique. C’est maintenant encadré par la loi depuis moins d’un an. Il y a continuellement des évolutions, mais il faut aussi être capable d’avoir ça en tête, de bien encadrer par la loi.
Pour moi il y a trois leviers sur lesquels il faut être éclairés : il faut avoir une bonne pratique de l’informatique, il faut être éduqué, donc il faut passer par un enseignement et il faut légiférer. C’est ça le message que je voulais faire passer en cette fin.

Frédéric Couchet : D’accord. Merci Fabien Tarissan. Et de votre côté, Sylvie Boldo, un message de conclusion.

Sylvie Boldo : Je vais m’associer au message précédent, notamment sur l’enseignement, et je vais ajouter un autre message qui est peut-être plutôt à destination des femmes et des jeunes filles : l’informatique ça peut aussi être pour vous. Effectivement ce n’est pas réservé à des jeunes hommes dans un garage. C’est vraiment un métier intéressant avec toute une palette de métiers différents qui vont de la programmation à la recherche. Ce sont des travaux qui peuvent se faire tout seul mais aussi en groupe dans des groupes qui peuvent être très agréables, donc il n’y a aucune raison de ne pas essayer. Peut-être que ça vous plaira, peut-être que ça ne vous plaira pas, mais essayez l’informatique, ça a de forts débouchés et ça peut vous plaire !

Frédéric Couchet : Je ne peux qu’appuyer et souscrire à ce message. Je vais d’ailleurs rappeler que la semaine dernière on a rediffusé un sujet sur les femmes et l’informatique avec Catherine Dufour, Katia Aresti et Caroline Corbal. Que nous avons en préparation, que nous allons enregistrer ce mois-ci un sujet sur l’initiation à la programmation pour les femmes avec Ada Tech School, Django Girls et la troisième c’est Ladies of Code Paris ; malgré les noms ça parlera français, donc avec trois intervenantes. Que dans les podcasts vous pouvez aussi écouter, je ne sais pas à quelle date c’était, mais vous retrouverez sur causecommune.fm, l’émission sur l’initiation sur la programmation en général et dans les invités il y avait, à l’époque elle était encore lycéenne, Ludine Pierquin qui expliquait comment elle avait découvert l’informatique à travers les Coding Goûters, notamment avec le langage Scratch. Elle avait découvert et elle avait trouvé ça génial et, comme vous le dites, elle disait « les filles vous pouvez y aller, c’est aussi fait pour vous ». L’émission sur l’initiation à la programmation pour les femmes sera sans doute diffusée courant octobre, on devrait l’enregistrer d’ici quelques jours.

Je vous remercie pour cette première émission, on va dire introductive puisqu’il y avait plein de sujets sur lesquels on pourrait revenir et sur lesquels on va revenir, je pense évidemment notamment à la question des algorithmes, Internet, le Web. En tout cas c’était un grand plaisir de vous avoir malgré les conditions. J’espère que la prochaine fois on pourra voir avoir en direct pour une autre émission.
Nous étions avec Syvie Boldo et Fabian Tarissan. Je vous remercie et je vous souhaite de passer une belle fin de journée.

Fabien Tarissan : Merci à vous.

Sylvie Boldo : Merci beaucoup.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter AR Lp 36 par Cloudkicker. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Caus Commune 93.1.

Pause musicale : AR Lp 36 par Cloudkicker.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter, nous sommes en train d’écouter la fin de AR Lp 36 par Cloudkicker, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causecommune.fm.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeure de philosophie et présidente de l'April : présentation et commentaire du texte de Richard Stallman « Mettre en application les critères du logiciel libre »

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec la chronique de Véronique Bonnet, professeure de philosophie et présidente de l’April. La chronique de Véronique s’intitule « Partager est bon ». Le thème du jour : présentation et commentaire du texte de Richard Stallman intitulé « Mettre en application les critères du logiciel libre ».
Véronique je te passe la parole.

Véronique Bonnet : Précisément, Fred, quand on regarde le titre et quand on regarde aussi les intertitres de cet article que Richard Stallman a écrit en 2015, on a l’impression qu’il est réservé aux informaticiens, qu’ils soient déjà libristes ou en voie de le devenir, parce que le texte parle de paquets logiciels, de séquences de code, de compilateurs, de distros GNU/Linux, ça veut dire distributions, de périphériques, de pages Web, de greffons et de blobs. Mais lorsqu’on lit le texte de A jusqu’à Z, on voit bien qu’il ne s’adresse pas seulement à quelques initiés, bien au contraire, puisque tout le travail de la FSF [Free Software Foundation] et j’ajouterais, sous ton contrôle Fred, le but du travail de l’April, c’est de donner à ceux qui ne s’y connaissent pas les moyens de se renseigner, par exemple sur quelles page aller pour savoir si un outil informatique est respectueux des libertés ou pas, ou encore quel programme libre utiliser à la place d’un programme non libre. Comme des logiciels nouveaux apparaissent, le mouvement du logiciel libre a besoin d’être réactif, d’être rigoureux, précis, pour examiner si un programme valide ou non les quatre libertés qui respectent la personne humaine. Je dirais que c’est cette préoccupation qui gouverne tout le texte qui n’est technique que dans le but de chercher une éthique.

Ces libertés je les rappelle, les quatre libertés, d’ailleurs Richard Stallman, dans cet article, commence par les évoquer :

  • la liberté 0 c’est la liberté d’exécuter un programme ;
  • la liberté 1, celle d’étudier le code et de le copier ;
  • la liberté 2, liberté de le modifier, éventuellement pour l’améliorer ;
  • liberté 3, distribuer des copies modifiées ou non modifiées de ce programme.

Au tout début de son travail Richard Stallman rappelle qu’une séquence de code qui ne permettrait pas ces quatre opérations serait injuste. Elle pourrait faire du mal à l’utilisateur, minorer son autonomie, ce qui est une atteinte. Or, il se trouve que certains estiment qu’on peut faire passer au second plan cette injustice si l’on raisonne simplement en termes de recherche d’efficacité, en termes de recherche de solutions.
La philosophie GNU a toujours fait de l’éthique et de la recherche de justice ce qui importait le plus. Le logiciel non libre ne s’embarrasse pas de cette question. Pour lui, seule la technicité compte et la recherche de résultat efface toute autre considération.
Le projet GNU, par ses propositions, est attentif à la liberté du code, porteuse de justice, et il prépare aussi à une autre liberté qui est liée à la liberté du code qui est la liberté de l’existence de manière plus générale dans des rapports sociaux qui sont consentis, qui sont choisis.

En 1983, au moment où Richard Stallman lance son appel pour écrire du code, il se trouve que beaucoup de paquets logiciels sont non libres, notamment les compilateurs et les bibliothèques qui sont indispensables dans un système. Il se trouve que le premier système d’exploitation entièrement libre sera constitué par GNU, complété par le noyau Linux après sa libération, permettant le dispositif GNU/Linux.
Mais alors, que penser des systèmes mixtes ? Que penser des fameuses distributions ? Est-ce qu’une distribution peut être mixte, c’est-à-dire simultanément libre par certains aspects et non libres par d’autres ? Par exemple certains, dont Richard Stallman dit qu’ils ont fait le mauvais choix, sur une plateforme non libre peuvent utiliser des logiciels libres ; ceci peut rendre service à ses utilisateurs qui sont soit mal renseignés, soit qui ont fait un choix pour des raisons d’efficacité. Par contre, et là il se trouve que la FSF et l’April veillent à ces questions, on évitera, sur une plateforme libre, d’utiliser des greffons non libres, des paquets non libres. Pourquoi ? Parce que ce qu’on installe n’est pas du tout innocent, même si on l’installe en seconde intention et par exemple, si à partir d’un système d’exploitation libre certains greffons non libres sont utilisables, il est important qu’ils puissent être choisis ou pas. Toujours l’importance de cette libre décision qui est celle de l’utilisateur.

Il y a ensuite un paragraphe sur les périphériques, par exemple lorsque nous sommes amenés à acheter des imprimantes. Il se trouve que certains périphériques non libres ne peuvent pas fonctionner à partir d’une distribution libre. Et le plus souvent d’ailleurs, lorsqu’on achète un périphérique, il est très difficile de savoir s’il est libre, s’il pourra fonctionner sous une distribution GNU/Linux. C’est pourquoi la question de la certification de tous ces outils qui sont amenés à être utilisés — est-ce qu’il est certifié ou pas ?, est-ce que les quatre libertés sont respectées ? — doit être rendue accessible, doit être manifestée à celui qui veut agir en toute connaissance de cause.
C’est vrai que la question de la certification des ordinateurs est plus délicate. Il est important, en tout cas, que le programme de démarrage soit libre. Une certification est proposée par la FSF. Il se peut que la FSF, ce mouvement fondé par Richard Stallman, puisse déclarer, vérifier que tel ordinateur est effectivement libre et là il est demandé, bien sûr, que le vendeur de cet ordinateur puisse, s’il bénéficie de cette certification, soutenir le mouvement du logiciel libre qu’il appellera ainsi et pas open source. Il faut absolument, s’il y a cette reconnaissance par la FSF que tel ordinateur est libre, il est important que ce matériel vendu par telle ou telle marque puisse se référer à ces valeurs, à ces recherches d’autonomie dont l’outil est porteur.

Enfin, et ce sera le dernier volet dans ce propos de Richard Stallman, qu’en est-il des pages web ? Le plus souvent elles contiennent des dispositifs opaques, non libres, notamment un qui va faire l’objet d’un passage important de cet article, JavaScript. JavaScript, occasionnellement d’ailleurs logiciel espion, qui exécute à l’insu de l’utilisateur ce pourquoi il a été programmé sans nécessairement le dire. Dès lors faut-il mettre en lien, à partir d’une distribution libre, des pages qui contiennent JavaScript ? Beaucoup de pages qui fonctionnent avec JavaScript, non libre, peuvent, pour être ouvertes, faire appel à une alternative qui s’appelle LibreJS, donc JS pour JavaScript. Si telle alternative n’est pas envisageable on peut parfois désactiver JavaScript si on peut s’en passer. S’il est impossible de s’en passer, alors ces pages doivent être désactivées : ces pages sont à éviter, il faut les écarter de la distribution libre.

Il se trouve que la conclusion, comme très souvent, insiste sur le pragmatisme de la philosophie GNU, c’est-à-dire cet ensemble de principes qui est manifesté dès l’aventure du Libre par Richard Stallman et ceux qui travaillent avec lui. En effet, comme il y a un caractère très mouvant sur le marché de l’informatique des logiciels, comme beaucoup de logiciels nouveaux apparaissent, alors il est très important de certifier ou de ne pas certifier, en tout cas de renseigner l’utilisateur pour s’opposer avec inventivité aux offensives non libres. Donc la tâche est constamment d’expliquer, déchiffrer, rendre accessible.

La philosophie GNU n’est pas ésotérique, elle ne s’adresse pas à des initiés. Elle se veut, c’est le terme inverse, exotérique, c’est-à-dire tournée vers le dehors. Nul ne doit être privé de la teneur des enquêtes des libristes et certainement pas vous, chers auditeurs.

Frédéric Couchet : Merci Véronique. C’était la chronique de Véronique Bonnet, professeure de philosophie et présidente de l’April, qui commentait un texte de Richard Stallman intitulé « Mettre en application les critères du logiciel libre ». Vous retrouverez sur gnu.org, g, n, u, point org. La traduction en français est assurée par notre groupe de travail Trad-GNU que vous pouvez évidemment rejoindre. Il a pour but de présenter l’informatique libre et la philosophie GNU en français.
Merci Véronique, c’était un plaisir de faire cette chronique à nouveau au studio et on se retrouve bientôt pour enregistrer d’autres chroniques et peut-être en direct. Belle journée à toi.

Véronique Bonnet : Belle journée Fred.

Frédéric Couchet : On va faire finir par quelques annonces rapides.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Un sondage a été mis en place pour étudier l’utilisation de la contribution à OpenStreetMap, la cartographie libre, dans les collectivités et administrations. N’hésitez pas à remplir ce sondage, vous trouverez la référence sur le site de l’April, april.org, et sur causecommune.fm.
La nouvelle version du logiciel libre PeerTube, logiciel d’hébergement de vidéos décentralisé grâce à la diffusion de pair en pair et soutenu par Framasoft, vient d’être publiée avec des outils de modération améliorés, une gestion des playlists, un plugin, donc un greffon pour les annotations, et bien d’autres fonctionnalités à découvrir sur le site joinpeertube.org, tout attaché.
Il y a la reprise des soirées de contribution au Libre à la FPH [Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme] chaque jeudi à partir de 19 heures, rue Saint-Sabin dans le 11e arrondissement de Paris.
Ce week-end il y a une install-partie, donc une fête d’installation, où vous pouvez recevoir de l’aide pour installer un système d’exploitation libre par exemple, à L’Electrolab à Nanterre, de 14 heures à 18 heures.
Et jeudi soir, à distance, il y a une réunion du groupe de travail Sensibilisation de l’April. Le groupe de travail Sensibilisation produit des outils de sensibilisation et vous pouvez y participer à distance.
Tous ces évènements sont annoncés évidemment sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine et c’était un grand plaisir de refaire une émission complètement en direct, c’est la première depuis la reprise.
Je remercie toutes les personnes qui ont participé à l’émission : Éric Fraudain, Sylvie Boldo, Fabien Tarissan, Véronique Bonnet.
Aux manettes de la régie aujourd’hui Étienne Gonnu.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, Antoine, Olivier Humbert, bénévoles à l’April, Olivier Grieco directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts.
Merci également à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpe le podcast complet en podcasts individuels par sujet.

Vous retrouverez sur le site april.org et sur le site causecommune.fm, une page avec toutes les références utiles ainsi que les moyens de nous contacter, n’hésitez pas à nous faire des retours. Si vous voulez nous laisser un petit message, vous pouvez nous laisser un petit message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46, je répète 09 72 51 55 46, nous sommes preneurs de vos retours ou simplement de questions ou de commentaires.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites également connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 22 septembre 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur les collectivités et le logiciel libre.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi prochain et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

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lun, 09/21/2020 - 13:14

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Vous y recevrez régulièrement les actualités concernant l'émission : annonce des podcasts, des émissions à venir et de toute autre actualité en lien avec l'émission.

Cette lettre d'information est complémentaire du flux RSS des podcasts de l'émission. Vous pouvez aussi vous abonner à ce flux, compatible avec la baladodiffusion (podcast) que vous pouvez utiliser avec un logiciel permettant la lecture d'un ensemble de flux de podcasts audio (GPodder par exemple, qui est disponible sur plusieurs plateformes).

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« Libre à vous ! » diffusée mardi 22 septembre 2020 sur radio Cause Commune

lun, 09/21/2020 - 09:35

Au programme de l'émission : collectivités et logiciel libre avec Claudine Chassagne adjointe au Maire de la commune de Saint Martin d'Uriage ; chronique de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, sur l'invalidation du « Privacy shield » ; chronique de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, sur Sésamath et les ressources pédagogiques libres.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 75e émission :

  • Notre sujet principal porte sur le thème des collectivités et du logiciel libre avec Claudine Chassagne, adjointe au Maire, commune de Saint Martin d'Uriage, en charge (entre autres) du numérique
  • la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera sur l'invalidation du « Privacy shield »
  • la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, qui portera sur Sésamath et les ressources pédagogiques libres
  • diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique de Noémie Bergez
  4. Références pour la partie sur collectivités et logiciel libre
  5. Références pour la chronique de Jean-Christophe Becquet
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Claudine Chassagne, adjointe au Maire, commune de Saint Martin d'Uriage, en charge (entre autres) du numérique
  • Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April
  • Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune
  • Patrick Creusot, bénévole à l'April (à la régie)
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique de Noémie Bergez Références pour la partie sur collectivités et logiciel libre Références pour la chronique de Jean-Christophe Becquet Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (22 septembre 2020)

lun, 09/21/2020 - 09:08
Start: 22 Septembre 2020 - 15:30End: 22 Septembre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

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75e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 22 septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal porte sur le thème des collectivités et du logiciel libre avec Claudine Chassagne, adjointe au Maire, commune de Saint Martin d'Uriage, en charge (entre autres) du numérique
  • la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera sur l'invalidation du « Privacy shield »
  • la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, qui portera sur Sésamath et les ressources pédagogiques libres

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 22 septembre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 22 septembre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Data et algorithmes ; gouvernementalité algorithmique et idéologie des big data - Antoinette Rouvroy

dim, 09/20/2020 - 18:09


Titre : Rencontre avec Antoinette Rouvroy : la data et les algorithmes ; gouvernementalité algorithmique et idéologie des big data
Intervenante : Antoinette Rouvroy
Lieu : Bruxelles
Date : février 2018
Durée : 16 35 min
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : capture d'écran de la vidéo
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Antoinette Rouvroy docteur en sciences juridiques et chercheuse qualifiée du FNRS [Fonds de la recherche scientifique], Université de Namur. Elle développe le concept de gouvernementalité algorithmique qui tend à expliciter la manière dont les algorithmes imposent une gestion des sociétés sur la base des données qui s'échappent des individus.
Un entretien filmé par Thomas Gouritin, journaliste et créateur de la chaîne Regards Connectés.

Transcription Biais et représentation du réel

La prévention des biais des algorithmes est une sorte d’obsession contemporaine, mais qui est liée précisément aux ambitions propagées par l’idéologie technique des big data du fait que les big data, en fait, nous dispenseraient de la représentation. Or, en tant qu’êtres humains, nous n’avons accès au monde qu’à travers la représentation que nous nous en faisons, c’est-à-dire qu’à travers nos biais.
Les biais ne sont pas nécessairement absolument quelque chose à abattre ou à vouloir combattre absolument. L’idée qu’il serait possible de supprimer tous les biais et de réellement avoir accès au monde lui-même, directement, est une idée qui est complètement fausse.
Comme cette idée de post-vérité est dans une certaine mesure aussi une idée un peu fausse, dans la mesure où on n’a jamais eu accès à la vérité. Ce n’est pas qu’avant on avait accès à la vérité et le domaine des big data ne vont pas nous donner un accès tout à fait objectif au réel tel qu'il est. Le monde nous restera toujours mystérieux quel que soit le raffinement des algorithmes à travers lesquels on va essayer de l’explorer.
Cela étant dit, il y a des biais qui sont identifiables, qui ne sont pas nécessairement négatifs, qui peuvent l’être, mais objectiver, tenter d’objectiver ou, en tout cas, nommer les biais c’est quelque chose d’assez important si on veut pouvoir opérer une critique, une constestabilité ou une auditabilité des processus algorithmiques.

Premièrement, les biais sont déjà dans le monde physique qui est enregistré sous forme de données.
L’idéologie technique des big data prétend enregistrer passivement le monde tel qu’il est, mais il ne l’objective pas. C’est-à-dire qu’en transcrivant le monde sous forme de données on ne le purifie pas du même coup de tous les rapports de pouvoir, les rapports de domination, les rapports de force qui font que l’état de fait est ce qu’il est. Or, les données transcrivent l’état de fait tel qu’il est sans en transcrire les conditions.
C’est-à-dire que quand on transcrit le monde physique sous une forme de données — d’ailleurs c’est même bien souvent une obligation si on ne veut pas tomber sous le coup de l’application des régimes de protection des données à caractère personnel, ce qui est assez coûteux pour une entreprise, par exemple — eh bien on est obligé d’anonymiser. Anonymiser ça veut dire aussi désindexer, décontextualiser, c’est-à-dire oublier, rendre les données amnésiques de leur source, amnésiques de leurs conditions de production. En rendant les données amnésiques de leurs conditions de production, on les fait apparaître comme des faits neutres, des pures présences ; Derrida parle à cet égard de présence sans existence. C’est-à-dire qu’on ne peut plus rattacher les données à un référentiel originaire par rapport auquel on pourrait évaluer leur validité. Donc déjà là il y a une sorte de divorce, si vous voulez, d’avec l’idée même d’une possibilité de critique par la neutralisation ou la naturalisation de l’état de fait par la transcription sous forme de données.
Ça c’est un premier biais. Ce biais-là est difficile à combattre, il est difficilement curable à moins d’exiger toujours la possibilité de pouvoir accéder à la source de la donnée.
Là se pose toute une question d’éditorialisation des corpus, etc., mais alors on ne pourra plus adhérer à l’idéologie technique des big data qui dit qu’on peut se passer de théorie. On perd quand même tout ce qui a fait un peu le buzz autour de ces big data, mais c’est une voie absolument intéressante et je pense qu’il faut en revenir à ça dans une certaine mesure.

Deuxième type de biais, il tient aux métriques des algorithmes. Quand un algorithme analyse des données, il va accorder un certain poids — je caricature un peu — à certains types de données, un autre poids à d’autres types de données qui proviennent de telle région du monde numérisé ou de telle région de l’univers numérisé. Ces métriques sont décidées. Elles ont été décidées par des ingénieurs en fonction d’objectifs qui ne sont pas toujours très explicités. On pourrait exiger l’explicitation de ces objectifs, c’est ce qu’on appelle la fonction objective d’un algorithme. Expliciter pourquoi on donne plus de poids à tel type de données qu’à tel autre. C’est une manière de rendre l’algorithme non pas transparent mais de rendre les intentions ou la fonction d’algorithme transparente.

Big data, causalité et corrélation

Il y a quand même toute une série de mouvements qui vont dans le sens d’une revendication ou de demandes de plus grande transparence des algorithmes ou une auditabilité ou une intelligibilité ou une interprétabilité des algorithmes. Il y a des travaux plutôt dans le domaine technique pour rendre les algorithmes auditables, etc. On peut le faire dans une certaine mesure, une mesure qui est un peu limitée par les perspectives d’auto-apprentissage justement. Quand vous avez des algorithmes qui deviennent auto-apprenants ça veut dire aussi qu’ils s’émancipent progressivement des programmations qui leur ont été inculquées.
On parle d’apprentissage supervisé. Lorsqu’il s’agit d’apprentissage supervisé les ingénieurs gardent la main sur les jeux de données qu’ils introduisent en entrée, sur les jeux de données qu’ils corrigent pour obtenir le résultat souhaité, etc. Donc là ça reste quelque chose d’assez métrisable.
Quand on parle d’apprentissage non-supervisé dans ce cas-là les algorithmes apprennent d’eux-mêmes en fonction des données auxquelles ils sont exposés. Larry Lessig disait Code is Law, « Le code est la loi », là, finalement, ce n’est même plus le code qui est la loi, ce sont les données, ce sont les données qui enseignent : les données enseignent à l’algorithme. Là, la logique algorithmique devient aussi compliquée et à la limite imprévisible que le monde physique lui-même, que la sauvagerie des faits. Donc ces résultats sont aussi assez imprévisibles, ce qui est intéressant en soi, aussi. Je ne condamne pas du tout les algorithmes, ils peuvent être très intéressants dans la mesure où ils sont équipés, justement, d’une sorte de curiosité automatique, c’est-à-dire que les algorithmes n’ont pas tous les biais que nous avons.
Nous avons des biais perceptuels qui sont liés au fait que nous avons un corps qui est situé dans l’espace et, par exemple, notre champ de vision est borné, donc nous avons toujours un point de vue. Ce point de vue détermine ce qui nous est perceptible, ce qui nous est intelligible, ce qui nous est interprétable.
L’algorithme, par contre, lui vit dans un espace tout autre. Son mode d’existence est complètement différent du nôtre. Il peut voir de façon simultanée ou percevoir ou enregistrer ou calculer, mettre en corrélation des points de données qui sont très éloignés les uns des autres dans l’espace, dont les sources sont très éloignées dans l’espace. L’algorithme, si vous voulez, se meut dans un univers tout autre et peut percevoir des choses qui nous seraient complètement imperceptibles. Donc les algorithmes peuvent être très intéressants dans la mesure où ils font parler le monde, y compris le monde social, d’une manière tout autre que nous en tant qu’êtres humains, avec des points de vue situés, sommes capables de le faire parler. Ça peut être intéressant pour rendre visibles certaines portions du réel qui resteraient sinon inaccessibles, mais ça peut être dangereux aussi dans la mesure où on se suffit, où on se satisferait de la seule corrélation. C’est-à-dire que si on se satisfait de la seule détection automatisée, automatique, de corrélation dans des quantités massives de données, le risque est grand d’interpréter les résultats de façon erronée, c’est-à-dire de penser qu’il peut y avoir des causalités sous-jacentes à des corrélations qui sont détectées entre, par exemple, des données qui ne sont en fait que des bruits. Ça a été démontré mathématiquement notamment par Giuseppe Longo, le mathématicien. Il dit, finalement, que plus les quantités de données s’accroissent, plus statistiquement vous avez des risques de produire des spurius correlations, c’est-à-dire des corrélations abusives entre des choses qui sont corrélées, mais c’est le pur résultat du hasard, c’est-à-dire que la corrélation ne signifie en fait rien, elle n’est donc pas opérationnelle.
En plus vous avez des risques d’erreur d’interprétation des corrélations mêmes. C’est-à-dire que si vous détectez dans un grand ensemble de données que les points A et B se trouvent fréquemment coprésents, vous allez dire qu’il y a une corrélation relativement forte ; dès que A bouge B bouge aussi, donc vous dites qu’il y a une corrélation forte. Mais cette corrélation peut s’interpréter de diverses manières, soit elle s’interprète en disant que c’est A qui cause B, soit on peut dire que c’est B qui cause A, soit c’est C, qu’on n‘a pas aperçu, qui est la cause des deux, qui est la cause de A et B. Donc vous voyez ! Il y a des cas dans lesquels recourir à des algorithmes et à cette logique de corrélation plutôt que d’essayer de trouver la causalité et de comprendre réellement le monde dans lequel on vit peut-être très utile, peut économiser du temps, de l’argent, nous permettre d’avoir un rapport plus granulaire, moins sélectif au monde, donc ça peut être très intéressant. Mais il est des cas dans lesquels se satisfaire de la corrélation est contraire à la plus élémentaire prudence. Je pense par exemple à la black box medecine qui est en train de se développer aujourd’hui dans laquelle, finalement, on fait des essais cliniques non plus en recrutant des participants, des sujets humains, mais en faisant des pures simulations sur des bases de données, des masses de données massives évidemment parce qu’on a énormément de données de santé, c’est le secteur des big data qui croit le plus rapidement aujourd’hui, donc c’est très intéressant. Mais si on ne soucie pas de la causalité, c’est-à-dire des mécanismes physiques qui causent les phénomènes pathologiques, on risque fort, si on en arrive à faire de la prescription de certaines alternatives thérapeutiques à des personnes concrètes, à des personnes en chair et en os, d’aboutir à des risques assez substantiels d’effets secondaires potentiellement dangereux.
Vous voyez qu’il y a des cas dans lesquels on peut se satisfaire d’une pure logique d’optimisation fondée sur de la corrélation. Il y a des cas dans lesquels c’est insuffisant.
Les cas dans lesquels c’est insuffisant, même dans ces cas-là, il n’est pas nécessairement indiqué de se priver totalement des algorithmes. Les algorithmes peuvent être une première indication. La difficulté, dans ce cas-là, c’est ne pas conférer à la prédiction ou à la recommandation algorithmique une force normative qu’elle ne doit pas avoir. C’est-à-dire qu’elle doit réellement laisser la place pour une délibération humaine, pour qu’on puisse prendre en compte les éléments non-numérisés, non-numérisables qui sont notamment l’interprétation que les gens peuvent faire de ce qui leur est arrivé de faire de leur propre comportement, de leur propres intentions, etc., rendre compte de soi-même.

Gouvernementalité algorithmique

Je dirais, pour faire simple, que c’est un mode de gouvernement qui est nourri essentiellement par des données numériques, donc c’est une modélisation du monde, du monde social, qui est fondée plutôt sur des données quantifiables, sur les sortes de phéromones numériques qui surgissent, qui se collectent en temps réel ou qui prolifèrent au niveau du monde physique plutôt que sur des normes sociales, politiques, idéologiques préétablies. Donc c’est une sorte de gouvernement qui a des prétentions à une sorte d’immanence. C’est comme si c’était le réel qui se gouvernait lui-même à travers les données. Les données qui, dans cette idéologie des big data, une idéologie technique des big data, passe pour être, en quelque sorte, le langage des choses elles-mêmes, donc qui prétendent nous dispenser de toute interprétation, de toute transcription. C’est comme si c’était le monde qui parlait spontanément à travers les données.
Je disais que c’est un mode de gouvernement qui est nourri essentiellement de données, on parle même de données brutes. Quand on dit « données brutes », ça paraît encore un peu plus spontané, alors que les données brutes sont toujours produites et les données ne sont pas des faits, elles sont toujours des effets, des rapports de force, de domination, de situations qu’on n’a pas changées alors qu’on aurait pu les changer. Donc il y a une sorte de naturalisation ou de neutralisation des faits qui en passe par cette transcription du monde physique sous une forme numérique, fragmentée, décontextualisée, désindexée, anonymisée, donc la fabrication des données brutes. Donc nourri essentiellement de données brutes.
Ce qui change, se fondant plutôt sur des données sur la détection de patterns ou de modèles, c’est-à-dire la détection de corrélations au sein de quantités massives de données, plutôt que sur des catégories qui correspondent à des groupements humains socialement éprouvés.
Plutôt que de gouverner les gens en fonction de leur appartenance par exemple à un groupe ethnique déterminé, à une tranche d’âge déterminée ou à une catégorie socioprofessionnelle déterminée, eh bien on va les gouverner, c’est-à-dire qu’on va personnaliser les interactions gouvernementales, les interactions sécuritaires, les interactions commerciales qu’on peut avoir avec eux à travers la détection de leur profil – profil de consommateur, profil de fraudeur potentiel, profil de terroriste potentiel. Donc on voit là aussi un glissement. Ce ne sont plus non seulement les données qui comptent, les données numérisées qui comptent, mais en plus il y a un glissement. La cible de cette forme de gouvernement n’est plus l’actualité, mais c’est la potentialité, ce dont les corps sont capables, ce dont les gens sont capables, etc.
On voit bien, finalement, un profil ce n’est personne, ce n’est personne actuellement. Un profil c’est une sorte d’espace spéculatif qui désigne des opportunités et des risques dont les formes de vie, impersonnelles, sont porteuses.
Ce mode de gouvernement paraît à la fois très objectif dans le sens où, précisément, il n’en passe plus par les catégories prédéterminées, idéologiquement marquées, toujours politiquement débattables, les catégories préétablies, mais se désintéresse complètement de ces catégories et se désintéresse aussi de qui sont les gens. En fait, c’est un mode de gouvernement qui ne gouverne plus les individus en les individualisant, en les identifiant, en les traquant personnellement. C’est pour ça que la notion de données personnelles dans ce mode de gouvernement perd un peu en pertinence au profit de données anonymes qui sont corrélables avec d’autres données anonymes de façon à former des profils de comportement. Ce mode de gouvernement se désintéresse à la fois des individus et à la fois des groupements dans lesquels ils se situent et des groupements qui sont signifiants pour eux.
Finalement ce désintérêt à la fois pour la singularité des vies et pour leur inscription dans des contextes collectifs, c’est ce qui confère à ce mode de gouvernement à la fois une aura d’impartialité très grande mais aussi une sorte d’incontestabilité, une très grande difficulté qu’on peut avoir à contester des décisions qui sont prises sur base de détection d’opportunités et de risques, c’est-à-dire de personnes en fait.

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