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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 11 min

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 15 octobre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mar, 10/13/2020 - 09:55
Start: 15 Octobre 2020 - 17:15End: 15 Octobre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 15 octobre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. À cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Décryptualité du 12 octobre 2020 - Quand l'informatique ne veut à notre peau.

mar, 10/13/2020 - 01:16

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 12 octobre 2020 (15 minutes)

Dans la foulée du Cellmate, Décryptualité s'intéresse à ces applications de l'informatique qui peuvent directement nous mettre en danger.

Decryptualité sur Mastodon

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Musique de l'indicatif : Sebkha-Chott - CRPTS ND TPSTRZ - KHOLIK NEFAEHRTITIK

Revue de presse de l'April pour la semaine 41 de l'année 2020

lun, 10/12/2020 - 20:15

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[ITforBusiness] L'UE passe ses logiciels open source au crible du Bug Bounty

✍ Marie Varandat, le vendredi 9 octobre 2020.

L’Union européenne a lancé deux vastes programmes pour vérifier la sécurité des principaux logiciels open source utilisés par ses institutions. Étonnants à bien des égards, ces programmes ont été conçus comme une démarche pour le bien commun et non pas pour garantir la sécurité des implémentations effectuées par l’UE.

[Mediapart] La Cnil demande l'arrêt du stockage de nos données de santé par Microsoft (¤)

✍ Jérôme Hourdeaux, le vendredi 9 octobre 2020.

Dans le cadre d’un recours visant à obtenir la suspension du Health Data Hub, le projet de plateforme centralisant l’ensemble de nos données de santé, le gendarme de la vie privée a transmis au Conseil d'État un mémoire demandant à l’ensemble des acteurs de cesser de confier leur hébergement à Microsoft ou toute autre société soumise «au droit étatsunien». Mediapart le publie.

Et aussi: [Next INpact] Droits voisins de la presse: condamnée à négocier, Google pourra parfois ne pas payer (¤)

✍ Marc Rees, le jeudi 8 octobre 2020.

La cour d’appel a rendu ce matin son arrêt. Saisie par Google, elle devait examiner la conformité de la décision de l’Autorité de la concurrence ayant condamné l’entreprise à négocier de bonne foi notamment avec les éditeurs de presse. Explications.

[ITforBusiness] Pourquoi est-il si difficile de trouver des alternatives aux GAFAM?

✍ Patrick Brébion, le jeudi 8 octobre 2020.

Pour la troisième année consécutive, le Cigref trace un portrait assez noir des relations clients-fournisseurs dans l’IT. Apparemment, les grands éditeurs de l’IT continuent de faire la sourde oreille aux mécontentements des DSI…

[Usbek & Rica] Alice Zeniter: «L'engagement politique est plus facile au passé, quand tout est sépia»

✍ Fabien Benoit, le mercredi 7 octobre 2020.

La romancière et dramaturge, autrice du plébiscité L’art de perdre (Flammarion), récompensé en 2017 par le Prix Goncourt des lycéens, revient avec Comme un empire dans un empire (Flammarion, 2020), un livre qui convoque le mouvement des Gilets jaunes, Nuit debout et l’hacktivisme pour interroger les espoirs et limites des différentes formes contemporaines de l’engagement.

[La Tribune] Propriété intellectuelle: la guerre Oracle-Google devant la Cour suprême

Le mardi 6 octobre 2020.

Le géant des logiciels Oracle accuse l’autre géant Google de lui avoir volé le code de programmation Java qui lui a permis de concevoir le système Android. Le groupe de Mountain View rétorque, lui, que l’exploitation du code Java était gratuite et en open source.

Et aussi:

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (13 octobre 2020)

lun, 10/12/2020 - 17:51
Start: 13 Octobre 2020 - 15:30End: 13 Octobre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

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78e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 13 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • sujet principal : le Réseau Libre-entreprise qui « regroupe des entreprises à taille humaine ayant des spécialités proches ou complémentaires dans le domaine du logiciel libre. Toutes partagent les mêmes valeurs et modes de fonctionnement, basés sur la démocratie d'entreprise, la transparence et la compétence ». Avec Paul Couteau de Code Lutin et Catherine Heintz de Néréide
  • la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le choix des noms en informatique
  • la chronique « Que libérer d'autre que du logiciel » avec Antanak sur téléphones et vie privée
  • diverses annonces

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 13 octobre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 13 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 6 octobre 2020

lun, 10/12/2020 - 17:33


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 6 octobre 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Mélanie Lacayrouze - Isabella Vanni - Valentin - Jean-Christophe Becquet - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 6 octobre 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Le libre fait sa comm' » de Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, avec une interview de Mélanie Lacayrouze sur le projet Métacartes Numérique Éthique
  2. La Playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin qui coanime notamment sur la radio l'émission Les joyeux pingouins en famille
    1. The rest of the world par The Imaginary Suitcase
    2. Helios par Ramos
    3. L'Étoile danse par Meydän
    4. Schmaltz par Jahzzar
    5. La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est
    6. Hard Country par Townhouse Woods
    7. Infinity par Lemmino
  3. Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, qui porte sur Wikisign
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
La Playlist de Libre à vous !, diffusion de musiques libres commentées, c’est le sujet principal de l’émission du jour, avec également au programme la chronique d’Isabella Vanni sur le projet Métacartes Numérique Éthique et aussi la chronique de Jean-Christophe Becquet sur Wikisign.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April c’est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette l’émission avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter.

Nous sommes mardi 6 octobre 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu. : Salut Fred.

Frédéric Couchet : Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant le direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur le bouton « chat » et retrouvez-nous ainsi sur le salon dédié à l’émission.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Avant de commencer nous allons vous proposer un petit quiz. Je vous donnerai les réponses en fin d’émission. Vous pouvez proposer des réponses sur le salon web sur la radio ou sur les réseaux sociaux sur lesquels nous sommes présents.
Cette question va parler anniversaires. Deux grands projets du logiciel libre ont fêté récemment respectivement leurs 10 et 27 ans [37 ans, Note de l'orateur]. Quels sont ces deux projets et quelle association majeure du logiciel libre fête ses 35 ans cette semaine ? Trois chances de pouvoir répondre et trouver la bonne réponse. En tout cas, je vous donnerai les réponses en fin d’émission.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Le libre fait sa comm' » de Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, avec une interview de Mélanie Lacayrouze sur le projet Métacartes Numérique Éthique

Frédéric Couchet : Parler d’actions de type sensibilisation menées par l’April, annoncer des événements libristes à venir avec éventuellement des interviews des personnes qui organisent ces événements, c’est la chronique « Le libre fait sa comm’ » de ma collègue Isabella Vanni qui est coordinatrice vie associative et responsable projets à l’April. Bonjour Isabella.

Isabella Vanni : Bonjour à tout le monde.

Frédéric Couchet : Le sujet du jour : le projet Métacartes Numérique Éthique. Je te laisse la parole.

Isabella Vanni : Merci Fred.
Pour la chronique le « Le libre fait sa comm’ » d’aujourd’hui, j’ai souhaité inviter Mélanie Lacayrouze du projet Métacartes Numérique Éthique. Il s’agit d’un outil pédagogique très intéressant, vous verrez, qui est actuellement en construction, en élaboration, et qui s’appuie sur un jeu de cartes mais pas que, et on verra dans quelques minutes de quoi il s’agit. Nous avons bien sûr choisi de parler de ce projet parce qu’il promeut l’informatique libre ; c’est tout à fait en lien avec les objectifs de l’April. Je vais voir tout de suite si Mélanie est avec nous. Bonjour Mélanie.

Mélanie Lacayrouze : Bonjour Isabella. Bonjour à tous.

Isabella Vanni : Bonjour. Merci d’être avec nous. J’espère ne pas avoir écorché votre nom tout à l’heure.

Mélanie Lacayrouze : Non. C’est très bien.

Isabella Vanni : Super.
Dans Métacartes Numérique Éthique, on comprend plutôt bien les mots « Numérique » et « Éthique », mais notre public s’est peut-être un peu interrogé face au mot « Métacartes » qui semble être un néologisme. Pourriez-vous nous dire pourquoi « Métacartes », dans les deux sens ? Pourquoi ce projet et pourquoi l’appeler ainsi ?

Mélanie Lacayrouze : Oui, bien sûr. « Métacartes » c’est la contraction de deux mots « Méta » et « cartes ». « Cartes » parce que, en fait, c’est un jeu physique, c’est un jeu au sens anglais, on dirait set, un jeu mais ce n’est pas pour jouer comme avec un jeu de cartes comme on pourrait l’entendre dans un premier temps. C’est vraiment un set de cartes physiques, jusque-là ça va, et « Méta » c’est parce que ces cartes sont connectées à une ressource en ligne. Elles sont connectées par un mini-lien qui est présent sur chaque carte et aussi par un Qr Code que l’on peut scanner.
En fait l’idée des Métacartes c’est d’avoir l’essentiel dans la main, déconnecté, et de pouvoir ensuite aller se reporter à la ressource en ligne pour creuser le sujet et aller plus loin.

Isabella Vanni : Tu me disais, pardon, tout naturellement je t’ai tutoyée, si ça ne te dérange on peut continuer comme ça ?

Mélanie Lacayrouze : Non. Pas de problème.

Isabella Vanni : Super. Tu me disais que la personne a la carte dans sa main, mais à la base c’est un projet conçu plutôt pour des médiateurs, des médiatrices numériques et ça c’est aussi en lien avec ta profession, ton expérience d’enseignante, de formatrice. Est-ce que tu veux nous raconter un petit peu l’origine de ce projet ?

Mélanie Lacayrouze : Oui. L’origine du projet Métacartes, en fait je vais parler de Métacartes au sens large, parce qu’on a déjà fait un premier jeu qui s’appelle « Faire ensemble ». On l’avait appelé « Faire ensemble », 60 cartes pour réinventer nos réunions ; c’était vraiment l’idée que les gens en ont marre de faire des réunions, etc. En fait, quand on l’a lancé, on avait fait un financement participatif, etc., et, à travers ce jeu, on a été en relation avec l’association Framasoft qui nous a soutenus pour ce jeu-là, pour le jeu « Faire ensemble ».
Le financement s’est bien passé, le jeu est sorti, tout a bien fonctionné pour nous, on était super-contents et on leur a dit « on voudrait vous remercier, on voudrait faire quelque chose ». Comme nous – je dis « nous » parce que c’est un projet qui est porté par deux personnes, donc moi, Mélanie Lacayrouze, et mon collègue Lilian Ricaud – sommes aussi formateurs en termes d’outils numériques et on axe beaucoup nos formations sur les outils libres.
Avec ce partenariat avec Framasoft, on a envie de faire un jeu pour faire connaître les CHATONS, les projets alternatifs du Libre et on a commencé à réfléchir avec eux sur un jeu qui à la base était plutôt « Dégooglisons Internet » pour reprendre le projet passé de l’association Framasoft.

Isabella Vanni : Mélanie, pardon, je t’interromps parce que tu as aussi parlé des CHATONS. On en a parlé à plusieurs reprises dans notre émission, mais c’est bien de rappeler ce dont il s’agit. Si tu veux le faire.

Mélanie Lacayrouze : Oui. Ce ne sont pas des petits chats, ça serait trop facile. Non ! Les CHATONS c’est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs.

Isabella Vanni : Il y a beaucoup de beaux adjectifs. On va les trouver ensemble.

Frédéric Couchet : Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Je vous aide.

Mélanie Lacayrouze : Voilà. Merci.

Isabella Vanni : En gros un collectif de structures de différents types, associations mais pas que, ça peut être aussi des particuliers, des entreprises qui proposent des services qui sont éthiques, non intrusifs, respectueux de la vie des utilisateurs et des utilisatrices.

Mélanie Lacayrouze : Voilà. Du coup on a voulu faire un autre jeu de cartes, sur le même principe, de cartes manipulables, reliées à une ressource en ligne et cette fois c’est le projet Numérique Éthique. On est en train de développer ça, on a commencé fin 2019, début 2020.

Isabella Vanni : Très bien. Et après il y a eu un petit évènement en 2020 !

Mélanie Lacayrouze : Oui, il s’est passé un truc !

Isabella Vanni : Malheureusement, qui a un petit peu, je ne dis pas bloqués, mais qui vous a un petit peu obligés à revoir votre planning.

Mélanie Lacayrouze : Oui. En fait on a été carrément bloqués parce que dans notre processus de développement on emploie ce qu’on appelle les méthodes agiles, pour ceux à qui ça parle, c’est-à-dire qu’on fait des prototypes successifs qu’on teste et qu’on améliore petit à petit. Il se trouve qu’on a fait un premier atelier en février, un autre en mars et on devait continuer tout le printemps 2020 à proposer des ateliers à des utilisateurs pour avoir des retours d’usage. Donc ça c’est complètement tombé à l’eau puisque manipuler un jeu de cartes en groupe, à plusieurs dans une pièce, c’est devenu…

Isabella Vanni : C’est un peu compliqué !

Mélanie Lacayrouze : Voilà ! Ce n’était plus possible du tout. Ce n’est pas grave. On a pris un temps de recentrage pour repartir sur ce qui nous portait vraiment, ce qui était nos valeurs dans ce projet, ce qui était vraiment important pour nous avec ça. On a continué à être en contact avec des gens à distance. En fait, on travaille avec des établissements publics numériques, notamment avec le réseau Canopé Grand Est. Canopé c’est le réseau qui s’occupe du numérique dans l’Éducation nationale donc c’est régional. Nous on est dans le Sud de la France. On travaille aussi avec des collectifs comme Alternatiba et d’autres.

Isabella Vanni : En fait, le jeu est pensé, comme je disais tout à l’heure, pour de la médiation numérique, c’est-à-dire qu’il y a une personne qui anime une séance de jeu. Est-ce que j’ai bien compris ?

Mélanie Lacayrouze : Oui. Alors jeu, je reprécise, c’est bien un set.

Isabella Vanni : Un jeu de cartes.

Mélanie Lacayrouze : Ce n’est pas un jeu au sens où il y a des règles du jeu et une partie, etc.
En fait, notre idée c’est vraiment de produire et de mettre à disposition un outil pédagogique qui aide les individus ou les collectifs à se sensibiliser aux questions des libertés, de la surveillance, à réfléchir à leurs pratiques numériques et à leur proposer des alternatives respectueuses des usagers.

Isabella Vanni : Et ça se fait de différentes manières. J’ai vu que les cartes peuvent être regroupées par catégories différentes. Je crois qu’il y a des cartes « Concept » qui expliquent un petit peu des concepts. Il y en a d’autres qui posent plutôt des questions, donc qui poussent à la réflexion. Vous avez réfléchi à des manières différentes d’interroger la personne.

Mélanie Lacayrouze : Oui. On a bien conscience, quand on est soit un individu, soit un collectif mais qu’on a des pratiques numériques qui sont déjà bien ancrées — je pense aux outils de la suite Google utilisée par un collectif ou des choses comme ça — qu’en fait c’est superdur de changer même si ça ne correspond pas à son éthique, qu’on a envie d’avoir autre chose, de fonctionner autrement avec des pratiques différentes, mais changer c’est superdur. Du coup, on s’est dit que pour ça il fallait qu’on s’appuie sur des personnes ressources qu’on appelle médiateurs numériques. Il y a des gens dont c’est le métier, il y a aussi des gens dont ce n’est pas le métier mais qui sont un peu la personne référente dans certains collectifs, donc qui se retrouvent, pour nous, ceux qu’on appelle aussi médiateurs numériques informels. Du coup ces personnes-là vont pouvoir utiliser le jeu avec les différentes entrées pour faire évoluer les pratiques du collectif.
En effet, tu as raison, il y a différentes « familles » de cartes, entre guillemets. Il y a déjà la famille « Utilisation » qui récapitule les différentes façons d’utiliser le jeu. Il y a les cartes « Concept », là ce sont plus les notions, on va dire, dans le dur quoi ! Des cartes « Critère » qui sont formulées sous forme de questions et qui vont aider chaque personne ou collectif à évaluer ses usages et ses besoins. À partir de là, il y a les cartes « Utilisation » où on va plus orienter les gens vers des outils, mais pour ça c’était important pour nous aussi d’avoir une ressource en ligne qui soit à jour, donc ce n’est pas sur les cartes physiques, ça ne sera que sur le site.

Isabella Vanni : C’est très malin d’avoir pensé à ce lien pour pouvoir, effectivement, mettre à jour au fur et à mesure sur le Web. Je vois que le temps coule vite et c’est important pour moi que tu expliques quelles sont les prochaines étapes et comment on peut contribuer à ce projet qui est aussi un projet collaboratif d’ailleurs ?

Mélanie Lacayrouze : Oui, c’est complètement collaboratif. Comme je le disais tout à l’heure, on travaille avec différents réseaux qui ne se connaissent même pas forcément entre eux ; on est une espèce de lien. En fait, ce qu’on veut dans le projet Métacartes, c’est d’être un intégrateur de ressources. On ne veut pas tout mettre sur notre site internet. On agrège et on renvoie vers les différents acteurs du numérique.
On en est à la version 2, c’est-à-dire qu’il y a déjà eu plusieurs prototypes de cartes, pour l’instant c’est la version 2. Et là, très récemment puisque c’est hier soir, nous avons sorti un article avec des prototypes imprimables.

Isabella Vanni : Ce n’est même pas fait exprès ! Ça remonte à hier soir ?

Mélanie Lacayrouze : Oui.

Isabella Vanni : Super le timing ! Pardon, je te laisse continuer.

Mélanie Lacayrouze : Actuellement, sur le site www.metacartes.cc, il y a tous nos blogs d’actualité pour dire où en est. On publie de temps en temps un petit article pour donner les avancées du projet. Et puis il y a des prototypes téléchargeables et imprimables sur LibreOffice. Vous pouvez donc imprimer, découper des cartes, vous en saisir, animer des choses et nous faire des retours. Nous sommes très intéressés par les retours d’utilisation.

Isabella Vanni : Je crois qu’il y a un formulaire ou ce n’est pas encore publié ?

Mélanie Lacayrouze : Non, il n’est pas encore publié, mais il y aura un formulaire pour simplifier.

Isabella Vanni : D’accord. Pour récupérer les retours et améliorer davantage le set de cartes.

Mélanie Lacayrouze : Le but c’est de travailler sur ça tout l’hiver jusqu’à arriver à la version 3 qui sera la version finalisée des cartes. Idéalement, ça ce serait au tout début 2021, et ensuite on passe à la conception des modèles. Pour l’anecdote les modèles sont faits avec le logiciel libre Scribus et ils sont écrits avec des polices libres. On va jusqu’au bout de la démarche.

Isabella Vanni : Très bien. Le temps arrive à sa fin. Je vais juste rappeler qu’il est possible de précommander les Métacartes.

Mélanie Lacayrouze : Oui tout à fait.

Isabella Vanni : On va mettre le lien.

Mélanie Lacayrouze : Pour nous soutenir, si je récapitule, il y a faire connaître le projet en en parlant. Il y a plein de gens qui peuvent être potentiellement intéressés donc parlez-en, www.metacartes.cc, c’est l’espace vitrine des Métacartes.
Vous pouvez aussi télécharger, nous faire des retours, qu’est-ce qui manquerait, etc. On a une adresse mail qui est contact@metacartes.cc. Sinon il y aura ce formulaire qui sera mis en ligne bientôt.
Et puis vous pouvez aussi participer aux temps de travail collectif à distance, c’est une fois par mois. Pour cela vous nous contactez on vient tient au courant pour vous dire quand c’est.
Et enfin précommander le jeu via la boutique en ligne aussi sur metacartes.cc, toujours le même site internet.

Isabella Vanni : Super Mélanie. Merci beaucoup d’avoir participé, d’avoir si clairement expliqué ce projet. On sent bien que c’est aussi ton métier. Bon courage pour ce projet. On se tient au courant et merci encore d’avoir participé.

Mélanie Lacayrouze : Merci beaucoup. Bonne journée.

Isabella Vanni : Bonne journée. Au revoir.

Frédéric Couchet : Bonne journée Mélanie. Merci.
C’était la chronique de Isabella Vanni qui est coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April.
Notre invitée était Mélanie Lacayrouze du projet metacartes.cc, je précise que « metacartes » c’est avec un « s » à la fin. L’autre site dont on a parlé tout à l’heure, le fameux Collectif CHATONS, c’est chatons avec un « s » point org. [chatons.org]
Isabella merci. On se retrouve déjà demain au bureau et on se retrouve le mois prochain pour ta prochaine chronique.

Isabella Vanni : Très bien.

Frédéric Couchet : Belle journée à toi.

Isabella Vanni : Bonne journée.

Frédéric Couchet : On va passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

La Playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin qui coanime notamment sur la radio l'émission Les joyeux pingouins en famille

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui va porter sur les musiques libres diffusées dans Libre à vous !. Pendant la période de confinement que nous avons connue il y a quelques semaines, nous avons initié des émissions spéciales d’environ une heure, le mercredi à 12 heures, sur la pause méridienne, avec des musiques déjà diffusées dans Libre à vous ! et commentées principalement par Valentin qui anime des émissions musicales sur Cause Commune.
Nous allons vous proposer le dernier enregistrement qui a été fait, donc un ensemble de musiques libres commentées par Valentin. Je vous rappelle que si vous voulez donner votre avis sur les musiques vous pouvez nous rejoindre sur le salon web de la radio, le site causecommune.fm, le bouton « chat », le salon #libreavous.
On se retrouve juste après le sujet long.

[Pastille sonore]

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes, bonjour à tous.
J’ai le plaisir de retrouver aujourd’hui le studio pour une spéciale de Libre à vous !, une spéciale Playlist, donc des musiques libres commentées. Je suis Fred de l’émission Libre à vous ! et je vous donne rendez-vous tout à l’heure à 15 heures 30 pour la dernière émission de la saison, une émission classique.
Avec moi aujourd’hui mon camarade Valentin des émissions Les joyeux pingouins en famille et Saturday Night Fraîcheur.
Bonjour Valentin.

Valentin : Salut Fred. Salut tout le monde. Je suis aussi très heureux de vous rejoindre, pas dans le studio, mais très heureux de vous retrouver quand même.

Frédéric Couchet : Voilà. On va diffuser quelques musiques libres qu’on a déjà diffusées dans l’émission Libre à vous ! et Valentin va nous les commenter. Vous retrouverez les références sur le site de la radio, causecommune.fm. Si vous voulez réagir avec nous, poser des questions, n’hésitez pas à nous rejoindre sur le salon #libreavous. Vous allez sur le site causecommune.fm, vous cliquez sur le bouton « chat » et vous nous rejoignez.
On va écouter six ou sept musiques. C’est la sixième édition de cette spéciale Playlist de Libre à vous ! et on verra à la rentrée si on arrive à proposer une version pérenne de cette spéciale.
On va commencer tout de suite, Valentin.
Je vais juste préciser que toutes les musiques qu’on diffuse dans l’émission sont sous licence libre, les licences qui doivent permettre la réutilisation, y compris commerciale, et la modification. Donc ce sont des licences par exemple de type Art Libre, Creative Commons Attribution, Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. À chaque fois je vous préciserez la licence originale.
On va commencer par un artiste que j’aime beaucoup. Je suis désolé pour mon anglais, mais si vous écoutez l’émission vous avez l’habitude. Son nom d’artiste est The Imaginary Suitcase et le nom du titre c’est The rest of the world.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

The rest of the world par The Imaginary Suitcase

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter The rest of the world par The Imaginary Suitcase. L’artiste s’appelle Laurent Leemans et on l’a interviewé dans l’émission Libre à vous ! du 21 avril 2020, émission 63, vous retrouverez le podcast de son interview sur causecommune.fm.
Valentin, qu’est-ce que tu penses de cette introduction ?

Valentin : C’est une musique d’introduction qui commence très bien pour entamer une émission, qui reste très bien dans l’ambiance un peu nébuleuse du matin. On est sur une musique avec une orchestration assez simple, une introduction avec des arpèges de guitare et un petit xylophone tout doux comme s’il venait nous réveiller, superposé par deux voix qui vont chanter en chœur d’une manière assez douce. D’ailleurs quelques effets de reverb sur les voix de micro donnent un peu l’impression qu’ils chantent dans un écho, nous poussent dans une ambiance un peu rêveuse, un peu comme s’il y avait deux personnes qui nous chantaient une petite berceuse. Cette première chanson de musique m’a bien accompagnée pour se remettre un peu en jambes, doucement.
Au bout d’un moment on a quand même l’apparition des maracas qui donnent un peu plus de rythme à la musique, qui nous aident un peu plus à nous entraîner, à moins rester dans cet aspect rêve nébuleux et, au fur et à mesure de la chanson, les différents instruments, le xylophone, la guitare et les maracas, avec les voix, se superposent un peu plus, sont un plus présents, jusqu’à arriver à un moment 0ù tout doucement on retourne dans un côté un peu berceuse. Ça se radoucit jusqu’à se ralentir et arriver vers la fin.
Je trouve ça un peu sympa et ça m’a fait penser un peu à un mélange entre Simon et Garfunkel qui auraient croisé la route de deux artistes qui s’appellent CocoRosie, qui aiment bien aussi faire des musiques un peu dans ce style-là avec des xylophones ou des petits objets qui rappellent parfois un peu l’enfance et le rêve. J’ai trouvé que c’est un bon mélange de tout ça et Simon et Garfunkel bien sûr pour l’aspect deux voix qui chantent en chœur et une guitare, ça m'a fait penser à ça. Voilà ce que j’en ai pensé.

Frédéric Couchet : Merci Valentin.
Je vais préciser que Laurent Leemans habite en Belgique. On a déjà diffusé d’autres titres de Laurent quand il était dans un groupe qui s’appelait Ceili Moss. Si tu te souviens bien, Valentin, c’était peut-être dans la première ou deuxième émission, du folk irlandais.

Valentin : />Ça me dit quelque chose. Oui.

Frédéric Couchet : C’était un groupe où ils étaient cinq/six. Aujourd’hui Laurent Leemans est tout seul. Effectivement là il y a une voix féminine qui l’accompagne. Il fait ça de façon semi-professionnelle dans le sens où il fait quelques concerts. Jusqu’au confinement il en faisait, on espère qu’il va pouvoir en refaire bientôt, sinon il travaille, il est fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères en Belgique, donc c’est vraiment une activité semi-professionnelle. Et je vais préciser, parce que j’ai oublié de le dire en introduction, que la licence du morceau est la licence Creative Commons Attribution. Donc vous pouvez réutiliser cette musique, vous devez simplement signaler que c’est Laurent Leemans, donc The Imaginary Suitcase.
Vous retrouverez évidemment les références sur le site de Cause Commune, causecommune.fm et l’interview de Laurent dans l’émission 63 du 21 avril 2020. Je vous encourage à écouter le reste de son album. Ça ne ressemble pas du tout à ce que faisait Ceili Moss à l’époque. C’est vraiment, effectivement, beaucoup plus des ballades. En tout cas c’est très intéressant, j’aime beaucoup cet artiste et, en plus, c’est un artiste qui fait de la musique libre actuellement parce que souvent on diffuse des artistes qui ont fait de la musique libre il y a longtemps, mais qui ont arrêté. Lui, il continue.

On va passer au morceau d’après. Nous allons écouter maintenant quelque chose de vraiment différent. C’est Helios par Ramos et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Helios par Ramos

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Helios par Ramos, musique disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By.
Là on a carrément changé de style par rapport au titre précédent. Valentin, ton commentaire.

Valentin : Ça rien n’a à voir du tout, même ça réveille un peu plus après la petite berceuse tranquille qu’on avait avant. On est dans un truc beaucoup plus électro, avec une boîte à rythme très marquée et quelques effets sonores faits par des synthétiseurs qui arrivent, qui sont un peu partout dans nos oreilles. Il y a même un grand jeu qui est fait autour du panorama auditif : on a un peu des sons à gauche, un peu à droite, un peu partout, du coup on se sent un peu perdu en fait dès le début. En même temps, à la fois perdu et guidé par le groupe, qu’on sent un peu, qui est apporté par ces sons électriques et par la boîte à rythme.
Après cette introduction arrive une mélodie plus dans l’ambiance électro-pop notamment avec des sons issus d’un tissu qu’on appelle le glitch-hop, c’est un son avec des synthétiseurs très forts et un peu kitch qui rappelle un peu des sons que pouvaient faire les premières consoles de jeux vidéo comme la Gameboy ou la Nintendo NES, en tout cas c’est vraiment cette espèce de synthétiseur. On sent qu’ils ont une couleur différente de ce qu’on peut entendre d’habitude. Là on arrive sur quelque chose est un peu plus fort, qui tabasse un peu plus jusqu’à un moment où ça redevient un peu plus calme. On a un autre passage qui fait un peu contraste avec le moment un peu plus pêchu et c’est très présent, c’est quelque chose qui est très présent dans ce style un peu glitch-hop où on a des passages forts et après des passages plus calmes. Ça nous laisse le temps de respirer jusqu’à une montée progressive qui vient petit à petit juste après ce moment calme. Ça reprend un peu. Les percussions commencent à réapparaître jusqu’à une montée et arriver au point culminant de ce qu’on appelle un drop. Le drop c’est le moment où tout repart avec des choses qui tabassent un peu plus. C’est un peu l’équivalent du refrain dans la musique électronique.
C’est un procédé qui est très présent dans la musique un peu glitch-hop mais qui peut se rapprocher aussi un peu du dubstep. Ce genre de mélodie utilise souvent des passages très forts d’un coup qui sont contrastés avec des moments plus tranquilles. Sinon, globalement, on est sur des mélodies assez entraînantes, assez pop électronique, assez faciles à mémoriser, assez faciles à chanter et qui nous entraînent bien.
Ce que j’ai trouvé aussi très sympa c’est qu’on a un bon contraste entre les moments où ça tabasse un peu plus avec les basses et les synthés, les moments un peu plus calmes où on a même des fois l’apparition d’un clavier électronique qu’on appelle le Rhodes, qui donne un aspect beaucoup plus calme et beaucoup plus Supertramp à toute le musique. On a même, sur la fin, l’apparition de petits oiseaux. On est vraiment sur un beau contraste.
En tout cas j’ai trouvé ça très sympa. C’est un style de musique qui est vachement utilisé pour illustrer des vidéos de voyage, des choses comme ça, parce que ça nous emporte beaucoup au moment du drop et, en même temps, ça nous permet un peu de se réveiller, se poser au moment des passages calmes. Très sympa.

Frédéric Couchet : Donc un excellent titre avant de partir en vacances. Il n’y a pas d’artiste à qui ça te fait penser.

Valentin : Non. Pourtant j’ai beaucoup écouté ça, mais il y a longtemps, du coup j’ai un peu tout oublié. En tout cas ce sont des artistes qui sont très présents sur la communauté un peu Soundcloud, YouTube aussi. En tout cas ça se trouve très facilement.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais donner quelques informations sur l’artiste. Je vais faire référence au site auboutdufil.com. Éric Fraudain et Alice – je dis Alice parce que je ne connais pas son nom de famille, c’est juste Alice – font des présentations des artistes. Sur auboutdufil.com, on nous dit : « Ramos est un jeune américain originaire de Cambridge dans le Massachusetts. Il nous propose un track chaleureux, plein d’énergie et de bonnes ondes positives, idéal pour redonner le moral et repartir du bon pied. »
Il est précisé qu’il a composé ce titre à l’âge de 16 ans, il y a cinq ans à priori maintenant, il a donc 21 ans, et qu’il l'a composé avec le logiciel, je ne le connais pas, Logic Pro X de la gamme Apple. Peut-être que vous, Valentin ou Olivier, vous connaissez. Je salue d’ailleurs Olivier qui est en régie aujourd’hui. Tu le connais ?

Valentin : Oui, bien sûr. C’est un des grands logiciels de référence qu’on appelle séquenceurs, qui vous permettent d’éditer, écrire des musiques soit en fichier MIDI soit en fichier audio et c’est une grande base, du coup. Ça fait partie des plus grandes références de séquenceurs de logiciels de musique pour faire de la MAO [Musique assistée par Ordinateur].
Les informations que tu donnes sur cet artiste me rappellent quelques trucs. Le glitch-hop est un style de musique qui est très américain, c’est vrai, qui est très fait par des gens assez jeunes, qui sont souvent mineurs et c’est ça que j’ai essayé de dire par rapport au fait qu’on les trouve facilement sur Soundcloud ou YouTube. Ce ne sont pas des artistes qui sont très distribués, qu’on entend forcément à la radio, mais qui ont plus une espèce de communauté sur le Web, du coup des gens assez jeunes qui sont un peu tendance et qui suivent le moment.
Il y a un artiste qui, en gros, pourrait un tout petit peu faire évoquer ça. Il s’appelle Plüm, il est Australien, maintenant il fait des choses assez différentes, mais à ses débuts, quand il a commencé à peu près en 2013, il était aussi très jeune et il faisait beaucoup de morceaux qui étaient dans cette mouvance-là. Maintenant ce qu’il fait n’a plus rien à voir, c’est assez différent. C’est un peu comme s’il faisait une évolution plus mature du glitch-hop, c’est un peu comme le morceau qu’on a entendu, c’est plus vraiment un truc qu’on sent assez jeune. En tout cas, c’était juste la chose que je voulais ajouter.

Frédéric Couchet : D’accord. En tout cas j’ai trouvé ce morceau vraiment très bien et rayonnant.
On va passer maintenant à un autre titre. Nous allons écouter L'Étoile danse par Meydän et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

L'Étoile danse par Meydän

Frédéric Couchet : Je rigole parce qu’Olivier s’était laissé entraîner par la musique et avait oublié de rallumer mon micro. C’est un peu la surprise, ça finit effectivement abruptement.
Nous venons d’écouter L'Étoile danse par Meydän, musique libre disponible sous licence Creative Commons Attribution.
Vous écoutez toujours la radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, en DAB+, et partout dans le monde sur causecommune.fm. N’hésitez pas à nous rejoindre pour notre échange. Vous allez sur le site causecommune.fm, vous cliquez sur le bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon #libreavous.
Valentin, qu’as-tu pensé de ce morceau ?

Valentin : Là, encore une fois, on fait vraiment un changement de décor assez marqué, très puissant. On est sur quelque chose qui est beaucoup moins facile à commenter parce qu’on a seul élément, c’est un piano solo. En plus le morceau est assez court et reste un peu toujours dans la même ambiance, du début à la fin. Ce qui est quand même intéressant à noter c’est que dès le début et pendant tout le long du morceau on a ce qu’on appelle des arpèges de piano où ce sont les moments où on va jouer les notes de manière sccesive. On a aussi beaucoup de figures rythmiques qui sont assez identiques tout le long du morceau. Bien sûr, la hauteur des notes change, par contre rythmiquement on reste un peu sur la même chose ce qui fait qu’on a l’impression de suivre le même rythme. On n’est pas du tout perdu et bien accompagné par toute l’évolution du morceau, ça c’est très agréable.
Ce que j’ai aussi trouvé de très sympa c’est le son du piano qui sonne un peu étouffé, qui donne une vraie chaleur au morceau et qui nous donne vraiment l’impression qu’on est en train de marcher et qu’on l’entend au loin depuis la fenêtre d’une maison. Tout ça rajouté, du coup, au fait qu’on répète un peu les mêmes figures rythmiques, ça donne vraiment l’impression qu’on part en balade.
J’avais oublié le titre du morceau, mais le titre du morceau colle très bien avec, L’Étoile dansante ? L’Étoile qui danse ?

Frédéric Couchet : L'Étoile danse,

Valentin : L'Étoile danse. Ça m’a fait un peu penser, du coup, à une musique qui pourrait illustrer des animés, qu’ils soient japonais, ou même des films d’animation, un peu cet aspect enfantin en même temps qui parle aussi aux grands. En tout cas c’est ce à quoi ça m’a fait penser.
Sinon, si je devais le ranger dans une case de style de musique, j’aurais un peu de mal. C’est toujours un peu dur de caser ça. C’est assez classique parce qu’il y a du piano, en même temps ce n’est pas vraiment de la musique classique, du coup c’est toujours un peu compliqué. Quelqu’un vient de sonner chez moi.

Frédéric Couchet : On a entendu.

Valentin : Désolé. Ce sont les aléas du direct.

Frédéric Couchet : Je vais présenter l’artiste, comme ça tu as le temps d’aller ouvrir.

Valentin : Merci.

Frédéric Couchet : Je crois que Meydän est un Français, Parisien de mémoire, je ne sais plus, parce que je n’ai pas noté, excusez-moi. En tout cas on l’avait contacté, voilà ce qu’il nous dit : il a 27 ans, il compose pour le plaisir depuis de nombreuses années maintenant, en autodidacte, ça n’a jamais été son activité professionnelle même si c’est son objectif depuis un bon moment puisque c’est c’est sa passion. En ce moment il est en transition pour devenir compositeur professionnel et composer de la musique sur demande, notamment pour des jeux vidéo ou des films. Il ne compose pas que des morceaux libres, mais une très grande partie, la majorité actuellement de son travail est effectivement publiée, quand même, sous licence libre Creative Commons Attribution, donc CC By. Il a toujours été attiré par le monde du Libre qu’il a découvert via le système d’exploitation GNU/Linux, avant de se rendre compte que la démarche du Libre dépassait assez largement le cadre des systèmes d’exploitation, donc des ordinateurs. Les morceaux qu’il compose sont, en quelque sorte, sa contribution au vaste monde du Libre.
Il précise en outre que dans l’art il trouve incroyable de voir ce qui peut émerger quand on enlève le plus possible de freins à l’expression artistique et la musique libre va clairement dans ce sens à ses yeux. Beaucoup de personnes aux parcours très différents ont utilisé sa musique publiée sous licence libre et il en est très heureux. C’est exactement le but recherché.
C’était Meydän.
Je ne sais pas si Valentin a pu ouvrir ? Tu as pu ouvrir ? Super.

Valentin : Je suis là, c’est bon.

Frédéric Couchet : J’ai présenté Meydän.

Valentin : J’ai pu entendre un peu une partie.

Frédéric Couchet : OK. On va passer au morceau suivant. On va écouter, je vais essayer de le prononcer correctement, Schmaltz par Jahzzar et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Schmaltz par Jahzzar

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Schmaltz par Jahzzar, disponible sous licence libre Creative Commons partage dans les mêmes conditions, donc CC By SA.
Valentin, encore un morceau très différent des autres.

Valentin : Très différent. Là, par contre, j’ai été moins emporté par cette musique, j’expliquerai après pourquoi. En tout cas il me semble qu’on est sur ce qu’on appelle du rock indé — je dis peut-être des bêtises parce que j’ai un peu de mal avec toutes ces appellations autour du rock. J’ai l’impression que c’est comme ça qu’on appelle ça, en tout cas clairement on est sur une ambiance plus sur rock 'n' roll avec la présence de guitare, de basse, de batterie et aussi de clavier. On est sur une orchestration complètement instrumentale, pas de chanteur présent dans cette musique.
On a une batterie tout au long du morceau qui ne bouge pas, reste un peu sur les mêmes figures rythmiques, le même tempo, il n’y a pas beaucoup de pauses, pas beaucoup de breaks, ça reste vraiment du début à la fin, on a presque l’impression que c’est un robot qui joue. On est surtout emmené par la guitare qui gère tout l’aspect mélodique du morceau, en tout cas au début, qui nous emporte un peu avec quand même l’apparition de temps en temps de quelques nappes ou de quelques notes de clavier qui accompagnent ça. On est surtout emporté par la guitare qui, elle, présente pas mal d’effets sonores, comme de l’écho il me semble, des choses comme ça, un peu de reverb qui permet de donner un peu plus de corps à la guitare et un peu plus de présence au niveau du niveau sonore de tous les instruments.
On a une coupure à un moment, un passage que j’ai trouvé beaucoup plus sympa, avec un son un peu plus acoustique, avec l’apparition d’un instrument dont j’ai complètement oublié le nom, je n’arrive jamais à le retenir, il me semble que c’est cette toute petite guitare qui ressemble à un ukulélé qui vient d’Amérique du Sud, d’Argentine il me semble, avec six cordes aussi. J’ai complètement oublié le nom de cet instrument, ça rappelle un peu l’ukulélé, mais ce n‘est pas l’ukulélé. On est sur un passage que je trouve un peu plus sympa, qui est complètement différent du début. Après on a à nouveau une coupure sur ce moment avec là, par contre, un moment qui est censé plus nous emporter avec une espèce de nappe assez saturée – que je ne trouve pas très joliment saturée, mais ça c’est juste mon avis. Et la guitare qui revient. C’est censé être le moment, je pense, où on est emporté d’où l’apparition de cette nappe un peu saturée pour donner un peu plus de corps au morceau.
Sinon on alterne sur ces trois différentes parties et, en fait, cette partie où, un peu, la guitare mène la danse, le passage un peu plus acoustique, un peu plus calme, et les nappes un peu plus saturées qui interviennent.
Si ça m’a moins emporté c’est parce que je trouve que ça sonne un peu fade, ça manque un peu de folie et c’est souvent ce qui peut être le souci quand on est un groupe de rock sans chanteur, seulement en instrumental, ça fait qu’on doit combler certains vides, ce que peut apporter la présence d’un chanteur avec texte, de la parole, etc.
Quoi qu’il en soit j’ai trouvé que c’est quand même globalement bien fait. Ça reste mon avis. En tout cas, si j’avais un retour à faire, je trouve qu’on est avec trop d’éléments qui se ressemblent et qui s’alternent et pas assez de folie, de changements qui peuvent nous emporter un peu plus.

Frédéric Couchet : D’accord.
Je suis assez d’accord avec toi et c’est vrai que je ne suis pas trop fan non plus de la partie saturée. Je vais quand même préciser plusieurs choses sur l’artiste.
D’abord que les pastilles musicales, les petits jingles que vous entendez dans Libre à vous ! sur les changements de sujet, sont des extraits d’autres musiques de Jahzzar. En fait, on a récupéré certaines de ses musiques, on a même une musique qui fait 1 minute 20 qui s’appelle Waiting list, qui est notre musique de secours à diffuser si un jour on a problème technique en régie. Peut-être qu’un jour vous l’entendrez ; en fait, on espère que vous ne l’entendrez jamais en termes de problème technique, mais un jour on la diffusera.
Jahzzar est un artiste qui vient des Asturies, son nom est Javier Suárez. Il a un site sur lequel il publie tout ce qu’il fait sous licence Creative Commons, c’est betterwithmusic.com. Vous retrouverez les références évidemment sur le site de la radio, causecommune.fm. Il ne fait que de l’instrumental. Comme il dit « peu importe le langage juste la communication ». Il a de nombreux centres d’intérêt entre la musique, la vidéo, l’audiovisuel, la création d’images. Par contre, je n’ai pas plus d’informations que ça, je lui ai envoyé un message via sa page Soundcloud et je n’ai pas eu de réponse. J’espère que j’en aurai un de ces jours et que je pourrai vous donner plus d’informations.
Il publie beaucoup de choses, mais effectivement uniquement en instrumental. On trouve toutes ses productions en licence libre sur son site betterwithmusic.com.

Valentin : Du coup, je comprends un peu mieux pourquoi ça sonne comme ça. Maintenant que tu le dis, ça s’entend en fait que c’est quelqu’un de solo, j’ai pensé tout de suite à un groupe. En fait c’est quelqu’un de solo. C’est la raison pour laquelle c’est un peu plus facile pour lui de créer des passages différents, notamment avec l’apparition de cet instrument acoustique. Ça doit vraiment être ça du coup, s’il vient d‘Amérique du Sud ; j’ai oublié le nom je suis désolé.

Frédéric Couchet : Il vient d’Espagne. Les Asturies c’est dans le Nord de l’Espagne, je crois.

Valentin : Pardon OK. Excuse-moi, au temps pour moi. En fait, ça s’entend très bien dans cette musique que c’est réalisé par une seule personne ce qui, du coup, peut-être aussi le défaut du fait que ça sonne toujours un peu redondant. Quand on est seul on est du mal à prendre du recul sur ce qu’on fait et on n’a pas différentes personnes qui peuvent apporter des éléments différents vu que c’est toujours la même personne qui le fait. En fait ça sonne énormément comme des musiques libres de droit qu’on peut utiliser pour illustrer de courtes vidéos, des choses comme ça, ça ressemble beaucoup à ça. C’est vraiment aussi ce qu’on appelle des backing tracks, des morceaux qui se répètent un peu et qui servent à pratiquer un instrument de musique que ce soit la guitare ou le chant.

Frédéric Couchet : D’ailleurs sur son site betterwithmusic.com, je suis dessus, il dit que ses productions peuvent être utilisées pour des films, des courts métrages, des animations, des documentaires, de la publicité et aussi, évidemment, pour des usages personnels et exclusivement sous licence Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.
Donc c’était Jahzzar. On va continuer le changement de style. Aujourd’hui, entre chaque morceau il n’y a aucun rapport de style, là vous allez voir que c’est encore totalement différent, rien dans le titre vous allez comprendre.

Valentin : Par contre c’est hyper-riche du coup !

Frédéric Couchet : Exactement. Nous allons écouter La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause Commune 93.1

La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter La valse des vieux sabots par Les bretons de l'est, disponible sous licence libre licence Art Libre. Vous pouvez retrouver les références sur le site de la radio causecommune.fm et les artistes ont également un site web, lesbretonsdelest tout attaché point com [lesbretonsdelest.com].
Alors Valentin ?

Valentin : Là encore quelque chose de très différent. On est complètement sur de l‘acoustique, il y avait le piano, du coup c’est la deuxième fois qu’on a un morceau complètement acoustique. On a deux guitares et une contrebasse. Contrebasse qui est très discrète, j’ai mis longtemps à l’entendre sur mon iPod, en tout cas deux guitares, c’est presque jazz manouche par rapport à l’utilisation des deux guitares, une qui est assez rythmique et l’autre qui donne plus l’impression d’être dans de l’improvisation, même si elle suit une mélodie harmonique qui est bien tracée, on a un peu l’impression que c’est dans l’improvisation ce qui donne cet aspect un peu jazz manouche ; même si la rythmique marque très fort l’aspect valse et pas l’aspect jazz manouche. Pour rappeler, l’aspect valse, c’est juste le fait qu’on compte en un, deux, trois, un deux, trois, un, deux, trois ; c’est ça qui fait toute une valse, si vous n’entendez pas ça c’est que ce n’est pas une valse.
En tout cas, cette figure rythmique était très présente par l’autre guitare qui, elle, était complètement dans les accords et qui marquait bien le rythme avec la contrebasse.
On est sur un morceau qui, harmoniquement, c’est-à-dire la manière dont sont utilisés les accords, est très riche, il y a beaucoup de variations. On change un peu, on est emporté dans plein d’endroits différents. Ce sont des accords qu’on ne retrouve pas forcément dans la musique jazz, c’est pour ça que je n’aime pas trop dire que ça fait penser à de la musique jazz manouche, mais qui peuvent être plus présents dans des musiques assez populaires, c’est pour ça que ça s’appelle « de l’est », qui pourraient faire parfois penser à de la musique de l’Est. On est vraiment dans un mélange de différentes choses.
C’était très sympa et j’ai un peu de mal à complètement pouvoir bien commenter cette musique. En tout cas c’est vrai que ça m’a fait penser à une musique qu’on pourrait entendre, qui pourrait illustrer des films des années 20 ou 30, une musique qui est inspirée un peu du jazz, notamment de l’aspect jazz manouche que Django Reinhardt a pu apporter à cette période, mais en même temps qui va utiliser des couleurs harmoniques qui sont plus présentes dans les musiques populaires de différents endroits, que ce soit en France ou ailleurs en Europe.
Tout ça fait que j’ai un peu de mal à pouvoir à situer dans quel style et dans quel univers on est. En tout cas c’est, ma foi, un trio très sympathique.

Frédéric Couchet : Effectivement, comme tu le dis c’est un trio. Je rappelle leur site web, lesbretonsdelest.com. Si j’en crois leur site web, ils ont fêté leur 300e concert en 2019, c’est un groupe qui tourne toujours. En fait, le site est intitulé « Spectacles musicaux festifs », il dit « plus qu’un simple concert, Les bretons de l’est proposent un véritable spectacle humoristique, rythmé et entraînant, capable de séduire tous les publics, même les plus grincheux. »
En tout cas, je vous encourage à écouter les autres titres et, évidemment, à aller les voir en concert dès que les concerts seront de nouveau possibles. Je n’ai pas plus d’informations parce que la personne devait m’envoyer d’autres informations sur leur groupe, mais je n’ai pas reçu de réponse pour l’instant. On repassera évidemment des titres de ce groupe, Les bretons de l’est. Vous retrouverez les références sur le site de Cause Commune, causecommune.fm.
On va à nouveau changer totalement de style.

Valentin : Du métal ?

Frédéric Couchet : Il n’y aura pas de métal aujourd’hui. En fait le métal libre de qualité, c’est compliqué à trouver.

Valentin : C’est dur à trouver.

Frédéric Couchet : On en a déjà discuté. Pour la prochaine émission, comme tu veux du métal, on te trouvera du métal !

Valentin : Ce n’est pas spécialement que je veux du métal, c’est juste que ça aurait fait un bon contraste après le trio acoustique.

Frédéric Couchet : Exactement. Non, il n’y a pas de métal aujourd’hui.
On va écouter Hard Country par Townhouse Woods et on se retrouve juste après.

Vpox off : Cause Commune 93.1.

Hard Country par Townhouse Woods

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Hard Country par Townhouse Woods. Tout à l’heure on parlait de départ en vacances, de voyages, en tout cas j’aime beaucoup voyager avec ce titre. De ton côté, Valentin, tu es allé loin ?

Valentin : Oui, mais aussi déçu parce qu’on n’est pas si loin qu’avec l’autre musique, on reste sur un aspect un peu acoustique, même avec des guitares et tout, c’est assez différent. Il n’y a pas de rupture très brutale quand même.

Frédéric Couchet : D’accord.

Valentin : C’est juste mon avis.
C’est quoi déjà le nom du groupe ?

Frédéric Couchet : Townhouse Woods.

Valentin : Townhouse Woods. OK. On est sur ambiance beaucoup plus acoustique, comme je l’ai dit, et qui est très marquée par la musique country, cette musique un peu américaine populaire, populaire surtout dans des endroits qui sont loin de la ville. Du coup musique très populaire un peu autour des fermiers et autour du centre des États-Unis. Musique qui vient un peu des années 30-40, même peut-être bien plus avant, je ne sais plus très bien. En tout cas on a des instruments assez typiques de la musique country, notamment marquée par le banjo qui est l’incontournable de la musique country. Il me semble même quelques violons dans le fond, mais je n’en suis pas si sûr, en tout cas guitare acoustique, batterie et basse et une voix qui sonne un peu comme une caricature, pour moi, de la voix d’un fermier du Texas avec l’apparition de certains mots comme bastard et God. Du coup on est dans ce mélange assez religieux et injurieux – bastard qui veut dire « bâtard », excusez-moi, ce sont les paroles et God qui rappelle Dieu –, dans ce mélange assez caricatural peut-être d’un fermier du fin fond des États-Unis. Il me semble, après je ne vais pas trop tenter des folies, qu’ils ne sont pas Américains, ils n’ont pas du tout une voix qui sonne vraiment très américain, tu me diras après.
Ce qui est assez sympa au bout d’un moment c’est qu’on a quand même l’apparition d'une guitare électrique qui est assez noyée dans le fond et noyée dans les effets de reverb encore une fois, qui donnent vraiment l’impression que la guitare est dans une grande grotte et qui joue une manière ce qu’on appelle fed-in. Fed-in c’est quand on met un volume qui rentre tout doucement, progressivement, qui ne rentre pas d’un coup, ça donne un peu l’impression d’avoir une espèce de chant de baleine parfois ou une petite mélodie qui arrive tout doucement et ça a un côté un peu plus musique Surf-Rock. Le Surf-Rock c’est un style de musique assez californien des années 50-60. Il me semble notamment que le groupe qui est vraiment très marqué Surf-Rock, dont j’ai complètement oublié le nom.

Frédéric Couchet : Je ne pourrai pas t’aider.

Valentin : Je crois que ce sont les Beach Boys qui est un peu le groupe qui marque l’aspect Surf-Rock. Du coup on a cette apparition un peu plus Surf-Rock dans cette musique country ce qui donne un peu une autre couleur. Et surtout, ce qui est très sympa, ce qu'au moment du refrain, à partir du moment-là où ils disent this is a hard country, il y a deux voix qui apparaissent et qui chantent d’une manière un peu plus douce et qui sonnent vachement plus comme la manière dont peuvent chanter les chanteurs dans la folk, ce qui fait un peu un contraste avec l’aspect très country et très différent des couplets.
La musique se superpose comme ça jusqu’à un moment où le chanteur s’emballe sur la fin et il chante carrément plus dans un registre assez aigu et ça, il me semble que ce n’est pas très présent dans la musique country. Du coup ça fait qu’on a un assez beau mélange entre différentes influences : la musique country, la musique folk, la musique un peu plus rock des années 60. En tout cas un beau mélange que j’ai trouvé sympa, qui ne m’a fait tant voyager, mais qui sonne un peu comme une certaine couleur qui fait que dès qu’on l'entend, du début à la fin, on sait où on est et ça, ça peut faire voyager.

Frédéric Couchet : Par rapport à la question que tu te posais, savoir s’ils étaient Américains ou pas. Le célèbre site auboutdufil.com nous apprend des choses sur ce groupe. Ils sont originaires d’une petite ville qui s’appelle Albert Lea dans le Minnesota, c’est un État qui est frontalier du Canada, donc dans le nord des États-Unis. À priori ils sont quatre, si je lis bien. Il y a une guitare acoustique, il y a un banjo, il y a une pedal steel – tu nous diras ce que c’est – et il y a aussi une batterie et une basse. Est-ce que tu peux nous dire ce qu’est une pedal steel parce que je sais pas du tout ?

Valentin : C’est ce truc dont je disais que c’est une guitare. En fait ça doit être ça. Je ne suis pas sûr non plus de ce qu’est une pedal steel. Pour moi c’est une pédale qu’on utilise sur une guitare électrique. D’accord, je sais ce que c’est. C’est une espèce de guitare qu’on joue sur les genoux. Je crois que c’est un mélange entre l’aspect guitare parce qu’il y a des cordes mais aussi, peut-être, un peu synthétiseur parce qu’on joue dessus comme si c’était sur un piano, c’est ça qui donne un peu l’impression chant de baleine dont je parlais et qui donne un peu l’impression Surf-Rock.

Frédéric Couchet : D’accord. OK ! Il y a d’autres informations sur le site Au bout Du Fil, je suis en train de regarder. Tout à l’heure, à un moment, je crois que tu parlais de cow-boys, le site auboutdufil.com fait effectivement référence aux histoires chantées par des cow-boys au début du 20e siècle, ils chantaient leurs états d’âme, leurs voyages, les épreuves rencontrées sur la route.

Valentin : C’est ça.

Frédéric Couchet : En tout cas ça m’a fait un petit peu voyager. Je précise d’ailleurs que sur le salon web, donc sur causecommune.fm, bouton « chat » et ensuite le salon #libreavous, il y a xnx qui dit que la pedal steel guitare est typique de la musique country. Il met la référence sur la page Wikipédia. De toute façon, si vous vous posez des questions sur un truc vous allez sur Wikipédia, vous aurez souvent une réponse à peu près correcte, donc n’hésitez pas.
On va avancer même si on n’est pas du tout en retard. On va arriver au dernier morceau. Nous allons écouter Infinity par Lemmino et on se retrouve juste après.

Voix off : Caue Commun 93.1

Infinity par Lemmino

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Infinity par Lemmino, disponible en licence libre Creative Commons partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de la radio, causecommune.fm. C’était le dernier morceau du jour. Valentin, qu’est que tu en as pensé ?

Valentin : C’est un morceau qui, je trouve, clôture bien une émission. On a une ouverture avec une guitare électrique qui utilise des accords présents dans la musique un peu soul rock des années 70-80, qui est marquée ensuite par l’apparition d’une batterie qui est carrément plus électrique, ce qui fait qu’on a un peu un contraste intéressant et une voix qui arrive et qui sonne très au loin, un peu en retrait, qui donne une vraie couleur intéressante à ce morceau. C’est comme si c’était un peu une vision plus moderne et électrique de certains morceaux populaires des années 80, qui est aussi beaucoup marquée par un refrain où il y a l’utilisation d’un cuivre, il me semble que c’est un saxophone qui est aussi très au loin, et d’un clavier un peu piano électrique, au son assez kitch, qui pourrait complètement rappeler des morceaux du groupe INXS, en tout cas c’est ce que j’ai trouvé. On est dans une ambiance nocturne, un peu mélancolique, sombre mais pas trop. On a un peu l’impression de marcher dans la nuit avec eux. En même temps, il y a aussi vraiment cette couleur à la fois old school et, en même temps, assez moderne, notamment avec des passages où la voix est répétée, est pitchée un peu comme si on utilisait un vocodeur, ce qui est vraiment typique de la musique assez moderne mais, en même temps, avec des instruments comme le saxophone ou le piano électrique qui ont des vraies couleurs plus kitch.
On est dans un beau mélange, de très belles couleurs musicales, du coup une ambiance aussi assez nuit qui pourrait sonner comme la conclusion d’une émission. En tout cas c’était très bien choisi pour la fin.

Frédéric Couchet : J’ai beaucoup aimé. Je vais préciser que Lemmino est Suédois. Sur le site auboutdufil.com et sur cause commune.fm, vous retrouverez le lien, il y a une page complète qui explique ce que fait Lemmino. C’est un Suédois qui, surtout, essaie de faire passer des messages à travers sa musique. Dans un autre titre il parle notamment du manque de réaction des êtres humains face à la destruction de la planète Terre. C’est un artiste qui est engagé. Il publie beaucoup sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.
Effectivement, je trouvais que c’était un beau final. On a diffusé plusieurs titres de Lemmino et on continuera à les diffuser. Il a aussi une chaîne YouTube sur laquelle, je crois, il publie des vidéos.

Valentin : Ce morceau était sur une thématique particulière ou pas ?

Frédéric Couchet : Je ne me souviens plus en fait. J’avoue que j’ai mélangé deux titres. Je pense que c’est sur une thématique particulière, mais je t’avoue que je ne me souviens plus parce que je ne l’avais pas écouté avant et j’avais préparé quelque chose sur un autre titre qui s’appelle Terra. Je pense que la prochaine fois on diffusera Terra. C’est comme ça qu’on l’avait découvert sur le site auboutdufil.com.

En tout cas, Valentin, merci. Je précise, Valentin, que tu es du collectif Les pingouins en famille et que tu animes, avec ton collègue Baptiste notamment, plusieurs émissions sur Cause Commune.
On a initié ces émissions spéciales, La Playlist de Libre à vous ! pendant le confinement. Là, pour la dernière journée de la saison 3 de Libre à vous ! on s’était dit « tiens !, on va en refaire une nouvelle ». On espère qu’à la rentrée on va pouvoir pérenniser ça sous un format ou sous un autre. On en rediscutera pendant l’été, Valentin, parce que, évidemment, on ne peut faire ça sans tes commentaires, sinon Olivier et moi serions un peu secs. Donc on va essayer de pérenniser ça parce que je crois que ça plaît et ça me plaît bien d’écouter ces morceaux et d’avoir ensuite ton analyse.
En tout cas c’était un grand plaisir que tu participes à ces sujets-là.

Valentin : Merci beaucoup. J’étais très honoré de pouvoir participer à ça et d’être invité d’honneur de ces émissions.

Frédéric Couchet : En tout cas merci à toi.
Vous écoutiez l’émission La Playlist de Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93,1 FM en Île-de-France, en DAB+ également, et partout dans le monde sur causecommune.fm. Vas-y Valentin.

Valentin : Si je peux juste rajouter quelque chose, excusez-moi, je sais qu’il n’y a plus beaucoup de temps. Quand on a commencé à faire ces émissions je ne m’y connaissais pas très bien en histoire de licences libres autour de la musique. J’ai un peu découvert tout ça sur le tas et maintenant j’ai un peu changé par rapport à tout ça. Je dois dire que c’est une très belle découverte et je suis très heureux de voir qu’il y a beaucoup d’artistes qui mettent leur musique sous licence libre. Étant moi-même un artiste qui publie des musiques, ça m’a fait réfléchir à la valeur que je voulais apporter à mes créations. Du coup, mes créations sont devenues aussi sous licence libre maintenant. J’en parle autour de moi et je rencontre des artistes qui eux aussi font ça, qui animent des conférences sur la musique libre. Je me rends compte que quand on regarde un peu c’est assez présent autour de nous et que c’est aussi une belle aventure d’essayer d’entraîner d’autres artistes à aller un peu vers la même manière de partager ses créations.
En tout cas La Playlist de Libre à vous ! m’a permis d’aller un peu vers ça.

Frédéric Couchet : Super Valentin ! Pour la rentrée il y aura sans doute une belle annonce concernant la programmation musicale de Libre à vous!. On le fera évidemment à la rentrée.

[Pastille sonore]

Frédéric Couchet : Nous sommes de retour en direct sur Cause Commune 93.1 FM et en DAB+ et partout dans le monde sur causecommune.fm.
Vous venez d’écouter l’émission La Playlist de Libre à vous !, diffusée en direct en juillet 2020.
Comme je disais en conclusion, nous allons refaire ce genre d’émission et d’ailleurs la première va être enregistrée jeudi 8 octobre, avec Valentin. Donc n’hésitez pas à nous proposer des musiques qui ont déjà été diffusées dans l’émission Libre à vous ! si vous voulez qu’elles soient réentendues et, ce coup-ci, commentées par Valentin. Pour cela vous allez sur le site de la radio causecommune.fm, bouton « chat « et vous nous rejoignez sur le salon web ou vous nous envoyez un courriel par les moyens que vous trouverez sur causecommune.fm et sur april.org.

L’annonce dont je parlais en fin d’émission c’est l’arrivée de Éric Fraudain, du site auboutdufil.com, qui nous a rejoins en septembre 2020 pour la programmation musicale de Libre à vous ! et également pour une chronique mensuelle. La première a eu lieu le 15 septembre 2020, la seconde sera le 20 octobre 2020.
Pour finir je ne me souvenais plus sur quoi portait le titre Infinity de Lemmino. Je l’ai réécouté avant de préparer l’émission et ce n’est pas évident de savoir exactement de quoi il parle, mais on peut supposer qu’il parle d’un dieu qui est dépassé par ce qui se passe actuellement. En tout cas je vous invite à écouter Lemmino et à lire les paroles pour voir si vous avez la même interprétation que nous.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, qui porte sur Wikisign

Frédéric Couchet : Texte, image, vidéo ou base de données, sélectionnée pour son intérêt artistique, pédagogique, insolite, utile. Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, nous présente une ressource sous une licence libre. Les auteurs de ces pépites ont choisi de mettre l’accent sur les libertés accordées à leur public, parfois avec la complicité du chroniqueur. C’est donc la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet. Bonjour Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Bonjour Fred. Bonjour à tous. Bonjour à toutes.

Frédéric Couchet : Le thème du jour c’est Wikisign, je ne sais pas comment on prononce. Je te laisse nous présenter ça.

Jean-Christophe Becquet : Je vais prononcer « Wikisain » parce que ça s’orthographie en anglais W, i, k, i, s, i, g, n.

Wikisign est un dictionnaire collaboratif libre de langue des signes lancé en 2006. Il fonctionne avec MediaWiki, le logiciel libre qui fait fonctionner Wikipédia, mais aussi plusieurs milliers de sites web collaboratifs.
Le projet s'appuie sur la licence libre Creative Commons By-SA qui permet de copier ses contenus sans restriction à condition de créditer l'auteur. On peut les réutiliser et les modifier, mais le partage doit alors se faire sous la même licence, c'est ce qu'on appelle le copyleft.

On trouve dans Wikisign la description des signes employés pour chaque mot. Les articles sont souvent illustrés d'images et de vidéos. Le dictionnaire en langue des signes française, LSF, compte environ 550 signes, 460 vidéos et 200 images.
Wikisign donne aussi des astuces mnémotechniques pour mieux retenir le signe et pour ne pas le confondre avec d'autres ressemblants. Wikisign fournit des liens avec d'autres dictionnaires du Web grâce à MultiDico, un moteur de recherche LSF multi-dictionnaires.

Wikisign se décline en français, en catalan, en allemand, mais aussi les langues des signes de Côte d'Ivoire, du Mali et du Ghana. Je parlerai ici plus particulièrement du projet de langue des signes française.
La catégorie « Signer avec bébé » pourra intéresser les parents qui veulent utiliser cette méthode de communication avec les jeunes enfants.
D'autres catégories proposent des regroupements thématiques comme l'informatique, la famille ou la santé… Il y a une procédure pour demander l'ajout d'un signe qui ne serait pas encore présent dans la base de données.

Lors de la découverte ludique de la langue des signes à laquelle nous invite Wikisign, une anecdote m'a amusé et intéressé. Dans l'article consacré au mot « logiciel », on trouve la mention : ne pas confondre avec le signe « loi » et réciproquement. Ainsi, en langue des signes, les mots « loi » et « logiciel » se ressemblent, beau clin d’œil à la citation de Lawrence Lessig Code is Law. Je vais m'attarder quelques minutes sur cette référence.
Dans un article publié en janvier 2000 dans Harvard Magazine, le juriste américain Lawrence Lessig explique l'importance du code informatique dans la régulation du cyberespace. Aujourd'hui, le code a pris une telle place dans tous les aspects de nos vies que le logiciel libre est un prérequis absolument indispensable pour une société libre. En effet, de plus en plus souvent la loi est traduite sous forme d'algorithmes. Il devient dès lors essentiel de prendre conscience du pouvoir des logiciels. C'est pourquoi nous défendons, à l'April, cette idée que seul le logiciel libre peut garantir à tous une participation citoyenne équitable. Et cela plus que jamais à l'heure où le numérique prend de plus en plus de place dans nos vies connectées.
Une traduction en français du texte de Lawrence Lessig est disponible sur le blog de Framasoft. Je redonne le lien sur la page web consacrée à l'émission. Je ne saurais trop vous conseiller de le lire ou de le relire. C'est un des fondamentaux qui anime le travail de l'April.

Un commun numérique n'est pas qu'un réservoir de ressources. Il a besoin de règles de fonctionnement telles qu'une licence libre pour clarifier les conditions du partage ou une charte éditoriale. Et surtout, un commun a besoin d'une communauté d'utilisateurs et de contributeurs. Le rôle des contributeurs est d'entretenir le commun et de l'enrichir ; on peut dire de le cultiver, d'ailleurs, on parle souvent de « jardiner son wiki ».

Pierre, le fondateur de Wikisign, souhaite aujourd'hui passer la main. Il lance donc un appel à contributeurs afin de rassembler une communauté de passionnés autour d'une envie commune : enrichir Wikisign et interagir avec les utilisateurs.

Dans son article « Open source, libre et communs : contribuer ne nécessite pas de développer » sur Next INpact, David Legrand nous rappelle qu'il est possible de participer même si on n'est pas développeur. Wikisign en offre ici un très bel exemple.

Si vous souhaitez devenir contributeur de ce projet libre et ouvert, n'hésitez pas, une adresse de contact est disponible dès la page d'accueil du projet.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. La page d’accueil du projet c’est wikisign.org. Tu réponds à une des questions que j’avais, je me demandais qui avait créé Wikisign, est-ce que c’était un site de la galaxie Wikipédia. En fait c’est une personne qui a créé Wikisign.

Jean-Christophe Becquet : Effectivement. Ce n’est pas un projet qui participe de la galaxie Wikipédia. Au départ c’est un projet personnel de cet initiateur dont je n’ai trouvé que le prénom, Pierre, qui regrettait de ne pas trouver sur le Web d’encyclopédie de langue des signes et qui a donc décidé de la créer lui-même sous licence libre.

Frédéric Couchet : D’accord.
Tu as fait référence à Code is Law, l’article de Lawrence Lessig. Je vais me permettre de faire référence à la personne qui t’a succédé au poste de président, donc Véronique Bonnet notre nouvelle présidente, qui est professeure de philosophie et qui fait une chronique mensuelle, comme toi, sur la radio. Véronique a publié récemment sur le site l’April un texte qui s’appelle « Code is Education ». Je lis juste un extrait : « Si la proposition « Code is Education », peut être portée par le mouvement du logiciel libre, montrons qu’il serait préjudiciable de le transformer en « Education is Code ».
Je vous invite à lire cet éditorial de Véronique bonnet, « Code is Education », c’est publié sur le site de l’April, april.org et ça fait évidemment référence à l’article de Lawrence Lessig, Code is Law.

Jean-Christophe, je te remercie pour cette nouvelle chronique, à moins que tu veuilles ajouter quelque chose sur le sujet.

Jean-Christophe Becquet : Non, c’est tout pour aujourd’hui. Merci.

Frédéric Couchet : D’accord. En tout cas je remercie, Jean-Christophe. On va préciser que techniquement Jean-Christophe est au téléphone, peut-être que le son n’est pas forcément extraordinaire au niveau du téléphone et, en même temps, il est en Framatalk avec moi, je lui fais coucou. On mettra des photos sur le site de la radio, sur causecommune.fm, pour que vous voyiez un petit peu les coulisses de l’émission, parce que nous sommes dans des conditions tout à fait particulières.
C’était la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l’April. Jean-Christophe, je te souhaite une bonne journée et au mois prochain.

Jean-Christophe Becquet : Ça marche. Bonne journée à tous et au mois prochain

Frédéric Couchet : Nous allons passer à quelques annonces finales.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : D’abord la réponse au quiz. Si vous vous souvenez, je vous posais la question, enfin les questions au début de l’émission : deux grands projets du logiciel libre ont fêté récemment leurs 10 et 27 ans, quels sont ces deux projets. Celui qui a fêté ses 27 ans c’est un peu le projet fondateur du mouvement du logiciel libre, le projet GNU, qui a été annoncé en septembre 1983. On en parle souvent dans l’émission, notamment dans la chronique de Véronique Bonnet, donc c’est le projet GNU, site gnu.org, qui vient de fêter ses 27 ans.
Je vous ai dit 27 ans, est-ce que j’ai dit 27 ans ? C’est 37 ans, en fait, ce n’est pas 27 ans ! C’est 37 ans. Je pose des questions et la question n’était vraiment précise !
Le projet qui fête ses dix ans c’est LibreOffice, on en a également parlé dans l’émission, LibreOffice la suite bureautique donc libreoffice.org.
La deuxième que question que je vous posais c’est quelle association majeure du logiciel libre fête ses 35 ans cette semaine ? Eh bien c’est la Fondation pour le logiciel libre qui a été créée en 1985, donc deux ans après le projet GNU, notamment pour porter le projet de développement du projet GNU. Nous espérons avoir bientôt, potentiellement, une interview du nouveau président de la Fondation pour le logiciel libre car, à priori, il parle un petit peu français. Son prédécesseur, Richard Stallman, parle couramment français.
Je vous précise qu’un événement en ligne sera organisé par la Fondation pour le logiciel libre le 9 octobre 2020 entre 18 heures et 23 heures, horaire de France métropolitaine. Eda Nano, administratrice de l’April, participera à cet événement normalement autour de 21 heures 30. Nous mettrons des détails sur april.org et également sur l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.
Dans les autres réunions : le groupe Sensibilisation de l’April, animé par ma collègue Isabella Vanni qui a fait sa chronique tout à l’heure, fait sa réunion à distance ce jeudi 8 octobre à partir de 17 heures 30.
Les collectivités sont toujours invitées à candidater au label Territoire Numérique Libre pour mettre en valeur leurs initiatives autour du logiciel libre et les données publiques. La date limite pour candidater c’est le 15 octobre 2020.
Il y a toujours en cours un sondage sur l’utilisation et la contribution à OpenStreetMap dans les collectivités et les administrations. Il est toujours possible de répondre à ce sondage jusqu’au 16 octobre 2020. Vous retrouverez les références sur causecommune.fm et sur april.org évidemment.
Tous les autres événements c’est sur l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.
Je rappelle également que vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio pour réagir à l’un des sujets de l’émission, nous poser une question ou simplement nous faire un petit coucou. N’hésitez pas à nous faire des retours. Le numéro du répondeur : 09 72 51 55 46, je répète 09 72 51 55 46.
Je vais vous rappeler également que l’émission et, plus globalement, que la radio Cause commune est contributive, donc n’hésitez pas à proposer des sujets, des musiques, des personnes à inviter. Vous pouvez ainsi participer et contribuer à l’organisation de l’émission. Vous trouverez sur les sites april.org et causecommune.fm les différents moyens de nous contacter.
Et enfin également, comme j’ai un peu de temps j’en profite, l’April participe à cette belle aventure que représente Cause Commune qui est une radio associative. La radio a toujours besoin de soutien financier, notamment tout simplement pour payer les frais matériels, le loyer du studio, la diffusion sur la bande FM, les serveurs. Nous vous encourageons à aider la radio en faisant un don sur le site causecommune.fm. Vous pouvez aussi aider en consacrant du temps bénévole sur les différentes thématiques de la radio.

Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Isabella Vanni, Mélanie Lacayrouze, Jean-Christophe Becquet.
Aux manettes de la régie aujourd’hui pour Étienne Gonnu.
Merci également à l’équipe podcast qui est en cours de constitution et qui est internationale : nous avons des gens qui sont en France, en Allemagne, en Suisse. Donc merci à Sylvain Kuntzmann, Antoine, Samuel Laurent, Olivier Humbert, Élodie Déniel-Girodon, Quentin Gibeaux et Christian Momon. Également, évidement, un grand merci à Olivier Grieco, le directeur de la radio, pour tout ce qu’il fait et aussi pour la finalisation de la post-production des podcasts.

Vous retrouverez sur le site de la radio, causecommune.fm, et sur le site de l’April, april.org, toutes les références utiles. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais également des points d’amélioration. Vous pouvez également nous poser des questions et nous y répondrons directement ou lors d’une prochaine émission. N’hésitez pas à nous contacter.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et également à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 13 octobre 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur le réseau Libre-entreprise dont on a déjà parlé dans une précédente émission. Le réseau Libre-entreprise regroupe des entreprises à taille humaine ayant des spécialités proches ou complémentaires dans le domaine du logiciel libre. Toutes partagent les mêmes valeurs et modes de fonctionnement basés sur la démocratie d’entreprise, la transparence et la compétence. Nous retrouverons deux entreprises membres de ce réseau, Code Lutin et Néréide.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 13 octobre et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

La 5G va-t-elle tous nous rendre fous ? - Débat de midi - France Inter

lun, 10/12/2020 - 14:23


Titre : La 5G va-t-elle tous nous rendre fous ?
Intervenant·e·s : Yaël Benayoun - Laure de la Raudière - Stephen Kerckhove - Jacques Moulin - Olivier Merckel, voix off - Dominique Nora - Camille Crosnier
Lieu : Le débat de midi - France Inter
Date : juillet 2020
Durée : 55 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Site de présentation de l'épisode
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : 5G, mohamed hassan - Licence Creative Commons CC0 Public Domain
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Nos vies en mode turbo : le déploiement de la cinquième génération de réseau mobile commencera à la fin de l’année en France. Une révolution technologique qui inquiète et déchaîne les passions, aussi bien pour l’environnement que pour notre santé. Alors, la 5G va-t-elle tous nous rendre fous ?

Transcription

Camille Crosnier : Bonjour tout le monde. Bienvenue à la table du Débat de midi où ça devrait fuser aujourd’hui puisqu’on passe en mode ultra haut débit avec la 5G. Cinquième génération de réseau mobile, 30 ans après l’apparition des premiers téléphones portatifs, on disait comme ça à l’époque, dont le déploiement devrait commencer à la fin de l’année en France. Devrait, car certains essayent de stopper ce turbo technologique et demandent un moratoire, inquiets de l’impact environnemental, de potentiels risques sanitaires et posant cette question presque philosophique : a-t-on vraiment besoin d’aller encore et toujours plus vite ? La 5G nous promet un monde ultra-connecté, fluidifié, avec des voitures autonomes, des vidéos téléchargées en quelques secondes, des systèmes innovants pour l’industrie et des prouesses pour la télémédecine. Un atout pour la compétitivité, donc l’économie, même pour la planète disent ses partisans sans convaincre les opposants qui vont, pour certains, mettre le feu à des dizaines d’antennes relais en Europe.
La 5G va-t-elle tous nous rendre fous ? On en débat jusqu’à 13 heures, venez à table.

Voix off : Camille Crosnier. Le débat de midi sur France Inter.

Camille Crosnier : Impeccable parité autour de la table aujourd’hui.
Bonjour Yaël Benayoun.

Yaël Benayoun : Bonjour.

Camille Crosnier : Vous êtes cofondatrice et présidente de l’association Le Mouton Numérique1 qui participe à la réflexion sur l’usage du numérique.
En face de vous Stephen Kerckhove. Bonjour.

Stephen Kerckhove : Bonjour.

Camille Crosnier : Vous êtes délégué général de l’association Agir pour l’Environnement2 qui a déposé des recours pour obtenir un moratoire. On en parlera bien sûr.
Bonjour à Laure de la Raudière.

Laure de la Raudière : Bonjour.

Camille Crosnier : Vous êtes députée d’Eure-et-Loir, vice-présidente du groupe Agir à l’Assemblée. Vous êtes beaucoup engagée sur les enjeux du numérique.
Et enfin bonjour Jacques Moulin.

Jacques Moulin : Bonjour.

Camille Crosnier : Vous êtes directeur général d’IDate DigiWorld3, on prononce comme ça, qui se présente comme un think tank pionnier, reconnu comme référence internationale dans le domaine du numérique. C’est la classe à priori !
On va déjà expliquer s’il vous plaît, je m’adresse à tous les quatre, vraiment simplement, clairement, et avant de voir les questions et les inquiétudes, juste ce qu’est la 5G4 qui peut paraître assez obscure, pas très concrète pour certains. Jacques Moulin, qu’est-ce que la 5G ?

Jacques Moulin : La 5G, comme son nom l’indique, est la cinquième génération pour les réseaux mobiles. C’est un petit peu plus, en fait, qu’une évolution technologique. Pour faire rapide et peut-être pour bien repréciser pour les auditeurs, on caractérise la 1G comme étant celle qui a permis de transporter la voix sur le mobile ; la 2G permettant de faire des SMS ; la 3G en ayant accès finalement au Web mobile ; la 4G a permis des débits beaucoup plus rapides, beaucoup plus interactifs et beaucoup plus denses.

Camille Crosnier : Que l’on a actuellement.

Jacques Moulin : Que l’on a actuellement, absolument. Et la 5G est une évolution mais c’est aussi une révolution parce qu’avec la 5G on va franchir, on peut dire, une sorte de saut quantique qui va permettre par un niveau de latence, c’est-à-dire le moment, le temps qui est demandé pour la transmission du signal.

Camille Crosnier : Le petit décalage.

Jacques Moulin : Exactement, le décalage. On peut prendre l’exemple du robinet : vous ouvrez votre robinet, l’eau coule au bout d’un certain temps, là c’est pareil. Qui va permettre de réduire ce temps de latence de façon absolument extraordinaire parce que nous sommes avec la 4G à du 0,27 seconde et on sera à du 0,01 seconde.

Camille Crosnier : Quasiment rien !

Jacques Moulin : Quasiment rien. Ça peut paraître un détail, mais ce n’est pas un détail parce que notamment dans des applications et dans le cadre de la voiture autonome on voit bien que si on met un petit peu de temps avant de déclencher le signal du frein, il y aura problème.
Le deuxième point c’est la densification, la densité. Il y a une possibilité, effectivement, de connexion plus large avec la 5G de l’ensemble des outils connectés. C’est, bien évidemment aussi, la rapidité. On est sur une transmission qui va dix fois plus vite que la 4G et enfin, et non des moindres, c’est aussi une qualité supérieure, une qualité et on va dire, d’une certaine façon, un sans défaut supérieur par rapport à la 4G.

Camille Crosnier : Donc déploiement, normalement, à partir de la fin de l’année, Laure de la Raudière, dans neuf villes de France métropolitaine avec un objectif de remplacer à quelle échéance la 4G ?

Laure de la Raudière : Oui, vous avez raison, c’est l’attribution des fréquences à la rentrée pour les opérateurs, avec un déploiement sur neuf villes et puis une couverture progressive de l’ensemble des territoires.

Camille Crosnier : Horizon quoi ? 2030 pour que tout soit couvert ?

Laure de la Raudière : Je crois que c’est 2028/2030, donc il y a du délai. L’objectif est aussi de couvrir assez rapidement, en parallèle à certaines villes, des zones industrielles, des zones d’activité parce que l’enjeu, comme l’a très bien expliqué Jacques Moulin, c’est finalement le développement des nouveaux usages et ces nouveaux usages sont des usages industriels. C’est-à-dire que c’est important d’avoir la 5G dans les développements des objets connectés pour l’industrie, dans le développement des robots industriels qui va révolutionner, finalement, la façon de produire et la possibilité pour la France de relocaliser des activités industrielles, donc de maintenir ou de créer des emplois industriels.

Camille Crosnier : La 5G, je le précise, est déjà présente, notamment évidemment en Asie côté Chine et Corée du Sud, premiers pays à l’avoir déployée. En Europe également, Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne ou Suisse par exemple.
Stephen Kerckhove, très factuellement encore une fois, je voudrais qu’on comprenne bien de quoi on parle avant vraiment d’entrer dans le débat, de quelles antennes, quelles fréquences va-t-on avoir besoin pour utiliser la 5G ?

Stephen Kerckhove : J’ai eu peur, j’ai cru que vous alliez me demander de défendre la 5G. Je ne suis pas sûr d’être le meilleur avocat.

Camille Crosnier : C’est pour ça que je vous dis qu’on va en débattre.

Stephen Kerckhove : Il n’y a pas de problème. La 5G va utiliser trois types de fréquences : 700 mégahertz qui est déjà utilisée ; 3,4 gigahertz à 3,8 gigahertz et éventuellement 26 gigahertz. Ce sont des fréquences qui n’ont jamais été utilisées par la téléphonie mobile. C’est notamment ces gammes de fréquences.

Laure de la Raudière : Le 26 gigahertz, les autres fréquences sont utilisées, juste pour être précis.

Stephen Kerckhove : Oui, tout à fait. Pour la 5G, en l’occurrence, ce sont ces fréquences-là. Les obligations de couverture proposées aujourd’hui par l’Arcep [Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse], c’est une ville avant la fin de l’année et, d’ici 2025, les principales zones urbaines et les principaux axes routiers. Donc on voit qu’il y a aussi un gap entre ce qui est attendu, c’est-à-dire une couverture nationale, et les obligations de couverture qui restent relativement anecdotiques d’ici 2025.

Camille Crosnier : Vu que ce sont des fréquences qui ne sont pas toutes utilisées pour l´instant, il va falloir, Yaël Benyaoun, mettre plein de nouvelles antennes partout, en particulier les 26 gigahertz, je crois, n’aiment pas trop les murs et la pluie, donc il va falloir en mettre.

Yaël Benayoun : Oui, c’est ça. En fait, si on regarde vraiment en termes de sites, il va falloir multiplier par trois le nombre d’équipements pour couvrir le réseau.
Ce qui me semble aussi intéressant et qui n’a pas peut-être pas été dit jusque-là c’est que bien évidement ça vient avec des nouveaux usages, mais derrière, ce qui est attendu en termes d’objets connectés, c’est quand même un doublement des équipements d’ici 2025 pour arriver à 125 milliards d’objets connectés, ce qui représente, grosso modo, entre huit et dix équipements connectés par personne dans le monde d’ici 2030. Derrière, c’est bien un projet de société aussi qui arrive avec la 5G.

Camille Crosnier : On va parler de la 5G dans Le débat de midi. N’hésitez pas, vous qui vous nous écoutez, à régir, poser des questions sur l’application sur France Inter et sur Twitter le mot clef #débatdemidi, logique. Émission réalisée par Valérie Ayestaray, préparée par Nathan Gallo avec Jules Thomas, Pauline Laverdure à la console et bien sûr téléphone pour nous accompagner.

Pause musicale : Hygiaphone de Téléphone.

Camille Crosnier : C’était l’été 1977 Hygiaphone de Téléphone pour être raccord avec le thème du jour : la 5G va-t-elle tous nous rendre fous ?, c’est la question qu’on se pose. Le sujet déchaîne les passions, ça n’a pas arrêté de parler pendant le disque. Je leur ai dit « stop, le débat va commencer ». Hier encore c’était en Une du Parisien-Aujourd'hui en Francen qui titrait « Doit-on avoir peur de la 5G ? ». C’est avant tout l’impact sur la planète qui fait débat, Stephen Kerckhove, d’Agir pour l’Environnement je le rappelle. Qu’est-ce que vous reprochez à la 5G de ce point de vue-là ?

Stephen Kerckhove : On reproche surtout au gouvernement de mélanger vitesse et précipitation : développer ou déployer la 5G et valider les fréquences à partir de septembre sans avoir mené à bien une étude d’impact.

Camille Crosnier : Pourquoi vous dites que c’est potentiellement mauvais pour la planète ?

Stephen Kerckhove : C’est potentiellement mauvais pour la planète, encore faut-il mener des études, laisser aux agences, notamment l’ADEME, l’Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, le soin de mener ces études d’impact. Il faut du temps, donc autant mener correctement ces études et éventuellement développer par la suite.
Ce qu’on a constaté, et on le regarde aujourd’hui, c’est que l’impact du numérique en 2019 c’était 3,7 % des émissions de gaz à effet de serre et on évalue aujourd’hui, pour 2025, l’impact à 7,5. Si on veut respecter les accords de Paris et limiter l’augmentation de la température à 1,5 degré, il faudrait réduire de 5 % là où chaque année on augmente de 8 %. Ça veut dire qu’aujourd’hui le numérique, et notamment la 5G, vont avoir un impact significatif sur les émissions de gaz à effet de serre, ça va consommer énormément d’électricité en supplément.

Camille Crosnier : En utilisation.

Stephen Kerckhove : En utilisation et en fabrication.

Camille Crosnier : Et en fabrication. C’est ça qui est en dessous. Je voudrais savoir, ce que vous disiez Yaël Benayoun, il va y avoir de nouveaux équipements à fabriquer, ce qu’on appelle l’énergie grise, c’est ça ? On va devoir fabriquer des antennes, des téléphones.

Yaël Benayoun : Oui. Justement sur cette question, le fait qu’on n’ait pas d’études systématiques sur la question est intéressant. On disait effectivement que les antennes 4G pourront être utilisées, en tout cas au début, pour déployer la 5G, mais, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que ça s’empile en fait sur la 3G, la 4G, la 5G. Chaque antenne va devoir consommer plus d’électricité, ce qui fait qu’on observe déjà aujourd’hui qu’il va falloir mettre des équipements de production énergétique locale sur chaque antenne dont le coût doit aussi être prévu. Aujourd’hui ce sont des panneaux solaires, ce sont des éoliennes. Quand on parle du coût énergétique de la 5G, il faut bien prendre effectivement la consommation énergétique du réseau en lui-même, mais aussi les infrastructures qui sont déployées, les antennes, les infrastructures qui permettent que ces infrastructures fonctionnent et, en même temps, la fabrication de tous les équipements, donc des milliards dont j’ai parlé avant.

Camille Crosnier : Vous le sortez d’où le chiffre que vous nous avez donné sur l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, Stephen Kerckhove ?

Yaël Benayoun : C'est The Shift Project5.

Stephen Kerckhove : Oui.

Camille Crosnier : C’est le Shift Project. D’accord.
Laure de la Raudière, est-ce que vous les entendez, ces arguments ?

Laure de la Raudière : J’entends tous les arguments.

Camille Crosnier : Sur votre compte Twitter vous parlez d’« écologisme », écologiste par pur populisme. Vous y allez fort ! Vous l’avez twitté, vous l’avez écrit.

Laure de la Raudière : Je n’ai pas dit ça de mes interlocuteurs d’aujourd’hui et je pense que le débat est nécessaire parce que c’est un débat de société. Ça a fait la Une, je crois, du Parisien d’hier, la Une ! La 5G a fait la Une du Parisien d’hier.

Camille Crosnier : C’est ce que je disais, « Doit-on en avoir peur ? »

Laure de la Raudière : Il y a un vrai débat de société donc ce débat est nécessaire. Simplement il faut aussi remettre des infos importantes. Dans la consommation énergétique du numérique que vous avez citée, vous avez cité les réseaux, c’est peanuts. Donc l’augmentation de peanuts ça ne fait pas beaucoup. Excusez-moi, c’est juste un fait. La consommation énergétique dans le numérique, il y a un rapport sénatorial qui a été publié la semaine dernière qui arrive aux mêmes conclusions que toutes les études, c’est d’abord les ordinateurs et les terminaux. Donc si on veut vraiment réduire la consommation énergétique dans le domaine du numérique il faut agir sur la fabrication des terminaux et des PC. D’ailleurs c’est très intéressant. La semaine dernière aussi Apple a dit que d’ici à 2030, ils seraient à la neutralité carbone. 2030, c’est demain pour une grande entreprise du numérique. Ça veut dire que toutes les grandes entreprises du numérique sont très conscientes de ces enjeux, donc il va y avoir des améliorations dans ce domaine-là. Ça c’est vraiment important de le rappeler par rapport à la consommation énergétique.

Camille Crosnier : Il va falloir fabriquer ; vous l’entendez quand même que les équipements n’existent pas. Vous parlez d’Apple, aujourd’hui les iPhones ne peuvent pas prendre en charge la 5G. Ça veut dire qu’il va falloir gaspiller les téléphones qu'on a aujourd'hui, les mettre dans un tiroir et en racheter de nouveaux ?

Laure de la Raudière : L’enjeu de la 5G n’est pas de remplacer son terminal 4G par un terminal 5G. L’enjeu de la 5G c’est la capacité qu’on va avoir à développer de nouveaux usages et ce n’est pas le téléphone ou, comme l’a dit un maire écolo, d’aller regarder du porno dans un ascenseur. Ce n’est pas ça !

Camille Crosnier : C’est le maire de Grenoble.

Laure de la Raudière : Ce n’est pas ça l’enjeu de la 5G. L’enjeu de la 5G ce n’est pas aller regarder du porno dans l’ascenseur.

Camille Crosnier : On va pouvoir télécharger des vidéos très rapidement, ce sont des arguments aussi, qu’elle que soit la vidéo.

Laure de la Raudière : Quand on parlera de l’ambulance connectée où vous aurez un ambulancier qui est capable d’avoir à distance un chirurgien et de faire les premiers soins exactement calibrés par rapport à un outil robotisé avec le délai de latence, qui a été cité par Jacques Moulin, réduit, là on est dans un usage concret, intéressant pour la population.

Camille Crosnier : Je laisserai Stephen Kerckhove vous répondre.

Laure de la Raudière : Quand on est sur la mise en place de voitures autonomes en milieu rural pour pouvoir faire des déplacements sur des personnes âgées pour leur maintien à domicile, dans leur commune, dans leur maison, ce sont aussi des enjeux vraiment intéressants.

Camille Crosnier : Stephen Kerckhove, je vous vois lever les yeux au ciel.

Stephen Kerckhove : Oui. Il se trouve que j’habite une petite commune rurale.

Laure de la Raudière : Vous avez de la chance, moi aussi.

Stephen Kerckhove : J’ai une immense chance et tous les jours je me le dis. Si ce n’est que le 15 décembre il y a eu une tempête, depuis je n’ai plus de ligne fixe.

Camille Crosnier : Il y a encore aujourd’hui des zones blanches en France. Il y a aussi ça !

Stephen Kerckhove : Ce n’est pas même une zone blanche ce n’est même pas 4G, 3G, c’est la ligne fixe aujourd’hui. À force de conduire les opérateurs à investir, surinvestir dans les zones urbaines sur des nouvelles technologies et en ajoutant et en empilant des nouvelles technologies, on oublie de maintenir un réseau filaire à niveau, ce qui amène aujourd’hui à une dépendance au tout numérique. Ça c’est une vraie question.
Vous parliez tout à l’heure du rapport6 de la mission d’information du Sénat, le Sénat ne dit absolument pas que le numérique n’a pas d’impact sur le carbone. Je vais lire la phrase, la mission du Sénat demande que « la 5G fasse enfin l'objet d'une étude d'impact complète, intégrant les effets de la technologie sur les consommations énergétiques des opérateurs ». C’est ça qui est demandé aujourd’hui.

Camille Crosnier : Sur ce sujet-là l’Arcep, l’Autorité de régulation des télécoms, qui n’a pas répondu favorablement à notre invitation, je le précise, comme l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, assure que tout est conçu pour optimiser la consommation d’énergie et qu’il y aura même un baromètre vert pour les opérateurs. Miracle, Jacques Moulin !

Jacques Moulin : Absolument. Déjà il y a un point qui me semble important. On parle 5G, d’ailleurs le plateau est assez illustratif, nous n’avons pas d’industriel.

Camille Crosnier : Ils n’ont pas voulu.

Jacques Moulin : Or le sujet c’est que justement, dans un premier temps, c’est bien sur ce que l’on appelle dans notre jargon le B to B [business to business, c’est bien effectivement sur le segment de l’industrie que va se poser l’utilisation et l’application de la 5G. C’est un élément très important parce qu’on part tout de suite sur une logique du citoyen, et c’est un point fort : il a été évoqué la fracture numérique qui existe, il faut reconnaître aussi qu’il y a des plans qui sont mis en œuvre, le plan du très haut débit. Je vous incite d’ailleurs à regarder tous les travaux que nous faisons avec InfraNum7 pour justement regarder comment le territoire permet d’être connecté avec de la fibre ou du haut débit.

Camille Crosnier : Sur les inquiétudes par rapport à la consommation énergétique, qu’est-ce que vous répondez ?

Jacques Moulin : Deux choses : la première chose c’est qu’effectivement il y a besoin d’études. Nous, au sein d’IDate, nous avons décidé de lancer justement un groupe de travail, une commission, avec des collectivités territoriales, avec effectivement des intégrateurs, avec des opérateurs, avec aussi des représentants du CNRS [Centre national de la recherche scientifique] puisque nous avons la chance d’avoir le CNRS en tant que membre de l’IDate pour poser les choses et pour avoir une démarche scientifique, pour ne pas avoir une démarche qui part peut-être sur des peurs. J’ai lu et je trouve que c’est assez bien vu que l’on pouvait comparer la 5G peut-être à la découverte des vaccins par Pasteur, c’est-à-dire qu’après on met tout un tas de phobies et d’inquiétudes derrière ce point sans véritablement le travailler.
Il y a un élément qui me semble essentiel et qu’il faut prendre en compte, c’est que si elle n’est pas dotée de la 5G, l’industrie, l’industrie européenne, va prendre du retard et l’industrie française va prendre du retard.

Camille Crosnier : Donc c’est toujours pour se mettre dans cette course effrénée à aller toujours plus vite, ce que je disais tout à l’heure.

Jacques Moulin : Ce n’est pas une course effrénée !

Camille Crosnier : Yaël Benyaoun, par rapport à ça, il y a justement une question philosophique peut-être derrière tout ça. On prône aujourd’hui la sobriété, notamment la sobriété énergétique, c’est inscrit dans la loi, c’est à l’inverse de la sobriété la 5G ?

Yaël Benyaoun : Je vais peut-être même revenir sur un cadre un peu économique, déjà pour commencer, qui est le modèle économique des opérateurs. Le cas français est un peu particulier : les opérateurs télécoms achètent des fréquences à l’État. En fait, il y a un enjeu de rentabilité.

Camille Crosnier : Ça coûte plus de deux milliards d’euros, je crois, une licence pour un opérateur de la 5G.

Yaël Benyaoun : C’est ça. D’ailleurs il y a même une étude du cabinet McKinsey qui chiffrait que les coûts d’infrastructures pour les opérateurs, s’ils déployaient la 5G, allaient augmenter entre 60 et 300 %. En fait il y a un enjeu de rentabilité derrière tout en sachant, comme ça a déjà été dit, que la 4G n’est pas rentable aujourd’hui pour nos opérateurs et que certains départements ne sont pas couverts. Ce qui pose quand même deux questions, enfin on va dire que ça drive un peu dans un sens, c’est que oui, il y aura peut-être des emplois localisés qui seront intéressants, mais en fait, pour que ce soit rentable pour les opérateurs, forcément on va aller sur un déploiement massif de la 5G qui va, bien sûr, concerner le citoyen.
Il y a une étude du cabinet Gartner qui montre que la première année du déploiement de la 5G, 70 % des équipements qui vont être connectés au réseau seront des caméras de surveillance, donc ça ce n’est pas lié directement à l’industrie, en tout cas ce n’est pas le premier emploi. Les cinq premières années ça sera le premier marché sur le réseau.
Du coup, juste pour aller là-dessus, il faut bien comprendre, en tout cas dans le cas français, que la 5G va peu, en tout cas clairement pas à court terme, à moyen terme c’est encore moins sûr et à long terme là on verra, se déployer en zone rurale.

Camille Crosnier : On a beaucoup de messages à ce sujet. Beaucoup d’auditeurs nous envoient des messages : « Avant de parler de la 5G, moi j’aimerais bien pouvoir avoir juste de la 3G. » Il y en beaucoup qui nous écrivent, je ne vais pas tous les citer.

Yaël Benyaoun : Juste là-dessus parce que ça va avec le modèle économique et je pense que c’est important pour bien cerner le débat : au Royaume-Uni, 79 % des investissements qui ont été faits par les opérateurs en termes d’infrastructure concernaient justement la couverture des zones rurales. On comprend bien que dans une logique où vous avez des opérateurs privés qui, en fait, doivent être rentables, ils ne vont pas le déployer majoritairement en zone rurale en sachant que le budget des ménages est quand même en train de se rétracter et que les forfaits ne peuvent pas augmenter de manière illimitée.

Camille Crosnier : C’est ça. Laure de la Raudière, est-ce que ça ne va pas accélérer ou augmenter une fracture déjà territoriale et sociale ?

Laure de la Raudière : C’est un mauvais débat. Tous ceux qui suivent les travaux que j’ai faits à l’Assemblée nationale savent que mon combat politique c’est le très haut débit pour tous et partout. Moi aussi je vis en milieu rural et je sais très bien ce que vous vivez. Lorsque la ligne téléphonique fixe est coupée, aujourd’hui les délais de rétablissement sont devenus astronomiques. Ce qui montre aussi l’importance pour tous les citoyens d’avoir un accès numérique de qualité à très haut débit.

Camille Crosnier : Mais ça n’est pas le cas aujourd’hui !

Laure de la Raudière : La politique du gouvernement là-dessus a été nouvelle, a changé depuis 2018 avec la mise en place du 8. C’est plus de 5000 antennes.

Camille Crosnier : Florence nous écrit : « Ne pensez-vous pas qu’il faudrait déjà qu’il n’y ait plus de zones blanches avant de penser à la 5G ? »

Laure de la Raudière : Je suis convaincue de ça. Ce que je veux dire par là c’est qu’il y a une décision qui a été prise en 2018, qui est en cours de déploiement, qui est plus de 5000 antennes en zone rurale par opérateur d’ici fin 2026. Ce projet est en cours. Je comprends l’insatisfaction de cette auditrice.

Camille Crosnier : De plein d’autres. C’est une réalité encore une fois.

Laure de la Raudière : Ce que je veux dire par là c’est que cette décision est prise et la déclinaison du programme New Deal mobile est en cours. Progressivement, et on le voit quand même, il y a une amélioration de la couverture numérique mobile en 4G dans les zones rurales. Il y a encore des zones blanches, je le sais bien, mais la décision a été prise.
Maintenant on a une autre décision à prendre. Celle-là est prise, on la déroulera, et il y aura une couverture de toute la population d’ici 2026/2027. Il y a une autre décision à prendre, c’est : est-ce qu’on dote la France du réseau 5G pour être présents dans la bataille industrielle de demain ? C’est ça la question centrale. Si on prend du retard, on ne pourra pas rattraper le retard par rapport à l’Allemagne.

Camille Crosnier : Ce que vous dites avec monsieur Moulin, je suis désolée, l’essentiel c’est de ne pas être en retard par rapport au monde, finalement. Mais les citoyens français ?

Laure de la Raudière : C’est important de rappeler qu’on est dans une économie mondialisée, qu’on le veuille ou non, c’est un fait. Toute décision qui nous fait prendre du retard dans le domaine industriel c’est moins d’emplois demain, donc c’est la misère dans un pays. C’est tout ! Il faut le dire.

Camille Crosnier : Message sur Twitter : « Je me demande non pas si la 5G nous rendra fous, mais à quoi elle sert vraiment dans un contexte de changement climatique tel qu’il faudrait au contraire freiner absolument notre consommation. Vous êtes en train de nous dire que c’est l’économie qui justifie la 5G, Stephen Kerckhove ?

Laure de la Raudière : Mais elle contribue à la lutte au changement climatique ! Les objets connectés permettront de réduire la dépense énergétique.

Stephen Kerckhove : Je ne sais pas si c’est un mauvais débat, par contre c’est un faux débat dans le sens où pour l’Arcep, je le répète, les obligations de couverture ce sont les principales zones urbaines et les principaux axes routiers d’ici à 2025. En 2025 on sera à la 6G, 7G, 8G. Arrêtons de croire que globalement une ambulance qui circulera en zone rurale pourra se connecter pour faire de la chirurgie à distance ! Ça ne marchera pas, il y aura une coupure de réseau et vous prendrez des risques considérables.
Après, savoir si on est en avance ou si on est en retard ! Si on est avance pour se précipiter dans le mur climatique, je ne suis pas sûr que ça soit une avancée !

Camille Crosnier : Jacques Moulin.

Jacques Moulin : Juste un point par rapport à ce qui vient d’être dit. La 5G ne va pas être mise en place au moment où la 4G devra être mise partout sur le territoire, ce n’est pas le sujet. Le New deal mobile, comme l’a expliqué Laure de la Raudière, est lui mis en place pour assurer une couverture mobile. Effectivement, ça demande des investissements, effectivement ça demande du temps. Par ailleurs, ça demande aussi des compétences. Il appartient notamment aux programmes éducatifs de former suffisamment de jeunes pour être en capacité, justement, à aller faire les travaux qui sont nécessaires. Si nous ne commençons pas les expérimentations sur la 5G, si nous ne commençons à préparer l’industrie, c’est effectivement l’emploi de demain ! Nous serons très assurément un dominion soit d’un modèle américain, soit d’un modèle asiatique ou chinois qui eux ont déjà déployé la 5G – il suffit de regarder ce qui se passe effectivement en Chine où on est sur plus de 100 millions.

Camille Crosnier : Encore une fois, je vous interromps, on est encore dedans, mais on s’est pris un confinement pour la moitié de l’humanité, on parlait du monde d’après en disant « c’est un monde qui va trop vite, c’est un monde trop connecté, c’est ça qui a aussi été l’une des causes de la pandémie, cette ultra-connectivité du monde ». Aujourd’hui on est en train de dire qu’il faut aller encore plus vite, Yaël Benayoun ?

Jacques Moulin : Parlons-en justement.

Camille Crosnier : Je voudrais savoir si ce n’est pas juste à l’opposé de ce vers quoi on pensait aller pendant le confinement.

Jacques Moulin : Pas du tout ! Ce qui a permis de maintenir l’économie, toutes les entreprises peuvent le dire, toutes les universités peuvent le dire, ça a été justement la connectivité.

Yaël Benayoun : Le numérique.

Jacques Moulin : Et juste un point, je voudrais préciser, on est en train de prendre une photo sur une 5G alors que l’on sait que les technologies nativement évoluent et qu’elles sont de moins en moins énergivores. C’est un point que tout le monde s’accorde à dire.

Camille Crosnier : Yaël Benayoun, on va vous laisser répondre.

Yaël Benayoun : Si elles sont multipliées par dix ça va être un peu compliqué.
Je pense qu’il y a quand même un sujet qu’on n’a pas traité qui est juste pour quels usages. Effectivement c’est la question qui a été posée par les auditeurs. En fait, aujourd’hui, la quasi-totalité des usages numériques qui sont, je ne sais pas, lire un article en ligne, prendre un billet de train sur Internet ou quoi que ce soit, se fait très bien et même de manière optimale avec la 4G. Donc déjà, peut-être, déployons la 4G et voyons ce que ça fait.

Jacques Moulin : Parlons du sujet.

Yaël Benayoun : Nous allons y venir. Là j’ai la liste des usages prévus par l’Arcep.

Camille Crosnier : L’autorité des télécoms, je le rappelle.

Yaël Benayoun : Le régulateur des télécoms en France. C’est bien sûr du streaming vidéo, de la réalité virtuelle, de la connectivité à faible latence entre véhicules et infrastructure, véhicules entre eux, en fait c’est vraiment un boulevard pour la Smart City ; c’est la multitude des capteurs connectés dont on parlait tout à l’heure, donc ce sont les 100 milliards d’objets connectés. La vraie question, si on ne prend ne serait-ce que le streaming vidéo parce que là, pour le coup, il y a des études qui sont sorties dessus donc on sait à peu près ce que ça coûte et c’est extrêmement énergivore : en 2018 ça représentait déjà l’équivalent de la consommation énergétique d’un pays comme l’Espagne et il est prévu que ça représente 80 % du trafic mobile l’année prochaine. Donc effectivement on imagine que ce n’est pas soutenable et comme le disait, je finis juste là-dessus, Monsieur Kerckhove tout à l’heure, normalement on devrait réduire, en fait, la consommation du secteur numérique qui aujourd’hui est celui qui est le plus en croissance de tous les secteurs industriels.

Camille Crosnier : Je vais laisser Laure de la Raudière vous répondre dans un instant. D’abord le message de Baptiste : « Intéressante la phrase de votre intervenante : la 5G servira à répondre à de nouveaux besoins que l’on saura créer ». C’est donc bien l’objectif : créer des besoins au détriment de la planète.

Pause musicale : Fou par l’Impératrice.

Voix off : France Inter, Le débat du midi, Camille Crosnier.

Camille Crosnier : Fou, c’était l’Impératrice sur France Inter.

Camille Crosnier : Nous parlons 5G aujourd’hui dans Le débat du midi, la cinquième génération de réseau mobile qui devrait couvrir 100 % du territoire français en 2030, avec mes invités Stephen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement, Yaël Benayoun de l’association Le Mouton Numérique, Jacques Moulin du think tank IDate et la députée d’Agir d’Eure-et-Loir Laure de la Raudière. Vous vouliez répondre à ce qui se disait juste avant l’Impératrice, à savoir ?

Laure de la Raudière : À savoir. Votre auditeur disait que la 5G crée nos besoins, ça crée des besoins pour détruire la planète, mais ce n’est pas ça, c’est que ça peut créer de nouveaux usages justement pour protéger la planète. Il ne faut pas avoir un déterminisme puisque aujourd’hui, par exemple, les objets connectés qu’on peut avoir dans le domaine du bâtiment sont là pour nous faire faire des économies d’énergie. Vous savez que le secteur du bâtiment est le deuxième secteur le plus consommateur d’énergie en France.

Camille Crosnier : Le troisième, c’est derrière transport, agriculture.

Laure de la Raudière : Je mettais l’agriculture derrière.

Camille Crosnier : Ils sont devant.

Laure de la Raudière : On est, à mon avis, à peu près au même niveau, je vous donne volontiers raison, mettons le troisième secteur.

Camille Crosnier : En tous les cas ça émet des gaz à effet de serre.

Laure de la Raudière : Typiquement la 5G peut faire développer et faire utiliser dans le domaine du bâtiment des objets connectés qui permettront de moins consommer.

Camille Crosnier : Jacques Moulin vous disiez que c’est une révolution à côté de laquelle on ne peut pas passer. On n’a pas le choix, c’est en fait ce que vous dites ?

Jacques Moulin : Justement, par rapport à ce que la 5G peut apporter en positif, parlons d’un sujet qui est les déserts médicaux. J’ai travaillé en Lorraine. On connaît bien certaines parties de la Lorraine où il est très difficile, actuellement, de pouvoir avoir accès à un médecin, même pour une consultation qui n’est pas grave.

Camille Crosnier : À quoi bon avoir un médecin en télémédecine si on n’a pas l’Internet chez soi ?

Jacques Moulin : Justement. Avec la 5G il y a une possibilité de permettre d’avoir des télédiagnostics.

Camille Crosnier : Oui, mais si on n’a pas Internet chez soi ? C’est ma question.

Jacques Moulin : Internet vous pouvez l’avoir. Là vous parlez effectivement avec du « filaire », entre guillemets, ou de la fibre, mais si, justement, vous l’avez par le biais du mobile, il vous sera donc possible d’avoir ces activités de télémédecine. C’est pour ça qu’il ne faut pas opposer, j’allais dire, toutes les technologies. Il est évident aussi par rapport à ce qui a été évoqué sur l’empreinte carbone des opérateurs qu’il y a un engagement qui est pris par les opérateurs qui est effectivement d’être neutres en carbone d’ici à 2030. On a vu, et c’est dans l’actualité puisqu’un communiqué d’Orange a été publié, on voit que le groupe Orange a fait appel à un opérateur en énergie renouvelable justement pour permettre de remédier aux difficultés que l’on pourrait avoir.

Camille Crosnier : Ils n’ont pas le choix, il y a un objectif de neutralité carbone en 2050 en France. De toute façon c’est une obligation.

Jacques Moulin : Vous le savez, c’est une obligation et qui dit obligation prouve que c’est mis en œuvre.

Camille Crosnier : Sur le volet environnemental simplement, on le disait, l’Anses [Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail] prépare un rapport pour le début de l’année prochaine, comme pour le volet sanitaire, parce qu’il y a également des inquiétudes sur les risques potentiels liés à l’exposition aux ondes électromagnétiques, notamment la fameuse bande 26 gigahertz. On avait reçu dans La Terre au carré, en février, Olivier Merckel qui est responsable de l’unité d’évaluation des risques liés aux nouvelles technologies de l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Je voudrais que vous écoutiez ce qu’il disait à ce sujet.

Olivier Merckel, voix off : On est toujours très prudent face à ces questions-là. Ce qu’il faut dire c’est que ça fait 15 ans, pratiquement, qu’on travaille sur ces questions-là, qu’on fait des expertises qui consistent à récupérer l’ensemble des publications scientifiques disponibles sur la question. Ça fait 15 ans qu’on analyse toutes ces publications, qu’on met à jour nos expertises. Aujourd’hui, ce qu’il est important quand même de souligner, c’est qu’on n’a pas de preuve d’un effet des ondes radiofréquences, donc de ce type d’ondes, sur la santé. Néanmoins, effectivement là on le voit, il y a des nouvelles fréquences qui arrivent, donc il faut rester vigilant, il faut se poser la question et savoir qu’elles vont être les conséquences de ces nouvelles fréquences sur la santé.

Camille Crosnier : Ça veut quand même dire que vous ne pouvez pas évaluer, à ce stade en tout cas, les risques.

Jacques Moulin : Laissez-nous le temps de travailler.

Camille Crosnier : Oui, mais la 5G arrive. Vous comprenez que les gens se posent la question maintenant, ce n’est pas dans trois ans, c’est dans six mois.

Jacques Moulin : Bien sûr, mais il faut nous laisser le temps de travailler. Début 2021 on va rendre un avis sur la dangerosité de ces ondes millimétriques.

Camille Crosnier : Donc une fois que le déploiement aura commencé !
Stephen Kerckhove, une réaction. On déploie d’abord et on fait des rapports après ?

Stephen Kerckhove : C’est notamment qu’avec PRIARTEM [Pour Rassembler, Informer et Agir sur les Risques liés aux Technologies Électromagnétiques] nous avons saisi le Conseil d’État, c’est pour laisser du temps aux agences dont c’est le métier de pouvoir travailler et faire œuvre de pédagogie.

Camille Crosnier : Conseil d’État qui a rejeté deux des quatre recours pour l’instant.

Stephen Kerckhove : En référé-suspension, en indiquant qu’ils allaient très rapidement traiter le problème sur le fond. C’est notamment pour ça, en fait, qu’ils nous ont déboutés sur le référé.
L’Anses est en train de travailler. L’ANFR, l’Agence nationale des fréquences, est en train de mener à bien des expérimentations pour connaître le niveau d’exposition induit par la 5G. Ce qu’ils disent, notamment au sein du comité de dialogue mis en place par cette Agence nationale des fréquences, c’est que la tendance est à une augmentation du nombre de points atypiques dans les zones urbaines très denses avec un nombre d’émetteurs concernés plus important. Dans l’hypothèse de l’ajout d’émetteurs 5G ou de déploiement futur de 4G, le niveau moyen d’exposition augmente d’environ 30 % et génère environ 50 % de zones supérieures à 6 volts par mètre.

Camille Crosnier : Laure de la Raudière.

Laure de la Raudière : Et reste très inférieur au seuil réglementaire autorisé. Très inférieur au seuil réglementaire autorisé à 61 volts. Il faut tout dire.

Stephen Kerckhove : 61 volts par mètre ce sont les seuils qui ont été fixés en 2002, ça fait 18 ans. En 2002, il n’y avait pas la 4G, il n’y avait pas la 3G, il n’y avait pas la 2G.

Laure de la Raudière : Et toutes les études scientifiques faites depuis 2002 montrent…

Stephen Kerckhove : Non, pas toutes les études scientifiques, Madame.

Laure de la Raudière : Sauf celles du professeur Belpomme.

Stephen Kerckhove : Non.

Laure de la Raudière : Toutes les autres montrent qu’il n’y a pas de nocivité sur la santé.

Stephen Kerckhove : Madame, depuis 2009 l’Anses, l’Agence nationale de sécurité environnementale dit et répète à chaque rapport qu’il faut baisser les expositions. Baisser les expositions.

Laure de la Raudière : Ce n’est pas des antennes. Des portables, ils parlent des terminaux.

Stephen Kerckhove : Je ne savais pas que la 5G n’allait pas consommer sur les portables.

Camille Crosnier : Allez-y Laure de la Raudière.

Laure de la Raudière : Vous avez très bien dit étudier votre dossier, mais vous pouvez dire qu’à chaque fois les précautions qui sont mises en avant par l’Anses concernent les terminaux. Il faut le dire. D’ailleurs on dit qu’il faut mieux utiliser des kits mains-libres.

Camille Crosnier : Les terminaux c’est-à-dire les téléphones.

Laure de la Raudière : C'est-à-dire les téléphones. Jamais, il n’y a eu une mise en cause des antennes.

Camille Crosnier : Je précise que l’Organisation mondiale de la santé, en 2018, n’avait constaté aucun effet nuisible du téléphone portable sur la santé. Stephen Kerckhove.

Stephen Kerckhove : Une fois encore l’Anses mène à bien aujourd’hui une expertise dans laquelle le pré-rapport qui a été rendu en janvier de cette année dit « on ne sait pas, aujourd’hui, ce que donneront ces fréquences ».

Camille Crosnier : Mais ne pas savoir ne veut pas forcément dire que c’est dangereux, Jacques Moulin.

Stephen Kerckhove : Absolument.

Camille Crosnier : Pourquoi est-ce qu’on n’attend pas ?

Yaël Benayoun : C’est tout l’intérêt aussi du principe de précaution.

Jacques Moulin : Absolument. Et c’est un petit peu le sujet sur la peur que peut provoquer une nouvelle technologie. Tout de suite on bondit sur les dangers que cela pourrait susciter alors même, et comme l’a dit Laure de la Raudière, que ce qui est pointé c’est effectivement l’utilisation du terminal et qu’il existe, par ailleurs, des modalités, on le sait, vous parliez de kit mains-libres à l’instant, c’est le cas.

Stephen Kerckhove : Ils sont peu utilisés.

Stephen Kerckhove : C’est Laure de la Raudière qui en parlait.

Jacques Moulin : Qui permettent, ça fait aussi partie des éléments, de répondre effectivement à ce que vous dites. En revanche, en ce qui concerne les antennes, il y a aussi des éléments qui sont importants quand on parle des antennes qui vont etre les antennes de la 5G.

Camille Crosnier : Qui vont être multipliées, on le rappelle, il y en aura partout des antennes pour la 5G.

Jacques Moulin : Là aussi il faut être très clair. On est en train de faire un scénario qui est complètement invraisemblable où on multiplierait les antennes dans tous les sens.

Camille Crosnier : C’est un fait, il y en aura partout.

Jacques Moulin : Je rappelle ce qu’a dit Nicolas Guérin en tant que président de la Fédération Française des Télécoms : pour le moment il ne s’agit pas de déployer des antennes partout, on va d’abord utiliser les antennes existantes. Que par ailleurs, les petites antennes et les antennes qui peuvent être utilisées dans le cadre de la 5G, certaines d’entre elles, ce sont des antennes intelligentes, ce sont des antennes qui, en particulier vis-à-vis de l’énergie, ne sont activées que dès lors effectivement…

Camille Crosnier : Ça c’est ce que dit Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État. Elle dit qu’elles ne vont s’activer que lorsque le signal est émis sauf que dans une ville où il y a je ne sais pas combien de milliers de personnes qui activent en même temps ça revient exactement au même le bassin, j’imagine.

Jacques Moulin : Premier point, ces petites antennes ne seront pas forcément déployées partout. Ensuite on a dans la technologie des antennes de 5G une technique qu’on appelle de la focalisation qui permet, par rapport aux autres antennes, de ne pas avoir une sorte de halo de faisceaux aussi important.

Camille Crosnier : C’est ce que je dis, s’il y a 10 000 personnes en même temps c’est pareil !

Jacques Moulin : Non. Le deuxième point c’est qu’on a aussi ce qu’on appelle la technologie MIMO [Multiple-Input Multiple-Output] qui permet d’avoir un chemin beaucoup plus optimisé et qui permet justement d’aller directement au niveau du mobile.
En l’occurrence on a tout un tas, je vais dire de spécificités natives dans les antennes, qui permettent de contrecarrer l’espèce de mythe qui est d’ailleurs alimenté par les fake news. On est en train de brûler des antennes comme on brûlait les sorcières parce qu’on pense que c’est susceptible de donner le coronavirus.

Camille Crosnier : On rappelle d’ailleurs que deux hommes ont été condamnés lundi dans le Jura pour avoir détruit deux antennes. Ils ont pris quatre ans et trois ans de prison ferme. Yaël Benayoun.

Yaël Benayoun : Effectivement, juste sur ces questions-là, il y a quand même une polarisation du débat public, en tout cas ces derniers mois, sur la question sanitaire. Comme on disait, en fait il n’y en a aucune étude qui a été en conditions réelles pour le moment, alors on ne sait pas.

Camille Crosnier : Pauline nous dit : « Encore une fois nous allons être des cobayes ! »

Yaël Benayoun : Pour le moment, cette polarisation du débat sur cette question-là contribue plutôt à faire taire les oppositions et à mettre tous les opposants dans un même panier qui seraient les complotistes, comme vous dites, la 5G va apporter le coronavirus, les anti-vaccins et tout ça. Bref ! Finalement ça évite de parler des vrais sujets de fond qui sont, en l’occurrence, plutôt le problème écologique et même le problème de surveillance dont on parlait quand même au début et dont on n’a pas reparlé.

Camille Crosnier : On va en reparler.

Yaël Benayoun : Peut-être juste sur la question de l’industrie parce que ça me semble important, vous dites qu’il n’y aura pas de déploiement massif, en tout cas tout de suite, ça c’est sûr, mais vous voyez bien que quand on va relocaliser des industries comme, on va en prendre deux, l’automobile et les smartphones qui sont aujourd’hui stagnantes au niveau mondial, c’est-à-dire que ce sont des industries qui doivent chercher de nouveaux débouchés. Aujourd’hui on sait bien vers quels nouveaux débouchés elles vont aller : l’automobile c’est le véhicule autonome, les smartphones ce sont les smartphones 5G, qui sont quand même deux technologies qui ont besoin de la 5G déployée d’un point de vue massif pour fonctionner. On voit bien là qu’on est dans une logique de déploiement localisé pour après, une fois que les technologies seront au point, de toute façon avoir un déploiement massif pour précisément que ces technologies soient sur le marché. Donc là on va dans un système où c’est encore fois, comme d’habitude, le marché qui drive les grands choix technologiques qui vont structurer la société de demain.

Camille Crosnier : Laure de la Raudière c’est ce qu’on disait tout à l’heure, c’est l’économie qui, encore aujourd’hui en 2020, après le covid, drive, comme dit Yaël Benayoun, qui mène la danse en permanence ?

Laure de la Raudière : C’est aussi l’innovation. Je pense qu’il n’y a pas à rougir du fait qu’on ait envie de développer des innovations en France.

Yaël Benayoun : On est quand même dans un contexte de crise écologique planétaire, c’est juste pas possible !

Laure de la Raudière : Vous n’allez pas résoudre la crise écologique sans innovation. Ce n’est pas vrai. Il ne faut pas mentir aux Français.

Yaël Benayoun : Peut-être pas cette innovation-là.

Laure de la Raudière : Prôner la décroissance ou prôner la sobriété sans innovation, je suis désolée il n’y aura pas un pacte citoyen sur cette base-là. La réduction de la consommation d’énergie passe par l’innovation et elle passe peut-être justement par la 5G.

Yaël Benayoun : La vraie question c’est quelle innovation ?

Laure de la Raudière : Je voudrais revenir sur les enjeux de santé parce que je suis inquiète.

Camille Crosnier : Yaël Benayoun, juste en un mot ce que vous vouliez répondre et ensuite le volet santé avec vous Laure de la Raudière. En un mot.

Yaël Benayoun : Oui, effectivement on disait que l’industrie automobile est stagnante, elle va devoir se réorienter. La vraie question c’est vers quoi elle va se réorienter ? Est-ce qu’il faut qu’elle se réoriente vers les véhicules autonomes ? Peut-être pas !

Laure de la Raudière : S’ils sont électriques, oui.

Yaël Benayoun : Non, parce que là vous oubliez toute l’infrastructure dont il y a besoin pour les produire, encore une fois.

Camille Crosnier : La question sanitaire ensuite je donne la parole à Stephen Kerckhove. La question sanitaire dont vous vouliez parler Laure de la Raudière.

Laure de la Raudière : Moi je suis inquiète des intox qui existent sur la 5G d’un point de vue sanitaire, vraiment inquiète. Pendant le confinement j’ai eu des personnes de ma circonscription que je connais, qui sont tout à fait censées, tout à fait insérées, qui ont relayé le message en me demandant si c’était vrai ou pas, en disant « les antennes 5G provoquent, sont à l’origine du covid », comme si c’était des antennes à pangolin.

Camille Crosnier : Donc c’est faux, on le dit.

Laure de la Raudière : C’est complètement faux, on le dit, on le répète, mais ce genre d’intox n’est pas anodin. C’est manipulé sur les réseaux sociaux par des mouvements qui cherchent à déstabiliser la France, c’est-à-dire que ce sont des mouvements ultragauches, c’est vu comme ça par les Renseignements généraux.

Camille Crosnier : Pas que ultragauches. Vous ne pouvez pas cataloguer à une certaine catégorie, vous ne pouvez pas ! Ça vient aussi de l’extrême droite, d’ailleurs on ne peut même cataloguer d’où ça vient parce que ça s’appelle une intox et c’est sur Internet.

Laure de la Raudière : En tout cas c’est ce qu’on voit dans tous les pays européens en termes de déstabilisation c’est-à-dire que c’est bien orchestré pour affaiblir les pays.

Camille Crosnier : Stephen Kerckhove. On va laisser Stephen Kerckhove intervenir.

Stephen Kerckhove : Je pense que c’est totalement périphérique. Depuis maintenant quatre mois que cette infox est sortie.

Camille Crosnier : D’ailleurs on va essayer de ne pas lui donner trop d’importance parce que c’est une fausse information.

Stephen Kerckhove : Ça fait à peu près quatre mois que ça tourne et les principaux propagateurs de cette fake news ce sont les opérateurs et certains responsables politiques qui reviennent à la charge en mettant en évidence cette association qui n’a pas lieu d’être. On ferme la parenthèse.

Laure de la Raudière : Mais non, mais non ! On ne peut pas laisser dire ça. Il y a des antennes qui ont été brûlées à cause de ça.

Stephen Kerckhove : En l’occurrence c’est bien vous qui l’avez remise sur la table alors que personne n’en parle.

Camille Crosnier : On va arrêter d’en parler parce que c’est une infox.

Stephen Kerckhove : La question sanitaire. Il y a un éléphant dans la pièce, en fait personne n’en parle. Oui il y a des effets des champs électromagnétiques sur la santé, l’Anses ne cesse de le répéter. Ce qui se passe aujourd’hui avec l’omniprésence du numérique c’est qu’entre 13 et 18 ans l’addiction au numérique atteint 6 heures 40 par jour ; c’est 40 % du temps éveillé.

Camille Crosnier : Le temps d’écran.

Stephen Kerckhove : Le temps d’écran. Ça signifie qu´il y a aujourd’hui une addiction aux écrans qui ne va aller que croissant. Votre émission d’hier sur la lecture : 41 % des ados qui sont âgés entre 15 et 19 ans n’ont pas lu un livre dans l’année ! Vous avez une augmentation de la myopie, vous avez une baisse du temps de sommeil, vous avez un problème avec la sédentarité, le manque d’exercice, un isolement qui fait qu’aujourd’hui, avec ce tout numérique, vous avez un isolement croissant d’une large partie de la population qui n’appréhende l’extériorité qu’au travers des écrans.

Camille Crosnier : On a un message qui vous contredit, qui reprend d’ailleurs l’image des ados : « Juger la 5G à ses seuls usages domestiques c’est comme juger le téléphone à partir de ce qu’en fait son ado », message sur Twitter.
Je voudrais qu’on revienne très rapidement, on a parlé de surveillance, de ce dossier dans le dossier 5G, de Huawei qui est, pour les gens qui ne savent pas, un fabricant, un équipementier chinois qui est pionnier en matière de 5G. C’est lui qui fabrique les téléphones qui seront compatibles, les antennes en particulier. Huawei est accusé, soupçonné, de potentiel espionnage de la part des États-Unis, de la part du Royaume-Uni qui, du coup, n’en veulent pas. En France, Bruno Le Maire disait il y a deux jours « on ne sait pas, on va voir, on ne va pas les interdire. » Ce matin l’agence Reuters affirme qu’à partir de 2028 Huawei sera également banni de France.
Y a-t-il un risque d´espionnage à travers des antennes et des téléphones chinois, en l´occurrence de Huawei, Yaël Benayoun ? Ou est-ce que c’est un mythe ou une légende qu’on est en train de construire ? Vous ne le saurez pas, mais est-ce que c’est un vrai sujet ?

Yaël Benayoun : Pour le coup je n’ai pas fait d’études dessus. En l’occurrence, ce qu’on peut quand même dire c’est que ce n’est totalement un hasard si les États-Unis s’emparent du sujet puisqu’il serait question que Huawei ait deux ans, comme on dit, d’avance sur le sujet et qu’il risque effectivement d’avoir un peu le monopole sur les infrastructures. Donc ça permet aussi, entre autres, aux Américains de pouvoir retarder un peu ce déploiement et se positionner sur le marché. Il y a sûrement des enjeux un peu économiques derrière.

Camille Crosnier : En tout cas, Jacques Moulin, c’est un sujet qui fait débat, mais qui est un petit peu compliqué à trancher.

Jacques Moulin : C’est un sujet qui fait débat, c’est un sujet où on a d’ailleurs vu peut-être certaines évolutions des prises de position des uns et des autres. Dans ce qui vient d’être dit, on a au moins un point commun, c’est qu’effectivement il y a une bipolarisation du monde économique et géopolitique qui est en train de se mettre en œuvre. On voit bien qu’on est dans une nouvelle « guerre froide », avec tous les guillemets que l’on peut poser, entre les États-Unis et le continent asiatique en global.
Très objectivement, Huawei a été très présent sur le réseau en France, notamment vis-à-vis de certains opérateurs. Je crois qu’il ne faudrait pas non plus, si je me place cette fois-ci sur un raisonnement purement économique, que l’on mette les opérateurs dans une situation où ils seraient dépendants d’un ou deux fournisseurs, ce qui est quand même un sujet en tant que tel sur les prix. Il y a, c’est vrai, une qualité et une avance, c’est indéniable et tout le monde le reconnaît, de la part de Huawei. Maintenant il y a des impacts qui dépassent sans doute aussi un petit peu l’Europe par rapport à cette nouvelle guerre froide.
Je crois que, là encore, il faut que les choses soient bien posées. On a l’ANSSI qui s’est prononcée, on a des opérateurs qui ont effectivement évoqué le fait qu’ils étaient sur des partenariats raisonnables et raisonnés avec chacun de leurs fournisseurs. Il ne faudrait pas, je le dis, que l’Europe et la France deviennent là aussi un petit peu le dominion d’une puissance ou d’une autre. C’est pour ça que, au sein de l'IDate DigiWorld, je le dis, Huawei fait aussi partie de l’IDate.

Camille Crosnier : C’est vrai, d’accord.

Jacques Moulin : Tout comme Nokia, on travaille avec Ericsson.

Camille Crosnier : De toute façon vous n’allez pas aller contre eux, à priori.

Jacques Moulin : Non pas du tout, le sujet n’est pas là. Nous sommes une association, en l’occurrence on part du principe qu’il faut qu’il y ait débat et qu’à partir du débat on peut effectivement prendre des positions. Il n’y a rien de pire que de prétendre connaître des situations sans les avoir analysées. Nous sommes œcuméniques, on n’est pas à la solde de l’un ou de l’autre et c’est pour ça d’ailleurs que le 2 décembre nous allons, au cours de notre summit, faire un point sur quelle 5G pour l’Europe.

Camille Crosnier : Notre sommet. On est sur France Inter s’il vous plaît.

Jacques Moulin : Notre sommet, vous avez raison. Quelle 5G pour l’Europe, quelle infrastructure et on abordera la partie souveraineté, on abordera la partie transition écologique ; c’est un élément qui est essentiel.

Camille Crosnier : Laure de la Raudière, un message de Denis : « En démocratie il y a aurait un vrai débat, une campagne pour ou contre, un référendum et les Français choisiraient. On en est loin ! Toutes les grandes modifications sociologiques ne devraient pas être décidées autrement que par référendum, en tout cas pas par des opérateurs téléphoniques, des lobbies et des élus qui ne pensent qu’à leur prochain mandat. »

Laure de la Raudière : Je pense que ce n’est pas que le débat de la 5G dans ce cas-là, c’est le débat de l’ensemble de l’utilisation du numérique dans notre société, de la société qu’on veut construire ensemble. Quelle est la part de déconnexion qu’on veut avoir ? Quelle est la part de connexion ? Ce n’est pas le rejet du numérique en soi, c’est quelle est la société qu’on est en train de construire à l’ère du numérique ? La 5G, par rapport à ça, est finalement presque annexe puisque c’est l’usage d’un réseau.
Je suis favorable à ce débat. Je voudrais juste rappeler que les réseaux de communication sont des infrastructures vitales d’un pays. C’est-à-dire que c’est essentiel et normal que le gouvernement édicte des règles de choix des équipements qui sont sur les réseaux et si le gouvernement estime que Huawei, dans huit ans, n’a plus à être sur nos réseaux c’est une décision qui est souveraine d’un État. Je pense que c’est important.

Camille Crosnier : Ça n’est pas encore tranché. Stephen Kerckhove, dernier mot.

Stephen Kerckhove : Je reprends la balle au bond. Oui, il faut un débat public. Les parlementaires votent assez régulièrement des budgets pour tout un tas d’agences dont l’Agence nationale des fréquences, dont l’ADEME, dont l’Anses et il y a une quatrième agence c’est la CNDP, la Commission nationale du débat public. Ça fait des mois que nous demandons que cette commission se saisisse pour mener à bien, de façon à objectiver le débat, sur la partie climatique, énergétique, sur les usages, sur la santé et malheureusement le gouvernement veut précipiter les choses, veut attribuer les fréquences entre le 20 et le 30 septembre, alors que toutes ces agences sont en train de travailler. On ne comprend pas à quoi servent ces agences si elles n’arrivent pas avant la décision.

Camille Crosnier : Donc on rappelle, des demandes de moratoire de la part de votre association Agir pour l’Environnent.

Stephen Kerckhove : Et de PRIARTEM.

Camille Crosnier : Et de beaucoup d’autres associations, de maires également ; des pétitions, donc à suivre, comme on dit.
Dernière chose avant de se quitter, on va ouvrir L’Obs si vous le voulez bien, on va l’ouvrir ensemble comme tous les jeudis – il est en kiosque depuis ce matin – avec la directrice de la rédaction Dominique Nora. Bonjour.

Dominique Nora : Bonjour.

Camille Crosnier : Cette semaine, écoutez le petit air qu’on va avoir dans la tête À bicyclette puisque vous allez nous allez nous parler de la « vélorution », Dominique.

Dominique Nora : Oui Camille, absolument. Cette semaine L’Obs raconte dans un dossier pourquoi et comment la France s’est enfin mise à pédaler. En fait, c’est un peu comme pour le télétravail : la pandémie du coronavirus a été un déclencheur pour beaucoup de gens et, au moment du déconfinement, le phénomène s’incruste et s’accélère. La France était le pays de l’industrie automobile, donc on était très en retard sur l’adoption du vélo par rapport, notamment, à nos voisins d’Europe du Nord ; tout le monde a en tête les images d’Amsterdam ou de Copenhague. Pendant le confinement les voitures ont disparu laissant plus d’espace à la petite reine ; les transports en commun étaient impraticables ou pouvaient prendre de moins en moins de passagers, donc le vélo s’est imposé. Collectivement nous y avons pris goût et le trafic cycliste a même progressé en France de près de 30 % entre la mi-mai et la fin juin par rapport à la même période de l’an dernier. On peut parler d’une véritable « vélomanie », en fait, qui a été validée.

Camille Crosnier : Justement, est-ce que ce n’est pas quelque chose qui n’appartient un petit peu qu’aux villes ? On parlait tout à l’heure des campagnes, ce n’est pas un peu une lubie de bobos parisiens comme on pourrait le dire ?

Dominique Nora : Pas du tout. Les progressions les plus fortes des usages, au contraire, ont été enregistrées dans les villes de moins de 100 000 habitants. Si je vous dis Limoges, Arras, Saint-Nazaire, Chambéry, ce n’est pas évident, mais le vélo a conquis ces villes. En toile de fond il y a bien sûr la prise de conscience écologique, le ras-le-bol du tout bagnole surtout chez les jeunes urbains qui ne passent même plus leur permis de conduire. Mais c’est aussi plus philosophique ou psychologique comme nous l’a expliqué l’écrivain Bernard Chambaz : en fait le vélo procure aussi un sentiment de liberté et une manière peut-être de renouer avec notre enfance et nos premiers pas sur les deux roues, si je puis dire.
Bien sûr, il y a eu la vague verte aux municipales. D’ailleurs on met à l’honneur à la Une de L’Obs cette semaine l’élue qui symbolise le mieux cette révolution politique, c’est Léonore Moncond'huy, la nouvelle maire de Poitiers.

Camille Crosnier : Qui a à peine 30 ans.

Dominique Nora : On parle d’un véritable phénomène citoyen.

Camille Crosnier : Même le monde des affaires s’est pris de passion pour la petite reine. ?

Dominique Nora : Oui. De plus en plus d’entreprises subventionnent les déplacements à bicyclette de leurs collaborateurs, mais pas seulement ça. Ils organisent des événements autour du vélo. En fait, le mantra c’est « le vélo c’est un peu le nouveau golf ». C’est-à-dire que c’est en pédalant qu’on fait des rencontres, qu’on noue des partenariats, voire qu’on signe des contrats. Le mouvement est aussi supporté par l’univers des startups et de la technologie puisqu’il intéresse les jeunes et qu'il y a beaucoup d’innovations autour du vélo avec une figure phare qui est Marc Simoncini et sa smart bike qui s’appelle Angell, qui sera désormais fabriquée en Côte-d’Or par le groupe Seb, qui passe donc de la cocotte-minute, enfin qui ajoute le vélo à sa gamme d’ustensiles pour la cuisine.

Camille Crosnier : Voilà, la « vélorution ». C’est donc à lire dans L’Obs de cette semaine. Je fais un petit message à Radio France : on voudrait des garages à vélo, je continue mon combat. Merci.
Merci à vous Dominique Nora, bonne journée.

Dominique Nora : Merci beaucoup. Au revoir. Bonne journée.

Camille Crosnier : Merci aussi à mes quatre invités du jour, Stephen Kerckhove d’Agir pour l’Environnement, Yaël Benayoun de l’association Le Mouton Numérique, la députée Laure de la Raudière du groupe Agir et Jacques Moulin du thing tank IDate. On se retrouve demain. On parlera du passé qui, apparemment, nous rassure et nous ramène du Louis De Funès. Bon après-midi les amis.

Ni d’Ève ni d’Ada. Éditorial de Véronique Bonnet, présidente de l’April, à l’occasion du Ada Lovelace Day 2020.

lun, 10/12/2020 - 00:00

Jadis, il était inenvisageable qu’un être féminin accède aux arcanes de la mathématique. Au XIXe siècle, Ada Lovelace, la programmeuse qui réalisa la première ligne de code de l’histoire pour la machine de Babbage, fut en ce sens une exception. Au XIIIe siècle, Émilie aussi. Émilie du Châtelet, physicienne et traductrice de Newton.(1)

Persister, alors, à se réjouir, un jour dans l’année, le second mardi d’octobre, que des femmes puissent coder ? Ou se réjouir, tous les jours de l’année, que les femmes et les hommes puissent écrire des lignes de code qui commémorent cette première fois, expression fabuleuse de l’autonomie humaine capable de contrôler un programme ? Le Free Software, par ses quatre libertés, magnifie ce geste originaire. Et ceci à cause du respect porté à l’utilisateur, qu’il soit d’Ève ou d’Adam, ces vieilles histoires n’ayant que trop duré. Ce qu’a pu accomplir Ada, inaugurant la longue chaîne des programmeurs des deux sexes, suggère une lecture existentielle élargie. Être libre aussi d’exécuter, d’interroger, de modifier, de partager sa vie comme on veut.

Naguère, les libristes femmes de l’April marquaient le Ada Lovelace Day, en se photographiant avec des barbes postiches, comme pour neutraliser l’absence de l’ attribut qui fait défaut aux filles d’Eve et aux filles d’Ada, pour se fondre aux « barbus », surnom des geeks mâles. Alors qu’un être humain est doté du même potentiel qu’un autre être humain, pour peu que le regard qu’on pose sur lui soit aussi bienveillant. Ce qui requiert que les peuples travaillent à abolir les dispositifs rétrogrades qui entravent la liberté des chances, et font persister une dissymétrie que peut aggraver la misère. A la précarité économique, à la privation parfois pure et simple d’éducation imposée par des idéologies d’un autre âge, les femmes paient encore un lourd tribut.

En ce Ada Lovelace Day, peut-être serait-il pertinent de célébrer le droit à l’indifférence dont Ada a pu bénéficier par son contexte familial très particulier, contrairement à Ève que le mythe présente comme sous-produit de l’homme, mise à l’index et toujours en faute. Le diable est dans les détails.

Si Ada, sans précarité économique aucune, put, au XIXe siècle, et de surcroît en Angleterre, s’adonner à l’étude des nombres et des figures, ceci fut à l’époque une exception dont il serait souhaitable qu’elle devienne la règle. De dépit d’avoir été abandonnée par le poète Byron, père d’Ada, la mère d’Ada décida que l’enfant qu’elle élèverait seule, quel que soit son sexe, n’aurait pour trajectoire de vie ni la poésie ni la littérature mais les mathématiques et les sciences, considérées alors comme aux antipodes des lettres.

Ce qui se voulait une vengeance fut pour Ada une opportunité de trouver ouverte une voie qui, alors, pour les filles, était quasiment fermée : la pratique de l’abstraction et du calcul de propositions. Certes, Anabella, la mère, était elle-même mathématicienne par inclination, et Byron l’appelait sa « princesse des parallélogrammes ». Mais Ada fut programmeuse par profession, et réalisa, pour Charles Babbage, qui l’appelait « l’enchanteresse des nombres », les lignes de code destinées à sa « machine analytique », premier ordinateur qui aurait pu fonctionner à la vapeur si la mise de fonds pour le terminer avait été suffisante.

Aujourd’hui encore, les conditions ne sont certainement pas réunies pour que ce droit à s’ouvrir à tous les possibles, qu’on soit indifféremment femme ou homme, aille de soi. La persistance, à certains endroits du monde - et même presque partout - de tutelles législatives, économiques, et même symboliques, est pesante et requiert bien des combats. Pour certaines religions - et peut-être même toutes - il n’est pas indifférent d’être humain femme ou bien humain homme pour pouvoir accéder ou non à certaines modalités délectables, joyeuses ou sérieuses, de la vie.
Certaines représentations sont tenaces, et s’insinuent encore dans nos choix alors même que les opportunités d’existence semblent ouvertes à l’identique pour chaque être. Il y a encore vingt ans, j’enseignais à une classe préparatoire à dominante biologique avec un seul garçon parmi toutes les filles, et dans une classe préparatoire à dominante mathématique avec une seule fille parmi tous les garçons. Femmes princesses et enchanteresses de la biologie, par leur pouvoir de mettre au monde la chair de leur chair ? Hommes princes et enchanteurs de la mathématique, par la grâce de l’abstraction désincarnée ? Certes, l’obsolescence programmée en matière de reproduction des humains féminins est plus précoce que celle des humains masculins, et les humains féminins portent l’enfant à naître dans leur corps alors que les humains masculins le confient à un corps autre. Et alors ?

Concevoir et inventer : le projet du logiciel libre s’adresse à quiconque, et concerne quiconque. Il est d’essence universelle, refusant que ce soit le programme qui contrôle l’utilisateur quel qu’il soit. Que l’on pratique l’informatique ou non, que l’on puisse porter barbe ou pas, œuvrer à sensibiliser à des programmes contrôlés par leurs utilisateurs, les réaliser, les exécuter, les étudier, les améliorer, en partager des copies modifiées ou non modifiées commémore la maîtrise manifestée par le premier être humain à avoir programmé.

Les hacktivistes libristes, deux termes neutres, ni féminins ni masculins, manifestent en ce jour leur volonté d’autonomie, de générosité, de présence à l’autre. Quels que soient leur couleur, leur âge, leur sexe. Ni d’Adam ni d’Ève. Ni d’Ève ni d’Ada.

(1) Voir à ce propos la lettre ouverte à Ada du 13 octobre 2015 dans le Framablog (https://framablog.org/2015/10/13/lettre-ouverte-a-ada/) où j’évoque leur deux trajectoires inouïes.

Windows a-t-il intérêt à basculer sur un noyau Linux comme l'affirme ESR ? - Décryptualité du 5 octobre 2020

sam, 10/10/2020 - 14:22


Titre : Décryptualité du 5 octobre 2020 - Windows a-t-il intérêt à basculer sur un noyau linux comme l'affirme ESR ?
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 5 octobre 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 40 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Le manchot Tux, la mascotte de Linux - Licence Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Eric S. Raymond fait la prédiction fracassante que Microsoft se prépare à utiliser le noyau Linux pour Windows. Quel sens cela aurait pour cette entreprise hégémonique et privatrice d'abandonner son code source propriétaire alors qu'elle est toujours en position ultra-dominante ?

Transcription

Luc : Décryptualité. Semaine 40 de l’année 2020. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : On est encore que tous les deux. Décidément c’est mal parti pour retrouver Nolwenn et Nicolas.
Sommaire de la revue de presse de cette semaine.

Manu : On a six jolis articles.

Luc : France Inter, « Données de santé des Français : faut-il avoir peur du géant Microsoft ? »

Manu : Oui, il faut avoir peur, bien sûr ! Parce que l’État français a exporté nos données de santé aux États-Unis. On en a déjà parlé, c’est un sujet qui va continuer, je n’en doute pas, parce que c’est quand même embêtant.

Luc : Ce ne sera pas notre sujet du jour, en tout cas il y a certains éléments qu’on pourra rattacher à ça, gardons-les en tête.
Acteurs Publics, « Jean-Luc Nevache : La culture des administrations est, encore aujourd'hui, davantage celle du secret que de l'ouverture ».

Manu : C’est un entretien et ça parle de la CADA, la Commission d’accès aux documents administratifs. Des sujets qu’on suit pas mal dans le monde du logiciel libre parce qu’on aime bien savoir ce qui se passe dans les administrations, dans l’État français, pourquoi, notamment ils choisissent Microsoft, par exemple.

Luc : Journal du Net, « Une digital workplace 100% free se révèle dans le sillage du Covid », un article d’Antoine Crochet-Damais.
Que d’anglicismes !

Manu : Ah ! Oui, ils aiment bien ça, il faut croire. Ça parle de travail à distance, on est en plein dans l’époque : est-ce qu’on va arrêter de se déplacer pour aller au bureau et le logiciel libre aide beaucoup pour faire du télétravail.

Luc : ZDNet France, « Logiciel libre à l'Éducation nationale : une question, une non-réponse et des éléments », un article de Thierry Noisette.

Manu : Il y a des gens qui s’intéressent au sujet de l’Éducation nationale et des logiciels qui y sont utilisés. Là encore, Microsoft a été choisie il y a déjà quelque temps et ça reste embêtant, ça nous embête, beaucoup. Là il y a des questions qui ont été posées sur le sujet au niveau des institutions, il n’y a pas vraiment eu de réponse pour l’instant, mais ça évolue au fur et à mesure du temps. Des questions qui continuent à être posées régulièrement par des députés, des sénateurs et on aime bien décortiquer les réponses au fur et à mesure.

Luc : cio-online.com, « Stéphane Rousseau (VP, CIGREF) : « les logiciels libres sont des choix par défaut… dans les infrastructures » », c’est une interview.

Manu : Une interview vidéo, j’ai jeté un œil, intéressante. Le CIGREF c’est un groupement des plus grandes entreprises françaises.

Luc : Utilisatrices d’informatique.

Manu : Exactement. Donc c’est plutôt intéressant de voir ce qu’ils disent du logiciel en général. Ce ne sont pas de dangereux communistes, non, clairement pas, et ils aiment bien le logiciel libre malgré tout. C’est plutôt intéressant. Ils le mettent en avant, là, dans le cadre des infrastructures, mais on a pu entendre parler d’autres sons de cloches sur d’autres articles.

Luc : Dont on parlera un petit peu plus tard, ce sera notre sujet de cette semaine.
InformatiqueNews.fr, « Microsoft n'abandonne ni Windows, ni Windows on ARM, bien au contraire… », un article de Loïc Duval.
C’est une réaction à un article de blog de Eric S. Raymond1 qui est un vieux de la vieille de l’open source, c’est un pur opensourciste.

Manu : Et un troller de première. C’est ESR dans le monde du Libre.

Luc : Qu’est-ce qu’il a annoncé ?

Manu : Qu’en gros, ça y est, Microsoft allait convertir son système d’exploitation Windows à Linux, ce qui parait bizarre. Mais c’est vrai que Windows est un système complet, soi-disant, et Linux est un noyau donc, en théorie, ils pourraient tout à fait intégrer ce noyau dans le système complet et le livrer. Et, après tout, Linux c’est du logiciel libre, donc légalement, techniquement, ils pourraient le faire et il y a des signes qu’ils sont en train de le faire.

Luc : J’ai du mal à y croire, parce que ça remonte un petit à loin mais Steve Ballmer, l’ancien patron de Microsoft, qui avait pris la suite de Bill Gates, avait dit que le logiciel libre et Linux étaient un cancer, le cancer de l’informatique. On sait que Microsoft a tourné casaque et fait de l’open source.

Manu : En changeant de dirigeant, notamment.

Luc : Mais on peut se dire que Windows c’est leur logiciel phare, ils sont en quasi-monopole.

Manu : C’est leur vache à lait, ils ont fait des milliards à l’aide de système-là.

Luc : Ça doit être des millions, des centaines de millions de lignes de code, c’est du code qu’ils possèdent entièrement, donc ils ne vont pas tout jeter, en tout cas le noyau, toute la partie vraiment technique, ils ne vont pas tout balancer à la poubelle.

Manu : En tout cas en théorie, parce qu’il y a des signes qui sont assez bizarres. Premier signe : sur leur cloud, leur informatique en nuage, Microsoft fournit plein de systèmes là-dessus, il s’appelle Azure et c’est ça qui est en train de gagner de l’argent, chez eux, il semblerait en ce moment. Et, dans leur système en nuage, il y a plus de Linux, de machines avec un Linux qui tourne dessus que de machines avec un Windows et c’est un signe assez bizarre.

Luc : On savait de longue date que les serveurs Windows c’est de la merde, ça marche quand même très mal et ça fait des années qu’ils utilisent du Linux de partout. Une des raisons pour lesquelles ils sont entrés dans la Fondation Linux2 c’est qu’effectivement ils veulent faire tourner leurs serveurs avec des technologies qui marchent bien.

Manu : On a même remarqué, et ça a beaucoup fait jaser, que Microsoft est un gros contributeur au noyau Linux, notamment pour l’adapter et le faire tourner dans Windows. C’est quelque chose qui est apparu il y a quelques années, il n’y a pas très longtemps, ils ont installé dans Windows une sous-souche, une compatibilité on va dire, une sorte d’émulateur intégré qui s’appelait WSL [Windows Subsystem for Linux] et qui permettait de faire tourner les programmes Linux dans Microsoft Windows.
Et là, depuis l’année dernière, ils ont intégré une deuxième couche, WSL2, maintenant ils ont mis directement dans Windows, en plus de leur noyau d’origine qui est toujours là, un noyau Linux. Donc il y a un côté un peu bicéphale, très intéressant, qui leur permet de revendiquer qu’ils font tourner du Linux tel quel, à peu près.

Luc : L’argument de Eric S. Raymond c’est de dire « regardez, Edge qui est leur navigateur, ils ont en train de le porter sous Linux ».

Manu : Anciennement Internet Explorer, juste pour replacer, on en parlait beaucoup sous ce nom-là une époque.

Luc : Tout à fait, et on se doute, effectivement, que ce n’est pas pour la petite poignée d’utilisateurs de Linux en ordinateur personnel qu’ils font cet effort-là, parce que c’est négligeable.
L’autre chose qui est intéressante, avec ce changement, c’est de se dire qu’ils avaient un navigateur sur lequel ils ont investi depuis des années, Internet Explorer, qui a toujours assez mal marché mais avec lequel ils ont essayé de tuer Internet à une époque, en tout cas de le dévoyer et de se débrouiller pour que ça marche très mal, pour que tout le monde reste chez eux.

Manu : Ils l’avaient super bien intégré à leur système. Ça avait même été au tribunal et ils avaient dit : « Non, non, on ne pourra jamais l’enlever, c’est trop compliqué. Notre position de monopole est légale et logique. »

Luc : Ils avaient fait plein de petites technos qui n’étaient pas normalisées, donc qui marchaient bien dans leur navigateur mais pas dans les autres navigateurs. C’était quoi ? Il y a dix ans ? Ça buggait dans tous les sites, etc. Et c’était écrit partout « utilisez Internet Explorer si vous voulez que ça marche bien ». C’était une stratégie de leur part.

Manu : C’était l’enfer. Moi, développeur web, je détestais ce genre de chose.

Luc : C’est Edge qui était être censé être leur nouveau navigateur qui enfin marchait bien, etc.

Manu : Marchait moins mal !

Luc : Et on a appris il y a quoi ? Un mois, deux mois?

Manu : Non, il y a un peu plus de temps.

Luc : Il y a un peu plus de temps, mais il n’y a pas si longtemps que ça, qu’ils balançaient leur navigateur et qu’ils allaient utiliser Chromium, qui est le navigateur de Chrome, fait par Google, qui est aussi du logiciel libre. Donc on voit qu’ils sont capables de balancer du développement interne, du code qu’ils maîtrisent, qui leur appartient, donc pourquoi pas celui de Windows, effectivement.

Manu : Ça va très loin. Ils ont acheté GitHub3 il n’y a pas très longtemps. C’est une plateforme qui héberge de nombreux logiciels libres et ils ont mis plein de leurs librairies internes dessus. DotNet est libérée en grande partie, c’est une librairie composant le cœur de tous les systèmes qu’ils vendent, sur lesquels ils font de l’argent. Donc ça va très loin, moi je me dis qu’il y a des évolutions incroyables de Microsoft.

Luc : Microsoft est là pour faire de la thune, c’est le principe.

Manu : Et ils en font, il en font beaucoup.

Luc : Windows a toujours été leur la vache à lait. Ils gagnent beaucoup d’argent avec ça. Quel intérêt ils ont à changer leur modèle ? Parce qu’on avait dit aussi, il y a des bruits qui couraient il y a quelques années, que Windows allait devenir gratuit, ce n’est toujours pas le cas !

Manu : Pas tout à fait !

Luc : Quel intérêt pour eux de changer quelque chose qui leur rapporte beaucoup d’argent ?

Manu : On peut supposer que ce sont des changements de modèle. De la même manière qu’à une époque ils vendaient des licences, aujourd’hui ils vendent des abonnements. On ne met plus à jour son système de la même manière en achetant un disque qu’on met dans le mange-disque et qu’on installe. Non, ce sont des mises à régulières et pour eux c’est de l’argent qui rentre facilement. De plus en plus ça va dépendre du cloud sur lequel ils ont Office qui reste vraisemblablement leur vache à lait majoritaire et qui est en abonnement là aussi.

Luc : Office 365 est leur solution de bureautique, qu’on peut utiliser uniquement en mode web. Il y a aussi les applications qui sont en dur sur l’ordinateur mais qui vont communiquer, être connectées sur des services hébergés cloud, etc., pour partager ou travailler ensemble sur des données.

Manu : On peut aussi imaginer qu’ils ont raté des tournants. Ils ont raté, notamment, le tournant du téléphone portable qui est un truc assez considérable et, dans une certaine mesure, d’Internet. Là, peut-être qu’ils ont en ont marre de rater des tournants et qu’ils se disent « on va essayer d’accaparer d’autres technologies, de les intégrer ». Après tout, ça leur coûte moins cher d’intégrer le noyau Linux que de refaire une n-ième nouvelle technologie de noyau.

Luc : Donc là ça rejoint l’article que j’ai mentionné du CIGREF, la réaction du CIGREF qui n’était pas dans la revue de presse. Le CIGREF4, on le rappelle, association des très grosses entreprises françaises utilisatrices d’informatique et qui dit, en gros, que le modèle du cloud est dévoyé et qu’ils sont en train de se faire avoir, notamment avec la crise du covid. Que les tarifs montent tout le temps. Qu’on peut de moins en moins négocier et qu’une fois qu’ils ont mis tous leurs services, tous leurs applicatifs dans le cloud, ils sont pieds et poings liés : on a ses machines chez un hébergeur donc l’hébergeur fait ce qu’il veut. S’il dit « je coupe », eh bien on est à poil !

Manu : Ça va loin. À un moment donné ils peuvent même avoir peur que les vendeurs de nuage leur revendent leurs propres données, d’après l’article que tu as montré.

Luc : C’est ça.

Manu : Donc là, clairement, ils sont en train de se faire plumer. Ils mettent des serveurs dans les nuages de ces différents fournisseurs, les services informatiques dans ces nuages, les données dans ces nuages. Il ne manque plus que quoi ? La maîtrise ?

Luc : Et puis les logiciels eux-mêmes. C’est un piège, on est coincé, on est piégé. Ils sont en train de nous tondre. On comprend l’intérêt de Microsoft à foncer vers ce modèle-là qui est un modèle d’enfermement.

Manu : Au plus pur.

Luc : Tout à fait efficace et c’est super intéressant pour eux.
Linux, là-dedans, c’est un noyau5 super efficace, on rappelle, c’est utilisé ailleurs, par d’autres GAFAM qui le proposent.

Manu : Android. Je rappellerais aussi que Apple utilise majoritairement, en sous-main, du logiciel libre parce qu’une bonne partie de leur noyau vient d’un noyau BSD, d’un dérivé. Ils l’ont inclus dans leur système propriétaire et ils ont enfermé leurs utilisateurs bien qu’ils utilisent ça.

Luc : Une différence peut-être, je ne sais pas si ça fera la moindre différence, mais le noyau libre utilisé par Apple était sous une licence non copyleft

Manu : Hyper-permissive.

Luc : Ça veut dire qu’on peut prendre le truc et le refermer. En revanche, le noyau Linux est sous une licence copyleft6, ce qui veut dire que les modifications ne peuvent pas être refermées. Est-ce que ça permettra d’avoir un peu plus d’ouverture, un peu plus d’interopérabilité entre les solutions de Microsoft et le reste, je ne sais pas ?

Manu : Il y avait quand même une faille, c’est-à-dire qu’effectivement le noyau Linux est protégé, bien protégé légalement. Si, sur notre poste de travail, on récupère un Windows qui contient ce noyau, ils seront obligés de mettre à disposition les modifications éventuelles. Par contre, sur un serveur en cloud, là ils n’ont plus cette obligation, parce qu’on n’est plus tout à fait l’utilisateur d’un service cloud distant.

Luc : Parce que c’est quand on distribue le logiciel qu’on doit distribuer les modifications.

Manu : Exactement. Et là-dessus il y avait un piège. Il y avait eu beaucoup de discussions et de bagarres sur des évolutions des licences. Il y avait eu des bagarres notamment avec Linus Torvalds et Richard Stallman. Là on va voir un petit peu comment ça se met en place justement.

Luc : Dans le domaine du téléphone portable, il y a quelques solutions libres qui existent, Android, mais elles ne se sont pas développées. C’est peut-être que dans le domaine du téléphone portable le matériel n’est pas très bien standardisé et c’est quand même très compliqué de faire des systèmes d’exploitation parce que le téléphone va changer tout le temps.

Manu : Ça force quasiment à faire des portages incroyables sur chaque architecture.

Luc : Or, dans le PC, on est quand même beaucoup plus dans des technologies standardisées, ce qui avait d’ailleurs coûté très cher à IBM dans les années 80 puisque Microsoft leur avait justement fait ce coup-là de vendre le système d’exploitation en dehors du matos.

Manu : Mais ils arrivent à des limites, c’est-à-dire que, traditionnellement, Microsoft, ils sont sur X86, l’architecture Intel phare, mais aujourd’hui ils se rendent compte que ce sont des architectures qui n’arrivent pas à évoluer dans le bon sens, notamment dans un sens de moins de nécessité énergétique. Donc quand on met dans un téléphone portable les mêmes microprocesseurs que dans un ordinateur, la batterie est zappée en peu de temps, ça va trop vite, ce n’est pas du tout adapté. Microsoft a essayé de porter son système d’exploitation sur ce qu’ils appellent ARM, sur d’autres architectures aussi, ils ont rencontré pas mal de problèmes, notamment parce que leur écosystème ne vient pas avec le système d’exploitation. Il n’a pas évolué.

Luc : Donc on voit tout l’intérêt de passer sur un noyau Linux parce que là ils arriveront à faire tourner ARM, puisque Linux marche déjà dessus, c’est ce qu’utilise Android.

Manu : Et il marche sur plein d’autres architectures.

Luc : Tout à fait. Donc on peut imaginer la vision qu’ils aient de Windows à l’avenir : des machines qui soient peu puissantes mais qui soient des terminaux vers des services hébergés. Donc c’est une rupture avec la stratégie ancienne du WIntel où on sortait tout le temps des nouvelles machines de plus en plus gourmandes.

Manu : Donc le mélange entre Windows et Intel.

Luc : Wintel. Windows faisait des trucs de plus en plus lourdingues et Intel vendait des processeurs de plus en plus puissants et les gens disaient : « Ma machine ne marche plus, il faut que j’en rachète une autre »

Manu : Ils s’entendaient très bien. Ça permettait de faire évoluer le marché dans leur sens.

Luc : Tout à fait. Là on est peut-être sur un mouvement inverse. Je pense qu’ils pourront dire « nous on est pour l’environnement, regardez ça peut tourner sur des vieilles machines ou des machines peu puissantes ». À l’inverse, ils vont pouvoir vendre des services, sachant qu’ils ont déjà un service de Windows hébergé.

Manu : Oui, où on peut accéder à distance de son poste de travail, donc sur leurs serveurs, en France et probablement aux États-Unis aussi.

Luc : Il y a d’autres trucs qui sont en train de se monter là-dans. Dans le monde du Libre on a entendu parler d’un changement de carrière de Jean-Batiste Kempf, l’heureux papa de VLC7, le logiciel libre français le plus connu.

Manu : Le plus utilisé pour lire des vidéos.

Luc : Et des médias en général. Il est devenu directeur technique8 d’une startup française qui permet, pareil, de louer un ordinateur à distance. Avec une petite machine on peut accéder à un ordinateur à distance qui est maintenu, dont la puissance sera toujours à niveau, etc. Il y a d’autres solutions, notamment pour le jeu vidéo, Google fait ça.

Manu : Ils sont en train d’y travailler, ça n’a pas pris pour l’instant. Effectivement avoir une petite console assez légère chez soi qui accède à des gros serveurs à distance, mais l’idée est intéressante et probablement qu’ils vont creuser là-dessus.

Luc : C’est peut-être le nouvel eldorado, la nouvelle tendance informatique à long terme et Microsoft fait ce calcul en se disant « cette fois on ne va pas rater le coche », comme ils avaient raté le coche du téléphone. Et peut-être qu'effectivement, passer au noyau Linux, c’est le bon mouvement pour anticiper ce truc-là.

Manu : Rappelons toutes ces discussions qu’on a sur ces architectures de gros serveurs et de petits clients, c’est ce qu’on faisait déjà dans les années 70. C’est toujours amusant d’imaginer ce retour en arrière, mais c’est la vie, il y a des cycles !

Luc : La bonne question c’est : est-ce que ce passage à Linux est une victoire du logiciel libre ?

Manu : Clairement, bien sûr ! Ceci dit on connaît des libristes qui pleurent toutes leurs larmes parce qu’ils n’ont pas confiance dans Microsoft. Ils détestent Microsoft. Là, ils imaginent que c’est une stratégie d’extinction, comme le boa constricteur qui vous entoure et qui vous étouffe.

Luc : Ce qu’ils avaient tenté de faire avec Internet Explorer, ce qu’on a dit tout à l’heure.

Manu : Et qu’ils ont fait avec d’autres technologies.

Luc : En tout cas moi je pense que ça n’ira pas dans le sens des libertés des utilisateurs. Comme le disait l’article du CIGREF de tout à l’heure, quand on a toutes ses données, toute son informatique hébergée chez quelqu’un, on est dépendant de lui. Même si cet acteur fait tourner du logiciel libre, ça ne nous rend pas plus libre pour autant, donc la problématique reste tout à fait pertinente.

Manu : Sur ce, je te dis: méfie-toi et à la semaine prochaine.

Luc : OK. Je surveillerai mes arrières. Salut.

Homme-Machine : émotion, illusion ; et l'éthique ? - Laurence Devillers

jeu, 10/08/2020 - 17:08


Titre : Homme-Machine : émotion, illusion ; et l'éthique ?
Intervenante : Laurence Devillers
Lieu : TEDxESSECBusinessSchool
Date : juillet 2019
Durée : 10 min 18
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Portrait de Laurence Devillers - Licence Creative Commons Alike 4.0 International
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Merci. Bonsoir.
Le face-à-face sera bientôt avec des machines qu’on appelle des robots. Qu’est-ce que c’est qu’un robot ? C’est une machine qui a au moins trois fonctionnalités :
elle va percevoir son environnement. Elle le perçoit grâce à une caméra, grâce à des micros, grâce à des senseurs. Grâce à ces différentes captures de signaux, cette machine va prendre des décisions et va enfin actionner ses bras ou ses jambes et faire des actions en tout cas dans notre vie réelle.
Un robot ce n’est pas la même chose que ce qu’on appelait un robot dans les années 50, c’est tout sauf déterministe puisqu’il a une perception de l’environnement, il peut faire des choses qui n’étaient pas prévues ou qui n’étaient directement liées en fait, qui n’étaient pas programmées comme cela.

Qu’est-ce qu’on met dans ces robots ? On met beaucoup de modules d’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle c'est un oxymore : « intelligence » c’est de l’humain et « artificielle » c’est de l’artefact, c’est de la machine. Je parle souvent d’ « imitation artificielle ». On a développé énormément d’anxiété autour de ces robots qui vont prendre notre travail, qui vont arriver autour de nous pour différentes tâches.
C’est vrai que les premiers robots sont là pour nous aider pour des tâches qui sont difficiles, pénibles, etc. Les robots qu’on est en train de faire en ce moment sont plutôt sur des tâches intellectuelles. On va même jusqu’à des robots qui pourraient faire de l’interaction sociale avec nous, donc détecter nos émotions et être dans cet univers.

Ce qui génère aussi de l’anxiété chez nous c’est tout cet environnement de science-fiction qui a précédé en fait la robotique. Le mot « robot » a été prononcé la première fois dans une pièce de théâtre qui a été donnée en 1920, le scénario était fait Karel Čapek1. Le mot robot vient de Robota, serviteur, esclave, vient donc du slave.
On a vu différents films qui marquent les esprits, qui font qu’on a l’impression que ces machines vont être très intelligentes, vont avoir une conscience, vont avoir des émotions. Si vous vous rappelez le film Her qu’on voit en bas, la personne s’attache à une machine et la machine s’attache aussi à l’humain et un seul coup, dans le film, il y a un point essentiel qui arrive où la machine dit qu’elle est amoureuse de x milliers de personnes. À ce moment-là il y a une espèce de rupture, de dissymétrie et l’humain se dit « qu’est-ce que c’est que cette relation ? »
Real Humans était intéressant aussi, c’est une série télévisée en Suède, on voyait des robots dans différentes utilités de la vie de tous les jours que ce soit pour aider les enfants pour leurs devoirs ou pour aider des personnes âgées ou encore comme robots sexuels.
On va voir de plus en plus ces images autour de nous. Est-ce qu’on est encore dans la fiction ou pas ? J’avais mis aussi l’image de HAL, cette intelligence artificielle embarquée dans un vaisseau, qui parlait et qui, à la fin, quand la personne le débranche, dit : « Je sens ma conscience s’en aller ».
Ces émotions sont derrière toutes ces machines, ça crée aussi de l’anxiété.
Les mythes en créent aussi. Derrière on a Frankenstein et le Golem.
On fait des robots, on fait ces machines qui, d’un seul coup, deviennent des machines qui ont des intentions et qui nous aident, et qui vont se rebeller contre leur créateur.

Qu’est-ce qu’on va trouver dans la société à l’heure actuelle ? Normalement un robot c’est un objet qui va bouger, mais on a tendance à parler aussi de robots pour des logiciels.
Les chatbots, agents conversationnels, sont par exemple Google Home, Alexa d’Amazon ; je ne sais pas si vous en avez, en tout cas aux États-Unis ça se développe énormément, il y a des foyers où il y a six Google Home, un par pièce, donc ça prend une importance incroyable. On va voir différentes sortes de machines apparaître, donc c’est multiforme et aussi des robots qui nous copient beaucoup. On appelle ça des géminoides, des jumeaux robotiques de nous-même, comme le professeur Ishiguro2 avec son jumeau robotique qu’on voit dans l’image en haut.
Donc ces machines qui essaient de nous ressembler vont porter confusion, d’autant plus que lorsque cette machine s’adresse à nous, nous dit quelque chose avec un peu d'empathie, même si c’est de la fake empathie, eh bien on va avoir tendance à anthropomorphiser, à prêter à ces machines des capacités humaines.
Pour vous dire, j’ai écrit un livre qui s’appelle Des Robots et des Hommes – Mythes, fantasmes et réalité, j’ai eu à répondre au courrier des lectrices et des lecteurs et une dame m'a dit : « J’ai un robot chez moi, c’est un robot aspirateur. Quand il s’arrête au milieu de mon salon, que pense-t-il ? » Je n’ai pas imaginé une réponse satisfaisante sans doute, mais vous voyez que le niveau de culture et de compréhension de ces machines a besoin d’être renforcé.

Voix off du robot Nao : Bonjour. Je suis sensible aux émotions que tu exprimes dans la voix. Grâce à elles, je pourrais déterminer progressivement ton profil émotionnel et adapter mon comportement. Plus tu me parleras et plus le profil se stabilisera.

Voix off de l’interlocutrice : D’accord. C’est une bonne nouvelle ça Nao.

Voix off du robot Nao : Tu as l’air assez sûr de toi. Globalement assez satisfait, assez expansif et tu as l’air assez posé, j’adopte donc un comportement amical.

Laurence Devillers : Voilà ce que je fais dans mon laboratoire.

Voix off du robot Nao : Tu n'as pas l’air pas sûr de toi, globalement très insatisfait, très réservé et tu as l’air très posé. J’adopte donc un comportement directif.

Laurence Devillers : On travaille sur la tessiture de la voix, la prosodie, le timbre de la voix, donc la hauteur du ton, le rythme, pour extraire en fait des expressivités émotionnelles. Évidement ce ne sont pas nos émotions qui sont cachées, on ne va détecter que l’expressivité.
Il y a beaucoup d’autres travaux en multimodalité sur l’aspect facial, sur les actions, etc., qu’on va pouvoir détecter aussi. Pourquoi on fait ça ? On fait ça pour adapter le système à chaque personne et faire qu’il va répondre différemment.

Ces machines sont tout sauf émotionnelles réellement, elles imitent les émotions. Il n’y a pas de sentiments, il n’y a pas d’émotion, il n’y a pas d’intention, il n’y a pas de désir, pas de plaisir et pas de conatus au sens de Spinoza. Il n’y a pas d’équilibre, de volonté de faire quelque chose. Ce ne sont que des imitations que l’humain a faites.

Par contre, comment va-t-on réagir en face de ces machines si, au quotidien, on a des machines autour de nous qui jouent des émotions, avec lesquelles on sera en interaction ? Est-ce qu’elles vont nous isoler des autres ? Est-ce qu’on sera dépendants d’elles ? Regardez au Japon. Cette personne vit avec une machine. C’est un hologramme, ce n’est pas un robot à proprement parler parce qu’il ne bouge pas, mais c’est un chatbot donc un agent conversationnel. C’est cette espèce de fée clochette qui pourrait ressembler à un Tamagotchi, si vous vous rappelez un peu ces systèmes. Elle est là pour lui. Elle prend soin de la maison et elle continue toute la journée. Omniprésence de cet objet, donc il y a une espèce d’attachement. On voit que la personne dit « je vais rentrer à la maison ». L’objet dit « tu me manques, reviens ».
En fait, ces petits scénarios correspondent finalement à une interaction dans le vide puisqu’il n’y a personne en face, il y a une machine. On peut imaginer isoler les gens avec ces objets chez eux et, quand je dis qu’il y a effectivement beaucoup de ces objets, les Google Home et les Alexa d’Amazon, qui sont achetés à l’heure actuelle aux États-Unis et qu’en France ça commence à démarrer aussi, il faut faire attention. Ces machines enregistrent nos conversations et notre intimité chez nous et vont les utiliser pour créer les nouveaux modèles qui vont pouvoir être à nouveau vendus sous d’autres formes, peut-être avec d’autres objets. Donc il faut faire très attention à cette manipulation possible.

Je travaille aussi depuis sur l’incitation à faire. Comment une machine comme ça qui détecte dans quel état d’esprit vous êtes peut vous influencer, vous pousser à acheter des choses que vous n’auriez peut-être pas envie d’acheter, vous pousser à choisir différentes stratégies dans votre vie qui seront très intrusives. On n’en est pas encore tout à fait là, mais il faut faire très attention.

Les arrivées de ces machines sont à la fois bénéfiques pour nous et engendrent un certain nombre de risques, ce qui me fait parler de plus en plus d’éthique. En tout cas, si ce n’est pas de régulation forte, c’est un besoin de comprendre. On a besoin dans la société d’être i-Ready avant de pouvoir utiliser ces machines. Elles vont permettre de mieux comprendre nos biais cognitifs, pourquoi on réagit – par paresse, pour faire comme le voisin – et ces émotions qui nous animent qui font qu’on va raisonner par intuition sur le système 1 comme le décrit Kahneman3, prix Nobel d’économie en 2002. Il décrit deux systèmes : le système 1 qui est intuitif qui est très rapide, qui nous permet de survivre qui est là depuis très longtemps et le système 2, cognitif, qui permet de réguler. Allons vers un système 3 de métacognition où on va pouvoir être conscient de cette intuition, de cette créativité qu’on peut avoir, tout en ayant compris, finalement, qu’il y a d’autres buts. C’est un choix qu’il faut garder. L’intuition c’est excellent pour la créativité, l’imagination. Dans certains aspects on réagit plus vite avec cette façon d’appréhender les choses et il ne faut surtout pas qu’on devienne des machines. Par contre, il faut comprendre quelles actions derrière sont déterminées, finalement, par cette réaction très rapide.

Je finirai par un point très positif. J’ai utilisé ces machines pour aller faire des enregistrements avec des personnes âgées dans des Ehpad ou à l’hôpital Broca avec des gérontologues et des psychologues. On peut aider, assister, renforcer, les gens qui perdent la mémoire, qui perdent le langage, grâce à ces machines. On a vu aussi des expériences extrêmement intéressantes avec des enfants autistes. Donc il faut absolument que l’on arrive à être suffisamment conscients de ce que font ces machines pour les utiliser au mieux dans la vie de tous les jours.

Dernier point. Attention à une chose ! En ce moment ces machines sont faites majoritairement par des hommes, 20 % de femmes font de l’IA. 80 % de ces machines sont faites par des hommes. 80 % des machines qui sont faites ont des noms féminins : Alexa, Samantha, Nadine, etc., ont des corps de femme jeune, des voix jeunes et on va être entourés de ces machines qui simulent finalement des servantes, des assistantes et des rôles subalternes. Je pense que sur la représentation des femmes il y a urgence à dire qu’il faut faire des machines masculines et féminines, en tout cas, on les genre forcément, donc il faudra faire attention à cela. J’encourage les jeunes femmes à venir dans ce domaine qui est pluridisciplinaire, on fait de l’informatique, mais on ne fait pas que ça. En tout cas la modélisation des émotions sur machine c’est quelque chose qui demande de s’intéresser à la psychologie, à la philosophie et à beaucoup d’autres choses. Venez sur ces domaines !

[Applaudissements]

Microsoft et la santé - Débat entre deux acteurs du numérique

jeu, 10/08/2020 - 16:07


Titre : Microsoft et la santé - Débat entre deux acteurs du numérique
Intervenants : Guy Mamou-Mani - Tariq Krim - Stéphane Soumier
Lieu : Combat d'entrepreneurs - Émission BE Smart, chaîne B SMART
Date : juin 2020
Durée : 19 min 51
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Capture d'écran de la vidéo, licence de paternité Creative Commons (réutilisation autorisée)
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Stéphane Soumier : BE SMART, l’émission qui continue. C’est l’heure du débat, combat d’entrepreneurs. On appelle ça combat d’entrepreneurs, là en l’occurrence ce sera un débat. Guy Mamou-Mani, grand sourire. Bonjour Guy.

Guy Mamou-Mani : Bonjour.

Stéphane Soumier : Merci de venir nous voir. Guy Mamou-Mani, coprésident du Groupe Open1. Si vous suivez l’actualité de la digitalisation en France, vous connaissez forcément Guy Mamou-Mani comme vous connaissez forcément Tariq Krim qui est à côté de moi, fondateur entre autres de Netvibes2. Vous avez d’ailleurs tous les deux eu des responsabilités au sein du Conseil national du numérique3, tous les deux eu des responsabilités sur une réflexion profonde que peuvent avoir tous les citoyens sur la façon, justement, dont le pays, dont l’administration, se digitalise.
Guy, ne m’en veuillez pas, mais si Tariq Krim est là c’est que j’ai besoin d’aide ! J’ai besoin d’aide pour un sujet qui nous concerne tous, Mesdames, Messieurs, c’est ce programme formidable qu’on attend depuis… — ça fait 30 ans que je suis journaliste, j’ai l’impression que ça fait 30 ans qu’on parle de ça — de digitalisation de l’ensemble des données de santé des Français. C’est un programme considérable, c’est un budget, c’est quoi le budget de l’ensemble de ce programme ?

Guy Mamou-Mani : C’est 80 millions sur quatre ans, 20 millions par an.

Stéphane Soumier : 80 millions sur quatre ans, 20 millions par an et les bras m’en sont tombés quand j’ai appris que l’ensemble de cette base de données colossale allait être hébergée par Microsoft. D’ailleurs on a vu, sur les réseaux, Octave Klaba, fondateur de OVH4, on vous héberge, acteur européen important du cloud, montrer lui-même, je ne vais pas dire s’élever contre, mais montrer une forme d’incompréhension devant le choix qui avait été fait de mettre l’ensemble de ces fichiers sur les serveurs de Microsoft. Ensuite, je vous laisserai discuter avec Tariq, est-ce que vous pouvez m’expliquer la genèse parce que vous êtes dans la genèse de l’ensemble de ce programme, Guy, et nous dire comment est-ce qu’on en arrive là parce que moi, en tant que citoyen, je me dis « bon dieu, c’est une atteinte profonde à ma souveraineté ! » Allez-y.

Guy Mamou-Mani : D’abord, tout ce que vous avez dit en introduction et tout ce que Tariq peut exprimer sur les questions de souveraineté, d’acteurs nationaux, je le partage, il n’y a pas de discussion là-dessus. D’ailleurs j’ai beaucoup d’estime pour Tariq, je connais très bien son histoire, son parcours et je n’ai aucune divergence sur ce sujet-là. Soit vous voulez me mettre sur une question politique et là c’est une toute autre discussion, soit nous — et quand je dis nous ce sont les quelques personnes qui ont été pragmatiquement dans le projet — avons répondu à une demande, c’est très simple. Et je peux vous assurer que Stéphanie Combes, la directrice de ce projet [chef de projet Health Data Hub], est une femme absolument remarquable, qui a sens de l’État absolument incroyable et pourrait des leçons à beaucoup de gens, eh bien on lui a dit : « Tu dois faire un projet avec ces coûts, ces délais, ces performances », et elle a répondu à la question.

Stéphane Soumier : Ça veut dire qu’il n’y a que Microsoft qui pouvait répondre à la question ?

Guy Mamou-Mani : Exactement. C’est ça le sujet, laissez-moi terminer Stéphane, je sais ce que Tariq va me rétorquer, je vous le dis tout de suite, elle a fait tout ce qu’elle a pu pour consulter les acteurs français. Vous avez cité Octave Klaba. Dans sa fameuse série de tweets, il a reconnu qu’au moment de l’appel d’offres il n’était pas en mesure de répondre à cela. Donc vous imaginez bien pourquoi Stéphanie Combes ou Groupe Open qui est une société française, je vous le rappelle.

Stéphane Soumier : C’est pour ça que j’ai rappelé les responsabilités que vous avez acceptées de prendre pour qu’on réfléchisse ensemble. Attendez ! Tariq je vais vous laisser répondre parce que moi déjà, j’ai des questions à vous faire sur ce que vous venez de dire. Tariq quel est votre angle d’attaque sur ce sujet ?

Tariq Krim : Je dirais déjà que je viens non pas en tant qu’entrepreneur mais simple citoyen, J’avoue, effectivement comme vous, que quand j’ai entendu qu’on allait héberger les données de santé chez les GAFAM j’ai été vraiment étonné.
En fait il y trois choses qui m’ont fondamentalement choqué. La première c’est que pour moi les données de santé c’est le Graal, c’est quelque chose qu’on doit sanctuariser. Le rôle de l’État c’est de protéger ça et, d’une certaine manière, j’ai l’impression que la ligne rouge a été franchie. C’est quoi la prochaine étape ? On met les codes nucléaires de la Défense nationale sur le cloud de Microsoft ? On va gérer les porte-avions ou les centrales nucléaires – ça on l’a déjà avec Alstom malheureusement, on a perdu notre souveraineté énergétique. Donc il y a la question de la ligne rouge.
La deuxième chose qui m’a vraiment choquée c’est de voir le ministre Cédric O, notre ministre, dénigrer les entreprises européennes et françaises, devant la représentation nationale. J’ai trouvé ça scandaleux. Honnêtement si un ministre de l’Agriculture venait et disait « le steak argentin est meilleur que le… »

Stéphane Soumier : À la limite,Tariq, laissons ça de côté parce que ça ne regarde pas Guy. Retournons sur la mise en place du système.

Tariq Krim : Oui, mais c’est important parce que dans ce système on se retrouve, en fait, avec des fonctionnaires qui n’ont jamais monté de boîtes, qui ne connaissent pas énormément de choses dans cette problématique, qui viennent donner des leçons à des entrepreneurs qui ont monté des plateformes de A à Z et leur dire « vous n’êtes pas au niveau ». La réalité c’est que quand on fait un projet de ce type, on ne va pas au plus facile, c’est un peu la paresse intellectuelle, c’est un peu le système de l’ubérisation, on clique, la voiture arrive en bas de chez soi.
Dans un service de ce type, il faut tout reprendre à zéro, mettre les gens autour de la table, construire de la valeur avec des talents français. C’est ça l’objectif quand on monte quelque chose. Le Health Data Hub c’est nouveau, c’est une nouvelle création, il faut la faire avec le meilleur de nos entreprises et de nos industries.

Stéphane Soumier : Vous ne croyez pas Guy, exactement comme le dit Tariq, ça aurait dû la première ligne écrite sur l’ensemble du projet, « l’ensemble de ces données devra être hébergé sur des serveurs européens ». Ça ne devrait pas être la base de tout et ensuite on réfléchit et on travaille ?

Guy Mamou-Mani : Je vais vous dire quelle est la première ligne, ce n’est pas ça, parce que si on avait mis ça, eh bien à ce jour on n’aurait pas de HDS.

Stéphane Soumier : Et alors ?

Guy Mamou-Mani : Et alors ça c’est un autre problème ! Encore une fois je ne défends pas la vision politique moi, je suis là pour dire…

Stéphane Soumier : Mais vous êtes obligé, Guy, de défendre une vision politique quand vous faites un projet de cette ampleur !

Guy Mamou-Mani : Non, laissez-moi finir. Je vous répète si le choix c’est HDH avec Microsoft ou pas de HDH.

Stéphane Soumier : Ou un autre HDH !

Guy Mamou-Mani : Non ! Pas de HDH !

Stéphane Soumier : Pourquoi pas un autre ?

Guy Mamou-Mani : Parce que Stéphanie Combes a répété cent fois que toutes les contraintes qu’elle avait mises n’avaient pas de réponse dans un acteur français ou européen.

Stéphane Soumier : Toutes ces contraintes étaient-elles indispensables ?

Guy Mamou-Mani : Indispensables, oui. Indispensables !

Stéphane Soumier : Exemple de ces contraintes ? Avec vous c’est ça la chance qu’on a, j’ai envie qu’on désosse un petit peu le truc.

Guy Mamou-Mani : Il faut déjà au moins être certifié hébergement données de santé. Déjà !

Stéphane Soumier : Mais ça. Les bras m’en tombent ! Certifié par qui ? Par un organisme administratif.

Guy Mamou-Mani : Attendez. Vous voulez en même temps les garanties!
S’il vous plaît Stéphane. Comme, justement, je rejoins tout à fait Tariq sur le fait que les données sont absolument cruciales pour notre pays, vous imaginez bien qu’on ne va pas autoriser n’importe qui à les héberger. Et il s’avère que c’est difficile de se passer des Américains en la matière. Prenez dans le privé, dès que vous avez un projet très important, et j’en fais quand même pas mal, eh bien vous avez toujours ce qu’on appelle le Magic Quadrant. Dans ce quadrant vous avez tout de suite AWS, Microsoft, un peu plus Google, aucun acteur français. Je te rejoindrais sur le fait que Cédric O a été un peu maladroit, mais ce qu’il a dit est parfaitement exact.

Stéphane Soumier : Qu’est-ce qu’il a dit exactement ?

Guy Mamou-Mani : Il a dit ce que je suis en train de dire : il n’y a pas d’acteur français capable d’y répondre. Et je vais continuer, je finis sur la question, quel est le premier point ? La première ligne ? La réversibilité. Donc vous voyez, la conscience qu’a Stéphanie Combes et sa direction, c’est de dire dès que les Français auront rejoint le niveau nécessaire, et vous pouvez lui faire confiance parce qu’elle travaille dessus, eh bien on passera sur un nouveau système, par exemple hybride, c’est-à-dire avec plusieurs systèmes d’hébergement ou, tout simplement, avec un hébergeur français. Réversibilité, ça veut dire qu’on a le beurre et l’argent du beurre. Un projet qui a été lancé en sept mois ! Écoutez, quand on parle des projets Louvois [Logiciel unique à vocation interarmées de la solde], DMP [Dossier médical partagé] et d'autres qui ont coûté des centaines de millions à la poubelle, on voit là une femme qui a réussi à tenir un budget en sept mois, à sortir les premières productions et qui, en plus, vous dit : « Écoutez, travaillez je peux même vous aider et dès que ça sera prêt on fera la réversibilité. »

Stéphane Soumier : Tariq.

Tariq Krim : Je ne crois pas à la réversibilité. Tu le sais très bien, une fois qu’on rentre dans ces plateformes…

Stéphane Soumier : Pourquoi ? Tariq Krim, moi je ne crois pas aux phrases qui commencent par je ne crois pas. Il faut nous expliquer pourquoi ce n’est pas possible la réversibilité.

Tariq Krim : En fait, ce qui est fascinant avec ce Health Data Hub c’est que les technologies qui vont être hébergées par Microsoft sont essentiellement développées en France, les technologies d’intelligence artificielle comme Scikit-learn5, comme Jupyter Notebook6, ce sont les Français qui les ont développées. Quand je discute avec Octave, je lui dis « tu n’es pas capable d’héberger ce genre de technologie ? » Il me dit : « Évidemment, toute personne qui a fait un peu de technologie, qui a développé des plateformes – en tant qu’entrepreneur je l’ai fait à plusieurs reprises – sait qu’on peut construire à partir de l’existant ». Soit on veut quelque chose qui est tout prêt, shiny, beau, on a juste à appuyer sur un bouton, on s’occupe de tout, et ensuite on ne fait plus rien puisqu’on perd le contrôle de son outil, soit on doit construire, c’est vrai que ça prend plus de temps. Construire des projets de cette envergure ça demande du temps et de l’effort.

Guy Mamou-Mani : Stéphane l’a bien dit. Il est aussi témoin de mes engagements personnels sur le sujet.

Stéphane Soumier : Oui. À fond !

Guy Mamou-Mani : Ça fait dix ans, vingt ans qu’on attend.

Stéphane Soumier : Je vous vois là, Guy, comme je ne vous ai jamais vu ! ça vous prend dans les tripes cette histoire et ça me rassure un petit peu pour tout vous dire !

Guy Mamou-Mani : Je vais vous expliquer pourquoi ça me prend dans les tripes, parce que j’aime bien Tariq qui est un garçon respectueux, mais il faut voir !

Stéphane Soumier : Qu’est-ce que vous prenez !

Guy Mamou-Mani : Qu’est-ce que j’ai pris ! Vraiment quand j’ai été traité de traître à la Nation, je peux gentiment dire que ma légion d’honneur a eu mal, parce que moi ça fait dix ans que je suis engagé sur ces sujets et ce qui est très drôle, je ne vais pas refaire tout mon CV, que ça soit le Comité santé, l‘industrie du futur, les comités stratégiques de filière pour créer des acteurs français, c’est tout le travail que j’ai fait depuis des années. Et le comble de tout ça, et je suppose que Tariq doit être au courant, en même temps que nous réalisons ce magnifique projet tant dans les qualités et disponible, vous savez ce qu’on est en train de faire avec Stéphane Messika, patron de mon activité de conseil ? Créer CoData7 qui est une association de sociétés françaises pour créer un acteur français. Vous vous rendez compte ? Et on ose me dire que je ne suis pas responsable !

Stéphane Soumier : C’est d’une telle complexité qu’à votre avis aujourd’hui aucun acteur, même européen, parce qu’il y en quand même quelques-uns qui ont des serveurs qui tournent bien, aucun acteur européen n’est en mesure d’héberger ça aujourd’hui ? C’est trop loin. C’est quoi ? C’est dans deux ans, dans trois ans, dans quatre ans qu’ils y arriveront peut-être ?

Guy Mamou-Mani : Je ne vais pas commettre la même erreur que Cédric O qui a parlé de dizaines de milliards d’investissement par an. Non ! Je suis très pragmatique.

Stéphane Soumier : Il a dit qu’il faudrait ça pour les mettre au niveau.

Guy Mamou-Mani : C’est ce qu’on lui reproche, peut-être à juste titre d’ailleurs parce que ce qu’il a dit à l’Assemblée était trop agressif. Mais ce qu’a dit Tariq est parfaitement juste. Si vous êtes prêts à attendre des années avant d’avoir un HDH, pas de problème ! En tout cas ce n’est pas le choix politique qui a été fait et pour les raisons que nous avons évoquées depuis très longtemps. Ça n’empêche pas de continuer à travailler pour essayer d’avoir une alternative.

Stéphane Soumier : Tariq.

Tariq Krim : Si je peux permettre, on peut évidemment parler de la question du contrat, de la question de la solution technologique, mais la vraie question est politique. Aujourd’hui, regardons ce qu’ont fait les GAFAM dans le domaine de la politique. Dès qu’ils ont commencé à rentrer dans le système on a eu Trump, le Brexit, Cambridge Analytica8.

Stéphane Soumier : Il ne faudrait pas non plus devenir complotiste, Tariq. Le sujet n’est pas forcément qu’on met ses données de santé entre les mains de gens qui, à priori, ont l’intention de s’en servir de manière malveillante.

Tariq Krim : Non pas du tout. Mais, comme on le sait bien, le modèle américain de la santé est différent du nôtre. Nous on a décidé d’avoir un système de solidarité. Aux États-Unis, quand on se fait se traiter contre le covid, une personne a reçu une facture de un million 300 mille dollars parce qu’on est dans un système qui est différent.
Aujourd’hui les GAFAM s’intéressent à la santé pour une raison très simple. Aux États-Unis, quand vous regardez la télévision, toutes les cinq minutes vous avez de la publicité pour les médicaments. Le modèle économique de la santé n’est pas le même. Donc aujourd’hui la première question qu’il faut se poser, c’est vers quel type de médecine voulons-nous aller et ces données aujourd’hui elles ont l’air, une apparence comment dire, anodines. Prenons un exemple.

Stéphane Soumier : Attendez. La première question c’est : Microsoft peut-il reconstituer ces données ? Microsoft en tant qu’hébergeur a-t-il, d’une manière ou d’une autre, le moyen de prendre le contrôle de ces données, Guy ?

Guy Mamou-Mani : C’est formidable parce qu’on a la réponse du Conseil d’État. Vous savez qu’il y a eu un recours auprès du Conseil d’État, que le Conseil d’État a balayé toutes les critiques, toutes les demandes de ces plaignants. Je vais finir, je vais juste finir. C’est très drôle, parce qu’ils ont crié victoire, en fait ils n’avaient lu, je crois, que les trois ou quatre premières lignes.

Stéphane Soumier : Attendez, dites-moi il y avait quoi dans cet arrêt du Conseil d’État ?

Guy Mamou-Mani : Le Conseil d’État a dit qu’il n’y avait aucun problème sur le HDH, le Health Data Hub, qu’il devait continuer, modulo, c’est pour ça que je vais rejoindre Tariq, qu’il fallait que le Health Data Hub mentionne qu’il y avait un risque que ces données puissent aller aux États-Unis, parce que, en effet, c’est un peu compliqué l’emplacement des données, ça bouge beaucoup.

Stéphane Soumier : Je vous ai lu dans un point de vue que vous avez écrit où vous dites « un acteur seul ne peut pas reconstituer l’ensemble des données. Il faut qu’il y ait trois acteurs ensemble pour que tout se reconstitue. »

Guy Mamou-Mani : Ça été expliqué en long, en large. Vous avez une FAQ qui est en ligne, qui vous explique ça. Tout est protégé, avec une crypto, avec une anonymisation. Vous avez une même un papier de Bernard Ourghanlian, le patron technique de Microsoft qui explique.

Stéphane Soumier : Mais lui ne va pas…

Guy Mamou-Mani : Il ne peut pas mettre de mensonge dans ce qu’il dit. Il ne peut pas écrire de mensonge.

Stéphane Soumier : Pour le coup c’est un homme remarquable.

Guy Mamou-Mani : Par exemple il y a un dernier projet que la CNIL a validé, le projet Hydro9. C’est-à-dire que oui, on peut faire un procès d’intention gigantesque. Maintenant ce qui n’est pas faux, et je le reconnais, je suis le premier à le reconnaître, c’est ce que dit Tariq que je soutiens dans ce qu’il dit. Oui, on aurait dû avoir un Français qui soit capable de le faire, c’est regrettable. Mais ne nous demandez pas aujourd’hui à nous qui faisons le HDH de répondre à cette question.

Stéphane Soumier : Tariq.

Tariq Krim : Je mettrais un petit bémol, parce que le rôle du Conseil d’État n’est pas de dire « vous pouvez utiliser Microsoft ou pas ». Son rôle est de dire « vous allez utiliser Microsoft donc vous devez, sous cinq jours, expliquer aux gens que les données vont possiblement être transitées aux États-Unis ». C’est de dire aussi « revoyez votre copie, vous devez repasser devant la CNIL [Commission nationale de l'informatique et des libertés ] » et c’est ce qu’il a fait.
Et sur la question de la sécurité, en fait on sait très bien que ce n’est pas vrai, c’était aussi le cas avec StopCovid, dès qu’on utilise des solutions techniques de haut niveau. J’ai plein d’amis, d’anciens collaborateurs qui travaillent maintenant chez Microsoft qui expliquent que dès que tu as un certain niveau de technicité, les ingénieurs de Microsoft ont accès aux clefs, aux données, donc on connaît l’hébergement on sait très bien que ce n’est pas vrai. Ce qu’on a découvert grâce à ça, c’est que les données, une fois qu‘elles sont chez Microsoft, elles sont protégées par l’hébergement, mais si des startups les utilisent, alors là c’est le flou artistique, on ne sait absolument pas ce qui va se passer.
Ce qui m’inquiète ce n’est pas la v1 du Health Data Hub, c’est la v5 , la v10, au fur et à mesure on va être dans une situation qui est…

Stéphane Soumier : Guy Mamou-Mani. OVH se sera mis au niveau. C’est très intéressant

Guy Mamou-Mani : Ce que je voudrais vraiment répondre à Tariq encore une fois, dans ce combat, parce que je partage un certain nombre d’arguments, mais simplement, regardez par exemple les sociétés qui ont été choisies pour sécuriser. On n’en parle pas du tout. Qui fait la sécurisation ?

Stéphane Soumier : Allez-y.

Guy Mamou-Mani : Ce sont des sociétés françaises, un outil qui s’appelle Wallix10. Vous avez Wavestone.

Stéphane Soumier : On connaît très bien Wallix, là aussi c’est un entrepreneur engagé pour la digitalisation de la Nation.

Guy Mamou-Mani : Bien sûr. Donc c’est vraiment la démonstration de la part de Stéphanie que si elle avait pu trouver une alternative, elle l’aurait fait. Encore une fois je reviens, je suis en désaccord juste sur ce point, la réversibilité est tout à fait envisageable et tout a été conçu pour pouvoir avoir cette réversibilité. Et c’est là que je dis que ça me dépasse, après ce sont des problèmes politiques — à part que je travaille sur le CoData quand même, pour ne pas attendre. Si les politiques permettent ce que tu as dit, volontiers, on est open.

Stéphane Soumier : Ah ! Il est vendeur.
On est au bout de ce débat les amis, mais Guy ce qu’a dit Tariq au début m’a heurté et puis, en réfléchissant, évidemment il a raison. C’est-à-dire la comparaison avec les codes nucléaires, avec le militaire, c’est justement ce que je ne voulais pas faire. Et en même temps, en vous écoutant, je me dis que s’il avait fallu, par exemple, un centre d’hébergement pour des données militaires, pour des données d’entraînement, pour des choses comme ça, à aucun moment l’idée même que ça puisse être sur des serveurs américains n’aurait été émise.

Guy Mamou-Mani : Excusez-moi.

Stéphane Soumier : Je vous en prie, allez-y.

Guy Mamou-Mani : Il y a un service qui a réfléchi, qui a travaillé avec Palantir11. Et là franchement Palantir n’est pas Microsoft.

Stéphane Soumier : Palantir c’est l’antre du complotisme. Si vous voulez être complotiste, citez Palantir dans une discussion et vous êtes tranquille.

Guy Mamou-Mani : Je ne suis pas du tout dans le complotisme, je dis juste que Microsoft ce n’est quand même qu’un fournisseur d’infrastructure, il ne faut pas exagérer non plus. Ce n’est pas du tout un GAFA comme les autres.

Tariq Krim : Mais !

Stéphane Soumier : Laissez parler Tariq trente secondes.

Tariq Krim : Le plus grand projet de cloud de l’histoire, c’est le cloud de la digitalisation du Pentagone qui va être opéré par Microsoft. Combien de serveurs de Microsoft seront sur le territoire européen ? Aucun. Donc quand c’est très important, ils savent complètement fermer. Aujourd’hui on est un système où on n’est pas capable de fermer et comme on n’est pas capable de fermer ces données, il faut le faire avec des acteurs français.

Stéphane Soumier : Un mot de conclusion.

Guy Mamou-Mani : Je réponds à Tariq : trouve-nous la solution. Vas-y. En plus avec l’expérience, le passé que tu as, tu es bien placé.

Tariq Krim : Est-ce que tu peux travailler par exemple avec quelqu’un comme Octave Klaba ? C’est-à-dire que même si tu es partner Microsoft est-ce que tu pourrais travailler avec lui ?

Stéphane Soumier : Merci pour cette conclusion.

Guy Mamou-Mani : OVH est un des composants de CoData. C’est pour te dire. Je ne peux pas te répondre mieux

Stéphane Soumier : Merci les amis. Merci Guy Mamou-Mani, Tariq krim. On marque une pause. B SMART continue.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 8 octobre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mer, 10/07/2020 - 17:47
Start: 8 Octobre 2020 - 17:15End: 8 Octobre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 8 octobre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. À cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

35e anniversiare de la FSF

mer, 10/07/2020 - 07:51
Start: 9 Octobre 2020 - 18:00End: 9 Octobre 2020 - 23:00

La FSF (Free Software Foundation, Fondation pour le Logiciel Libre) organise un événement en ligne vendredi 9 octobre 2020 pour célébrer ses 35 ans. L'April y participera.

La FSF a été fondée le 4 octobre 1985 et fête donc ses 35 ans. Dans l'annonce il est indiqué qu'il est possible de soumettre une vidéo (2 minutes) pour partager ses souvenirs préférés sur le logiciel libre ou la FSF. N'hésitez pas à transmettre une vidéo.

La FSF organise un événement en ligne vendredi 9 octobre 2020, de 18h à 23h (heure France métropolitaine). Eda Nano, administratice de l'April, participera à cet événement, dans la session de 18h30. Consulter le programme complet de l'événement.

L'événement sera diffusé en ligne, le lien pour y accéder sera indiqué sur le site de la FSF.

#77 - Musiques libres - Métacartes - Wikisign - « Libre à vous ! » diffusée mardi 6 octobre 2020 sur radio Cause Commune

mar, 10/06/2020 - 15:30

Au programme de l'émission : La playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission et commentées ; chronique d'Isabella Vanni : interview de Mélanie Lacayrouze sur le projet Métacartes Numérique Éthique ; chronique de Jean-Christophe Becquet

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 77e émission :

  • sujet principal : La playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin qui co-anime notamment sur la radio l'émission Les joyeux pingouins en famille)
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April : interview de Mélanie Lacayrouze sur le projet Métacartes Numérique Éthique
  • la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, qui portera sur Wikisign
  • diverses annonces
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Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique d'Isabella Vanni
  4. Références pour la partie La playlist de Libre à vous !
  5. Références pour la chronique de Jean-Christophe Becquet sur Wikisign
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April
  • Mélanie Lacayrouze du projet Métacartes
  • Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April
  • Valentin des émissions Les joyeux pingouins en famille et Saturday night fraîcheur
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques (à la régie)
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique d'Isabella Vanni Références pour la partie La playlist de Libre à vous ! Références pour la chronique de Jean-Christophe Becquet sur Wikisign Références pour la partie sur les annonces diverses Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 29 septembre 2020

mar, 10/06/2020 - 10:36


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 29 septembre 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Vincent Calame - Adrien Parrot - Pierre-Yves Dillard - Philippe Montargès - Luk - Étienne Gonnu - Isabella Vanni à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 29 septembre 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème « Maître et serviteur »
  2. Logiciel libre et santé – Appel d'offres de la Centrale d'Achat de l'Informatique Hospitalière sur le logiciel libre et du Health Data Hub, dont nous avions discuté lors du Libre à vous! #51 du 28 janvier 2020
  3. Chronique « La pituite de Luk » sur le thème « Digital rime avec Médiéval »
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Santé et logiciel libre, ce sera le sujet principal de l’émission du jour, avec également au programme la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame et aussi la « Pituite de Luk ». Voici le programme de l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Cause Commune sur la bande FM c’est de midi à 17 heures, puis de 21 heures à quatre heures en semaine. Du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures. Sur Internet c’est 24 heures sur 24.
La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile. La radio diffuse désormais en DAB+ 24 heures sur 24. Le DAB+ c’est la radio numérique terrestre avec notamment un meilleur son et c’est notamment le terme officiel choisi par le CSA. Pour capter le DAB+ c’est gratuit, sans abonnement, il faut juste avoir un récepteur compatible avec la réception DAB+.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Étienne Gonnu chargé de mission affaires publiques pour l’April.

Le site web de l’April c’est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter. D’ailleurs n’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi, bien sûr, des points d’amélioration d’amélioration.

Nous sommes le 29 septembre 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission ma collègue Isabella. Salut Isa.

Isabella Vanni : Salut.

Étienne Gonnu : Si vous souhaitez réagir pour poser une question pendant le direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon #libreavous dédié à l’émission. Vous pouvez aussi participer à nos échanges en appelant le 01 77 62 75 04, vous trouvez le numéro sur le site de la radio.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Avant de vous présenter le programme de cette émission, je vais vous faire une petite confidence. J’ai un sacré trac. Ce n’est pas la première fois que j’anime Libre à vous!, mais c’est la première fois que je le fais depuis le studio de Cause Commune. J’ai le trac, mais je suis surtout très content et excité de pouvoir faire cette expérience et de la partager avec nos super auditrices et auditeurs de Libre à vous! avec un programme qui, je l’espère, vous intéressera, je n’en doute pas.

Ce programme quel est-il ? Nous commencerons, comme je l’ai annoncé, par la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame intitulée « Maître et serviteur » et, si j’ai bien compris, il s’agira d’une réflexion critique sur le jargon informatique.
Nous enchaînerons ensuite avec le sujet principal sur le logiciel libre et la santé. Pour cela nous aurons le plaisir d’avoir avec nous Adrien Parrot, Pierre-Yves Dillard et Philippe Montargès.
L’incroyable Luk nous expliquera en fin d’émission que « Digital rime avec Médiéval » et nous finirons par quelques annonces.

Avant de commencer cette émission nous allons faire un petit quiz. Je vous donnerai la réponse en fin d’émission. Vous pouvez nous proposer vos réponses sur le salon web de la radio accessible, comme je vous le disais, via le site web causecommune.fm, bouton « chat ». Vous pouvez également nous répondre via les réseaux sociaux sur les comptes @aprilorg sur Twitter et @aprilorg@pouet.april.org sur Mastodon, l’instance où est hébergé le compte de l’April étant april.org.
Cette question quelle est-elle ? Le 18 janvier 2020, dans le Libre à vous ! numéro 51 nous avions fait un sujet qui est directement lié à celui du jour, nous avions parlé du Health Data Hub, une plateforme de recherche sur les données de santé. Nous en reparlerons sans doute tout à l’heure. À l’époque, un des points de tension autour de cette plateforme portait sur un accord entre l’Europe et les États-Unis sur l’encadrement du traitement des données personnelles, un accord qui a récemment été invalidé par la Cour de justice de l’Union européenne. Quel est le nom de cet accord ? Petit indice : il fut le sujet d’une chronique la semaine dernière.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le thème « Maître et serviteur »

Étienne Gonnu : J’ai le plaisir d’avoir avec moi Vincent Calame, bonjour Vincent, et je dois dire que je suis ravi que pour la première chronique que je vais animer depuis ce studio ce soit la tienne, que ce soit donc avec toi, et que tu nous fasses le plaisir d’être avec nous, masqué bien sûr.

Vincent Calame : Bien sûr.

Étienne Gonnu : Si j’ai compris, comme je disais, derrière ce mystérieux titre « Maître et serviteur », tu vas nous parler jargon informatique.

Vincent Calame : Bonjour Étienne. Tout à fait.
C’est vrai que dans l’informatique nous avons l’habitude d’être dans un monde à part avec notre jargon, nos préoccupations, nos enjeux. Bien sûr, nous essayons de partager ces enjeux avec le plus grand nombre, comme ici même sur cette antenne, même si on a parfois l’impression de se heurter à un mur d’incompréhension. Quand on inverse, certains débats qui déchirent la société s’immiscent dans l’informatique, ça fait bizarre, tout d’un coup, de voir sa bulle éclater et se retrouver dans le fracas du monde.
Je vais prendre comme sujet de ma chronique, justement, un débat en cours sur la question de la pensée décoloniale qui a été illustré médiatiquement, cet été, par le déboulonnage de statues de personnages controversés, à Bristol notamment, mais aussi en France avec les statues de Colbert. Pourquoi ce sujet-là ? Parce que plusieurs projets de logiciel libre ont déclaré bannir de leur code l’utilisation de l’expression « maître esclave ». Le dernier en date de ces projets étant Mozilla Firefox, ces termes étant, je cite la déclaration de Firefox « identifiés comme étant péjoratifs ou excluants ».

Étienne Gonnu : Si on fait abstraction de ce à quoi t’avaient effectivement renvoyé ces termes, que désigne cette expression « maître et esclave » en informatique ?

Vincent Calame : En informatique, ça signifie une relation de dépendance. Par exemple, on parle d’une base de données esclave quand elle est la copie synchronisée d’une autre base de données qui est la base de données maître.
Dans le cadre de Firefox, c’était utilisé en particulier pour distinguer le mot de passe principal des autres mots de passe. Si jamais dans Firefox vous avez des mots de passe enregistrés, vous pouvez mettre un mot de passe principal qui va ouvrir la porte aux autres. En fait, dit comme ça, ce n’est rien de bien méchant et on ne peut pas dire que ça fasse l’apologie de l’esclavagisme. Et c’est vrai que souvent, quand ce type de sujet tombe, la première réaction c’est de trouver qu’on en fait un peu trop sur la question, qu’on cherche la petite bête.
Comme je ne sui pas chroniqueur sur CNews ou éditorialiste à Valeurs actuelles je ne vais pas partir ici, je vous rassure, dans une diatribe sur les méfaits du politiquement correct. Comme nous sommes dans l’émission Libre à vous ! et sur la radio Cause Commune, comme nous pensons que l’informatique n’est pas seulement un objet technique et que le logiciel libre est un projet éminemment politique qui n’est pas hors du monde, j’ai trouvé intéressant de pousser un peu plus loin la réflexion sur cette question « maître esclave ».
Il se trouve que dans mon propre code j’utilise les mots anglais master et slave, qui correspondent à maître et esclave, et franchement ce n’est vraiment pas un choix conscient de ma part. J’ai suivi ce qui me semblait l’usage en informatique, c’est répandu, pour que mon code soit le plus lisible possible par d’autres informaticiens.
En revanche, suite à ce sujet, ce que j’ai trouvé très significatif c’est que je n’utilise jamais le mot « esclave » dans ma propre documentation en français, également dans l’interface, et ça depuis toujours, bien avant la polémique et là aussi sans que ce soit un choix conscient de ma part. Je crois que c’est une preuve que pour moi aussi, qui suis un homme blanc de 47 ans, ni racialisé ni issu de minorité pour reprendre les termes actuels de ce débat, que le mot « esclave » avait une charge évocatrice très forte et qu’il n’avait pas du tout sa place dans la description d’un logiciel.

Étienne Gonnu : Donc tu ne serais plus partisan d’employer cette expression ?

Vincent Calame : En fait oui. Je suis d’accord avec cette position et j’irais même plus loin. En informatique et dans tout autre domaine technique c’est naturel de puiser dans d’autres champs sémantiques des termes pour désigner les concepts que l’on manipule. Un seul exemple « client serveur », pour désigner un ordinateur qui reçoit des informations, le client, et puis l’ordinateur qui lui fournit une information, le serveur ; ça vient directement de la restauration.
Comme c’est le monde anglophone qui est en pointe dans l’informatique, nous programmeurs, programmeuses francophones, nous récupérons les métaphores développées dans ce contexte culturel.
Du coup, je me suis demandé quelles images nous aurions pu utiliser si le concept était né dans le monde francophone.
Pour ce qui est d’exprimer une relation de dépendance, nous avons l’embarras du choix. En français on aurait pu dire « principale et subordonnée », comme en grammaire quand on parle de proposition principale et de proposition subordonnée ; « chef et subalterne » ; « suzerain et vassal » si on aime puiser dans l’histoire ; ou, j’ai pensé à Maître et serviteur qui est le titre d’une nouvelle de Tolstoï, un Tolstoï qui fait moins de 100 pages ce n’est pas courant et c’est agréable à lire. Mais je ne pense pas que nous aurions jamais utilisé le terme « maître et esclave ». Ce n’est pas que je pense que nous soyons plus vertueux que les États-Unis, je n’accuse personne de raciste, mais je constate seulement que c’est aux États-Unis que, pour nommer une relation de suggestion entre deux objets informatiques, c’est l’image du maître et de l’esclave qui est venue à l’esprit. Inconsciemment ou non, je pense que c’est une référence directe à l’histoire sombre de ce pays.
J’ai pris un exemple pour pousser le bouchon un peu loin, imaginons que j’aie, en informatique, à décrire une relation d’échange circulaire entre trois objets et que j’utilisais le terme « commerce triangulaire », « commerce » pour « échange », « triangulaire » pour « à trois ». Sauf qu’il se trouve que « commerce triangulaire » ça désigne le système économique de la traite des esclaves organisée par l’Occident pendant plusieurs siècles. Donc effectivement ce serait difficilement excusable et je ne pourrais pas dire que je ne l’ai pas fait en connaissance de cause.
C’est pour ça qu’après une première réaction de déni, un peu outré face, justement, à cette force-là de la déclaration, j’ai trouvé que le renommage des termes avait du sens et, après tout, ça ne me demande pas trop d’effort dans mon propre code.

Étienne Gonnu : Je dois dire que je partage complètement ton point de vue. Comme tu le dis les mots ont aussi une histoire et une charge politique et peuvent être porteurs de violence. Si on est attaché à l’idée de justice qu’incarne l’éthique du logiciel libre, comme toi je pense que cette vigilance me paraît indispensable pour n'exclure personne [du débat, Note de l'orateur]. C’est vrai que ça demande peu d’effort.
Toi du coup, par quoi as-tu remplacé ces termes ?

Vincent Calame : Dans ma documentation en français j’utilisais le terme « rattaché », terme qui est en fait très français, qui vient tout droit de l’administration, de notre culture administrative dont nous sommes très fiers, mais l’équivalent en anglais ne sonnait pas très bien. J’ai hésité avec « vassal » puisqu’il existe tel quel aussi en anglais et en français, mais j’ai trouvé que ça faisait un peu pompeux. J’ai finalement gardé « maître », master, parce que pour le coup c’est un terme qui a beaucoup de sens entre l’instituteur, entre l’avocat et ainsi de suite. Par contre, j’ai remplacé « esclave », donc slave, par « satellite », ce qui existe de la même manière en français et en anglais, un peu d’ailleurs à la fois en référence positive à la Lune satellite de la Terre et puis aussi un peu en référence à la guerre froide où c’était le nom qu’on donnait aux pays de l’Est qui étaient satellites du grand frère, l’Union soviétique. Je pense que la référence historique ne choquera ni un Polonais ni un Tchèque si je l’utilise.

Étienne Gonnu : Je pense que tu es à l’abri.
Merci beaucoup pour cette nouvelle chronique, la première de la saison 4, passionnante. Je pense qu’on se retrouve le mois prochain pour ta prochaine chronique.

Vincent Calame : Tout à fait.

Étienne Gonnu : Merci beaucoup Vincent. Bonne journée. Je vous propose de passer à une pause musicale.

[Virgule musicale]

Étienne Gonnu : Aujourd’hui notre programmateur musical Éric Fraudain, du site auboutdufil.com, nous fait découvrir CyberSDF, ou plutôt redécouvrir, car nous avions déjà eu le plaisir de diffuser cet artiste en suivant justement les recommandations de auboutdufi.com.
Le premier morceau s’intitule Flame and Go par CyberSDF. Je vous souhaite une excellente écoute. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Flame and Go par CyberSDF.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Flame and Go par CyberSDF, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site april.org, ainsi qu’une présentation de l’artiste sur le site auboutdufil.com.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l’April.

Passons maintenant au sujet principal.

[Virgule musicale]

Logiciel libre et santé – Appel d'offres de la Centrale d'Achat de l'Informatique Hospitalière sur le logiciel libre et du Health Data Hub, dont nous avions discuté lors du Libre à vous! #51 du 28 janvier 2020

Étienne Gonnu : Nous avons choisi de vous parler aujourd’hui, comme je vous le disais, de santé et de logiciel libre et plus globalement des enjeux en termes de libertés informatiques qui s’attachent à la santé, donc vaste sujet s’il en est.
Pour cela j’ai le plaisir d’accueillir, pour en parler avec moi, Adrien Parrot président de l’association InterHop qui vise à fédérer des bases de données de recherche au niveau national avec un accent sur les logiciels et algorithmes libres. Adrien Parrot, tu es également médecin et ingénieur. Bonjour.

Adrien Parrot : Bonjour.

Étienne Gonnu : Nous avons également avec nous Philippe Montargès coprésident d’Alterway et Pierre-Yves Dillard, membre fondateur d’Easter-eggs, deux entreprises historiques, si vous me permettez le terme, du logiciel libre. Philippe, Pierre-Yves. Bonjour.

Pierre-Yves Dillard : Bonjour.

Philippe Montargès : Bonjour. Je tenais à préciser que je parlerai aussi au nom du hub open source du Pôle Systematic et du CNLL [Conseil National du Logiciel Libre].

Étienne Gonnu : D’accord. Donc Philippe Montargès. Entendu.
Pour mémoire, comme je le disais en introduction, nous avions réalisé le 28 janvier 2020 un sujet long sur le Health Data Hub, une plateforme publique de recherche sur les données de santé, qui a fait le choix – bien sûr fort discutable selon nous, mais nous ne sommes pas les seuls – d’utiliser le cloud Azure de Microsoft pour héberger les données. Nous avions, à cette occasion, déjà eu le plaisir de recevoir Adrien Parrot et Nicolas Paris, également membre d’InterHop, ainsi que Stéphanie Combes qui présidait à l’époque ce qui était le projet de plateforme, qui est donc devenu une plateforme en place.
Entre temps beaucoup de choses se sont produites et on reviendra en grande partie dessus, mais j’aimerais juste préciser rapidement, en quelques mots, on va dire la genèse de l’émission d’aujourd’hui.
Fin juin une sénatrice, Nathalie Goulet, a déposé une proposition de résolution pour demander la création d’une commission d’enquête sur le Health Data Hub. On s’était dit, bien sûr, que c’était une bonne occasion de revenir sur le sujet, voir ce qui avait pu progresser et particulièrement dans le cadre de la situation sanitaire que nous traversons, les données de santé, la recherche, apparaissent sous un jour d’autant plus important. Sauf que le temps d’organiser cela, en prenant en compte de la période estivale…
Une Centrale d’achat de l’informatique hospitalière, CAIH, a lancé un appel d’offres pour proposer du logiciel libre, un appel d’offres très large sur le logiciel libre pour qu’il soit proposé aux membres des établissements de santé qui sont membres de cette centrale d’achat. Encore un sujet qu’on ne peut pas ignorer. Puis le Privacy Shield, qui est donc un accord entre l’Europe et les États-Unis sur le l’encadrement du traitement des données personnelles, un accord qui est déterminant pour la plateforme Health Data Hub, a été invalidé en juillet 2020 par la Cour de justice de l’Union européenne. Noémie Bergez a d’ailleurs fait sa chronique du mardi 22 septembre sur le sujet. Donc à nouveau quelque chose qu’on pouvait difficilement ne pas aborder dans une émission sur la santé et le logiciel libre.
Donc il y a beaucoup de choses, d’ailleurs nous serons sans doute amenés à revenir sur ces sujets de manière plus ciblée dans des émissions. Je pense qu’il serait intéressant pour objectif de cette émission, comme j’ai dit, de faire ressortir les enjeux de l’informatique dans le domaine de la santé, même si je n’aime pas trop le terme de domaine, et en quoi le logiciel libre constitue un élément de réponse.
J’aimerais poser cette première question à nos invités à tour de rôle : quand on vous parle d’informatique et de santé, qu’est-ce que ça évoque chez vous que ce soit positivement, négativement ? Adrien Parrot, si tu souhaites et n’hésites pas à compléter l’introduction que j’ai pu faire de ta présentation.

Adrien Parrot : Déjà merci de parler de ce sujet qui est pour moi très important. Pour moi, le principal enjeu d’informatique en santé ce sont les données de santé, parce que c’est grâce à elles qu’on va entraîner nos futurs algorithmes, même pour faire de la recherche dans le domaine de l’informatique. Si on dit données de santé, tout de suite c’est où est-ce qu’on héberge ces données, où sont-elles et, du coup, un cadre de confiance qui doit rester vraiment primordial. Il ne faut surtout pas partir trop vite dans une direction si celle-ci n’est pas informée de façon transparente et si le patient reste en confiance dans le système de santé.
L’informatique en santé s’inscrit dans la santé en général et les valeurs de confiance et de secret sont vraiment au fondement de la médecine. Pour moi c’est vraiment l’enjeu majeur qui doit stresser aussi un peu les informaticiens parce que, à ce titre, ils deviennent aussi des professionnels de santé lorsqu’ils traitent des données de santé. Donc ça impose presque un code de déontologie, pourquoi pas, mais en tout cas ça doit vraiment obséder. Il faut que les patients aient confiance, il faut informer les patients.
Je voulais rapidement faire une petite référence à la chronique d’avant sur les rapports maître-esclave et, du coup, nous aussi peut-être qu’on est un peu dans une position, une mentalité un peu de colonisés où on pense qu’on ne peut pas faire autrement que appel à Microsoft, Apple, les GAFAM et les BATX [Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi], donc Google, Amazon, Facebook et Microsoft, donc on ne peut pas faire autrement que ça, on est obligé d’utiliser ça. Ils ont des budgets de développement absolument énormes. L’idée c’est de dire que si on peut, c’est une mentalité : le logiciel libre existe, il y a plein de choses qui existent, ce n’est pas parfait, mais on peut le faire.

Étienne Gonnu : C’est très juste. Et on voit comment la colonisation des imaginaires peut être importante.
Pierre-Yves Dillard, qu’est-ce que ça évoque chez toi l’informatique, la santé, quand on fait le parallèle entre les deux ?

Pierre-Yves Dillard : Déjà, de mon côté, c’est un monde qui est particulier et qu’on n’aborde pas comme un autre secteur parce que c’est un domaine sensible qui nous touche également forcément en tant que citoyens. On y a un intérêt en tant que citoyen, on ne l’aborde pas de la même façon que d’autres domaines.
Ensuite j’ai vu un choc, une rencontre avec une forme de choc de cultures où d’un côté on a, à quelques exceptions près, il y en a notamment à l’AP-HP [Assistance publique - Hôpitaux de Paris], un monde médical qui est souvent un peu otage du jargon et de l’informatique et qui, finalement, est en train d’apprendre à réfléchir différemment et à réfléchir les outils et non pas seulement à réfléchir en termes de solutions, de boîtes, de marques et de packages, mais à réfléchir à ses besoins en termes de solutions, d’organisation. C’est là où effectivement on a, nous prestataires du logiciel libre, des choses à leur dire et des choses à échanger. On s’aperçoit qu’on peut avoir des visions, on peut partager des visions sur comment on peut emmener une informatique en garantissant notamment et on en revient aux données, que la donnée des citoyens est bien traitée, n’est pas vendue ou commercialisée sans son aval.

Étienne Gonnu : Très juste. D’ailleurs un des points centraux du Réglement général sur la protection des données c’est bien la loyauté des traitements. Lorsqu’on parle effectivement des données de santé des citoyens, on peut voir à quel point la question est fondamentale.
Philippe Montargès, d’Alter Way notamment, qu’est-ce que ça évoque pour toi ?

Philippe Montargès : Ce que ça évoque pour moi c’est que ça met en exergue une problématique très large qui est survenue suite à cette crise et encore en cours de la covid, où on s’aperçoit que, effectivement, on peut avoir les meilleures intentions du monde au niveau des pouvoirs publics et même au niveau des citoyens pour pouvoir, quelque part, récupérer la main sur ses logiciels, sur ses données, mais ça met en exergue un point fondamental. L’industrie européenne, voire française, notamment en termes d’infrastructure a pris un retard tellement énorme qu’on en est à se demander comment on fait pour développer les applications métiers ou d’usage comme dans le domaine de la santé qui nécessitent vraiment une très grande spécialisation et qui ont, on le voit bien, un impact sociétal au niveau des citoyens qui est énorme. On peut avoir les meilleurs projets du monde, mais on s’aperçoit que si on n’a pas une maîtrise des infrastructures, là on parle notamment des données, des infrastructures en termes de cloud, en termes de réseau, on s’aperçoit qu’on peut avoir les meilleurs projets du monde, mais derrière ça débouche sur des hiatus comme le Health Data Hub qui, effectivement, a fait quelque part un choix par défaut parce qu’il n’y avait qu’un seul prestataire à l’instant t qui pouvait répondre, semble-t-il, au cahier des charges du Health Data Hub. Pour moi ça pose vraiment la question, quelque part, de la schizophrénie de nos pouvoirs publics qui poussent à digitaliser très vite, à offrir des solutions très vite.
Dans le cas de la santé on voit qu’il y a un intérêt énorme à exploiter toutes les données de santé qui existent pour pouvoir, effectivement, être capables de fournir des solutions, des analyses plus pertinentes et plus rapidement, mais s’il n’y a pas aussi derrière cette volonté d’investir et de se sortir quelque part, pas de ce poison, de cette dépendance à l’infrastructure qu’elle soit essentiellement anglo-saxonne, américaine, voire chinoise, quelque part c’est voué à l’échec. On ne peut pas d’un côté pousser à la souveraineté numérique et de l’autre côté continuer à ne pas, dans les appels d’offres, promouvoir les solutions d’infrastructures qui sont plutôt européennes, sachant qu’elles sont effectivement à un stade qui n’a rien à voir avec ce que peuvent proposer les sociétés dont on parle, américaines ou autres.
Donc pour moi c’est un vrai sujet, ça met en exergue ce point-là, surtout sur un domaine comme la santé qui est, comme le disait Pierre-Yves avant, un domaine qui est extrêmement sensible et qui demande vraiment à avancer avec précautions.

Étienne Gonnu : Très juste. C’est vrai que la question de souveraineté est assez récurrente. À l’April c’est vrai qu’on aime bien aussi dire que, au-delà de question de la souveraineté territoriale, par rapport à l’américaine et chinoise, d'avoir une souveraineté européenne, ce qui importe beaucoup aussi et qui est vraiment indispensable c’est l’usage de logiciels libres pour qu’on parle vraiment plutôt d’une souveraineté populaire, pour qu’on puisse accéder aux sources.
Je crois que Adrien souhaitait réagir également.

Adrien Parrot : Oui, pour préciser aussi que dans le cadre du choix du Health Data Hub il n’y a pas eu de concertation large avec les différents acteurs, notamment les industriels du logiciel libre. Ça n’a pas été fait, ça aurait pu. Et ce qui est qui est bien, comme Pierre-Yves disait, c’est qu’avec le logiciel libre on peut coconstruire, donc on aurait pu être dans une démarche de coconstruction et d’évolution par paliers, progressive. Déjà construire une communauté d’hôpitaux qui partagent et échangent leurs données, centrées sur l’interopérabilité, c’est déjà un travail de fond qui prend au moins des mois et des années je dirais. On aurait pu faire progressivement. Sur les infrastructures de l’AP-HP, les hôpitaux de Paris, je parle d’eux parce que je les connais, j’y ai travaillé, ont réussi en trois ans à monter une plateforme d’analyse big data à l’état de l’art, qui est centrée autour des logiciels open source et libres et qui traite 11 millions de patients avec plusieurs projets.
Donc je pense vraiment que, même sur les hébergements et les infrastructures, si on s’en donne les moyens, en tout cas peut-être centrer à Paris et aux hôpitaux de Paris, on peut y arriver.

Étienne Gonnu : Pierre-Yves Dillard.

Pierre-Yves Dillard: J’acquiesçais complètement parce que nous sommes au cœur de ces problématiques. Après l’hôpital n’est l’AP-HP et l’AP-HP est vraiment une exception dans le paysage. Quand on va dans d’autres établissements qui ont moins de moyens, finalement les réalités sont plus complexes et c’est plus compliqué à mettre en œuvre, il y a moins de ressources. Ce qui est frappant dans ce milieu-là, Adrien en est un exemple, c’est que les informaticiens sont des médecins. Je suis émerveillé dans les relations qu’on peut avoir avec les hôpitaux c’est de savoir qu’entre deux requêtes, il y a un service de réanimation en charge de la personne qui est que le jour elle soigne les patients du covid et la nuit elle fait des requêtes pour nous fournir des données, pour venir alimenter les applicatifs. C’est complètement fou comme situation. Ce sont des gens brillants, mais le système, dans certaines régions, tient grâce à la volonté incroyable de certaines personnes.

Étienne Gonnu : Est-ce que tu peux juste préciser ce que signifie « requête » pour les personnes qui ne sont pas forcément familières du jargon ?

Pierre-Yves Dillard: On a contexte où l’administrateur qui est en train de construire l’entrepôt de données et qui doit faire des requêtes pour aller récupérer des données pour venir alimenter le futur entrepôt de données de santé, eh bien c’est le responsable de la réanimation par ailleurs.

Étienne Gonnu : Merci. Philippe Montargès.

Philippe Montargès : Je reviens sur ce que disait Adrien tout à l’heure, effectivement, dans la consultation, l’écosystème des acteurs du logiciel libre et de l’open source en France n’a pas été forcément contacté dans le cadre du Health Data Hub. Mais surtout, pour travailler notamment dans le domaine de la donnée et de l’hébergement de la donnée, vous savez qu’il y a cette fameuse certification des données de santé [Certification HDS - Hébergement de données de santé] qu’il faut avoir pour travailler et notamment infogérer et administrer des données de santé en France. Il y a 6 niveaux de certification dans cette certification HDS. On s’aperçoit que, d’une part, il y a très peu d’acteurs qui la possèdent sur les 6 nivaux. Azure de Microsoft était un acteur qui la possédait sur les six niveaux. Et quand on a cette certification même avec les six niveaux, ça ne garantit en aucune façon que vos données sont gérées en France ou en Europe.
Pour moi, ça pose aussi un problème quasiment au niveau de ces certifications qui sont complètes pour gérer correctement à la fois la logistique, à la fois l’infrastructure logistique et à la fois l’administration des données, la façon dont est gérée l’information et aussi le stockage. Mais on peut être certifié données de santé sans avoir l’obligation, et c’est ce qui m’a frappé dans ce dossier-là, d’avoir ces données stockées en France voire en Europe.

Étienne Gonnu : C’est significatif. C’est vrai que l’hébergement est au cœur et on va revenir dessus parce qu’on va parler de la recherche sur la santé, on va notamment évoquer les actions en cours pour lutter contre ce choix du Health Data Hub.
Philippe Montargès, tu évoquais le cahier des charges du Health Data Hub. Ce qu’on doit aussi avoir à l’esprit c’est qu’il y a aussi des décisions politiques ou des absences de décisions politiques, que ce soit dans la définition des critères pour être hébergeur de données de santé, dans la manière dont va être rédigé le cahier des charges du Health Data Hub. Il faut aussi réfléchir en termes politiques à ce qu’on veut atteindre et qu’elle place on prend en compte pour les libertés informatiques.
Je propose, avant de passer à cette question qui nous prendra peut-être plus de temps puisqu’elle est peut-être plus présente, d’évoquer quand même la situation, parce que Pierre-Yves notamment a commencé à évoquer ça, de l’informatique hospitalière puisqu’il y a eu cet appel d’offres pendant l’été et c’est vrai qu’on ne s’y attendait pas particulièrement. Il faut savoir qu’il y a plusieurs manières pour les hôpitaux de se fournir en informatique. Cette Centrale d’achat en informatique hospitalière est sans doute une des principales, elle a 1200 établissements de santé qui sont membres et qui peuvent se fournir via cet intermédiaire et elle vendait plutôt du Microsoft, elle était quand même plutôt vendeuse de Microsoft. Et là un appel d’offres de logiciels libres, sur une très grande variété de services logiciel libre, a été réalisé cet été.
Avant de parler spécifiquement de cet appel d’offres, je suis extérieur, je ne connais pas du tout, on va dire, l’état de l’informatique hospitalière, quelles sont les spécificités – on imagine qu’elles sont là, les données de santé ont été évoquées – de l’informatique dans un hôpital ? Adrien, toi qui es médecin ?

Adrien Parrot : Déjà il y a beaucoup de logiciels qui ne sont pas totalement spécifiques à l’hôpital et, du coup, on peut aussi commencer par eux et grappiller progressivement un éditeur de texte collaboratif, un tableur, des gestions d’administration, etc., c’est vraiment quelque chose qui est très transversal et d’ailleurs les SI, les services d’information des hôpitaux, se sont équipés historiquement initialement déjà sur les entrées/sorties, des choses qui sont assez loin du métier. Après, les principaux besoins c’est le dossier patient informatisé, potentiellement connecté avec le DMP [Dossier médical partagé] qui est le dossier patient national cette fois-ci. Là il existe plusieurs acteurs dont des logiciels libres aussi, il y a par exemple un projet GNU qui s’appelle GNU Health qui pense à la fédération, à la décentralisation, aux standards d’interopérabilité. Donc il y a tout ça.
C’est vrai que ce qui m’a frappé c’est l’envergure du marché. Déjà, par exemple, si on remplace Oracle, si on commence par la base qui est la base de données, que progressivement on se libère d’Oracle qui coûte beaucoup d’argent pour aller vers PostgreSQL, c’est déjà un pas énorme pour les hôpitaux.

Étienne Gonnu : Merci. Tu devances une question que je voulais poser. C’était s’il y avait aussi des logiciels libres vraiment spécifiques pour les métiers de santé. Du coup j’ai envie de me tourner vers nos deux représentants d’entreprises du Libre. Pierre-Yves Dillard d’Easter-eggs.

Pierre-Yves Dillard : Nous sommes une boîte de service, notre métier c’est de travailler plutôt sur des projets à façon, on ne fournit pas d’outils, on fournit de l’assistance. Effectivement, quand on va parler d’une solution on va forcément proposer, en tout cas chez Easter-eggs, notamment PostgreSQL, ça fera partie d’une solution, mais on ne va pas fournir ou vendre PostgreSQL comme on vendrait un support Oracle. Ce sera intégré dans un projet plus global.
Juste pour répondre à la première question sur quels sont les logiciels de l’informatique hospitalière. Nous sommes amenés à les recenser à l’échelle notamment de l’AP-HM [Assistance Publique – Hôpitaux de Marseille], on s’aperçoit qu’il y a beaucoup de disparités, d’outils, de technos, de licences. Quand on doit regrouper le tout au sein d’un entrepôt on s’aperçoit qu’il y a pas mal de travail, déjà d’inventaire à faire, pour créer un vrai référentiel de données qui permet de faire un état de l’art du statut de la donnée, par où elle rentre, par où elle sort, où est-ce qu’on peut la récupérer et comment on peut garantir sa traçabilité. Pour moi c’est beaucoup de disparités et en même temps d’inégalités parce que d’un hôpital à l’autre on va avoir des outils avancés d’un côté et complètement à la traîne de l’autre. On peut être surpris de retrouver encore des traitements qui sont faits sous forme de fichiers classeurs notamment pour des besoins d’étude et des choses comme ça. Il y a des collectes qui se font non pas en base de données mais tout simplement via des tableurs.

Étienne Gonnu : Effectivement, ça paraît peut-être archaïque dans cette ère du big data qu’on nous vend.
Philippe Montargès, une réaction.

Philippe Montargès : Moi je trouve que c’est une très bonne nouvelle, effectivement, que le secteur hospitalier lance ce type d’appel d’offres spécifiquement autour de solutions open source et logiciels libres. Le seul bémol, et je connais un petit peu le dossier parce que nous, Alter Way, on fait partie d’un groupement qui répond concrètement à ce dossier-là. En fait, avec le CNLL on a une grosse réflexion, globalement on a mené une enquête sur sur tous les marchés de support open source et logiciels libres qu’il y a auprès de l’administration. Il y a quand même à « éduquer », entre guillemets, les acheteurs du secteur public à ce que c’est. On ne commande du logiciel libre comme on commande une solution propriétaire ou une solution sur étagère. Je pense que culturellement il faut que les mentalités des acheteurs évoluent. Il faut être bien conscient que l’argent qu’on investit, que ces centrales d’achat investissement dans ces appels d’offres, doivent profiter, derrière, à tout un écosystème d’acteurs industriels, de PME, d’éditeurs, d’infogéreurs, de sociétés de conseil et ainsi de suite.
En fait, on s’aperçoit que dans la constitution du modèle-même de ces appels d’offres c’est qu’il ne garantit quand même, et c’est un petit peu le sujet de cet appel d’offres, un montant forfaitaire qui sera attribué à telle ou telle PME. Pour les PME qui répondent à ces dossiers-là c’est très compliqué de pouvoir s’engager sans passer par un groupement et un groupement qui soit porté par un gros intégrateur. Parce que, effectivement, il y a une prise de risque et il y a quand même à garantir un certain niveau de service, de SLA [service-level agreement] parfois. Notamment dans le cadre de ce marché-là, qui est quand même un marché très large, qui dépasse le cadre de support de logiciel libre, qui va depuis des études de préconisation dans le choix d’outils open source, des études de migration pour migrer le système propriétaire à des systèmes logiciel libre, qui fournit des solutions d’éditeur en mode SaaS [software as a service] aux hôpitaux et aux établissements hospitaliers, qui puisse aussi apporter des solutions clefs en main sur tout ce qui est poste de travail Linux et tout, et derrière qui assure aussi une fonction de support. Donc c’est un marché qui est très ouvert, mais ce qu’on voit c’est que la centrale d’achat, en l’occurrence le CAIH, est un organisme qui, en fait, sera plutôt un référencement auprès des 1200 établissements, je ne sais pas si je suis clair dans ce que je dis, que vraiment un budget à dépenser qui sera alloué aux sociétés qui vont répondre à ce dossier-là.
C’est très compliqué de faire évoluer. Il y a une très grosse réflexion qui a lieu actuellement dans le secteur public. Au niveau du CNLL, avec ce type de groupement, on a répondu à un dossier récemment sur la DGFiP, sur la Direction générale des finances publiques. On essaye de faire évoluer le paradigme de ces dossiers d’appels d’offres. Il ne faut vraiment pas le penser uniquement à comment je massifie, comment j’optimise mon achat pour n utilisateurs derrière, mais il faut le penser vraiment comment j’investis dans un écosystème qui derrière va me fournir un service résilient, un service évolutif et qui va aussi, quelque part, contribuer à l’émergence d’acteurs industriels qui soient de taille suffisante.
Pour revenir à ce qu’on disait tout à l’heure, le problème qu’on a en France et en Europe c’est qu’on n’a pas d’acteurs dans le numérique et notamment dans le numérique ouvert et open source qui soient de très grosse taille, très importants. Si on veut faire en sorte qu’on ait des acteurs qui grossissent et qui acquièrent cette taille critique, il faut que le mécanisme des appels d’offres publics et notamment ce grand marché d’expertise de support ou ces contrats-cadres aille dans cette logique-là et favorise, quelque part, l’ensemble de l’écosystème derrière. C’est ça qu’on essaye de pousser et c’est ça que le gouvernement doit aussi mettre en avant dans cet appel d’offres-là.

Étienne Gonnu : C’est vrai que c’est un point et c’est vrai que la commande publique peut paraître hors sujet, mais en fait il ne l’est pas dans le sens où on voit bien les effets que ça peut produire, du coup comment va s’équiper une partie de l’informatique hospitalière. C’est vrai qu’une chose qu’on pousse, notamment nous on pousse pour une priorité au logiciel libre, ça c’est pour l’aspect juridique, mais aussi culturel comme tu l’évoquais, on le voit bien là, à nouveau.
Pour les personnes qui s’y connaissent et que ça intéresse, le contrat est un accord-cadre mono attributaire, non-alloti, c’est-à-dire qu’une seule réponse doit répondre à tout. Donc de fait, effectivement, c’est plutôt adapté aux gros acteurs uniques, qui caractérisent plus l’informatique privative, plutôt qu’à un environnement constitué d’une constellation de TPE-PME qui vont être complémentaires dans leur façon de faire et qui vont faire communauté autour d’un logiciel libre ou de plusieurs et qui, en plus, sont plus souvent inscrites dans le tissu économique local.
Pierre-Yves Dillard, tu as peut-être aussi une réflexion sur ce sujet.

Pierre-Yves Dillard : Oui. En fait ces accords-cadres, qu’ils soient spécifiques au logiciel libre ou à d’autres types de logiciels, c’est toujours la même chose, ils sont réservés forcément. Aujourd’hui il faut qu’il y ait un très gros acteur qui prenne le leadership pour pouvoir avoir la surface suffisante pour pouvoir répondre. C’est toujours pareil, en fait on a un inventaire absolument affolant de prestations attendues ou de logiciels à supporter, des listes assez étranges où on est en train de dire ça oui, ça non. Pour des acteurs comme nous, des petites PME avec des expertises sur certains sujets, on ne se sent pas tout à fait concernés par tout ça, sachant que dans la vraie vie, même les grands acteurs, quand ils vont répondre et à la fin être titulaires du marché, ils vont souvent se retourner et finalement sous-traiter vers des expertises, parce qu’en fait même les gros acteurs, aussi gros qu’ils soient, souvent n’ont pas la capacité à couvrir l’immensité des attentes de tels appels d’offres. À chaque fois je trouve ça toujours un peu frustrant. J’ai l’impression que dans le monde propriétaire on n’a pas cette exigence de dire on fait un appel d'offres sur tout et on veut que vous répondiez. C’est compliqué.
Je sais qu’on est assez contactés pour notamment s’aligner, on nous a proposé une liste d’outils qu’on voulait supporter. La plupart ce sont des outils dont on n’a pas toujours entendu parler ou qu’on utilise un petit peu, mais c’est sûrement anecdotique en termes d’expertise attendue. Il faut savoir qu’une société sérieuse, quand elle fait du support sur un outil ou qu’elle apporte un outil, ce n’est pas l’outil en lui-même, c’est l’outil inséré dans le système d’information qui est important. Ça veut dire qu’on répond normalement avant par un audit, par une étude, par une analyse du contexte. Ce sont des réflexes qu’on a et on ne sait pas répondre comme ça en disant « oui, OK, on est expert ceci, on est expert cela ». On est toujours assez dérangés par ces marchés, ces appels d’offres.

Étienne Gonnu : Philippe je te laisserai la parole peut-être pour un mot de conclusion parce que le temps file. J’aimerais qu’on puisse aussi aborder les questions de la recherche et de l’hébergement des données de santé.
Un dernier mot avant qu’on fasse une petite pause musicale, Philippe.

Philipe Montargès : Juste pour rebondir là-dessus. Je pense que c’est effectivement une question de culture dans la commande publique. Tu avais raison. Le secteur de la santé, s’il veut basculer massivement vers le logiciel libre, et je pense qu’il a un intérêt à le faire pour des raisons éthiques, des raisons sociétales, des raisons de favoriser aussi l’économie nationale et les entreprises de logiciel libre en France ; il y a quand même des entreprises, des PME, des TPE, donc il y a intérêt à favoriser ce tissu-là. Je pense que la culture d’achat des grands donneurs d’ordre de ces marchés-là est encore une culture de massification, d’optimisation et pas une culture où j’investis par la commande publique dans un écosystème industriel.

Étienne Gonnu : Super. Un dernier mot à Adrien.

Adrien Parrot : Pour rebondir sur Pierre-Yves sur la place des entrepôts, lui voit plutôt des systèmes qui sont éclatés, du coup ça fait la transition. Les entrepôts de données de santé des hôpitaux, justement, sont le lieu de passage et de standardisation, d’homogénéisation des données pour pouvoir réalimenter des outils, se libérer un peu des enclaves propriétaires et migrer progressivement vers des outils open source.
Je rejoins un peu sur la culture de la massification et de la centralisation. C’est typiquement ce qu’on voit dans le Health Data Hub qui est un entrepôt de données déconnecté des lieux de production et qui, du coup, met aussi à mal cette logique décentralisée d’écosystème, de gens qui essaient de construire, de coconstruire et de se libérer des enclaves. Ça me fait réagir aussi avec le prochain sujet.

Étienne Gonnu : C’est une super transition et qui nous amènera à la suite du sujet après une pause musicale. Je vous propose d’écouter Dolling par CyberSDF. On se retrouve juste après. Je vous souhaite une belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Dolling par CyberSDF.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Dolling, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Je suis Étienne Gonnu chargé de mission affaires publiques pour l’April et nous discutons de santé et de logiciel libre avec nos invités Adrien Parrot, Pierre-Yves Dillard et Philippe Montargès.
N’hésitez pas à participer à notre conversation. J’ai lancé un numéro de téléphone, c’est un numéro 01, vous pouvez le retrouver sur le site de la radio et pouvez nous retrouver aussi sur le site dédié à l’émission, sur le site causecommune.fm, bouton « chat ». N’hésitez pas à nous rejoindre pour participer en direct.

Nous évoquions les problématiques de l’informatique hospitalière, la problématique de la commande publique, comment elle doit évoluer pour mieux pendre en compte également le logiciel libre qui est un élément déterminant pour une informatique plus juste, plus loyale. On évoquait, en début d’émission, cet enjeu de la recherche pour la santé, on voit bien en ce moment à quel point avoir une recherche efficace sur les questions de santé est indispensable. On a beaucoup parlé de données de santé. On imagine bien que pour la recherche la question de comment on accède à ces données de santé, à quelles données on peut accéder, comment on peut y accéder, est-ce qu’elles doivent être pseudonymisées, anonymisées ? Il y a énormément de questions.
Je pense que dans la continuité de nos échanges et parce qu’un point qu’on évoque beaucoup avec le Health Data Hub c’est cette question des hébergeurs de santé. Philippe Montargès évoquait justement ce système critiquable puisqu’il ne prend pas en compte le lieu d‘hébergement, il ne prend pas en compte non plus, il me semble, l’utilisation ou pas de logiciels libres, qui est donc la certification hébergeur de données de santé.
Philippe Montargès, puisque tu évoquais ces certifications, est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu en quoi elles consistent ? Tu as dit qu’il y a plusieurs niveaux ? Par qui est-elle attribuée ? Etc.

Philippe Montargès : En fait, la certification de santé c’est comme toute certification. Là il y a six niveaux.

  • Ça va depuis l’aspect très physique, les dispositions de maintien en condition opérationnelle de sites physiques, donc là c’est vraiment sur le datacenter, l’aspect physique.
  • La mise à disposition, maintien en condition opérationnelle de l’infrastructure matérielle du système d’information, c’est tout l’aspect serveurs, switchs.
  • Ensuite il y a vraiment tout ce qui est la partie qui concerne la plateforme d’hébergement d’applications, donc l’application qui est traitée sur cette infrastructure on va dire physique.
  • Il y a aussi tout ce qui est infrastructure virtuelle, donc toute la couche logicielle qui est aussi une autre catégorie.
  • Après il y a vraiment la partie 5 qui est l’administration, l’exploitation du système d’information contenant les données de santé, qui est le niveau 5 de la certification.
  • Il y a le niveau 6 qui est la sauvegarde des données santé, savoir effectivement où elles sont stockées, sauvegardées.

Il y a ces six certifications. En fait, on peut très bien être certifié par exemple sur les fournisseurs de datacenters en France, que ce soit des fournisseurs étrangers ou français, ils peuvent être certifiés 1 et 2, c’est-à-dire sur l’aspect purement physique et infrastructure matérielle, c’est le cas d’un opérateur comme Equinix qu’on connaît. Vous avez des gens comme OVH, qui est certifié sur tous les points sauf le point 5, c’est-à-dire qu’il n’a pas actuellement, peut-être qu’il l’a récupéré, mais il n’avait pas à la date l’administration, l’exploitation du système d’information contenant les données de santé.
On voit que là-dessus il y a beaucoup de choses importantes. C’est sûr que c’est une certification qui est quand même lourde pour les entreprises. C’est toujours pareil, les principes de certification s’adressent quand même à des entreprises qui ont déjà une certaine taille ou un certain volume d’activité dans ce domaine-là. Par exemple, même Amazon n’est pas sur le point 5, alors que Azure l’est, le cinquième niveau qui concerne effectivement l’administration des données de santé.
On voit la complexité du système et c'est ce que je disais tout à l’heure, on peut avoir les niveaux de certification HDS, mais ça ne garantit pas, de toute manière, le point qui peut être critique dans le cas des données de santé, c’est de savoir où est stockée, où techniquement peut être stockée ou transférer la donnée. Ça ne garantit pas que ça soit en France ou en Europe.

Étienne Gonnu : Juste pour résumer, si je comprends bien, en fait il faut avoir chacun de ces niveaux et ça dit ce qu’on est en mesure de faire avec les données de santé.

Philippe Montargès : On peut être HDS mais que sur les niveaux 1 et 2, c’est-à-dire que vous pouvez être HDS données de santé, vous êtes un offreur de datacenters parce que vous avez des opérateurs qui ne font que mettre des datacenters à disposition de prestataires, eux seront 1 et 2 parce qu’ils garantissent la sécurité, la pérennité, la résilience de leur infrastructure en termes d’établissements physiques, en termes de matériel physique sur tel lieu et sur le réseau et ainsi de suite. Mais ils ne seront pas forcément administrateurs de santé, ils ne pourront pas eux, directement, faire de l’hébergement sur leurs datacenters, ce sera un prestataire qui pourra le faire. Donc il peut y avoir aussi, comme ça, un mécanisme de couches de prestataires. Il peut y avoir un prestataire certifié 1 et 2 et un autre prestataire qui est certifié sur 3 et 4 et qui est en partenariat avec celui qui est certifié 1 et 2 et ainsi de suite. Donc il y a aussi ce type mécanisme qui peut être mis en œuvre.

Étienne Gonnu : On voit effectivement la complexité. Marie-Odile avait une question sur le salon #libreavous, une question tout à fait logique d’ailleurs : qui est-ce qui accorde cette certification ?

Philippe Montargès : C’est une bonne question, c’est comme pour les certifications ISO, c’est un organisme spécialisé qui les attribue. Il y a tout un process de préparation, d’examen. Je n’ai pas le nom de l’organisme.

Adrien Parrot : Le Cofrac [Comité français d’accréditation].

Étienne Gonnu : Cofrac entendu. On retrouvera.
Adrien, j'ai l'impression que tu souhaitais réagir.

Adrien Parrot : En effet, ça ne garantit pas de la localisation des données et surtout de la juridiction de l’entreprise qui héberge les données. Là on rentre dans des sphères dont on va peut-être parler un petit peu plus tard.
Souligner aussi le flou de l’activité 5 qui est l’infogérence, parce que, dans l’absolu, on pourrait très bien dire que tous les éditeurs de logiciels en santé devraient être certifiés activité 5, parce que, à partir du moment où ils ont accès aux données qu’ils ont dans leurs logiciels, qu’ils ont un accès à une base de données, ce qui est assez commun, par exemple Doctolib dit qu’il a accès aux données des patients. Du coup, le corollaire ça devrait peut-être d’avoir l’activité 5, chose qui serait énorme en termes de certification. C’est aussi ce flou que je voulais souligner.

Étienne Gonnu : Peut-être repréciser ce qu’est l’activité 5 pour les personnes qui sont moins familières ?

Pierre-Yves Dillard : C’est l’infogérence applicative, le fait d’administrer l’application et d’y accéder pour faire des opérations de maintenance sur la production. Aujourd’hui, pour moi, il y a un flou que le législateur a promis de clarifier parce que maintenir l’activité 5 de manière formelle sous certification c’est exclure un tissu d’éditeurs, souvent de petits éditeurs ou de petites sociétés de service qui ne vont pas pouvoir, finalement, assurer la TMA [Tierce maintenance applicative] d’un outil qu'elles vont développer. Ça me paraîtrait complémentent fou.

Philippe Montargès : Surtout que c’est quand même assez lourd pour une entreprise de passer ces certifications.

Pierre-Yves Dillard : Bien sûr.

Philippe Montargès : Les certifications ISO 27001 c’est déjà compliqué pour un domaine d’infogérence et passer dans la foulée sur une certification ! C’est un investissement lourd pour une PME, c’est sûr.

Étienne Gonnu : D’ailleurs Adrien, je crois que tu me disais qu’InterHop mettait en place quelque chose.

Adrien Parrot : Du coup nous on sous-traiterait justement cette activité 5, mais en effet, l’idée c’est un peu sur le modèle des Chatons et de Framasoft. CHATONS, je n’ai pas l’acronyme en tête.

Étienne Gonnu : Le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires.

Adrien Parrot : C’est d’essayer de décentraliser un peu le Web et les serveurs. Nous, en s’alliant avec un hébergeur qui a l’activité 5, de faire installer du coup, parce qu'on n’aurait accès à aucune donnée, des logiciels libres chez un hébergeur de données de santé et permettre aux utilisateurs, typiquement aux médecins. Un des premiers services ce sera la visioconférence avec Jitsi qui est un logiciel de vidéoconférence libre qui est très bien.

Étienne Gonnu : On avait reçu le créateur de Jitsi.

Adrien Parrot : Oui, il était venu ici.

Étienne Gonnu : Donc disponible en podcast. Vous retrouvez la référence sur le site.
C’est très intéressant. J’évoquais de possibles émissions futures, ça pourra peut-être faire l’objet d’une.
Je vous propose quand même d’avancer puisque le temps file et on parlait des limites de cet hébergeur de données de santé. Microsoft détient ce sésame. Microsoft a donc été choisi comme hébergeur des données de santé pour la plateforme Health Data Hub avec toutes les problématiques qu’on peut imaginer, dont on avait parlé le 28 janvier 2020.
InterHop a été assez active et l’est toujours pour lutter un peu contre ce qu’on considère être, effectivement, un choix très regrettable politiquement. Peut-être faire un petit point. Il y a une pétition pour demander une commission d’enquête, je crois qu’il y a des recours devant le juge. Est-ce que tu peux nous faire un petit point Adrien ?

Adrien Parrot : En deux mots, le Health Data Hub c’est la centralisation dans un seul lieu de toutes les données de santé de tous les citoyens de français et toutes les données c’est vraiment tout : le kiné, le médecin généraliste, la pharmacie, etc., tout ce qui est santé va aller au Health Data Hub de façon pseudonymisée, donc on n’aura pas les infos directement identifiantes, mais c’est quand même une très grosse base de données qui recoupe 67 millions de patients au moins.
Donc en effet les actions. Tout de suite Microsoft ça nous a un peu émus, on va dire, et ce qui s’est passé aussi cet été, l’invalidation d’un texte fondamental qui est le Privacy Shield ou, en français, bouclier de protection des données. Ce texte permettait d’échanger dans un cadre légal des données entre l’Union européenne et les États-Unis. Par exemple Microsoft, parce que là c’est ce qui nous concerne, adhérait à ce texte donc il pouvait faire ces échanges.
Ce texte-là a été invalidé grâce à un militant de la vie privée, des droits et des libertés fondamentales, qui s’appelle Schrems. Donc depuis le 16 juillet 2020 tous les transferts entre l’Europe et les États-Unis sont réputés illégaux.

Étienne Gonnu : Pour préciser peut-être ce que tu viens de dire, invalidé grâce à ce militant, il faut vraiment saluer son action, l’action d’une personne, d’un individu. Il s’est saisi de son droit, il a amené ça jusqu’à la Cour de justice de l’Union européenne où il a obtenu l’invalidation de cet accord qui était censé dire que les deux régimes juridiques partageaient des valeurs communes, enfin les critères minimums, ce qu’a invalidé la Cour de justice. On peut aussi montrer à quoi peut aboutir une action militante.

Adrien Parrot : Peut aboutir, ça a peut-être mis dix ans, je n’ai pas la date, mais ça a l’air d’aboutir à tel point que Facebook menace la Cour de justice de partir de l’Union européenne avec Instagram au passage. Donc il y a une pression et un bras de fer qui se met comme ça entre les États-Unis et l’Union européenne.
Ce que la CNIL a dit aussi plusieurs fois c’est que, au sein du Health Data Hub, Microsoft ne s’engage pas à ce que les données restent dans l’Union européenne lorsque les données sont analysées, donc sur un processeur ou sur une carte graphique. À partir du moment où il y a de l’analyse et pas que du stockage, par contrat Microsoft ne s’engage pas à ce que les données restent dans l’Union européenne. À la suite de ça en effet on a fait un recours au Conseil d’État qui a été annulé récemment, mais on poursuit, il y aura d’autres actions et on se bat contre ça, en l’occurrence.

Étienne Gonnu : Il y a eu un communiqué, on mettra le lien sur le site.
Philippe.

Philippe Montargès : Le CNLL a été aussi assez actif là-dessus, sur ce recours.

Étienne Gonnu : Oui, ce n’était pas InterHop tout seul, c’était un collectif dont InterHop est l'initiateur.

Philippe Montargès : Il y a Ploss Rhône-Alpes, il y a beaucoup d’organisations derrière.
Par contre, je reviens sur cette question effectivement, la contradiction que je disais au début de ce débat. Cette contradiction c’est qu’en fait pourquoi on en arrive à n’avoir comme choix que Azure ? C’est ça pour moi la question qui doit nous interpeller, nous industriels. Nous on travaille dans la fabrication des logiciels et aussi sur le delivery. Ce qui nous a interpellé c’est qu’effectivement ce n’est pas sain et on est tous d’accord sur le fait que ce n’est pas éthique et ce n’est pas sain que les données puissent être transférées aux États-Unis ou être exploitées par d’autres. On est tout à fait d’accord. La question que je me pose c’est pourquoi on en arrive à ce type de choix par défaut. Je ne pense que les gestionnaires, je ne suis pas spécialiste du dossier, de Health Data Hub aient voulu absolument favoriser Microsoft. Je ne pense pas que ça vienne d’un choix volontaire, mais je pense que ça vient d’un choix par défaut. En fait, ça pose effectivement la question : est-ce qu’il y a des alternatives concrètes, industrielles, opérationnelles qui pourraient traiter le problème du Health Data Hub. C’est ça pour moi la question, en tout cas qu’on se pose au niveau du CNLL, au niveau du Pôle open source Systematic.
Il y a une initiative dans laquelle nous on investit beaucoup, c’est la réponse qu’apporte le fameux projet GAIA-X. Effectivement c’est une façon de construire en Europe, peut-être une alternative, peut-être une opportunité de construire en Europe une alternative en termes d’infrastructure de réseau de données qui soit souveraine. Nous on souhaiterait qu’elle soit le plus open source possible. Je pense que la question se pose. Il faut vraiment qu’on arrive à se doter. Outre le fait de récriminer effectivement et d’attaquer les GAFAM, ça me va, mais ce qui est surtout important c’est qu’on puisse construire à côté, en parallèle, des solutions opérationnelles qui puissent répondre à ce type de problématique.

Étienne Gonnu : Pierre-Yves, je vais ensuite te donner la parole, parce que justement vous avez une certification. Il y a des projets européens qui sont très intéressants et on va en parler.
Juste avant je vais redonner la parole à Adrien pour évoquer une autre action et on peut inviter nos auditeurs et auditrices à s’engager dedans. C’est une pétition pour obtenir une commission d’enquête. Tu peux nous en dire un mot en une minute peut-être pour inviter les personnes à faire cette action simple en réalité.

Adrien Parrot : C’est pour reprendre l’idée de Nathalie Goulet qui est sénatrice, que tu as mentionnée en début d’émission, qui, en effet, veut une commission d’enquête pour analyser les conditions de l’appel d’offres, pourquoi il n’y a pas eu d’appel d’offres et le choix de Microsoft, les enjeux de Microsoft et des données de santé en général. Elle est en ligne sur le Sénat, vous la retrouverez facilement.

Étienne Gonnu : On mettra le lien. Il faut 10 000 signatures pour que ça soit étudié en conférence des présidents.

Adrien Parrot : 100 000.

Étienne Gonnu : Oui, 100 000.

Adrien Parrot : C’est vraiment beaucoup. Vous avez six mois pour diffuser la pétition. Signer et diffuser.

Étienne Gonnu : C’est important. Une commission d’enquête a des pouvoirs forts, on est obligé de s’y présenter lorsqu’on est convoqué. On témoigne sous serment. C’est quelque chose de très important et on invite nos auditeurs et auditrices à soutenir cette initiative.

Adrien Parrot : Et ces actions, c’est plus que InterHop. En effet il y a des industriels, il y a aussi des patients, des associations de patients, des médecins qui se sont engagés, des syndicats de médecins, Didier Sicard aussi qui est connu pour l’éthique. C’est vraiment un collectif large.

Étienne Gonnu : C’est transversal. C’est très important de le préciser.
Du coup je vous propose d’avancer. Pierre-Yves j’aimerais te donner la parole parce que Easter-eggs a une certification EHDEN, European Health Data & Evidence Network, qui propose une approche avec, il me semble, le logiciel libre au centre, qui fait partie des critères, qui est basé sur une mise en réseau. Est-ce que tu peux nous expliquer quelle est cette certification, pourquoi vous avez fait le choix d’y recourir ? Nous parler de ce projet.

Pierre-YvesDillard : Je rebondis une seconde sur ce qu’a dit Philippe avant, sur la nécessité quand on a projet comme le Health Data Hub, d’avoir aussi une vision technique parce qu’en fait le problème c’est que souvent les politiques pensent que la technique est un point de détail. Or, il faut déjà savoir ce qu’on a dans la boutique pour savoir avec quoi on va faire et comment on veut faire. Quand j’ai entendu Laura Létourneau [Déléguée ministérielle au numérique en santé au sein du ministère des Solidarités et de la Santé], c’était l’hiver dernier, elle présentait une roadmap, un document extraordinaire, hyper bien ficelé, à la fin de son intervention elle dit « il nous manque encore notre directeur technique et le staff sera complet ». Voilà ! Et là j’avais ma réponse. Ils n’avaient personne qui avait la vision technique.

Étienne Gonnu : On voit souvent ce problème. C’est considéré comme une évidence alors que non, ce n’est jamais une évidence et la technique ce sont aussi des choix politiques.

Pierre-YvesDillard : Et dieu sait que nous, société hyper-technique, on part plutôt de la technique et après on regarde les possibles, mais bon !
Pour revenir sur le projet EHDEN, et là on revient tout de suite, évidemment, à ce que disait aussi Adrien au début. Aujourd’hui la capacité non pas de centraliser toute l’information, toutes les données des patients dans une super base de données, mais justement faire en sorte que les hôpitaux puissent conserver les données chez eux et puissent, après, les partager en adoptant des standards. Le projet EHDEN est un projet qui est mené par l’Union européenne et, derrière, les Big Pharma qui sont aussi à l’affût parce que ça les intéresse d’avoir accès à terme à ces données-là avec des standardisations et des outils qui permettront de faire tourner des algorithmes identiques partout. En contrepartie, les hôpitaux pourront vendre cet accès aux labos, donc il y aurait des contreparties.
Le projet EHDEN c’est l’émanation d’un organisme plus large, mondial, qui s’appelle l’OHDSI. L’OHDSI c’est un petit peu comme l‘EHDEN, c’est l’Observational Health Data Sciences and Informatics. C’est un projet qui vise justement à créer, à standardiser un format de base, ce qu’on appelle le format OMOP [Observational medical outcomes partnership], qui va permettre de faire en sorte que si toutes les bases de tous les hôpitaux du monde, tous les entrepôts de données de santé du monde ont ce même format et adoptent les mêmes standards, eh bien on va pouvoir lancer des recherches de Tokyo à Paris en passant par Rio avec le même algorithme, donc étendre ce qu’on appelle les cohortes, c’est-à-dire avoir des cohortes toujours plus importantes, donc un nombre de patients toujours plus important à mettre dans une étude pour que l’étude soit plus efficace.
Il se trouve que ce projet-là de l’OHDSI est un projet entièrement open source. Le choix du logiciel libre, enfin d’utiliser une suite de logiciels open source dans le cadre du projet de l’OHDSI, n’est pas du tout un choix lié à la notion de transparence, mais juste un choix lié à un côté pratique, le fait de pouvoir plus facilement et plus rapidement déployer ces outils-là à un large niveau et, en plus, gratuitement. En tout cas c’est comme ça que la position est défendue. Ce ne sont pas des libristes chevillés au corps, et d’ailleurs dans le cadre du projet EHDEN, ce qui est intéressant de voir c’est que, globalement, ce sont soit des partenaires comme nous qui travaillons et qui sommes des acteurs en lien avec les hôpitaux ; au sein du consortium, on est dans un monde parfaitement Microsoft. Donc c’est assez intéressant de voir qu’il n’y a pas non plus eu de choix fait, en fait. Ces gens-là à un moment on leur a dit une base de données c’est SQL Server, OK. C’est-à-dire que ce sont des médecins qui à un moment ont besoin d’un outil, ils demandent un outil, on leur donne un outil et ils se forment sur cet outil-là et il n’y a pas forcément de conscience du choix, de savoir si le logiciel est libre ou propriétaire. Ils ont besoin d’avoir un outil, ils ont besoin d’atteindre un but et en cela c’est intéressant et ça peut poser des problèmes à un moment.
Là on peut parler aussi des standardisations et des normes qui sont visées, puisque de la même façon qu’on doit définir des normes communes, faut-il encore faire attention que ces normes soient elles-mêmes, quelque part, publiques et libres et ne soient pas des normes qui soient, à terme, possédées par des organismes ou en tout cas gouvernées par des consortiums privés.

Étienne Gonnu : Merci beaucoup. C’est très juste. Je vois le temps filer, excusez-moi du coup je pense à plusieurs choses. Malheureusement on va conclure. Je vous laisse chacun un mot de la fin soit sur ce qu’il faut retenir de l’émission, si vous voulez rebondir effectivement sur ce projet. Ça m’évoquait aussi l’importance d’un pragmatisme dans l’éthique on voit que c’est ça qui a poussé, finalement, vers le logiciel libre, c’est ce que je retire de ce que tu nous as dit. Peut-être une minute chacun avec un mot.

Adrien Parrot : Pour moi la technique est politique, est vraiment éminemment politique, il faut vraiment y penser. À chaque fois qu’un ingénieur fait une action ça sous-entend de la politique.
On promeut aussi le modèle OMOP, on a déjà eu des discussions avec Easter-eggs sur ça.
Pour dire aussi les Big Pharma c’est qui ? C’est en partie IQVIA qui est le plus gros data broker de données de santé et le président de IQVIA c’est l’ancien directeur de l’adresse qui a mis en place le Health Data Hub. Donc il y a aussi tout cet enjeu de pouvoir très important.
Vous disiez, je crois que c’est Philippe, que le choix questionne les industriels dans leur réponse au Health Data Hub. Moi je pense c’est pourquoi le Health Data Hub est parti dans cette direction. Des alternatives décentralisées existaient. Si on veut faire de la recherche de qualité il faut des alternatives décentralisées comme OMOP. Et si on veut centraliser pour certaines études, sûrement pas toutes, sûrement que parfois on doit centraliser dans un lieu, eh bien il y a plein d’initiatives : TeraLab, le CASD [Centre d'accès sécurisé aux données], les hôpitaux peuvent centraliser d’autres hôpitaux pour certains projets. Il y a vraiment un écosystème qui existe, qui doit être développé et les industriels sont évidemment les bienvenus, mais autour du Libre.

Étienne Gonnu : Super. Philippe Montargès.

Philippe Montargès : Je repends ce que dit Adrien. C’est vrai que le sujet que ça pose c’est effectivement ce que j’ai dit tout à fait au début, c’est que si on ne reprend pas, nous, la maîtrise des infras à la fois en termes de développement, si on ne maîtrise techniquement les infras avec de l’open source et si ça on n’a pas une offre alternative conséquente, on ne pourra toujours que pleurer après ces logiques de souveraineté. Moi j’appelle les industriels qui seraient dans le secteur à rejoindre l’initiative, à s’investir par exemple dans l’initiative de GAIA-X. Après elle vaut ce qu’elle vaut, mais au moins, au niveau européen, il y a une initiative qui vise effectivement à reprendre le contrôle de l’infrastructure de réseaux de données puisque c’est un projet autour de ça, qui associe à la fois des grands utilisateurs, je crois qu’il y a European Health Data Space qui existe dans le cadre de GAIA-X. Je pense que c’est important que les acteurs de l’open source, les acteurs industriels de l’open source et du Libre en France s’investissent là-dedans pour effectivement imposer, quelque part, le Libre dans la fabrication de ces futures infrastructures qui vont être le socle de tout ces data spaces verticaux pour de grands domaines et la santé en est un. Il faut vraiment qu’il y ait cette logique-là. Il y a les Américains, mais il faut aussi qu'on soit capables de s’investir et de produire des choses qui tiennent la route. C’est un appel en ce sens-là.

Étienne Gonnu : Très bien. L’appel est passé. Pierre-Yves, si tu pouvais être d’une efficacité redoutable dans ton dernier mot.

Pierre-Yves Dillard : En une phrase. Vu le thème c’est pourquoi pas sensibiliser les médecins plus tôt, dans leurs études, à ces problématiques-là. Aujourd’hui ils doivent se sentir concernés et je pensent qu’ils arrivent désarmés quand ils sont confrontés au sujet très tard.

Étienne Gonnu : « Très juste – dit Isa –, je suis d’accord, on en revient toujours à la question de l’éducation. »
Un grand merci à vous trois pour ce sujet passionnant. Effectivement c’était peut-être un peu ambitieux dans ce temps si court d’aborder tous ces points, mais c’était passionnant. Merci. Je vous souhaite une très bonne fin de journée et à bientôt j’espère.

Nous allons faire une pause musicale. À nouveau nous allons écouter CyberSDF et cette fois-ci nous allons écouter Inaccessible Love. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Inaccessible Love par CyberSDF.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Inaccessible Love par CyberSDF, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les référence sur le site april.org, une recommandation d’Éric Fraudain de auboutdufil.com.

Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis toujours Étienne Gonnu chargé des affaires publiques pour l’April.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « La pituite de Luk » sur le thème « Digital rime avec Médiéval »

Étienne Gonnu : Nous allons passer à notre dernier sujet. Il s'agit donc de la « Pituite de Luk ». Luk doit être avec nous, normalement.

Luk : Je suis là Étienne. Bonjour.

Étienne Gonnu : Bonjour, Luk. Si j'ai bien compris, tu vas nous expliquer aujourd'hui que « Digital rime avec Médiéval ».

Luk : Oui. Déjà, j'aurais bien voulu venir, c’est classique, mais là, je suis encore en mode vacances. J'ai baroudé cet été autour du Mont Lozère au contact de la nature et sous le soleil. J'ai toujours une allure d'aventurier au teint hâlé, tellement avantageuse que ça frise l'indécence. Du coup, j'évite de sortir parce que ça fait des jaloux.
Cet été, je me suis tout bonnement retiré de la civilisation. Alors, c'était extrême, il n'y avait pas de réseau partout. C'est le genre de vacances qui permet de se plonger dans l'ancien monde, que ce soit en visitant des châteaux ou en cheminant sur d'anciens béals qui croisent les ruines de moulins à châtaignes. Alors attention, je parle de l'ancien monde d'avant, pas du nouvel ancien monde d'avant la covid, ni même du précédent nouvel ancien monde d'avant l'Internet, mais bel et bien du vieil ancien monde d'avant la modernité.
À cette époque, les différends se réglaient à coups de masse dans le heaume. La vie était simple. On pouvait satisfaire son ambition en envahissant le royaume de son propre frère ou lui piquer son territoire et ses gueux. C'était une époque où on ne s'embêtait pas avec les faits, Dieu suffisait à expliquer toute chose et toute objection était cramée vive. La rumeur était la seule source d'information. Un illuminé affirmant, avec assez de conviction, qu'une apparition divine lui a soufflé un truc suffisait à déclencher une révolte, une guerre ou la construction d'un pont.

Et puis je suis rentré et je me suis demandé si les choses avaient vraiment changé. Ce qu'on appelle aujourd'hui la post-vérité n'est finalement pas bien différente. Il suffit d'être assez nombreux à y croire pour que ça devienne vrai. Inutile, d'ailleurs, que j'argumente plus là-dessus. Je suis à la radio là, ça devrait suffire pour atteindre la masse critique de véracité.

Et puis je me suis replongé dans l'actualité de l'été.
J'ai découvert que le seigneur Apple avait banni Fortnite de son royaume parce qu'il refusait de payer le cens, la taxe médiévale que tout vassal doit à son suzerain. Puis Apple a lancé ses troupes à l'assaut de WordPress pour les faire cracher au bassinet également, mais il a dû finalement se replier.
Toujours en matière de taxe médiévale, Amazon applique, semble-t-il, les prémisses, tels les ecclésiastiques d'autrefois. Comme eux, il aurait mis la main sur les premiers fruits de la récolte. Il est en effet accusé d'identifier les nouveaux produits à succès de start-ups et de ses vendeurs tiers pour sortir des produits concurrents et les mettre en avant sur sa propre foire médiévale en ligne.
Google a instauré la corvée, de longue date, en nous faisant cliquer sur des images pour passer l'identification.
L'architecture centralisée des GAFAM sur leur château-fort qui doit être assez solide pour résister aux armes de siège du type DDoS et suffisamment sécurisée contre les espions s'infiltrant pour tenter de les assassiner en rendant publiques leurs dick pics et autres infos compromettantes.
Les utilisateurs sont soumis à la dîme au travers de l'obsolescence programmée qui les force à racheter encore et toujours le même matériel.
La pub en ligne assure le contrôle des âmes comme l’Église catholique autrefois et permet de toucher l'obole.
La propriété intellectuelle et les services DRMisés les maintiennent dans leur condition de serfs. S'émanciper revient à partir sur les chemins de l'exil : plus de contacts avec ses proches, plus de photos, plus de musiques, plus d'historique des conversations.
Désormais, les titres de noblesse se reconnaissent au préfixe C, CO, CTO, CCO et j'en passe.
Le minimum pour participer aux intrigues de cour, c'est d'être VP dans une boîte cotée en bourse. En dessous, il n'y a que des larbins ou des intrigants. Cela permet de pérorer lors de keynotes, d'exhiber sa grosse réussite et de convaincre tout le monde que ses revenus indécents sont légitimes. Les ménestrels et troubadours de la presse chantent leurs louanges. Steve Jobs était un génie, doublé d'un bienfaiteur de l'humanité. Bill Gates est un philanthrope. Il faut baiser leurs pieds pour l'extrême charité dont ils font étalage quand ils tapent plus ou moins pour de vrai dans leurs trésors de quelques milliards.

Le logiciel libre n'est pas en reste. La Fondation Mozilla vire un quart de ses salariés, car le futur de ses revenus est incertain, mais Mitchell Baker touche 2,5 millions par an. Dans le monde des nouveaux aristocrates, c'est une paille, dit-elle, mais en Europe, Ton Roosendaal n'a jamais eu ce genre de prétention. Il a pourtant emmené Blender vers les sommets. Baker ne peut pas en prétendre autant avec Firefox qui est descendu à 4 % de fidèles. Le marché a remplacé Dieu, c'est lui qui définit les mérites et la légitimité.

En juin dernier, on a découvert les nouveaux supplices réservés aux gueux quand l'arbitraire des seigneurs leur tombe dessus. Trop critiques envers e-bay, Ina Steiner et son mari ont été l'objet d'un harcèlement par des hauts cadres de l'entreprise. Faire livrer des cafards vivants, un fœtus et du sang de porc ou des livres sur Comment survivre à la perte de son épouse remplacent les poussettes, brodequins et chevalets d'antan.

Les galériens et forçats de notre époque sont les miséreux qui travaillent plus ou moins volontairement dans les usines de matériel informatique, les services clients, services de modération et autres trucs du genre effectués dans des pays où les gueux sont adéquatement évalués selon les critères médiévaux contemporains.

Alors que les Américains constatent que leurs inégalités sont aujourd'hui supérieures à celles de la France de 1789 et où une guillotine a été symboliquement dressée devant la Maison-Blanche, je repars, pour ma part, pour une année à tenter de faire avancer le Libre avec mon bronzage et mes maigres moyens de gueux. Il y a peut-être à notre portée un nouveau monde d'après, qui ne ressemblerait pas à l'ancien monde d'avant.

Étienne Gonnu : Merci Luk de nous rappeler que c’est important aussi de garder notre colère comme énergie pour agir. Je ne désespère pas que tu puisses un jour nous rejoindre en studio.

Luk : Ça arrivera nécessairement un jour.

Étienne Gonnu : Je te souhaite une très belle fin de journée. Merci pour ta Pituite.

Luk : Merci.

Étienne Gonnu : À bientôt. Nous approchons à grands pas de la fin de l’émission. Je vous propose de faire quelques annonces.

[Virgule musicale]

Annonces

Étienne Gonnu : Tout d’abord et j’allais l’oublier, peut-être vous donner la réponse au quiz que je vous proposais. J’ai oublié de le répéter pendant l’émission, mais bref, nous y sommes. Je vous demandais le nom de l’accord invalidé pendant l’été par la Cour de Justice de l’Union européenne, suite à un recours de Max Schrems, et qui a été évoqué pendant l’émission. Un accord entre les États-Unis et l’Union européenne qui concerne le traitement des données personnelles. Il s’agissait du Privacy Shield auquel, comme je vous le disais, Noémie Bergez a consacré sa chronique lors du Libre à vous ! du 22 septembre.
Le journal La Croix – l’hebdo dans son numéro du 26 septembre 2020 a réalisé un dossier intitulé « Numérique, le guide pour reprendre le contrôle ». Une lecture très intéressante, une dizaine de pages, dossier qui passe en revue pas mal de choses très utiles – conseils, outils libres, sites web, lectures. Pour le lectorat de La Croix c’est un bon outil pour commencer à devenir « un jardinier de sa vie en ligne », comme il est écrit dans l’introduction. Avec aussi un encart à la fin « Comment nous l’avons fait » qui montre le sérieux du texte et de la démarche et aussi que c’est possible de le faire. Et on est plutôt fiers puisque Libre à vous ! est citée dans les ressources « pour aller plus loin ». Donc une lecture disponible en version papier et en version numérique pour la somme de 2,99 euros. Vous retrouverez les références sur april.org.
Jeudi 1er octobre, le groupe Sensibilisation de l’April continuera de se réunir à distance à partir de 17 heures 15, c’est ouvert à tous et à toutes, donc n’hésitez surtout pas. Retrouvez les détails pratiques sur la page dédiée à l’émission ou dans agendadulibre.org.
Vous trouverez d’autres évènements sur cet agendadulibre.org, d’autres évènements libristes.

Nous touchons donc à la fin de l’émission. Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé : Vincent Calame, Adrien Parrot, Pierre-Yves Dillard, Philippe Montagès et bien sûr l’incroyable Luk.
Aux manettes de la régie aujourd’hui ma collègue Isabella.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, Antoine, Samuel Laurent, Olivier Humbert, Élodie Élodie Déniel-Girodon, bénévoles à l’April, qui est donc notre équipe podcast. Merci à Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio qui s’occupe de la post-production des podcasts. Merci également Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpe le podcast complet en podcasts individuels par sujet et enfin, merci bien sûr à Frédéric Couchet, le principal artisan de cette superbe émission.

Vous retrouverez sur notre site web april.org toutes les références utiles ainsi que sur le site web de la radio, causecommune.fm. N’hésitez surtout pas à nous faire tout retour utile pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Toutes les remarques et questions sont les bienvenues à lireavous@april.org

Nous vous remercions d’avoir écouté cette émission.

La prochaine émission aura lieu le 6 octobre 2020 à 15 heures 30. Nous ferons une émission spéciale musique libre.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 6 octobre et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Décryptualité du 5 octobre 2020 - Windows a-t-il intérêt à basculer sur un noyau linux comme l'affirme ESR ?

mar, 10/06/2020 - 02:15

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 5 ocotbre 2020 (15 minutes)

Eric S Raymond fait la prédiction fracassante que Microsoft se prépare à utiliser le noyau linux pour Windows. Quel sens cela aurait pour cette entreprise hégémonique et privatrice d'abandonner son code source propriétaire alors qu'elle est toujours en position ultra-dominante ?

Decryptualité sur Mastodon

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Musique de l'indicatif : Sebkha-Chott - CRPTS ND TPSTRZ - KHOLIK NEFAEHRTITIK

Revue de presse de l'April pour la semaine 40 de l'année 2020

lun, 10/05/2020 - 21:14

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[France Inter] Données de santé des Français: faut-il avoir peur du géant Microsoft?

Le vendredi 2 octobre 2020.

C’est un choix qui passe mal au moment où le gouvernement prône un retour à une souveraineté en matière de santé. L’américain Microsoft a été choisi pour héberger les données de santé des 67 millions de Français. Des voix s'élèvent jusque dans la majorité pour demander la suspension du contrat.

[InformatiqueNews.fr] Microsoft n'abandonne ni Windows, ni Windows on ARM, bien au contraire…

✍ Loïc Duval, le jeudi 1 octobre 2020.

Alors que, suite à la publication d’un billet de blog de Eric S. Raymond beaucoup ont annoncé un manque d’intérêt de Microsoft pour Windows au profit de Linux, la réalité du moment s’avère l’exact opposé avec des investissements renforcés et l’arrivée prochaine de l’émulation x64 sous ARM.

[Acteurs Publics] Jean-Luc Nevache: "La culture des administrations est, encore aujourd'hui, davantage celle du secret que de l'ouverture (¤)"

Le mercredi 30 septembre 2020.

Dans un entretien à Acteurs publics, le nouveau président de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), Jean-Luc Nevache, rappelle “aux fonctionnaires et élus que la Cada est le dernier recours avant le tribunal administratif, et non la première étape avant de communiquer le document”. La Cada a affiché en 2019 des résultats encore une fois bien en-deça des attentes des requérants et de la loi. Un audit interne devrait toutefois être lancé en octobre afin d’identifier des axes d’amélioration de la productivité des agents de la commission.

[Journal du Net] Une digital workplace 100% free se révèle dans le sillage du Covid

✍ Antoine Crochet-Damais, le mardi 29 septembre 2020.

Une plateforme open source désormais très complète se dessine pour outiller le travail à distance. Au programme: intranet social, suite de productivité, team messaging, visioconférence…

[ZDNet France] Logiciel libre à l'Education nationale: une question, une non-réponse et des éléments

✍ Thierry Noisette, le lundi 28 septembre 2020.

Quand une députée interroge sur la place faite au logiciel libre dans l’Education nationale, elle reçoit une réponse du plus beau flou. Dommage, car il y avait à dire.

[cio-online.com] Stéphane Rousseau (VP, CIGREF): «les logiciels libres sont des choix par défaut... dans les infrastructures»

Le lundi 28 septembre 2020.

A l’occasion de la webconférence «Le DSI, entre acheteur IT et FinOps» le 22 septembre 2020, CIO a interrogé Stéphane Rousseau, VP du Cigref.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (6 octobre 2020)

lun, 10/05/2020 - 15:01
Start: 6 Octobre 2020 - 15:30End: 6 Octobre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

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77e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 6 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • sujet principal : La playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin qui co-anime notamment sur la radio l'émission Les joyeux pingouins en famille
  • la chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April : interview de Mélanie Lacayrouze sur le projet Métacartes
  • la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l'April, qui portera sur Wikisign

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 6 octobre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 6 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Apéro April à Marseille le 20 novembre 2020

sam, 10/03/2020 - 07:58
Start: 20 Novembre 2020 - 19:00End: 20 Novembre 2020 - 21:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

Quand et quoi

Un apéro aura lieu à Marseille vendredi 20 novembre 2020 de 19h00 à 21h00 à l'adresse suivante : Foyer du peuple 50 rue Brandis, 13005 Marseille .

Vous pouvez vous inscrire sur le bloc-notes.

L'April présente à la Fête du Libre les 3 et 4 octobre 2020 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne)

ven, 10/02/2020 - 19:09
Start: 3 Octobre 2020 - 10:00End: 4 Octobre 2020 - 18:00

Initialement prévue en mai, l’édition 2020 de la Fête du Libre à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) aura finalement lieu le week-end des 3 et 4 octobre 2020. Elle est organisée par l'Ecole du Logiciel Libre (E2L). Au programme : conférences grand public, stands d'information, exposition des panneaux de l'Expolibre, présentation des projets de l'école.

Le programme est disponible sur le site de l'E2L.

À cette occasion, l'April tiendra un stand.

Cambridge Analytica exploite toujours l'omniscience de Facebook - Décryptualité du 28 septembre 2020

ven, 10/02/2020 - 15:17


Titre : Décryptualité du 28 septembre 2020 - Cambridge Analytica exploite toujours l'omniscience de Facebook
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 28 septembre 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 39 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : The Eye, King of the Hill - Licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Les réalisateurs britanniques partis sur les traces de Cambridge Analytica ont découvert que l'entreprise vend ses services aux églises de l'Alt-right aux États-Unis pour qu'elles recrutent au sein des populations vulnérables.
Signe qu'un GAFAM comme Facebook est un acteur politique avant toute chose.

Transcription

Luc : Décryptualité. Semaine 39. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : On est encore tous les deux.

Manu : Eh oui, suspicion de Covid chez Nicolas notamment.

Luc : Le sommaire de la revue de presse.
BlogNT, « Les codes sources de Windows XP et Office 2003 ont fait l'objet d'une fuite en ligne », un article de Yohann Poiron.

Manu : C’est bizarre de voir dans la revue de presse du logiciel libre quelque chose qui parle d’un logiciel privateur, pas des moindres, Windows, rien que ça, mais il se trouve que le gars qui a diffusé le code source se revendique, en tout cas revendique des liens avec le Libre. Notamment il indique qu’il pense que le logiciel de Windows devrait être libre parce que Microsoft se revendique amoureux du logiciel libre, eh bien il n’a que le montrer.

Luc : Ce sont des vielles versions !

Manu : Oui, ce sont de très vielles versions qui ne sont plus officiellement soutenues.

Luc : En tout cas il prend de gros risques juridiques pour un truc qui ne sert à pas à grand-chose. Mais bon !
La Croix, « Numérique : le guide pour échapper à la mainmise des GAFAM », un article de Stéphane Bataillon.

Manu : La Croix, c’est toujours rigolo de voir un journal religieux qui parle de logiciel libre et de vie privée dans ce cas-là. Il y a d’autres articles qui sont sur leur site.

Luc : Normalement il n’y a que Dieu qui est omniscient, la concurrence ce n’est pas bien.

Manu : Oui, c’est vrai effectivement ! On contrôle les âmes, on contrôle les comportements numériques. Il y a d’autres articles. Allez jeter un œil sur La Croix en général. Il y en a un sur le logiciel libre, pour le coup, qui permet de reprendre le contrôle et comment aborder et apprendre à utiliser ces outils. C’est assez intéressant.

Luc : Le Vent Se Lève, «« La surveillance est un mode du capitalisme », un entretien avec Christophe Masutti », un entretien mené par Maud Barret Bertelloni.

Manu : Ça parle d’un livre, de Christophe Masutti, qui parle de vie privée encore une fois, mais d’un autre point de vue, c’est d'un point de vue politique, économie politique exactement, le capitalisme est largement la bête qu’il faut tuer. C’est une orientation qui est toujours intéressante, même si on ne la partage pas forcément.

Luc : France Culture, « Pierre-Antoine Gourraud : l'intelligence artificielle face au Covid », un article de Maxime Tellier.

Manu : J’ai trouvé ça bizarre qu’il parle d’intelligence artificielle, parce que ce qui est surtout présenté dans l’article c’est la machine qu’ils ont inventée, MakAir, qui est un respirateur artificiel. Dans le cadre du Covid, il y a beaucoup d’initiatives qui se sont lancées pour essayer de mettre en place et de mettre au point des respirateurs artificiels. Eux ont réussi à terminer le projet. C’est un des rares qui est dans ce cas. Ils ont l’air d’avoir quelque chose assez d'abouti d’après les vidéos qu’ils mettent sur leur site.

Luc : Il faut voir ça parce que, effectivement, en voyant un peu des choses sur le sujet, les respirateurs artificiels qu’on a vus beaucoup dans les bricolages ce sont des sortes de respirateurs d’urgence. Les respirateurs artificiels qui sont utilisés dans les hôpitaux vont prendre en compte toute une série de signes chez le patient, notamment ne pas lui envoyer de l’air dans les bronches alors qu’il n’est pas en train d’essayer de respirer, notamment quand la personne est consciente, c’est invivable, insupportable. Ça va quand on est en urgence, mais faire quelque chose de plus avancé, c’est compliqué, donc s’ils sont allés jusqu’à ce niveau-là c’est impressionnant.
Le Figaro.fr, « Santé/Recherche : le Conseil d’État rejette un recours contre les transferts de données vers les USA », un article de la rédaction.

Manu : On en a déjà parlé c’est le Health Data Hub, c’est le fait que les données de santé des Français soient envoyées sur des serveurs américains, des serveurs de Microsoft. C’est embêtant, on n’aime pas ça. Et puis c’est embêtant notamment parce que d’un point de vue vie privée, on sait que les États-Unis surveillent leurs citoyens et les citoyens du monde entier. L’Europe a cassé certains accords qu’il y a avait, d’échange de ces données privées. Malgré tout ça va continuer parce qu’il y a eu un rejet des attaques qui ont été faites contre cet accord.

Luc : De quoi on parle ? L’idée c’était de revenir sur quelque chose qui n’est pas dans la revue de presse, un article sur lequel je suis tombé aujourd’hui sur Mastodon.

Manu : Mastodon1, un micro réseau social un peu comme Twitter. Donc tu t’informes ?

Luc : J’y suis oui, effectivement, je poste deux/trois bricoles de temps et temps et je publie chaque sortie de Décryptualité également sur Mastodon.

Manu : Et là tu es tombé sur ?

Luc : Je suis tombé sur un article que j’ai trouvé assez intéressant et qui permet de reparler de Cambridge Analytica, sujet qu’on a souvent évoqué, mais qui est pour moi très impressionnant, qui a changé un peu la face du monde, en tout cas a contribué à ça.

Manu : Assez fondamental en plus dans l’époque actuelle avec les élections qui sont en train d’arriver, on va encore plus en parler.

Luc : Effectivement. Rapide rappel parce qu’on ne va pas refaire toute l’histoire. Cambridge Analytica2 est une boîte de conseil-influence politique britannique, qui a utilisé les millions et millions de données personnelles que Facebook a balancées au monde entier de façon complètement irresponsable en envoyant des données à qui voulait, à peu près tout le monde et n’importe qui les a eues. Ils ont réussi à faire des liens entre ce que les gens « likent » sur Facebook et des profils psychologiques et des centres d’intérêt. Ils ont été mis à contribution pour l’élection de Trump et pour le Brexit notamment, dans les deux cas deux scrutins dont on pensait que jamais ça ne passerait. Ce qu’ils font c’est qu’ils sont capables d’avoir des données assez précises sur les gens. L’exemple que j’aime bien utiliser c’est, aux États-Unis, des fans de flingue. Quand on est fan de flingue, ils ont défini deux profils essentiels, selon eux, qui sont « je suis fan de flingue parce que j’ai peur de me faire agresser ou que le monde se mette à tourner au chaos, donc je veux être armé pour me défendre. »

Manu : Dès que la vague zombie arrive, moi j’ai des armes !

Luc : Voilà. Les délinquants…

Manu : Les Noirs, les Noirs, voyons !

Luc : Probablement, tout ça ! Donc plutôt dans une démarche d’autodéfense. Il y a un deuxième modèle, qui est le second amendement qui autorise, selon les interprétations, à posséder des armes à feu qui dit « c’est mon droit constitutionnel ».

Manu : Et je le fais pour me défendre notamment contre l’intrusion de l’État.

Luc : En disant « l’État fédéral ce sont des méchants – plus ou moins fort – en tout cas j’ai le droit d’en avoir donc j’en ai ». Du coup, ils ont été capables de savoir qui aimait les flingues, sachant qu’on y trouve beaucoup plus d’électeurs potentiels de Trump et ils ont été capables d’envoyer des messages orientés en fonction du profil des gens.

Manu : Pendant à cela, ils auraient été capables et ils auraient réussi à envoyer des publicités pour dégoûter les gens qui n’allaient pas voter pour eux.

Luc : Oui, et tous ceux qui étaient susceptibles de s’abstenir en leur envoyant non pas des infos pour essayer de les convaincre de voter pour Trump, mais en envoyant des infos pour essayer de les convaincre de ne pas voter pour Clinton.

Manu : Ça a été validé. Les services secrets de Grande-Bretagne et des États-Unis ont indiqué plus ou moins officiellement que oui, il y a bien eu ingérence. Les dossiers ont été enterrés ou expurgés. Je crois même qu’il y a eu des archives qui ont été faites pour que ce soit ouvert dans 50 ans, on s’en occupera plus tard ! Mais oui, on sait aujourd’hui qu’il y a eu manipulation extérieure. Est-ce que c’est choquant, est-ce que c’est grave ?

Luc : Oui. Ce n’est pas nouveau dans le sens où faire des manipulations politiques chez tes adversaires, tes concurrents, tes ennemis, ça se fait de tout temps.

Manu : Nous-mêmes on l’a fait dans plein de pays, nous l’Occident, on a manipulé en Iran, en Irak, des gouvernants.

Luc : Mais on sait à quel point c’est pourri, du coup tu as tout intérêt à ce que ça ne se passe pas chez toi parce que ce n’est pas bon, en fait, d’avoir des ingérences.
Donc là c’était une terrible illustration de ce qu’on peut faire de néfaste avec les réseaux sociaux et qui expliquait pourquoi on avait raison, nous libristes, de dire que les réseaux sociaux c’est caca, depuis toutes ces années.
Cet article reparle de Cambridge Analytica qui est toujours actif et qui, cette fois, s’est lancé dans un nouveau business.

Manu : Quel genre de travail ? Un truc avec de l’argent et des politiques ?

Luc : C’est toujours aux États-Unis et ils travaillent dans le domaine de la religion. Ils ont développé, pour le compte de mouvements religieux, mouvements de l’Alt-right, mouvements d’extrême droite américaine.

Manu : L’alternative de droite.

Luc : Des gens qui sont derrière Trump, une application qui leur permet de cibler les gens vulnérables, qui vont être par exemple des gens endettés, qui vont être dépendants aux opioïdes, on en parle assez peu, mais il y a une crise aux opioïdes aux États-Unis qui est complètement hallucinante.

Manu : Plus ou moins faite par les compagnies pharmaceutiques.

Luc : Oui, c’est un autre sujet, mais allez voir ça, c’est assez fabuleux.
Également les personnes qui ont des problèmes psychiatriques, les gens qui vont être bipolaires, etc. Donc moyen de les localiser près de chez soi pour aller les démarcher en leur disant « nous sommes une église, nous voulons vous aider », ce qui est très louable, mais qui est également un moyen pour eux de les faire rentrer dans leur église, de générer du revenu, parce qu’on leur demande des dons bien qu’ils soient en difficulté. Les gens qui font ce documentaire sont des Anglais qui sont partis justement du Brexit, qui ont voulu étudier ce que faisait Cambridge Analytica, disent que derrière, à priori, il y a également des visées politiques, électorales, qui visent à faire basculer une force dans les États où les rapports de force pour les élections sont limites, ce que les Américains appellent les swing state, c'est-à-dire qui peuvent passer d’un côté à l’autre.

Manu : Chez nous on aurait appelé ça le marais à une certaine époque, effectivement il y a des États dont on sait que ce sont eux qui ont permis à Trump de se faire élire. Donc là s’ils arrivent et s’ils arrivent à faire basculer des gens en difficulté, d’une manière générale, pour voter vraisemblablement vers cette alternative de droite et d’extrême droite américaine, on est encore dans une manipulation à fond, mais vraiment d’une autre manière, c’est-à-dire que là ça ne va pas être des articles sur Facebook, ça va être de gens qui vont aller démarcher avec de bonnes intentions, pour faire la charité, pour essayer de sortir du besoin des gens qui sont dans des gros problèmes et ensuite les utiliser.
Je te répondrais que c’est ce que font les religions depuis 2000 ans. Les chrétiens sont venus au pouvoir largement grâce à ça, grâce à de genre de démarche.

Luc : Oui. Sophistication du procédé de pouvoir les cibler avec des données générées par les réseaux sociaux et de savoir dire : « Ah, je sais où sont tous ces gens-là, je peux savoir quels sont leurs problèmes, je suis capable de dire qui est en dépression, qui va divorcer, qui a des problèmes de drogue, qui a des problèmes d’argent et donc d’avoir plein d’informations sur ces gens qui sont des cibles ». C’est toujours un petit peu choquant de se dire que des gens vulnérables sont l’objet d’une convoitise.

Manu : Dans l’article, c’est une journaliste et des équipes de reporters qui sont en train de se renseigner aux États-Unis et qui font un documentaire. On peut imaginer qu’il va en ressortir quelque chose à un moment donné, peut-être avant les élections présidentielles américaines.

Luc : Oui, effectivement. Eux disent que derrière il y a une sorte de mouvement républicain qui est à l’œuvre depuis les années 90 et qui essaye de changer la Constitution américaine. À voir à quel point c’est vrai, mais en même temps le système américain est arrivé à tel niveau de folie que tout est possible.
Du coup, pour moi c’était intéressant d’une part de voir que Cambridge Analytica est toujours en mesure de nuire et de faire des coups pourris.

Manu : Alors qu’on avait supposé qu’ils étaient plus ou moins morts et que c’était remonté à la maison-mère. Il y a une entreprise au-dessus d’eux qui était supposée avoir éteint un peu le feu.

Luc : En changeant le nom !

Manu : Voilà, exactement. Mais les méthodes et les gens qui sont derrière sont probablement encore là, ils sont encore aux manettes et ils veulent être utiles à ce qu’ils pensent être peut-être le bien commun ou leur bien à eux. Il faut voir !

Luc : Ce que l’article cite c’est que démographiquement, en 2035, la figure des Blancs chrétiens sera en minorité aux États-Unis, donc le plan serait – je ne sais pas dans quelle mesure on n’arrive pas dans la théorie du complot – de changer la Constitution avant cette échéance pour ne pas perdre la position dominante qu’ils ont.

Manu : J’ai vu des trucs là-dessus, je sais que les Républicains travaillent sur ce jeu long. Ils savent effectivement qu’en termes de population, de démographie, ils sont mal, ils ciblent les institutions longues, là c’est la Cour suprême qui est en jeu en ce moment, il y a des nominations qui sont sorties.

Luc : Dans ce cas-là Facebook, par les données qu’il a rendues publiques et par les moyens de communication qu’il offre, est une sorte de média. C’est là où c’est intéressant et notable c’est de se dire que ces outils de médias, la télévision avant, etc., les médias de masse, ont été dès leur invention des outils pour orienter l’opinion, pour faire bouger les foules. Par exemple on peut citer au Rwanda la radio des Mille Collines3 qui a été utilisée pour appeler à la haine pendant des années et des années et qui ensuite a servi pour organiser et que les génocidaires se synchronisent entre eux. Évidemment, pendant la Seconde guerre mondiale et avant, la radio a été essentielle et aujourd’hui on a donc ces outils-là qui sont sous un contrôle de Zuckerberg, notamment pour Facebook. J’ai l’impression que Facebook est beaucoup plus sur le grill que les autres réseaux sociaux.

Manu : Ma théorie c’est que Zuckerberg est impliqué politiquement, il essaye de rentrer chez les Républicains et il a des visées à devenir président. Clairement il s’est fait mettre en place une équipe de communication, il a fait une tournée des États américains, soi-disant que c’était juste pour être en contact avec ses clients. On se sait pas qui sont ses clients.

Luc : Il y a déjà deux ans on disait qu’il visait peut-être la présentielle, etc.

Manu : Il est encore jeune, il a beaucoup d’années devant lui pour développer son discours et développer sa personnalité, mais en attendant il travaille pour Trump, d’une certaine manière, directement ou indirectement. Il a notamment refusé de censurer les propos de Trump sur son réseau. Il y a eu une vague de démissions internes et une petite rébellion chez les cadres et les techniciens de Facebook, mais ça continue, il continue à alimenter, à aider le Donald à sa communication en général. Alors que Twitter, par ailleurs, s’est un peu rebiffé ; il met maintenant des notices et il met des liens de vérification. Je crois que Facebook est arrivé à le faire, mais ça a pris un temps fou et ça a été très compliqué.

Luc : Et ils ont subi une grosse pression parce que leur premier mouvement, effectivement, était de dire « non on ne fera rien ». Zuckerberg a effectivement toujours des positions beaucoup plus tranchées par rapport aux critiques que les autres réseaux sociaux, les autres GAFAM, qui n’en pensent pas moins. Il faut faire attention. Ils demandent pardon, même s’ils s’en foutent, mais ils vont essayer d’arrondir les angles, alors que Zuckerberg est beaucoup plus tranché dans sa façon de faire.

Manu : On peut voir ça comme une manipulation politique. Je crois que Larry Ellison, le dirigeant d’Oracle, s’est aussi rapproché de Trump, il me semble que c’est lui et ça pourrait l’intéresser parce qu’il y a des marchés gigantesques pour le Département de la Défense avec des problématiques de nuage. Oracle est un petit peu sur les starting-blocks là-dessus.

Luc : Et du coup Amazon ?

Manu : Ce sont eux les rois du nuage, normalement.

Luc : C’est ça, mais le patron d’Amazon est l’ennemi intime de Trump, guéguerre, etc.
Je pense que c’est intéressant de bien avoir en tête que ces GAFAM, en tout cas certains d’entre eux, sont de plus en plus des objets politiques. Avant on pouvait vaguement avoir un doute en se disant « ils sont là pour faire du business ou ceci cela ». Très rapidement, quand on a du pouvoir, eh bien on en veut plus et ce pouvoir s’étend à tous les aspects de la vie.

Manu : Sur ce, à la semaine prochaine.

Luc : Oui. À la semaine prochaine

Manu : Et reposez-vous bien surtout si vous êtes suspecté de Covid.

Luc : Je ne vois pas de qui tu parles !

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