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Mis à jour : il y a 17 min 31 sec

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 3 novembre 2020

mar, 11/10/2020 - 13:42


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 3 novembre 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Marie-Odile Morandi - Valentin - Vincent Calame - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 3 novembre 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration :
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

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  1. Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, « De Robota à l’intelligence artificielle »
  2. La Playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission, commentées par Valentin
    1. Flame and Go par CyberSDF
    2. Uncatchable par Alexandr Zhelanov
    3. Night par Cloudkicker
    4. L'Amour vache par Les journées de création musicale Ziklibrenbib
    5. Pixel Peeker Polka par Kevin Macleod
    6. With you instrumental par HaTom
    7. Sakuya2 par Peritune
    8. Yesterday par Kelle Maize
  3. Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame sur le thème « Maintenir et archiver, deux enjeux pour un site associatif »
  4. Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
La Playlist de Libre à vous !, des musiques libres diffusées dans l’émission et commentées par Valentin, ce sera le sujet principal de l’émission du jour, avec également au programme la chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème de « De Robota à l’intelligence artificielle » et également la chronique de Vincent Calame sur le thème « Maintenir et archiver, deux enjeux pour un site associatif ». Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et en DAB+ et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours ou nous poser des questions.

Nous sommes mardi 3 novembre 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

On va commencer malheureusement par une très triste nouvelle. C’est en effet avec une grande peine que nous apprenions le décès de Laurent Seguin, hier matin, dans sa quarante-cinquième année. Laurent était ancien président de l’Aful, travaillait chez Entr’ouvert, une coopérative spécialisée dans le logiciel libre et membre du réseau Libre-entreprise dont on a parlé récemment. Laurent était une figure incontournable du logiciel libre, personne aux multiples talents. Nous adressons nos plus vives condoléances à sa famille et à ses proches et nous allons lui rendre un hommage tout à l’heure, hommage qui devrait peut-être vous surprendre.

On va commencer tout de suite par le premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, « De Robota à l’intelligence artificielle »

Frédéric Couchet : Les choix, voire les coups de cœur de Marie-Odile Morandi, qui met en valeur deux ou trois transcriptions dont elle conseille la lecture, c’est la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe transcriptions de l’April. Le thème du jour : « De Robota à l’intelligence artificielle ».
Bonjour Marie-Odile.

Marie-Odile Morandi : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : Je te laisse la parole.

Marie-Odile Morandi : Merci.
L’été dernier je me suis particulièrement intéressée aux robots et à l’intelligence artificielle. J’ai beaucoup apprécié diverses conférences ou tables rondes auxquelles a participé Laurence Devillers, qui ont été transcrites et publiées. Je souhaite aujourd’hui vous faire partager cet intérêt et vous encourager à lire ou relire ces transcriptions. Les références sont sur le site de l’April sur la page dédiée à l’émission.
Laurence Devillers est professeure en informatique, intelligence artificielle à la Sorbonne sur les domaines autour de la langue ; elle est chercheuse, titulaire d’une chaire dont vous découvrirez le nom. Elle a publié divers ouvrages dont vous retrouverez les titres dans les transcriptions.

Elle nous rappelle que l’origine du mot robot est attribuée à l’écrivain tchécoslovaque Karel Čapek, en 1920. Le mot robota signifie serviteur, esclave.
Les premiers robots qu’on a vu arriver dans les usines, les plus connus, sont des systèmes automatiques qui enchaînent des actions déterminées, dont l’ordre est déterminé. Aucun choix n’est fait par la machine.

Aujourd’hui le robot est devenu un système qui va percevoir son environnement grâce des senseurs — une caméra, un micro. Cette machine va ensuite « raisonner » sur ce qu’elle a perçu, « prendre des décisions » et actionner « ses bras ou ses jambes », je mets tout cela entre guillemets, pour exécuter des actions dans notre vie réelle. Le vocabulaire utilisé, celui des films de science-fiction mais aussi celui des scientifiques, nous pousse, dit-elle, à anthropomorphiser, à prêter à ces machines des capacités humaines. Cependant ce vocabulaire génère aussi de l’anxiété, de la peur.

Les robots aident dans l’accomplissement de tâches difficiles, pénibles, ou dans des situations à risque comme on l’a vu dans la pandémie, en particulier en Chine. Laurence Devillers insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de remplacer les humains, il faut comprendre et agir sur la complémentarité de l’un avec l’autre en établissant des cadres, des protocoles. L’humain doit rester au centre et il est urgent, dans la société, qu’on fasse expérimenter ces objets pour qu’on oublie d’avoir peur à chaque fois que l’on parle de ce sujet.

Comment ces machines qui nous semblent si douées fonctionnent-elles ? D’où tiennent-elles leurs connaissances ? Que met-on dans ces robots ? Eh bien on y met de l’intelligence artificielle et, pour Laurence Devillers, cette expression est un oxymore : intelligence c’est humain ; artificiel c’est artifice, c’est la machine.

Le domaine de recherche de Laurence Devillers est celui du langage. Elle étudie les chatbots, les agents conversationnels qui utilisent de nombreux modules d’intelligence artificielle pour faire de l’analyse du signal, de la reconnaissance de la parole, pour générer des réponses, faire des actions.
Mais que sont vraiment capables de faire ces agents conversationnels ? À l’heure actuelle pas grand-chose nous dit-elle. Ils ne sont pas très malins, ils ne comprennent rien à ce qu’on dit, ils ne comprennent rien à ce qu’ils répondent. Bref, ils n’ont aucune compréhension, donc ils ne conversent pas.

Peuvent-ils reconnaître nos émotions ? Non, absolument pas. Et pour cause, les émotions dans les robots n’existent pas. Dans ces machines il n’y a pas de viscères, pas de vivant, donc ni désir, ni plaisir, ni douleur. Aucun sentiment. Aucune émotion. Comment pourraient-elles en avoir puisque les émotions sont liées à chaque individu, sa personnalité, sa culture, son enfance, et bien d’autres choses encore. On voit là toute la complexité de la détection automatique des émotions. Avec juste des programmes, ces machines ne font qu’imiter ce qu’on leur a fourni. Elles ne savent pas détecter nos émotions qui sont internes, cachées, elles ne savent en détecter que l’expression, ce que nous voulons bien laisser apparaître ou que nous laissons apparaître malgré nous. Tout cela est bien complexe !

Pour Laurence Devillers, on ne peut pas faire confiance à ces systèmes dans l’état actuel de nos connaissances.

Plusieurs problèmes se posent. D’abord il est difficile, en ce moment, d’avoir énormément de données, à part les GAFAM, les géants américains, et peut être quelques entreprises. Aussi le monde de la recherche se tourne vers ce qu’il est possible de faire avec peu de données.

Ensuite, ces données doivent être sélectionnées pour éviter les biais et étiquetées correctement, c’est-à-dire annotées par segments audios en indiquant « là c’est de la tristesse, là c’est de la joie » ou « ici c’est positif, ici c’est très actif ». Ce micro-travail d’annotation est réalisé par de nombreuses personnes non payées, mal payées, en général embauchées par les GAFAM, certainement dans des pays dont la culture est très différente de la nôtre.

Laurence Devillers s’interroge sur la façon dont tout cela est fait et se montre très inquiète. Il n’y a aucune expertise alors qu’il serait nécessaire d’avoir beaucoup de données, de bien les choisir, de les équilibrer pour que ce ne soit pas discriminant et avoir bien vérifié l’annotation qui est présente.

Elle insiste énormément sur la nécessité de chartes éthiques ; elle fait partie d’un comité international d’éthique qui regroupe 15 pays. Pour elle il faut construire des environnements qui permettent d’auditer les systèmes, de les évaluer et de vérifier sur le long terme comment ils vont être utilisés, sachant qu’ils risquent de modifier nos comportements.

Ces systèmes, nous dit-elle, ne sont absolument pas robustes : 70 % de bonnes classifications dans les cas de contextes réels, donc 30 % d’erreurs sur la reconnaissance des émotions ce qui est, selon elle, énorme et pourtant ces machines sont utilisées par exemple pour aider au recrutement de candidats à certains emplois ; un manque total d’éthique selon elle.

Elle nous exhorte à nous intéresser à la manipulation que peuvent exercer ces systèmes sur nous, c’est un de ses domaines de recherche, en posant la question : « S’il est possible de faire une machine capable de comprendre un profil, de détecter l’affect, de simuler une certaine empathie, de singer l’humain, quelles vont être les conséquences ? Quelles vont être les possibilités de manipulation ? » En effet, une machine qui détecte dans quel état d’esprit nous sommes pourra nous influencer, nous pousser à faire des achats alors que ce n’était pas notre souhait, nous pousser à choisir différentes stratégies dans notre vie qui pourront être lourdes de conséquences.

Nos conversations sont enregistrées chez nous, dans notre intimité. Les informations ainsi recueillies seront utilisées pour créer de nouveaux modèles qui seront vendus sous d’autres formes, peut-être dans d’autres objets. Soyons donc vigilants !

En ce moment, 80 % de ces appareils sont réalisés par des hommes qui leur donnent majoritairement des noms féminins – Alexa, Samantha, etc. – des corps de femme jeune, des voix féminines, jeunes, alors que ces machines simulent des servantes qui s’occupent de la maison, des assistantes, en tout cas des exécutantes de rôles subalternes. Laurence Devillers dénonce cette représentation de la femme dans ces objets conversationnels qui nous bercent avec une voix féminine et qui vont finalement décider pour nous.

Elle fait part de diverses expériences réalisées avec des robots sociaux auprès de personnes âgées, dépendantes, handicapées, que je vous laisse découvrir, ce qui personnellement me laisse perplexe, sachant que les GAFAM cherchent à mettre la main aussi sur le grand âge, certains offrant par exemple des iPad dans les Ehpad.

L’intelligence vient de l’humain qui a su faire ces machines. En aucune manière la machine ne va devenir créative et ne va se doter de fonctions qu’un ingénieur n’aurait pas prévu de lui donner. Elle encourage chaudement les jeunes femmes à rejoindre ce domaine de recherche pluridisciplinaire associant informatique, psychologie, philosophie, et autres ; 20 % de femmes pour le moment c’est bien trop peu, doux euphémisme !

La manipulation est aux aguets et, comme elle nous le répète, nous avons besoin de comprendre la situation actuelle mais peut-être encore plus celle qui risque de se créer demain. Il en va de la défense de nos libertés, thème cher à l’April.

Mon intention est donc de continuer à transcrire autant que possible les conférences auxquelles Laurence Devillers participera et qui seront mises en ligne. Des finalités de nos transcriptions – réutilisation sans déformer les propos des intervenants, meilleure indexation de mots-clefs dans les moteurs de recherche –, il me semble que l’accessibilité pour les personnes porteuses de handicap concernant le sujet traité aujourd’hui acquiert tout son sens. N’hésitez pas à venir participer !

Frédéric Couchet : Merci Marie-Odile. Comme tu le disais accessibilité, indexation, réutilisation sont les maîtres mots du groupe Transcriptions. Vous pouvez nous aider, l’émission est contributive et le groupe Transcriptions est contributif. Vous pouvez nous aider par des transcriptions, par des relectures. Pour plus d’informations rendez-vous sur le site de l’April, april.org, et Marie-Odile sera là pour répondre à toutes vos questions.
Marie-Odile je te remercie. Je te souhaite une bonne fin de journée. On se retrouve le mois prochain.

Marie-Odile Morandi : Entendu. À la prochaine fois. Bonne continuation.

Frédéric Couchet : Merci Marie-Odile.

Frédéric Couchet : On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : En tout début d’émission, je vous disais que nous avions appris le décès de Laurent Seguin, décédé hier à l’âge de 44 ans. Laurent Seguin est principalement connu pour ses talents informatiques et notamment libristes, ingénieur, il travaillait dans une société coopérative de logiciel libre qui s’appelle Entr’ouvert, il était également militant dans différentes structures associatives. Laurent avait aussi un autre don et c’est via cet autre don qu’on souhaite lui rendre un hommage, autre don qu’il exerçait sous le pseudonyme de CyberSDF. Diffuser de la musique sous licence libre, en l’occurrence licence Creative Commons Attribution, faisait en effet partie de ses engagements et il le faisait avec talent.
Ce nom vous dit peut-être quelque chose, nous avons en effet déjà diffusé plusieurs musiques libres de CyberSDF parmi ses 170 compositions et d’autres émissions de la radio en utilisent régulièrement. Éric Fraudain, notre programmateur musical qui s’occupe du site auboutdufil.com, écrit d’ailleurs à propos de CyberSDF, je cite : « Depuis que je gère ce site, j’ai rarement eu l’occasion de découvrir des artistes aussi polyvalents. La diversité des styles musicaux de ses compositions est tout simplement impressionnante. Vous avez de tout. C’est la particularité et l’originalité de CyberSDF qui fait de lui un artiste hors norme à mes yeux. »
Lors d’une précédente diffusion de musiques de CyberSDF, je l’avais contacté. Il m’avait répondu en me disant notamment : « En vrai je crée d’abord pour moi, je fais que ce que j’ai envie d’écouter et comme je suis très éclectique je passe d’un style musical à un autre assez facilement. Une fois que je suis content de mon travail il m’arrive de le publier pour le partager avec les gens, je ne publie pas tout. » Framasoft vient d’ailleurs de publier l’ensemble de cette interview aujourd’hui sur framblog.org ; vous y retrouverez l’interview de CyberSDF. Je précise également que le fait qu’on cite CyberSDF et qu’on l’associe à son nom, Laurent Seguin, a été fait avec l’accord, évidemment, de sa famille.
On va se faire un petit plaisir. On va rendre hommage à CyberSDF en écoutant Dolling. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Dolling par CyberSDF.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Dolling par CyberSDF, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 3. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et également sur les pages de CyberSDF sur soundcloud.com et sur dogmazic.net.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et en DAB+ et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

La Playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission, commentées par Valentin

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui est un sujet que nous avons enregistré il y a quelques jours avec Valentin, avant le confinement. Le sujet est intitulé La Playlist de Libre à vous !. Ce sont des musiques libres déjà diffusées dans l’émission et qui, ce coup-ci, sont commentées par Valentin, Valentin animant plusieurs émissions sur la radio, vous cherchez Les joyeux pingouins en famille sur causecommune.fm.
Je précise que le sujet a été enregistré il y a quelques jours et, par curieux hasard un peu triste aujourd’hui, très triste, je vous précise que le premier titre qui sera diffusé est un titre justement de CyberberSDF, donc de Laurent Seguin, Flame and Go. On se retrouve juste après en direct.

[Virgule sonore]

Frédéric Couchet : J’ai le plaisir aujourd’hui d’être en studio avec Valentin des Joyeux pingouins en famille. Bonjour Valentin.

Valentin : Bonjour Fred. Salut à tout le monde sur radio Cause Commune. Très heureux d’être encore invité par vous et mon manteau vient de tomber, désolé.

Frédéric Couchet : Ce n’est pas grave. Pendant la période de confinement on avait initié des émissions spéciales La Playlist de Libre à vous !, donc des musiques libres qu’on avait déjà diffusées, qu’on réécoutait et que tu nous commentais. Là on enregistre une nouvelle édition de cette Playlist de Libre à vous !. On va écouter quelques musiques libres que tu vas avoir le plaisir de commenter, de nous faire partager ton expertise.
On va commencer directement avec un artiste qu’on aime beaucoup dans l’émission qui s’appelle CyberSDF. Le morceau s’appelle Flame and Go et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause commune, 93.1

Flame and Go par CyberSDF

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Flame and Go par CyberSDF disponible sous licence libre Creative Commons CC By, c’est-à-dire que vous pouvez réutiliser cette musique à condition simplement de citer l’auteur, CyberSDF.
Alors Valentin, on a déjà écouté, si tu te souviens bien, CyberSDF, c’était Dolling. Donc que penses-tu de ce morceau qui est très différent ?

Valentin : Déjà, je ne me souviens pas de la dernière fois qu’on avait écouté CyberSDF, mais le nom me revient, on l’a même eu plusieurs fois il me semble, même moi j’ai finalement fini par utiliser certaines de ses musiques. C'est v rai qu'à chaque fois j’apprécie assez bien ce qu’il fait.
On part, comme le nom l’indique, c’est quoi déjà ?

Frédéric Couchet : C’est Flame and Go. C’est un mélange effectivement de flamenco et de dubstep.

Valentin : D’accord. On est sur une introduction qui sonne très flamenco avec des claps qui sont joués un peu en croches comme on retrouve souvent dans les musiques issues de ces coins d’Espagne. On a en même temps des petites percussions en bois qui viennent s’ajouter au fur et à mesure de la chanson.
Après arrive une guitare qui est aussi jouée, grattée d’une manière assez flamenco, je ne pourrai pas vous expliquer très bien comment. En tout cas elle est grattée avec une rythmique qui évoque aussi les claps qui, du coup, donne cette couleur très hispanique avec quand même, je trouve, une orientation un peu plus gitane qu’espagnole traditionnelle. On a presque l’impression de retrouver un peu les Gypsy Kings à certains moments avec les congas derrière et les petits « olé » qui n’arrivent qu’une fois. Je m’attendais à ce qu’il y en ait plus, mais il n’y en a qu’une seule fois. En tout cas tout le début fait un peu penser à ça avec, quand même, un léger côté électro qui ressort au début avec un kick un peu plus fort. Le kick n’est pas forcément présent dans la musique flamenco. Le kick c’est la grosse caisse, c’est le mot qu’on emploie pour parler de grosse caisse en production de musique électronique. On a aussi une snare, la caisse claire aussi électronique qui est très légère dans le fond. Bref on a un joli mélange qui, dit comme ça, aurait pu sonner un peu dégueu, mais en fait ça passe bien.
On a aussi un synthétiseur qui arrive au début, très léger, il est assez rocailleux, un peu dans un style acide avec des effets un peu bizarres. Il suit tout simplement la ligne de la guitare, c’est très simple, c’est assez subtil en même temps, il y a une vraie présence, c’est assez intéressant comme mélange. Juste après arrive un synthé qui, pour moi, fait un peu plus style de rave, qui est un peu plus crade et aussi dubstep, comme tu l’as dit Fred, un mélange flamenco et dubstep. On a du coup ce synthé en plus qui s’ajoute, qui suit aussi la ligne de guitare.
Dis comme ça, encore une fois ça sonne très bizarre de parler d’une musique qui mélange dubstep et flamenco, mais je trouve que là ça passe très bien, c’est assez sympa. Le seul souci que je redirai, en fait il y a deux soucis.
Le premier souci c’est malheureusement quelque chose que je dis souvent par rapport aux musiques qu’on écoute, ce sont souvent des artistes qui sont un peu seuls, on sent que c’est une personne seule qui fait la musique, qu’il n’y a pas un côté groupe derrière. Il y a un côté un peu robotique que j’ai trouvé spécialement là, on sent que ce sont des instruments programmés qui sont joués, que ce n’est pas vraiment quelqu’un. On manque un peu de cette touche un peu humaine, de cette touche un peu groovy, une machine ne pourra pas sonner comme un vrai musicien et c’est un peu ce qui est dommage. Mais bon, vu que je fais souvent cette remarque, je pense que je ne la referai plus, c‘est peut-être la dernière fois que je la fais.
L’autre souci, par contre, est quelque chose qu’on avait moins, il me semble, chez CyberSDF, je trouve que même si ça passe très bien la musique est un peu simple, on a seulement un petit a) qui est juste l’introduction avec la guitare flamenco et quelques percussions derrière, un petit b) qui cette même guitare flamenco avec les mêmes accords, les mêmes percussions mais les synthés un peu plus dubstep ensemble et en fait, à part quelques variations, c’est à peu près tout ce qu’on a et c’est dommage qu’il n’y ait pas un peu plus de voyages différents.
Ce sont mes seules remarques négatives, mais sinon très agréable.

Frédéric Couchet : Merci Valentin pour ces remarques. Effectivement on a déjà diffusé plusieurs fois CyberSDF, il faut savoir que Valentin a fait de nombreuses playlists récemment et, dans l’une des dernières, il y a CyberSDF avec Dolling.

Valentin : Je me disais bien que j’avais fait ça.

Frédéric Couchet : Dolling a même été utilisée dans une autre émission de la radio, l’émission Carte blanche de Lucas qui est maintenant diffusée le lundi matin de 7 heures à 9 heures et rediffusion à 12 heures. Il a aussi utilisé Dolling. J’avais dit lors de la première émission que CyberSDF est quelqu’un qui produit beaucoup de choses, c’est un artiste français qui fait ça de façon amateur, pas du tout professionnelle. Je vous invite vraiment à aller voir sa page Soundcloud où il y a beaucoup de titres. Dans l’émission du 29 septembre dernier de Libre à vous !, Eric Fraudain nous a fait découvrir ce titre-là ainsi que deux autres titres de CyberSDF. Vous pouvez découvrir cet artiste très talentueux et qui est en activité ce qui n’est pas toujours le cas des artistes de musique libre qu’on diffuse, certains ont déjà arrêté. C’était CyberSDF, Flame and Go.

Là on va changer carrément de style, mais Valentin a l’habitude des changements de style dans La Playlist. Nous allons écouter Uncatchable par Alexandr Zhelanov. On se retrouve juste après.

Voix off : Cause commune, 93.1

Uncatchable par Alexandr Zhelanov

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Uncatchable par Alexandr Zhelanov, disponible sous licence Creative Commons CC By, Attribution. Vous pouvez réutiliser cette musique à condition simplement de citer le nom de l’artiste.
Comme je le disais, on a changé radicalement de style. Je vais préciser qu’on a découvert cette musique récemment sur l’excellent site auboutdufil.com et on l’a utilisée justement pour l’accompagnement musical de notre bande-annonce d’annonce de saison 4, donc de septembre 2020, que vous pouvez trouver sur causecommune.fm et sur april.org.
Valentin, qu’est-ce que tu en as pensé ?

Valentin : Très épique la bande-annonce du coup.

Frédéric Couchet : Oui.

Valentin : Ce qui est marrant c’est qu’effectivement on a changé complètement de style. On a totalement changé de style par rapport à toutes les autres analyses sur les émissions Libre à vous! qu’on a pu faire. Là ça n’a rien à voir avec des choses qu’on a déjà écoutées. On est sur une introduction assez mystérieuse au début avec juste des chœurs et des violons qui jouent sur le temps. C’est-à-dire que vraiment, si on battait la mesure, ils jouent sur le temps, quelque chose d’assez classique et assez mystérieux. On est dans un moment très épique et assez héroïque. On a l’impression d’être en plein cœur d’une série fantastique ou d’une bande-annonce d’une reprise de la saison Libre à vous!. Ça dépend de ce que vous écoutez !
En tout cas ce début qui est joué, ces violons et ces chœurs qui sont joués sur la mesure. On a un petit développement qui arrive au fur et à mesure avec des flûtes, quelques percussions discrètes et d’autres pistes de violons qui arrivent et qui jouent d’autres modes de musique. On n’est plus sur le temps, on commence à faire des arpèges. Ça s’intensifie jusqu’au moment où ça explose totalement, c’est très joli ; ça s’intensifie, ça explose et on redescend tout d’un coup, de manière très calme, et on reprend. Ça fait aussi vachement penser à la musique de Requiem for a Dream, musique qu’on a tendance à entendre très régulièrement dans les reportages de télé dramatiques ou des choses comme ça, en tout cas ça m’a fait vachement fait penser à ça. Sinon c’est à peu près ce qu’on a, une intensité qui monte, puis ça redescend et ça remonte.
Ce qui est très intéressant c’est que les violons jouent quasiment le même arpège, en tout cas il y a une partie des violons qui jouent le même arpège du début à la fin ce qui donne ce côté un peu stressant et un peu tension. Quand on répète la même chose plusieurs fois et qu’on intensifie au fur et à mesure la manière de jouer, ça donne une vraie tension et une vraie attente à quelque chose qui explose. Du coup les percussions montent et font tout exploser, quelques violons qui se rajoutent, qui donnent un côté un peu plus mélodieux, harmonique, sinon c’est tout. Du coup, la vraie puissance de ce morceau est dans l’intensité et les nuances que donne la musique. D’un côté on monte petit à petit, on explose et après on se calme tout doucement. En tout cas on est bien emporté et ça ressemble vraiment à une musique de film. Voilà.

Frédéric Couchet : Tout à fait. Sur le site auboutdufil.com, dans la présentation de l’artiste « c’est un compositeur moscovite, un passionné de musique cinématique qui a produit déjà de nombreux morceaux pour des jeux vidéo, avant de se consacrer à une musique plus personnelle. Depuis 2013 il publie ses titres, exclusivement instrumentaux, sur Internet. »
Concernant la bande-annonce je vais préciser qu’on a fait deux bandes-annonce audio. On a fait une bande-annonce un peu classique et cette bande-annonce dans laquelle on a utilisé cette musique. C’est une bande-annonce dans le style des nouvelles saisons de séries, tu sais, « précédemment dans ».

Valentin : Oui !

Frédéric Couchet : On cherchait une musique un peu comme ça et on a trouvé ça. Je remercie d’ailleurs PG, un fidèle de l’émission, qui nous a fait le montage audio.

Valentin : J’ai oublié quelque chose sur ce que je voulais dire. Juste par rapport à la remarque que j’ai faite tout à l’heure par rapport à CyberSDF où je disais que la musique sonne un peu robotique, là j’ai été très impressionné par la qualité des instruments, parce que, du coup, si c‘est quelqu’un tout seul il n’a pas un orchestre symphonique à sa disposition, c’est évidemment un logiciel informatique, mais la qualité des instruments était très bonne et c’était très agréable à l’écoute. C’est juste ce que je voulais dire.

b>Frédéric Couchet : Très bien. C’était Alexandr Zhelanov que vous retrouverez sur SoundCloud, sa page principale est sur SoundCloud.

On va passer à un artiste et je sais que Valentin l’avait bien apprécié les fois précédentes. On va écouter Night par Cloudkicker et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause commune, 93.1

Night par Cloudkicker

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Night par Cloudkicker, disponible sous licence Libre Creative Commons Attribution, CC By, que vous pouvez librement réutiliser en citant simplement le nom de l’artiste, artiste qu’on a déjà eu l’occasion d’écouter dans La Playlist avec d’autres morceaux, je ne me souviens plus desquels. Je crois que tu avais apprécié, mais là je crois que c’est un style assez différent de ce qu’on avait déjà diffusé.

Valentin : Oui. J’avais très apprécié, apprécié au point que vous pouvez aussi la retrouver dans les playlists de musiques libres que j’ai faites pour Cause Commune. Je pense que même celle-là je la connaissais, en fait, parce que j’ai vraiment un peu écouté ce que faisait Cloudkicker et, à chaque fois, je suis surpris et j’ai un vrai plaisir sur la manière dont il joue et la créativité qu’il a.
Ce que j’apprécie aussi beaucoup c’est ce mélange un peu électronique math rock avec un côté aussi un peu plus hip-hop trip hop. Le côté math rock est vraiment mis en avant par la guitare. On a un début où on a deux pistes de guitare. Une première qui est plus jouée en arpèges, une espèce de petite mélodie qui se répète en boucle, qu’on a un peu dans la tête. Cette piste de guitare est noyée dans beaucoup de reverbs, un effet qui vous donne l’impression qu’elle est jouée très au loin et qui donne, du coup, un côté un peu rêve, un peu rêvassant, on a l’impression qu’on est un peu envoûté par quelque chose.
On a juste une deuxième piste de guitare qui est un peu plus discrète et qui joue juste la ligne de basse pour donner un peu plus de plus de peps à la musique.
Du coup ça sonne un peu math rock, même si je ne suis pas spécialiste de ce style-là, c’est la figure rythmique qui n’est pas classique par rapport aux musiques plus rock qu’on peut avoir l’impression d’écouter. C’est un peu différent, ça ne sonne pas comme du AC/DC, vous l'entendez, c’est un peu ça ce qu’on appelle le math rock. Du coup je ne vais pas trop m’attarder sur ça.
En tout cas cet aspect un peu rêvassant, avec ces deux pistes de guitare, dure assez longtemps, presque 30 secondes, 45 secondes, ce qui est assez long, en fait, dans une musique. Après on sort de ce rêve avec la même piste de guitare qui rejoue la même chose d’une manière beaucoup plus présente. On a des percussions un peu trip hop, comme je l’avais dit, très simples avec juste une grosse caisse et des claps, c’est joué assez lentement. On est sur un battement par minute assez lent, que je qualifierais proche de 70, même si ça ne veut rien dire à certaines personnes, on est en tout cas sur un rythme très lent.
On a quelques synthés qui arrivent par là, qui servent plus d’accompagnement et de petits ornements que vraiment d’instruments qui sont là pour accompagner la mélodie.
On a aussi quelques percussions électroniques, des espèces de petits bip, bip qu’on peut entendre, qui sonnent un peu jeux de vidéos rétros ou, en tout cas, vieilles machines qui accompagnent, par contre, l’univers rythmique qui est fait par la grosse caisse et les claps.
On reste sur quelque chose qui est assez envoûtant et emporté.
Après on a une troisième partie qui aurait pu sonner comme un refrain mais qui, en fait, est juste un peu la conclusion de ce morceau. Là on a une nouvelle piste de guitare qui vient doubler la première piste de guitare qu’on avait en arpèges, qui joue à l’unisson mais qui, parfois aussi, va jouer d’autres notes ce qui va donner une grande richesse harmonique et provoquer parfois des accords de musique, ce qui donne un effet très joli. On est un peu plus emporté, on est moins dans le rêve, on est dans l’aventure, on avance avec cette musique qui avance. Le synthé qui venait de manière assez discrète est beaucoup plus présent, est là avec nous, les percussions s’emballent un peu plus et tout ça amène vers une fin qui redescend de manière assez violente, mais, en même temps, qui prend aussi son temps, finalement, parce qu’elle reste assez longtemps.
C’est un morceau qui dure moins de trois minutes, ce qui est très rare, et on n’est pas du tout dans la section assez classique des musiques intro, couplet, refrain, couplet, refrain, conclusion. Là on a vraiment un petit a) l’introduction, un b) c’est l’introduction un peu plus développée, le c) c’est le a) et le b) un peu plus développés et après hop !, on s’arrête et pas tout doucement, on s’arrête brutalement, mais on prend le temps de laisser l’auditeur comprendre que c’est la fin.
Bref ! Moi je trouve ça très créatif et j’aime beaucoup ce que fait Cloudkicker. C’était Night.

Frédéric Couchet : C’était Night de Cloudkicker, c’est le nom d’artiste de Ben Sharp qui est un artiste qui produit beaucoup de choses très différentes et notamment beaucoup de métal apparemment. J’invite les personnes à réécouter l’émission Libre à vous! du 15 septembre 2020 dans laquelle Éric Fraudain, du site auboutdufil.com, a consacré sa première chronique musicale justement à cet artiste. Vous retrouverez d’autres musiques. La page de l’artiste est sur Bandcamp, vous retrouvez ça, donc Cloudkicker.

Valentin : Lui aussi est très productif. Il a énormément de musiques.

Frédéric Couchet : Exactement. On essaie notamment de choisir des musiciens qui tournent encore aujourd’hui, qui produisent de nouvelles choses comme CyberSDF qui produit vraiment beaucoup de choses et Ben Sharp en produit également beaucoup.

Vous écoutez toujours La Playlist de Libre à vous ! avec Fred de l’émission Libre à vous ! et mon camarade Valentin des Joyeux pingouins en famille.
On va continuer sur 93.1 FM et en DAB + et partout dans le monde sur causecommune.fm.
On va continuer et c’est vraiment mon petit plaisir de chanson française, on va écouter L'Amour vache par Les journées de création musicale Ziklibrenbib et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause commune, 93.1

L'Amour vache par Les journées de création musicale Ziklibrenbib

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter L'Amour vache par Les journées de création musicale Ziklibrenbib, disponible sous licence libre Creative Commons CC By SA, donc Partage dans les mêmes conditions. Vous pouvez réutiliser cette musique à condition de la partager dans les mêmes conditions que celles de la licence originale.

C’est très différent. C’est mon côté… j’aime bien la chanson française. J’expliquerai après ce que sont Les journées de création musicale Ziklibrenbib.
Qu’as-tu pensé de ce titre ?

Valentin : On a, dans ce titre, une introduction qui est assez intense finalement. On entend une ligne de basse, une voix qui parle qui dit « mais qu’est-ce que j’ai fait, comment c’est possible ? », il me semble ; elle se parle à elle-même dans sa tête. On a des cuivres qui jouent avec trompette et saxophone, une guitare électrique qui joue de manière assez intense, un accordéon, qui jouent des phrasés très lents, c’est-à-dire qu’ils jouent ensemble mais sur une note tenue et ils changent de temps en temps. En tout cas c’est l’introduction qui est souvent utilisée par exemple en symphonie pour ouvrir de manière puissante. Du coup, on a cette intro qui est très puissante, qui est jouée dans le style mineur, si ça peut vous parler, ça donne une connotation un peu mélancolique.
Bref ! Là on a une pause d’un coup et on a un petit silence et une basse qui arrive dans un style walking. Le style walking est un style beaucoup employé dans les lignes de blues, doum pou doum, boum, boum, boum. C’est ce style de basse-là, walking, parce qu’on a l’impression que la basse est en train de marcher.
Là on passe sur quelque chose d’un peu plus coloré, finalement, on a même des instruments qui arrivent et tous les instruments jouent absolument de manière différente par rapport à l’introduction. On est dans quelque chose de beaucoup plus bluesy, on a une guitare acoustique qui est apparue ainsi qu’un harmonica, ainsi même qu’un violon à un moment. On a après une espèce de dialogue avec une femme qui dit « cache-toi, cache-toi ». L’homme du début qui disait « mais qu’est-ce qui se passe ? » qui revient, comme si on avait un peu un côté scène de quotidien qui est là.
Je n’ai pas grand-chose, en fait, à redire sur la musique parce que c’est une espèce de moment où on a l’impression qu’ils décrivent un peu la vie. Je trouve ça bien parce que c’est aussi un peu à ça que sert la chanson française, même de n’importe quelle langue, en tout cas la chanson sert aussi à chanter le quotidien, à imiter, à caricaturer la vie parce que la vie est une fête et il faut savoir en profiter. C’est ce qui est agréable dans ce genre de musique.

Frédéric Couchet : Merci Valentin. Je vais préciser que Ziklibrenbib est en fait un collectif de médiathèques qui utilise des licences libres dans les médiathèques. Nous avons notamment reçu le 9 juillet 2019 dans Libre à vous ! Antoine de la médiathèque de Passay en Bretagne. En fait, chaque année ils organisent Les journées de création musicale, donc ils se retrouvent à la médiathèque de Passay avec des artistes qui, sur une journée, vont à la fois écrire un texte et enregistrer en direct un titre qui est ensuite disponible sous licence libre, donc Creative Commons By SA. Ça fait neuf ans qu’ils font ça chaque année. D’ailleurs je ne sais pas si en 2020 ils l’ont fait, je ne sais plus.

Valentin : Tu n’as pas les dates de quand ça se passe ?

Frédéric Couchet : Je ne sais plus de quand date celui-là, je ne l’ai pas en tête. Ça c’était en 2019. En 2020 je ne sais pas s’ils ont pu le faire évidemment avec les conditions qu’on connaît, c’est généralement en mars. En tout cas sur le site de Ziklibrenbib et notamment sur le site de Bandcamp, vous retrouvez à la fois les musiques qu’ils ont sélectionnées et également, chaque année, cette fameuse journée de création musicale. C’est vraiment organisé, c’est fait en une journée, c’est produit sous licence libre et ensuite c’est librement réutilisable.

On va passer à un artiste qui produit énormément de musique libre, qui est très connu dans le monde de la musique libre. On va écouter Pixel Peeker Polka par Kevin Macleod et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause commune, 93.1

Pixel Peeker Polka par Kevin Macleod

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Pixel Peeker Polka de Kevin Macleod, disponible sous licence libre CC By, donc licence libre Creative Commons Attribution qui permet la modification, la réutilisation à condition de créditer le nom de l’artiste, le titre du morceau et la source du stream original. Vous retrouverez tous les titres de Kevin Macleod sur son site incompetech.com. On mettra évidemment les références sur le site causecommune.fm.
Alors Valentin ?

Valentin : Là, pour le coup, on change vraiment, moi je n’ai jamais entendu ça avant sur tout ce qu’on faisait. On est sur une musique qui sonne très jeux vidéos, j’ai mis longtemps à m’habituer un peu aux sonorités et à m’adapter pour faire l’analyse que je vais vous présenter, qui sera malheureusement très courte ; j’ai eu un peu de mal à écrire quoi que ce soit dessus ou à analyser.
En tout cas on est sur quelque chose d’assez simple avec juste un synthétiseur qui joue une ligne de basse très simpliste, qui joue sur la tonique et sur la quinte, de sont des procédés très basiques qu’on a l’habitude d’entendre un peu partout. Après on a un autre synthétiseur qui, lui, joue une mélodie un peu sautillante, un peu entraînante et le son du synthétiseur est intéressant parce qu’il est joué comme si c’était un ricochet, un peu comme ça, zzzz, en plus j’ai du mal à le dire. C’est un jeu par rapport aux ondes sonores qui donne cet effet-là, c’est intéressant. On a presque l’impression que c’est quelqu’un qui gratte une corde. Ce mélange-là est intéressant. On a des percussions derrière, qui font une rythmique très simple – poum chac, poum, chac – grosse caisse, caisse claire.
Je trouve que ça sonne vraiment comme une instrumentale de karaoké, de musique populaire germanique. On entend pas mal de sons comme ça dans la culture germanophone, qu’elle soit d’Autriche ou d’Allemagne. Les emplois d’écriture par rapport aux accords ou l’emploi de la basse, comme j’en parlais, aussi de mélodies, revient souvent. J’ai eu l’impression que c’était un peu hérité de l’époque baroque germanique, mais, en fait, je ne suis même pas sûr parce que je trouve que la musique sonne vachement comme une musique de cirque et une entrée des artistes. On dirait vraiment que c’est un peu la piste aux étoiles qui arrive et qui vous présente son cirque Pinder. Finalement, ça donne vachement cette impression-là. Quoi qu’il en soit l’autre chose qui est intéressante, c’est qu’il y a vraiment une couleur jeux vidéos qui est présente dans l’emploi de ces instruments un peu pitchés, qui ne sonnent pas comme habituellement. Mais, pour autant, ce n’est pas la musique qu’on peut retrouver dans les jeux rétros, parce que la musique qu’on avait dans les jeux rétros c’est une musique de qualité différente, qui s’appelle le 16 bits, et là on n’est pas du tout dans ça, on est dans les vrais sons normaux, en fait c’est juste que les sons des synthétiseurs ont complètement été modifiés. Je trouve même que le synthétiseur qui joue la mélodie pourrait ressembler à une espèce de clavecin du futur.
En tout cas, malgré le côté qui ne m’a pas forcément touché, c’est quand même assez intéressant et je trouve qu’on dirait vraiment de la musique de cirque. Sur la fin je me suis dit que ça ressemblait à ça.

Frédéric Couchet : Effectivement, on voit monsieur Loyal arriver. C’est exactement ça, effectivement.
Je précise que Kevin Macleod, dont a diffusé plusieurs titres dans Libre à vous !, est quelqu'un qui a déjà diffusé plus de 2000 titres sous licence Creative Commons CC By, qui sont très régulièrement utilisés pour des films, pour des jeux vidéos. Il touche à tous les styles, du jazz, du blues, du rock, l’électro, le pop, etc. N’hésitez pas à aller sur son site incompetech.com – vous retrouverez les références sur le site de la radio causecommune.fm – pour découvrir d’autres titres de Kevin Macleod qui est l’un des artistes qui publie le plus de musiques libres dans le monde. Kevin Macleod est un artiste américain.

Maintenant on va passer à un artiste français. On va écouter With you instrumental par HaTom et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause Commune, 93.1

With you instrumental par HaTom

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter With you instrumental par HaTom, disponible sous licence Creative Commons Attribution, donc que vous pouvez librement réutiliser en citant l’artiste. Ses pages principales c’est sur soundcloud.com. HaTom s’écrit H, a, t, o, m et il a aussi une chaîne YouTube.
Valentin ?

Valentin : On est sur quelque chose qui commence assez, encore une fois, atmosphérique et un peu envoûtant, finalement on retrouvera beaucoup cette ambiance aujourd’hui. On a une espèce de voix chantée mais qui est pitchée, c’est-à-dire qui est atténuée dans les très graves, presque robotique, ce qui donne un peu cette impression de chamane qui nous envoûte. Il y a un léger glockenspiel, instrument qui est fait à base de cloches, qu’on tape, qui est beaucoup employé dans les musiques un peu hip-hop, qu’on entend dans le fond, et quelques percussions électroniques assez discrètes. Ça c’est, du coup, l’introduction qui nous emmène vers un moment où ça part un peu plus avec une rythmique proche de la musique Chill hip-hop. Ce qui donne l’aspect Chill hip-hop c’est qu’on est sur une rythmique hip-hop avec une ligne basse un peu hip-hop, mais on garde l’atmosphère un peu envoûtante qu’on avait au début avec la voix pitchée, d’ailleurs une voix qui nous envoûte complètement. Toute cette ambiance atmosphérique m’a fait beaucoup fait penser aux chaînes YouTube qui sont apparues à peu près vers 2012/2013, qui s’appellent parfois Lord Of Chill ou Délicieuse musique, des chaînes YouTube qui mettent en avant beaucoup de musiques de ce type-là. Ça a explosé à la mode comme ça, c’est comme ça qu’on a découvert des artistes comme Flume ou Petit Biscuit, un artiste français qui est aussi un peu cette atmosphère.
La différence avec cet artiste qu’on a là, c’est qu’on est dans quelque chose de pas forcément joyeux, ni triste, ni qui ressort d’une vraie émotion. Il n’y a pas une vraie émotion qui ressort de ce morceau, on est plus dans une espèce de rythme, on est emporté par le rythme et, en même temps, on rêve un peu avec les instruments qu’on a derrière, les voix qui nous envoûtent, les petites nappes de synthé, ce qui est assez intéressant finalement. On a quand même un synthé un peu plus green dubstep qui arrive et qui donne un peu plus de colère, d’énervement, même si on n’est pas dans la colère, mais qui va donner un peu plus de peps à la musique.
Je trouve quand même qu’il n’y a pas une vraie émotion qui ressort, il n’y a pas non plus une vraie ligne mélodique qui ressort. Je serais incapable, par exemple, de vous chanter un air de cette musique, mais il y a une vraie atmosphère qu’on pourrait ressortir. Si jamais on vous reparle de cette musique on se souviendra plus de l’atmosphère que de la mélodie, c’est assez rare et c’est ce que la musique électronique nous apporte, notamment ce mélange de Chill hip-hop où le chill veut dire se décontracter, passer un moment et le hip-hop c’est la rythmique un peu boum, chac qu’on a.
Finalement ce morceau remplit bien le rôle et résume bien ce style de musique à lui seul.

Frédéric Couchet : D’accord. Je rappelle que HaTom – h, a, t, o, m – est un artiste français qui compose depuis trois ans. Dans Libre à vous ! du 8 septembre 2020 Éric Fraudain nous a fait découvrir trois titres de HaTom que vous pouvez retrouver sur causecommune.fm et également sur auboutdufil.com. Dans la description sur auboutdufil.com, il y a une explication : « Cet artiste essaye depuis quelques années d’apaiser son esprit avec la musique et de rendre ses compositions cohérentes en dépit du flot d’idées qui lui parviennent. »

Valentin : C’est vrai je trouve qu’il y a un aspect presque thérapeutique dans cette musique.

Frédéric Couchet : Exactement. En tout cas c’est un artiste qu’on a découvert et qu’on a beaucoup apprécié.

On va enchaîner et là on va carrément changer de monde vu qu’on va voyager au Japon. On va écouter Sakuya2 par Peritune et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause Commune 93.1

Sakuya2 par Peritune

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Sakuya2 par Peritune, disponible sous licence libre Creative Commons attribution. La page de Sakuya2 se trouve sur SoundCloud.
Valentin ?

Valentin : Là on a complètement voyagé au Japon avec une intro très classique, musique populaire folklorique japonaise avec le koto, la flûte, tutti quanti et plein d’autres instruments japonais dont je serais incapable, en fait, de vous donner le nom sans faire des recherches et je n‘ai pas le temps de faire des recherches. D’ailleurs, je me suis même dit que j’allais avoir beaucoup de mal à décrire cette musique, même si j’adore la musique japonaise, j’en écoute beaucoup, mais on a moins l’habitude, c’est moins dans nos codes. J’aurai beaucoup de mal à décrire, à analyser, en fait, des musiques japonaises.
Tout ce que j’ai un peu envie de raconter à travers ça, c’est qu’on sent un côté très onirique. Ça raconte une histoire, la musique est là pour accompagner une histoire. D’ailleurs, si en France on connaît un peu toutes ces musiques japonaises, c’est grâce à la pop culture japonaise qui a été importée en France et qui, maintenant, fait presque partie de notre pop culture, qui sont des musiques qui sont là pour accompagner des mangas ou parfois des films. En tout cas c’est à chaque fois pour un accompagnement, c’est par les accompagnements qu’on connaît cette musique. On n’écoute pas forcément cette musique de manière solo, sans accompagnement, comme ça, en tout cas c’est l’analyse que j’en vois un peu.
Ce que je trouve intéressant c’est que la musique japonaise traditionnelle de base était là aussi pour accompagner les représentations théâtrales ou les danses pour l’empereur. La musique était vraiment utilisée comme ça, il n’y avait pas encore de musique un peu plus populaire. D’ailleurs, même en Occident, c’était à peu près la même chose, sauf que nous c’était pour l’église ou les rois. En tout cas, de manière traditionnelle, historique, au Japon la musique servait principalement à ça et après ce sont des ouvriers ou les personnes, les paysans qui travaillaient dans les champs qui ont commencé à faire de la musique entre eux, un peu de la même manière que le blues est né.
Du coup je trouve intéressant ce parallèle où en France on connaît la musique japonaise parce qu’elle accompagne des évènements et pareil, eux, avant, écoutaient de la musique parce qu’elle accompagnait des évènements et des représentations, en tout juste pour une précision.
C’était vraiment une musique du folklore assez populaire, japonaise, assez moderne, on n’était pas du tout dans la musique traditionnelle, mais elle a cette couleur qu’on n’a pas l’habitude d’avoir en Occident. Je pense que c’est ce qui m’a un peu déstabilisé.

Frédéric Couchet : En tout cas, je te félicite parce que tu as reconnu le koto.

Valentin : Je suis un adepte du koto.

Frédéric Couchet : D’accord. Qui est un instrument à cordes pincées proche de la guitare. En tout cas félicitations.
Je regarde l’heure, on va se faire un dernier morceau parce que c’est l’une de mes artistes préférées. On va écouter vraiment rapidement un dernier morceau. On va écouter Yesterday par Kelle Maize et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause Commune 93.1

Yesterday par Kelle Maize

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Yesterday par Kelle Maize disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez toute la musique de Kelle Maize sur son site kellemaize.com et aussi, évidemment, sur causecommune.fm.
Dernier morceau de cette édition. En moins de deux minutes, ton avis Valentin.

Valentin : C’est dur parce que c’est un très beau morceau.

Frédéric Couchet : Vas-y commente.

Valentin : On a cette introduction à la guitare un peu en mode arpégé qui est très agréable, mais on sent tout de suite la couleur hip-hop qui arrive avec des petits scratchs de voix, des effets de scratchs qui arrivent et une rythmique hip-hop, une boite à rythme. Ce qui est intéressant à dire et je tiens à le souligner, je suis désolé ça va prendre du temps, avant on a avait les même genres de rythmique mais des instruments qui sonnaient plus électronique moderne, un peu plus parfois techno house disco. Là on avait vraiment des instruments, une batterie qui sonnait très hip-hop, qui sonnait comme les batteries qu’on avait dans les années 80/90. Ce sont simplement des samples, parfois les producteurs de hip hop « samplaient » des vieux morceaux de blues ou de jazz dans lesquels on avait des pistes de batterie indépendantes et après, à travers un programme et des machines, arrivaient à donner cette rythmique hip-hop en rejouant à travers la machine, mais on avait un peu ce grain des batteries avec le grain du vinyle un peu sale et un peu distordu qu’on retrouve totalement dans le son de la batterie et de la boite à rythme de ce morceau. C’est un son que j’adore, du coup j’ai tout de suite été emporté par ce morceau.
On a ensuite une voix de femme qui chante, qui est mi-rappée, mi-chantée. Il y a une vraie chaleur dans sa voix, une chaleur que je trouve assez saoul mais avec des intonations et des interprétations qui sont plus proches du R&B [rhythm and blues]. Bref, on a un mélange très agréable mi-rappé et chanté au refrain avec des doublures de voix à la tierce, à la quinte, c’est très joli.
Je trouve que c’est l’un des morceaux les mieux produits, qui sonnent le plus pro, qu’on ait écoutés là dans cette émission. Je pense que c’est un morceau qui met tout le monde d’accord. Il est très bien produit. Ça ressemble assez à du Hocus Pocus ou du Little Dragon, mais surtout ça sonne très comme ce que passait Radio Nova il y a 15 ans. Vraiment, je pense que si ce morceau était sorti il y a 15 ans, cette artiste aurait été top listes chez Radio Nova.

Frédéric Couchet : En tout cas c’est une des artistes top listes aux États-Unis. Kelle Maize est vraiment très connue. On l’a écoutée plusieurs fois, je ne sais pas si tu souviens, Age of Feminine.

Valentin : D’accord. C'est pour ça. Eh oui, c’est un des premiers morceaux qu’on a écouté.

Frédéric Couchet : C’est un des premiers morceaux et c’est quelqu’un qui explique que son but c'est de faire de la musique pour envoyer de la bonne énergie et aussi donner aux gens à penser. C’est aussi une militante du droit des femmes, de l’écologie, etc. C’est une artiste vraiment professionnelle.

Valentin : C’est pour ça que ça sonne aussi pro, j’étais étonné.

Frédéric Couchet : J’adore cette musique-là, c’est pour ça que je me suis permis de la mettre même si on est court en temps.

Valentin : Elle est très jolie.

Frédéric Couchet : Je vous encourage vraiment à aller sur le site kellemaize.com et on repassera d’autres titres de cette artiste fabuleuse, cette artiste américaine qui, je crois, a commencé il y a une dizaine d’années ou 12-13 ans à peu près.

Valentin : D’accord, donc ça fait longtemps. Je pensais que c’était quelqu’un de nouveau. OK !

Frédéric Couchet : Non. Pas du tout.
Valentin, merci pour cette édition de La Playlist de libre à vous !. Valentin, je rappelle que tu animes des émissions sur Cause Commune, notamment Les Joyeux pingouins en famille. En 30 secondes.

Valentin : C’est ça, Les Joyeux pingouins en famille. Pour cette nouvelle saison, cette troisième saison vous nous retrouvez tous les jeudis à 21 heures en direct pour un commentaire de l’actualité. En fait, on n’a pas vraiment de thématique, on commente l’actualité avec des chroniques spécialisées, des surprises. Bref ! Ce sont les pingouins-style, bienvenue dans la banquise tous les jeudis à 21 heures.

Frédéric Couchet : Sur Cause Commune, donc 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur causecommune.fm.
Je te remercie Valentin et on se retrouve sans doute prochainement pour une nouvelle édition de La Playlist de Libre à vous !, musiques libres commentées par notre expert Valentin.

Valentin : Avec plaisir.

Frédéric Couchet : Peut-être que la prochaine fois il y aura Éric Fraudain du site auboutdufil.com pour t’accompagner.

Valentin : Avec encore plus de plaisir. Merci pour l’invitation.

Frédéric Couchet : Merci. À bientôt. Bonne fin de journée.

Valentin : À bientôt.

[Virgule sonore]

Frédéric Couchet : Nous sommes de retour en direct sur Cause Commune 93.1 FM et en DAB+ et partout dans le monde sur causecommune.fm.
Vous venez d’écouter La Playlist de Libre à vous !, sujet enregistré quelques jours avant le confinement avec Valentin. J’espère que nous aurons bientôt l’occasion d’enregistrer un nouveau sujet.
Valentin anime le jeudi soir à 21 heures, avec son collègue Baptiste, Les joyeux pingouins en famille. C’est une émission totalement foutraque, je vous conseille vraiment de l’écouter et il a également commencé une nouvelle émission qui s’appelle Tintamarre, une heure de playlist avec quelques interventions ponctuées par Valentin tous les premier et troisième dimanche de chaque mois entre 18 heures et 19 heures.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame sur le thème « Maintenir et archiver, deux enjeux pour un site associatif »

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec Vincent Calame, informaticien libriste et bénévole à l’April, qui nous fait partager son témoignage d’un informaticien embarqué au sein de groupes de néophytes. Choses vues, entendues et vécues autour de l’usage des logiciels libres au sein de collectifs, associations, mouvements et équipes en tout genre, c’est la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame.
Bonjour Vincent.

Vincent Calame : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : Le thème du jour c’est « Maintenir et archiver, deux enjeux pour un site associatif ».

Vincent Calame : Oui, tout à fait. Le sujet de cette chronique m’est venu en me remémorant le témoignage d’une intervenante lors d’une rencontre qui avait eu lieu en 2012 – je sais, cela date – rencontre organisée par le réseau Ritimo dont l’intitulé était « 20 ans d’Internet associatif, et demain ? ». Malheureusement je n'ai pas d’archives à vous proposer. Ce témoignage était en substance le suivant : on le sait, de nombreuses associations sont financées par projets, c’est-à-dire que pour faire tourner la boutique, si on peut dire, elles négocient avec des bailleurs de fonds publics ou privés un budget pour une action précise, limitée dans le temps. Elles sont donc fortement dépendantes des exigences de ces bailleurs, elles doivent constamment s’y adapter. Toutes les associations n’ont pas la chance, comme l’April, de disposer d’un socle d’adhérents qui lui assurent de pouvoir travailler en indépendance sur le temps long.

Frédéric Couchet : Comme tu le dis, nous avons fait le choix il y a bien longtemps de reposer notre mode de financement principalement, quasi exclusivement sur les adhésions, les cotisations de nos membres qui sont, en plus, fidèles. Nous avons des membres qui sont là depuis plus de 20 ans et, régulièrement il y a de nouveaux membres qui nous rejoignent. Donc c’est effectivement un gage d’indépendance sur le temps long.

Vincent Calame : Malheureusement, pour les associations qui dépendent de financements extérieurs, un des volets importants de la négociation avec le bailleur c’est celui de la production finale : sur quoi va reposer en grande partie l’évaluation de la pertinence du travail de l’association.
Or l’intervenante, dans cette réunion de 2012, constatait que la mode à l’époque, parmi les bailleurs, était de demander comme rendu final un site web. On se retrouvait avec des associations qui passaient toute la durée d’un projet à monter le site web en question, et on sait que monter un site web ça prend du temps, il faut de nombreux allers-retours, ne serait-ce que pour s’entendre sur la charte graphique. Le projet arrivait à son terme, le site web était prêt pour la réunion de rendu, les bailleurs étaient contents et puis on passait à autre chose.

Frédéric Couchet : En quoi était-ce problématique ?

Vincent Calame : C’est qu’en l’occurrence on appliquait un peu au site web la logique d’un texte imprimé. Qu’un projet se termine par la publication d’un ouvrage, les actes d’une rencontre, c’est compréhensible : bailleurs et associations se retrouvent avec un objet tangible dans les mains, il va pouvoir être diffusé, être mis à disposition dans les centres de documentation et, au pire, être utilisé pour caler des étagères.
Un site web n’est pas un objet statique. Sa vocation première est d’être actualisé régulièrement. S’il est consacré à un thème particulier, par exemple les énergies renouvelables en zone saharienne, il doit rendre compte de l’évolution des pratiques et des innovations dans son domaine. Bref, un site web doit être maintenu, aussi bien dans sa partie technique que dans sa partie rédactionnelle. Or peu de sites seront maintenus spontanément et bénévolement, n’est pas Wikipédia qui veut.
Ne pas prévoir dès le début un budget de maintenance dans la durée, c’est l’assurance de voir le site web péricliter rapidement. Cette ignorance des contraintes de la maintenance était un travers dénoncé par cette intervenante.
Depuis 2012, la mode est peut-être passée, chez les bailleurs de fonds, de demander un site web, tant les réseaux sociaux ont pris de l’importance et les simples sites web n’ont, sans doute, plus la cote. Il y a cependant un risque encore plus grave que le seul défaut de maintenance.

Frédéric Couchet : C’est quoi ce risque plus grave ?

Vincent Calame : C’est tout simplement celui de la disparition pure et simple. Cela arrive très vite dans le monde associatif où il y a une forte rotation des personnes bénévoles ou salariées, avec souvent un défaut de transmission de la mémoire : oubli du renouvellement du nom de domaine, oubli du renouvellement de l’hébergement, sites cassés car reposant sur des versions trop anciennes du serveur ou du langage de programmation, disparition dans la nature du prestataire, sans même parler de l’oubli des codes d’accès. Les causes de disparition sont multiples. Il m’est arrivé d’être contacté par des responsables catastrophés de ne pas retrouver leur site web et il a fallu remonter un site tant bien que mal grâce à une sauvegarde retrouvée par miracle sur le disque dur d’un prestataire.
Tout à l’heure j’ironisais sur la publication destinée à caler des étagères, mais au moins une publication papier est conservée. Qu’en sera-t-il de la mémoire militante à partir des années 2000 alors qu’elle repose sur des sites disparus ? C’est pourquoi il est très important de réfléchir en amont à l’archivage d’un site, je dirais même que cette réflexion devrait avoir lieu au moment même de sa conception. En effet, archiver un site est, en fait, une opération assez simple, il s’agit de transformer le site en site statique, c’est-à-dire en fichiers au format HTML – je précise que HTML est le langage de description d’une page web – qui pourront être lus directement dans le navigateur, sans nécessiter de bases de données ou de langage informatique particulier. Ces pages pourront alors être facilement sauvegardées, elles pourront être stockées dans un disque dur, continuer à être consultées même si le site n’est pas public.
Or, suivant la conception du site, cet archivage peut être une opération plus au moins simple. Je ne vais pas entrer dans les détails techniques sur la simplicité de l’opération, ça passerait mal à la radio. Je dirai simplement, en conclusion, que si vous êtes responsable d’un site web je vous incite fortement à poser la question à vos prestataires : comment puis-je faire une sauvegarde et un archivage de mon site facilement ? Je crois que la mémoire de votre collectif vous en sera reconnaissante.

Frédéric Couchet : Et sans se reposer sur l’existence de archive.org par exemple.
Avant de te poser une dernière question, notamment sur l’actualité, tu parles de site web, je précise aux personnes qui écoutent l’émission que bientôt, peut-être, nous aurons un site web dédié à l’émission, libreavous.org, et je crois que l’une des personnes en charge de la mise en place s’appelle justement un certain Vincent Calame. Je crois qu’on va bientôt reparler de site web, sans doute à la fin du mois, on a prévu un petit week-end de travail en commun pour avancer sur ce site.

Vincent Calame : Oui, surtout que le confinement est venu à point.

Frédéric Couchet : Exactement, ce qui explique aussi pourquoi ta voix est un peu petit lointaine par rapport à d’habitude. Tu n’es pas au studio, tu es confiné chez toi.

Vincent Calame : Hélas !

Frédéric Couchet : Hélas, en tout cas pour un certain temps.
Je crois que tu souhaitais terminer par une annonce de fin d’émission, c’est-à-dire une activité en ligne prévue – aujourd’hui les activités en ligne vont se développer – une activité en ligne prévue par Parinux jeudi prochain ?

Vincent Calame : Parinux est un groupe d’utilisateurs de logiciels libres, donc un GULL sur Paris et l’Île-de-France. Nous avions un rendez-vous régulier tous les jeudis soir pour Les soirées de contribution au Libre, c’était un rendez-vous physique. Évidemment notre but est d’avoir une action locale et de se voir. Évidemment, cette activité n’est plus possible avec le confinement, donc nous avons dit « nous allons lancer des soirées de conversation autour du Libre, donc l’acronyme SDL, tous les jeudis soir pour maintenir ce rendez-vous. Ça commence jeudi prochain. L’idée c’est de se retrouver, l’ouverture est à 20 heures 30 et à 21 heures on a un intervenant qui présente un sujet. Nous utiliserons le logiciel libre BigBluBottom qui est très utilisé dans le monde de l’enseignement, justement pour des cours en ligne. C’est l’occasion de se retrouver et de débattre. Évidemment, comme ce sera en ligne, c’est ouvert à toutes et tous et pas seulement aux Parisiens et aux Franciliens.

Frédéric Couchet : Le rendez-vous c’est sur parinux.org à partir de jeudi 5 novembre, 21 heures. C’est ça ?

Vincent Calame : Tout à fait. Les informations sur le site de Parinux. Ce sera aussi publié sur l’Agenda du Libre et sur l’instance Mobilizon de Parinux.

Frédéric Couchet : D’accord. Merci Vincent. On se retrouve le mois prochain j’espère en studio.

Vincent Calame : J’espère aussi !

Frédéric Couchet : Bonne journée Vincent. À bientôt.

Vincent Calame : Bonne journée. Merci

Frédéric Couchet : On va passer aux annonces de fin.

[Virgule musicale]

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Frédéric Couchet : Je surveille l’heure du coin de l’œil pour savoir quelles annonces je peux faire. On va commencer.
L’association InterHop, qui promeut le logiciel libre pour la santé, a lancé une pétition via le site web du Sénat pour obtenir la création d’une commission d’enquête sur la gestion des données de santé des Français et des Françaises par la société Microsoft. C’est la fameuse Health Data Hub. L’April soutien cette initiative et nous vous appelons à signer la pétition. Vous retrouverez les infos évidement sur april.org.
LibrePlanet est la conférence annuelle de la Fondation pour le logiciel libre. Normalement organisée en mars à Boston, eh bien en 2021 elle aura sans doute lieu, très probablement exclusivement en ligne. Il est possible de soumettre une intervention, en anglais, jusqu’au mercredi 11 novembre. En tout cas c’est l’occasion de pouvoir intervenir sans avoir à prendre l’avion. Il y a par exemple qui ne veulent pas prendre l’avion, qui ont peur de prendre l’avion. J’en fais un petit peu partie. N’hésitez pas à proposer des conférences. Pareil, vous retrouverez les références sur april.org.
Jeudi soir, je ne sais pas, mais je suppose que ma collègue Isabella Vanni organise une nouvelle édition de la réunion du groupe de travail Sensibilisation de l’April à partir de 17 heures 30 à distance. Pareil, vous pouvez participer depuis votre navigateur web, c’est à partir de 17 heures 30 le jeudi.
Je précise un point intéressant parce que nous sommes en mode de confinement donc nous avons des attestations de déplacement, nous avons dû en utiliser pour venir ici. Je vous précise qu'il y a une application libre pour la génération d’attestations de déplacements, qui travaille sans permission inutile, toute en local, ça s’appelle Attestation de déplacement, vous la retrouvez sur F-droid qui est le magasin d’applications en Libre. Installez-la, franchement, et merci Adrien Poupa pour cette superbe application.
Toujours en visio, jeudi soir 5 novembre, de 19 heures à 20 heures, il y a un atelier Wikipédia et Wikisource pour découvrir Wikipédia et Wikisource. C’est organisé par la Maison pour tous à Lyon mais c’est évidemment accessible à distance. Vous retrouverez les références sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.
On continue dans les évènements à distance. Samedi 7 novembre 2020, de 14 heures à 17 heures, il y a un Confin’atelier. Un Confin’atelier c’est comme un Contrib’atelier, on essaie d’agir concrètement pour le Libre, mais là c’est à distance. Ça peut être du code, ça peut être du design, ça peut de la doc, ça peut être des tests. Disons qu’il y en aura pour toutes les compétences, tous les niveaux et tous les goûts. Là encore vous retrouvez les références sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.
Vous voyez que même en période de confinement vous pouvez contribuer à des évènements libristes et la quasi-totalité sont annoncés, évidemment, sur le site de l’Agenda du Libre.
Vu qu’on est on est mardi 3 novembre. Je vérifie à quelle heure c’est, la présidente de l’April, Véronique Bonnet, participe aujourd’hui aux États généraux du numérique libre et des communs pédagogiques. Elle participe à une table ronde à partir de 18 heures. Sur le site de l’April, april.org, vous trouvez les informations. Vous pouvez également vous connecter pour suivre cette table ronde autour des GAFAM et du Libre pour l’éducation. C’est la première journée des États généraux du numérique libre et des communs pédagogiques.

Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Marie-Odile Morandi, Vincent Calame, Valentin des Joyeux pingouins en famille.
Samuel Aubert
Aux manettes de la régie aujourd’hui Étienne Gonnu.
Merci également à toute l’équipe podcast : Sylvain Kuntzmann, Antoine, Samuel Aubert, Olivier Humbert, Élodie Déniel-Girodon, Olivier Grieco, Quentin Gibeaux, Christian Momon. Beaucoup de gens pour produire un podcast, mais ils ne le font pas tous en même temps, ils se répartissent les rôles chaque semaine.

Vous retrouverez sur le site web de l'April, april.org, toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Vous pouvez également nous poser toute question et nous y répondrons directement lors d’une prochaine émission. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues.
Je salue aussi les personnes qui étaient sur le salon web de la radio, sur Cause Commune. On voit qu’on est en période confinement, il y a quelques personnes en plus. Le salon web c’est causecommune.fm, vous cliquez sur le bouton « chat » et vous retrouvez un salon web pour chaque émission et normalement, quand les émissions sont en direct, vous pouvez intervenir et échanger avec les personnes qui animent l’émission.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous. Faites également connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 10 novembre 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur l’apprentissage de la programmation pour les femmes avec trois initiatives que nous aurons le plaisir d’accueillir encore une fois à distance.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 10 novembre et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Solidatech : un programme qui entrave le développement du libre en milieu associatif

mar, 11/10/2020 - 09:36

Le rayonnement dont le programme Solidatech bénéficie auprès des associations en France est régulièrement questionné sur les listes de l'April, en particulier sur la liste du groupe de travail libreassociation1. Les interrogations portent majoritairement sur l’ambiguïté de Solidatech lorsqu'il s'agit des logiciels libres. Même si l'équipe salariée de Solidatech a parfois affirmé sa volonté de les promouvoir, les actes restent minimalistes sur ce sujet voire contre-productifs. C'est pour cette raison que nous avons choisi de formaliser les questions que pose la place du programme Solidatech dans le paysage associatif en France et les entraves à l'adoption plus massive des logiciels libres que cela engendre selon les libristes.2

Les éléments posés ci-après sont le fruit de constats sur le terrain, de rencontres et d'échanges entre Solidatech et l'April.



Origine

Le programme Solidatech — le terme « programme » est souvent éludé alors même qu'il questionne la nature de la structure — bénéficie d'une aura prestigieuse lorsque l'on regarde son origine.
Selon le site : « Lancé en 2008, Solidatech est porté par « Les Ateliers du Bocage », entreprise d'insertion membre d’Emmaüs France, en partenariat avec le réseau international de solidarité numérique : TechSoup. »

Le fait d'être membre d’Emmaüs France permet de bénéficier des retombées de l'image de l'Abbé Pierre, fondateur d'Emmaüs, qui est régulièrement cité comme l'une des personnalités préférées des Français et des Françaises. Il est important néanmoins d'avoir à l'esprit qu'Emmaüs est devenu une galaxie de grande envergure. La grande diversité des interprétations de l'esprit initial de son fondateur par ses composantes actuelles est une réalité. Par ailleurs, la mention d'entreprise d'insertion, qui allie donc entrepreneuriat et insertion3, est souvent présentée comme un progrès dans notre système actuel : la fonction sociale adoucit le terme d'entreprise pour celles et ceux qui en ont une appréhension négative.

La formule « porté par "Les Ateliers du Bocage" » laisse perplexe et interroge sur la gouvernance de ce programme. Qui décide réellement des orientations du programme ? Y-a-t-il une marge de manœuvre ?

Enfin, le partenariat avec le « réseau international de solidarité  numérique Techsoup est invoqué. On ne va pas tourner autour du pot car la page d'accueil du site parle d'elle-même : « Explore Our Nonprofit Tech Marketplace. Sign up to receive incredible offers from leading brands ». En français, cela donne : « Explorez notre marché technologique à but non lucratif. Inscrivez-vous pour recevoir des offres incroyables de grandes marques ». Outre cette invitation « alléchante », aux relents néanmoins « pigeonesques », on notera que les deux premiers logos qui apparaissent sur cette page d'accueil sont respectivement celui de Microsoft et d'Adobe. Aucun doute possible. On est bien là face à une structure qui permet à de grandes sociétés américaines de valoriser leur image et d'entretenir leur position dominante. Ceci, sans compter les mécanismes que des structures comme Techsoup offrent généralement pour optimiser fiscalement…

Objet

Le programme Solidatech met en avant tois missions principales sur cette page :

  • favoriser l'accès aux outils numériques des associations ;
  • accompagner les associations dans le développement de leurs usages numériques ;
  • mettre le numérique au service du bien commun.

Avant de regarder chacun de ces axes, abordons cela par le prisme des associations elle-mêmes. Quand la question du renouvellement informatique se pose pour elles ou qu'un changement nécessite l’acquisition d'ordinateurs ou de logiciels, il y a majoritairement deux catégories parmi celles qui ne connaissent pas les logiciels libres. Celles qui utilisent le programme Solidatech et les autres.

Pour la première catégorie, elles savent qu'elles vont pouvoir obtenir des licences à des prix bien inférieurs à ce qui est généralement pratiqué sur le marché. Ainsi l'association, sous réserve de s'inscrire et de fournir les documents demandés, peut acquérir le système d'exploitation Windows Pro complet pour 12,39 €. Pour la seconde catégorie, l'association qui ne connaîtrait Solidatech donc, elle devra s’acquitter de 189 €4. On est au-delà d'un facteur 15 !

On notera au passage que ces offres sont conditionnées à des règles que les associations découvrent parfois avec la pratique. Ainsi, la FFMJC (Fédération Française des MJC) a été contrainte d'acheter des licences de Windows 10 pro à cause d'un changement de logiciel de comptabilité imposé. Elle a donc bénéficié du tarif très réduit. Néanmoins, quelques semaines plus tard, ayant besoin d'une nouvelle licence (toujours pour la même contrainte), il était demandé de s'acquitter du tarif normal car la structure avait déjà bénéficié du tarif très avantageux peu de temps avant.

Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté à ce stade sur les questions de coût et de gratuité, ce n'est pas cela qui préoccupe principalement la majorité des libristes5 mais bien la stratégie commerciale qui consiste à maintenir un monopole néfaste pour l'émancipation des associations.

Revenons maintenant sur les trois missions principales que le programme Solidatech nous donne à voir.

Favoriser l'accès aux outils numériques des associations. Indubitablement, cet axe se traduit par des offres alléchantes sur le coût des licences des logiciels propriétaires que Techsoup octroie sur la validation de Solidatech. Avec des remises aussi importantes, on donne aux associations l'impression d'être redevables alors que l'objectif est bien de les maintenir dans un univers privateur. Pour les associations, avec de tels prix, il ne vaut vraiment pas la peine de se poser la question de savoir s'il existe des alternatives plus respectueuses des associations utilisatrices et s'il n'est pas plus pertinent de contribuer aux communs.

Accompagner les associations dans le développement de leurs usages numériques. Là encore, la question qui se pose est : de quel développement s'agit-il ? Au regard du point précédent, il s'agira majoritairement d'orienter vers les solutions bradées par l'intermédiaire de Techsoup et de maintenir les associations dans un "écosystème" de logiciels pour lesquels l'impossibilité de lire le code source ne permet de pas de savoir ce qu'ils font réellement.

Mettre le numérique au service du bien commun. En tant que libriste, on ne peut qu'être en colère à la lecture de ce troisième axe. Invoquer le bien commun alors que la conséquence du programme Solidatech est d'entretenir une dépendance aux logiciels privateurs relève du cynisme, d'une communication mensongère ou, plus vraisemblablement, du common washing6. C'est bien cet axe qui a motivé la rédaction de cet article : même si quelques actions de promotion du logiciel libre et des communs numériques sont éventuellement menées, cela restera de la cosmétique devant le système corrosif et total mis en place à travers Techsoup.

Fonctionnement, gouvernance et pratique quotidienne

À ce stade, la question se pose de savoir qui fixe les règles et qui les applique quant à l'attribution des avantages conférés aux associations qui adhèrent au programme. C'est Techsoup, aux États-Unis, qui fixe les règles et c'est l'équipe salariée du programme Solidatech qui est chargée de les appliquer et de les faire respecter. Le pouvoir d'agir sur ces règles en France semble extrêmement limité. Même si, lors des échanges entre l'April et Solidatech, la sincérité de l'équipe salariée à vouloir faire évoluer les pratiques des associations pour plus d'usage et d'adoption de logiciels libres semblait réelle, le cadre du programme n'autorise finalement aucune alternative à cette logique de vouloir maintenir les associations dans un "écosystème" privateur.

Pour les libristes, le programme Solidatech n'est donc qu'un écran qui permet aux grands éditeurs privateurs de logiciels de maintenir en dépendance le monde associatif en France, d'empêcher sa capacitation7, de faire une nouvelle forme de concurrence déloyale aux alternatives libres et ce, en se donnant une image bienfaitrice et positive par des rabais équivoques et de la réclame.

Lors de la seconde rencontre April/Solidatech le 9 février 2018, l'équipe salariée a affirmé sa volonté de favoriser le développement du logiciel libre dans les associations et a souhaité nouer des partenariats, dont au moins un était initié.
Néanmoins, les actes laissent dubitatifs quant à une réelle volonté — et possibilité, voir précédemment — à agir au-delà de la simple annonce.

Pour prendre un exemple concret, si on consulte la cartographie des outils présentés dans la lettre du 10 octobre 2019, on découvre exclusivement des outils privateurs8. Rien n'empêchait d'intégrer des solutions libres dans cette cartographie. Il y a bien là un paradoxe fort entre la volonté de "mettre le numérique au service du bien commun"9 et les actes.

Nous l'avons pointé en introduction, la renommée de Solidatech n'est plus à démontrer et ce programme jouit d'une réputation qui lui permet d'être associé et partie prenante d'études et d'enquêtes sur le rapport entre associations et numérique. Ainsi on peut citer la 3ème édition de l'enquête sur la place du numérique dans le projet associatif publiée en octobre 2019. La qualité de l'étude est entachée selon nous par l'auto-promotion ou de la focalisation sur les outils privateurs. À titre d'exemple, page 5 de l'étude, on peut lire « les savoir-faire sont progressivement acquis et partagés au sein des équipes, des formations sont dispensées, des conseils sont apportés par les acteurs de l’accompagnement comme Solidatech… ». Ne citer que Solidatech ici est un choix étonnant au regard du nombre d'acteurs sur ce champ.
Page 75, on peut lire aussi « installer des protections contre les virus pour allonger leur durée d’utilisation ». Outre le fait que cette mention cantonne le lecteur dans un système de pensée et focalise sur des solutions anecdotiques, le renvoi de bas de page pointe vers des conseils où l'on ne retrouve, bizarrement, aucune recommandations encourageant l'utilisation d'une distribution GNU/Linux légère sur un ordinateur devenu poussif, du fait même du système d'exploitation dominant Microsoft Windows.10 Pourtant, on sait désormais que c'est la phase de fabrication d'un ordinateur qui demande le plus d'énergie11 et ce, très largement devant la consommation de l'appareil durant sa phase d'utilisation. Donc pourquoi faire des recommandations secondaires sans avoir considéré et mentionné la principale : redonner une seconde vie à l'ordinateur par exemple en installant une distribution GNU/Linux légère, si ce n'est pour laisser penser qu'en dehors de Microsoft Windows, point de salut ?

Enfin, toujours pour cette étude, la note de bas de page 24 en page 75 qui renvoie vers « 12 astuces pour faire rimer numérique avec écologique » pointe elle-même une page de Solidatech pour « minimiser votre impact environnemental : retrouvez nos matériels informatiques et téléphoniques reconditionnés ». On arrive ici sur le matériel reconditionné proposé par Solidatech. La totalité des ordinateurs portables et fixes proposés sont fournis avec le système d'exploitation Windows. Aucune mention n'est faite d'une possibilité d'obtenir l'appareil nu. Toutes les possibilités12 de se faire aider pour faciliter l'utilisation d'ordinateurs avec un système d'exploitation alternatif, lorsque l'on est néophyte, sont aussi passées sous silence.

Bien sûr, ces exemples ciblés peuvent sembler plus ou moins anecdotiques mais, cumulés avec les éléments précédents, ils renforcent le sentiment des libristes d'être face à un appareil sans âme, sans gouvernance directe, au service du maintien du monopole des gros éditeurs de logiciels.

Solidatech et le Libre : l'ambiguïté confortable du « en même temps »

Le « en même temps » est à la mode. Peut-être que certaines personnes sont sincères au départ lorsqu'ils ou elles disent vouloir atteindre deux objectifs qui souvent, lorsqu'ils sont décomposés, montrent leur incompatibilité profonde. Mais d'autres choisissent délibérément cette approche pour brouiller les pistes et masquer leurs intentions réelles. Cela permet généralement à ces pseudo-stratèges de la simultanéité de gagner un temps qui est précieux, d'entretenir et de développer l'avance qu'ils ont, souvent pour des raisons financières.

Nous l'avons évoqué, l'équipe salariée du programme Solidatech semble sincère et souhaiterait sans doute permettre plus d'adoption de logiciels libres au sein des associations. Par exemple, leur insistance auprès du comité de pilotage du logiciel libre Bénévalibre à vouloir intégrer un référent dans leur "accélérateur" en est une illustration.

Néanmoins, le cadre dans lequel s'inscrit le programme empêche toute mise en œuvre d'une promotion sérieuse et indispensable des logiciels libres quand on affirme vouloir "mettre le numérique au service du bien commun". L'équipe salariée semble enfermée dans un système sur lequel elle n'a guère d'influence. À l'heure où même les États-Unis portent un regard très critique13 sur ces entreprises qui ont consolidé des monopoles écrasants et néfastes pour nos sociétés, continuer à leur servir la (tech)soup(e) relève du cynisme. Affirmer vouloir mettre le numérique au service du bien commun et, en même temps, soutenir de tels systèmes relève de l'infiniment petit et des lois de la physique quantique. Dans la réalité, le quotidien, cela ne peut que contribuer à renforcer les positions déjà dominantes et à confiner les alternatives éthiques et respectueuses des utilisatrices et utilisateurs ; alternatives dont ont pourtant besoin les associations en particulier et notre société en général pour une plus grande maîtrise du numérique !

Illustrations : Lorette et Laurent Costy 14

  • 1. Cette liste est ouverte aux personnes non membres. Vous pouvez vous y inscrire sur cette page.
  • 2. Voir la définition de « libriste » proposée par Wikipédia.
  • 3. Couple de termes "gagnant-gagnant" pour reprendre une formule souvent avancée lorsqu'il s'agit de promouvoir un modèle.
  • 4. Prix relevé le 13 août 2020 sur un site permettant d'assembler son ordinateur de bureau.
  • 5. Pour vous en convaincre, lisez l'article : « Les libristes et la gratuité en 2020 » mais il y en a un peu plus, je vous le mets quand même".
  • 6. Autrement dit, tentative de rendre l'objet de l'association plus blanc qu'il ne l'est réellement.
  • 7. Pour utiliser un mot à la mode, tout est fait pour que les association ne soient pas « souveraines » ou , dit encore autrement, qu'elles ne soient pas maîtresses de leur système d'information.
  • 8. Parcourir l'ensemble des Solidanews renforce encore ce sentiment d'avoir à faire à un outil de promotion de solutions logicielles privatrives.
  • 9. Ne pas engager une démarche volontariste concrète vis-à-vis du logiciel libre avec un tel objectif laisse pour le moins dubitatif au regard de la place importante que prennent les logiciels libres dans le paysage des communs numériques
  • 10. Le système d'exploitation Microsoft Windows a tout intérêt à grossir ou à imposer des mises à jour vers une version supérieurs sans que l'utilisateur puisse l'empêcher. Ceci pour forcer la vente de nouveaux ordinateurs et donc de licences Windows qui restent majoritairement imposées avec un nouvel ordinateur. Sur le site "Qu'est-ce qu'on fait", on peut appréhender la « course à l'armement » imposée par le système d'exploitation dominant : « Windows 7 nécessite 15x plus de puissance processeur 85x plus de mémoire vive 68x plus d’espace disque que Windows 98 ».
  • 11. L’énergie grise (autrement dit, l'énergie utilisée pour toutes les autres phases que celle de l'usage c'est à dire production, extraction, transformation, fabrication, transport, mise en œuvre, entretien et recyclage) constitue l’essentiel du bilan complet énergétique des équipements utilisateurs.
  • 12. Comme trouver une association susceptible de vous aider près de chez vous, connaître les événements ouverts au public qui permettent de se faire aider à installer et utiliser un autre système d'exploitation (pour lequel l'agenda du libre est une référence sur le sujet) ou même pointer des références qui proposent directement du matériel reconditionné avec un système d'exploitation alternatif.
  • 13. Pour une synthèse en français, vous pouvez lire l'article de NextInpact sur le sujet.
  • 14. Sous licences licence Art libre 1.3, Creative Commons BY-SA 2.0 et GFDL 1.3

Intervention de Véronique Bonnet aux États généraux du numérique libre dans l’éducation et des communs pédagogiques

mar, 11/10/2020 - 08:22


Titre : Intervention de Véronique Bonnet - EGN_libre
Intervenante : Véronique Bonnet
Lieu : Intervention enregistrée
Date : 3 novembre 2020
Durée : 19 min 30
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Véronique Bonnet, Trombinoscope de l'April - Licence, sauf mention contraire, LAL version 1.3 ou ultérieure, CC-BY-SA version 2.0 ou ultérieure et GNU FDL version 1.3 ou ultérieure, en savoir plus.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Bonjour.
Je suis Véronique Bonnet, présidente de l’April. L’April est la principale association francophone de promotion et de défense du logiciel libre, qui est pionnière du logiciel libre en France.
Sur le site de l’April1, qui est april.org, vous allez trouver beaucoup d’informations sur le logiciel libre, vous allez trouver aussi le suivi de ce qu’on appelle la veille institutionnelle. Il va y avoir aussi beaucoup de documents de sensibilisation et, parmi ceux-ci, vous allez trouver un éditorial2, que j’ai écrit en septembre dernier, qui est intitulé « Code is Education ». C’est de lui dont je vais vous parler maintenant.
En mars dernier, au moment du premier confinement, les enseignants — il se trouve que je suis professeur de philosophie en classe préparatoire — ont dû très rapidement remédier à l’impossibilité d’être en face de leurs élèves par des outils informatiques. C’est vrai que nous étions dans l’urgence et peut-être y a-t-il eu, par moment, le choix de qui était le plus immédiatement disponible et, bien sûr, s’est posée la question, se pose la question : à quelle informatique confier ce travail de nous adresser à des élèves, à des étudiants, sans qu’il y ait pour eux des effets préjudiciables ?
Il se trouve que Richard Stallman3, qui est la figure tutélaire et l’initiateur de la grande aventure du logiciel libre, a écrit ce qu’on appelle la philosophie GNU et, dans cette philosophie GNU, il y a un texte qui s’appelle « L’importance de ne pas accoutumer à une informatique de la subordination », qui a dans son titre une nécessaire référence au logiciel libre dans le registre éducatif. Pourquoi ? Parce qu’il lui semble qu’accoutumer des élèves, des étudiants, à une soumission, à des logiciels qui siphonnent leurs données c’est nécessairement instaurer une forme d’atteinte aux futurs humains qui auront à être autonomes, à choisir, à partager, à décider.
Avant d’arriver à ce texte, je vais d’abord passer par des références à deux juristes, ensuite je ferai une proposition.
Le premier juriste est Lawrence Lessig4 qui a écrit dans le Harvard Magazine, en janvier 2000, un texte s’appelant « Code is Law »]5. Ce texte6 se trouve très facilement en ligne. Dans ces paragraphes, il fait souvent référence à une méfiance que nous devons avoir. La loi n’est pas simplement une loi qui émanerait des institutions, qui émanerait des États, elle peut aussi émaner d’une architecture informatique particulière. Et en ce sens, le code peut faire la loi. La manière dont est codée telle plateforme, tel espace d’expression en ligne, peut avoir des effets sur ce que nous faisons.
Je lis ici un paragraphe de « Code is Law » de Lawrence Lessig : « Ce code ou cette architecture définit la manière dont nous vivons le cyberespace. Il détermine s’il est facile ou non de protéger sa vie privée ou de censurer la parole. Il détermine si l’accès à l’information est global ou sécurisé. »
Ayant exposé cette perspective, Lawrence Lessig énonce ensuite une inquiétude qui est la sienne : « Le code du cyberespace est en train de changer. Le cyberespace est un lieu qui protège l’anonymat, la liberté d’expression et l’autonomie des individus. Or, il est en train de devenir un lieu qui rend l’anonymat plus difficile, l’expression moins libre et fait de l’autonomie individuelle l’apanage des seuls experts. »
Quel est l’argumentaire qui est développé par Lawrence Lessig pour étayer son inquiétude ? Il montre que les protocoles d’échange des données entre des réseaux connectés auraient dû, étant donné la manière dont ils sont nés, garantir un anonymat ou, en tout cas, une logique de ce qu’il appelle la « moindre révélation », c’est-à-dire une architecture qui permettrait à un utilisateur de garder pour lui ce qu’il souhaite garder pour lui, ne révélant de lui-même que ce qui est requis pour faire fonctionner une plateforme.
Or, il se trouve que ces protocoles sont, selon lui, progressivement remplacés par une autre logique qui est « une carte pour tout ». Une carte pour tout c’est très clair. Il y a des moteurs qui agrègent des données dans cette nouvelle architecture et, d’une certaine façon, les usagers deviennent comme des documents eux-mêmes. Ils sont documentés, on sait tout d’eux sans qu’ils puissent s’y opposer.
Je rappelle que ce texte est de 2000, déjà en 2000 il y avait cette crainte de la part de Lessig.
Il se trouve qu’un autre juriste qui s’appelle Lionel Maurel7, Calimaq, juriste et documentaliste, en 2014, donne raison à Lessig concernant la crainte qu’il avait exposée 14 ans et Lionel Maurel fait l’hypothèse que « Code is Law » s’est renversé, très rapidement, en une autre forme, un autre processus qui serait « Law is Code »8. Il s’en explique. Il se trouve que certains principes du droit, par exemple le droit d’auteur, peuvent être transcrits en langage machine et interprétés automatiquement par les algorithmes. Je lis Lionel Maurel : « Faite à l’origine pour être interprétée et appliquée par des humains, la loi aujourd’hui se machinise. Elle peut entrer dans le code. » Donc si elle se machinise, s’il n’y a plus d’humains pour arbitrer certaines connexions pertinentes ou non, respectueuses ou non, il y a une altération de l’équilibre des libertés.

À partir de ces deux références, je vais donc me permettre une analogie. Pourquoi dire « Code is Education » ? — là je reprends le « Code is Law » de Lessig — parce qu’il se trouve qu’une certaine architecture logicielle peut être propice à une éducation émancipatrice. En effet si l’étudiant, si l’élève peut exécuter, peut étudier, améliorer, partager ce qu’il opère dans une certaine architecture logicielle qui est celle du logiciel libre, alors ceci peut l’ouvrir aux valeurs humaines les plus hautes, à l’éthique la plus haute.
Donc il serait, me semble-t-il, préjudiciable de transformer ce « Code is Education » en fonction de l’architecture logicielle, alors l’éducation sera véritablement une éducation ou pourra amener l’usager à renoncer à certaines formes d’autonomie, certains principes, il serait préjudiciable que « Code is Education » devienne simplement « Education is Code ». Pourquoi ? Parce que ça voudrait dire qu’à partir du moment où on fait intervenir un logiciel, à partir du moment où on a recours à une plateforme, alors, de toute façon, ceux-ci sont éducatifs au sens où l’élève ou l’étudiant en tirera toujours quelque chose. Or tel n’est pas le cas. Il y a un risque à confier l’acte éducatif qui est émancipateur à n’importe quel informatique, à n’importe quel support, qui pourrait par exemple être porteur de dispositifs de siphonnage de données, qui pourrait faire intervenir des couches logicielles intrusives à l’insu de celui, en construction, qui en ferait usage.

Dans un premier temps, pourquoi dans l’informatique libre, dire « Code is Education » ? Parce qu’il se trouve que les idéaux, il se trouve que l’architecture de codage du logiciel libre se trouve en eux-mêmes à forte teneur éducative.

Je reviens à ce que j’ai annoncé tout à l’heure. J’ai parlé d’un article de Richard Stallman portant différentes propositions dans différents paragraphes. Son titre global est « Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement du logiciel libre »9. Dans un premier temps je vais lire deux phrases introductives de ce texte : « L’école a une mission sociale, celle de former les élèves à être citoyens d’une société forte, capable, indépendante, solidaire et libre. Enseigner un programme non libre revient à implanter la dépendance qui est contraire à la mission de l’école. »
Je m’arrête quelques instants pour faire part à ceux de vous qui ne sont pas familiers avec le logiciel libre ce qui caractérise un programme libre. Il faut qu’il corresponde à quatre libertés, qu'il rende possibles quatre libertés : exécuter le programme, étudier le programme pour éventuellement le modifier, copier le programme, distribuer des copies modifiées ou non modifiées.
Vous voyez que par ces quatre libertés, l’élève, l’étudiant a en main, s’il souhaite regarder comment fonctionne ce qui est support de savoir et de savoir-faire pour lui, il peut en faire un usage éclairé, un usage autonome, alors qu’un programme privateur et là je reviens au texte de Richard Stallman que je lis : « Un programme privateur rejette cette soif de connaissance », il dit « le savoir est un secret ; apprendre est interdit. » Alors que, bien évidemment, l’architecture logicielle libre donne de l’appétit pour apprendre et des ailes. Je cite à nouveau : « Le logiciel libre encourage tout le monde à apprendre. La communauté du logiciel libre rejette ce culte de la technologie qui maintient le grand public dans l’ignorance de son fonctionnement. On apprend à écrire du code bon et clair en lisant beaucoup de code et en écrivant beaucoup de code. Seul le logiciel libre le permet. »
Il se trouve que dans ce dernier paragraphe, il est fait référence à des classes dans lesquelles on apprend du code. Certes, dans nos lycées, il peut y avoir des cours où on n’apprend pas de code, mais il est important que la plateforme utilisée soit non opaque, soit non intrusive et soit non privatrice pour qu’il y ait un apprentissage de la citoyenneté, du partage, de l’attention aux autres.

Toute informatique n’est pas éducative. Et là on pourrait dire « Education is not Code ». Il est abusif de dire « Education is Code ». En effet, certaines architectures sont opaques, elles siphonnent les données des élèves. Si on veut en appeler à la loi, il se trouve que la plupart du temps elles sont sous législation juridique américaine, ce qui rend les choses très complexes. On ne peut pas s’en remettre à n’importe quelle informatique.

Comme je suis professeure de philosophie, je souhaiterais ici me rappeler d’un texte de Platon qui s’appelle le Protagoras. Dans ce texte qui est comme une pièce de théâtre, vous avez un personnage qui s’appelle Socrate, qui essaye de dissuader un futur élève d’un sophiste qui s’appelle Protagoras. Il essaye de le dissuader de se livrer avec confiance à la parole de n’importe qui. La parole de n’importe qui n’est pas éducative. Le support logiciel de n’importe quelle teneur n’est pas éducatif. Il peut y avoir certaines fréquentions qui sont toxiques.

Qu’est-ce que c’est qu’un sophiste ?, j’ai employé ce terme-là. Un sophiste, dans l’Antiquité grecque, est une personne qui dit qu’elle dispose de tous les savoirs, de tous les savoir-faire et, qu’en plus, elle est puissante au point de transmettre ces savoirs et ces savoir-faire à ceux qui veulent par là être élus, faire une carrière politique, pouvoir subjuguer une foule, quelle que soit l’incohérence des figures qu’elle utilisera pour y arriver. Un sophiste est, en quelque sorte, un marchand de nourriture pour l’âme. Il se trouve que c’est ce que suggère Socrate à cet élève : certaines denrées sont toxiques, certaines nourritures font du mal. On leur fait confiance, on croit que ce sont des remèdes, alors que ce sont des poisons et le texte joue sur ce double sens de pharmakon en grec. On prend parfois pour des remèdes ce qui introduit dans l’esprit de ceux qui leur font confiance certaines atteintes et éventuellement certaines défiances alors même qu’il y a, de la part de celui qui le propose, une certaine tranquillité, ce à quoi il faut faire attention.

Voilà ce que dit le texte que je vais lire, du Protagoras ; « Les paroles on ne peut les emporter dans un vase – ça on peut le faire pour les denrées, pour la nourriture, les paroles qu’on entend de quelqu’un on ne peut pas les emporter dans un vase – il faut le prix payer, loger dans son âme même la science qu’on apprend et s’en aller empoisonné ou conforté ». Effectivement, si les paroles étaient toxiques, une fois qu’on les a logées dans son esprit il est difficile de s’en défaire. Si ces savoirs ne sont pas toxiques, s’ils réconfortent, s’ils confortent, ils peuvent en effet émanciper, ils peuvent en effet aider l’acte éducatif.

Ma conclusion sera donc la suivante.
L’informatique n’est pas une panacée, ça n’est pas un remède à tout, ça n’est pas un support qui ne peut qu’éduquer. L’éducation ne peut pas se fier à n’importe quelle informatique. Un logiciel ne fait pas nécessairement du bien, sous prétexte qu’un élève ou un étudiant apprendra au moins à s’adapter à lui, alors que le logiciel libre, lui, s’adapte à l’utilisateur et non pas l’inverse. L’informatique libre peut donc être une amie prodigieuse et, en ce sens, « Code is Education ».
Je vous remercie de votre attention

Décryptualité du 9 novembre 2020 - Soyons plus productifs !

mar, 11/10/2020 - 00:15

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 9 novembre 2020 (15 minutes)

Être plus productif, un objectif que nous devrions tous viser.

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Musique de l'indicatif : Sebkha-Chott - CRPTS ND TPSTRZ - KHOLIK NEFAEHRTITIK

Revue de presse de l'April pour la semaine 45 de l'année 2020

lun, 11/09/2020 - 18:21

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Next INpact] Health Data Hub: le sombre diagnostic du Dr CNIL (¤)

✍ Marc Rees, le mercredi 4 novembre 2020.

La plateforme des données de santé, hébergée par Microsoft, fut mise en œuvre de façon anticipée en avril 2020, urgence sanitaire oblige. Sa consécration dans le droit commun peine: sur la rampe de la CNIL, un avis très sec sur le futur texte d’application préparé par Olivier Véran. Next INpact révèle ces deux documents encore confidentiels.

[Le Monde Informatique] La Banquiz cherche start-ups open source en Nouvelle-Aquitaine

✍ Maryse Gros, le mercredi 4 novembre 2020.

Avec à son actif, sur 6 ans, 31 entreprises enregistrées et 200 emplois créés, l’accélérateur La Banquiz poursuit son accompagnement des start-ups open source en région Nouvelle-Aquitaine avec un programme désormais régionalisé. Un nouvel appel à candidatures est ouvert.

[ZDNet France] Logiciel libre: disparition de Laurent Séguin, ancien président de l'AFUL, militant et musicien

✍ Thierry Noisette, le mercredi 4 novembre 2020.

Eminent militant libriste, auteur de musiques électroniques, Laurent Séguin est mort à 44 ans. Personnalités et organisations des logiciels libres lui rendent hommage.

[Le Monde.fr] Cryptomonnaies: «La Chine menace le cœur de l'économie mondiale: l'Internet de l'argent» (¤)

✍ Vincent Lorphelin, Christian Saint-Etienne, le lundi 2 novembre 2020.

L’expert du numérique Vincent Lorphelin et l'économiste Christian Saint-Etienne expliquent, dans une tribune au «Monde», que la Chine convoque le combat pour la suprématie technologique sur le terrain des brevets.

[Siècle Digital] Numérique responsable: où en sont les éditeurs de logiciels et de SaaS?

✍ Brice Schwartz, le lundi 2 novembre 2020.

Autrefois, le numérique (et ce qui l’accompagne: internet, les logiciels, les données, etc.) était censé être plus écologique, plus durable que le papier et les méthodes plus anciennes de communication. Désormais, nous savons que le digital a une empreinte carbone très forte et que les logiciels ne sont pas exempts de défauts, notamment en matière de durabilité.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 12 novembre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

lun, 11/09/2020 - 17:16
Start: 12 Novembre 2020 - 17:15End: 12 Novembre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 12 novembre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. Ordre du jour : à cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas). Nous poursuivrons notamment l'élaboration des explications succinctes des cases relatives au danger « Centralisation et monopoles » (cases 5, 12, 19, 26, 33 et 39 du plateau).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Le libre dans la science, une nécessité - Décryptualité du 2 novembre 2020

jeu, 11/05/2020 - 18:37


Titre : Décryptualité du 2 novembre 2020 - Le libre dans la science, une nécessité
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 2 novembre 2020
Durée : 13 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 44 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Un des logos du libre accès, d'origine de la Public Library of Science, Libre accès (édition scientifique) - Licence Creative Commons CC0 1.0 Universal, Public Domain Dedication.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

La presse nous offre plusieurs articles sur la question du libre dans la science. L'occasion de revenir sur le lien entre les deux mouvements et l'importance de renouer avec une science ouverte.

Transcription

Luc : Semaine 44. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Sommaire de la semaine.

Manu : Pas mal d’articles. Je pense que les journalistes sont très actifs en ce moment derrière leur petit clavier, chez eux sûrement.

Luc : lesoir.be, « L’enseignement supérieur pas assez « open source » ? », un article de Thomas Casavecchia.

Manu : C’est un sujet qu’on aime beaucoup aborder, l’Éducation et les logiciels, parce que, malheureusement, dans l’Éducation il y a beaucoup de logiciels privateurs notamment de Microsoft mais pas que, ce n’est pas limité, et là il parle de toutes les problématiques de vidéoconférence, plein d’étudiants qui doivent suivre les cours depuis leur lit, ah, ah, c’est original, mais ils le font avec du logiciel privateur, notamment Zoom.

Luc : On sait que l’Éducation en général c’est un champ de bataille pour les éditeurs qui essayent de placer leurs solutions parce qu’ils savent qu’ils font former dès le départ et faire prendre des habitudes aux utilisateurs, donc à leurs futurs clients. Il y a également dans la partie réseau social. Par exemple Nicolas expliquait que dans son école d’ingénieur tu devais créer un compte Linkedin qui est un réseau social pro mais qui fait des profils fantômes, espionne tout autant que les autres. Par contre, pour avoir son diplôme il faut les logiciels privateurs et éventuellement, dans de nombreux cas, également mettre ses données personnelles dans des réseaux.
Le Monde.fr, « Concurrence : « Ni Apple ni Google n'avaient besoin de ces comportements prédateurs » », une tribune de Charles Cuvelliez et Jean-Jacques Quisquater qui sont deux universitaires, si j’ai bien compris.

Manu : Ça parle de la procédure antitrust en cours aux États-Unis. On est enchantés de voir que les monopoles sont attaqués par les puissances publiques, ça c’est normal de notre point de vue.

Luc : Oui, en tout cas ça fait longtemps que ça aurait dû arriver.

Manu : Effectivement. Probablement que pour se constituer, pour qu’ils deviennent des géants, des mastodontes d’Internet, les comportements prédateurs, c’est ce que disent les deux auteurs, n’étaient pas nécessaires. Ils le seraient devenus par plein d’autres moyens. Ça n’empêche !

Luc : LeMagIT, « Licences open source : les ambiguïtés subsistent », un article de Gaétan Raoul.

Manu : Oui, c’est compliqué quand on fait du logiciel libre et qu’on développe ou qu’on utilise de savoir exactement ce qu’il retourne en termes de droit d’auteur : est-ce qu’on a le droit d’utiliser une brique, une library, un autre logiciel qu’on va intégrer dans le nôtre ? Ce n’est pas simple, donc…

Luc : Surtout quand les licences sont différentes.

Manu : C’est ça. Et parfois il y a des petites clauses, plus ou moins cachées ou pas faciles d’accès. Quand il y a beaucoup de logiciels qui sont en jeu, sur une distribution par exemple, eh bien c’est difficile de savoir exactement quels sont les régimes de chaque logiciel, les régimes de propriété intellectuelle, on n’aime pas ce mot-là, mais c’est souvent là qu’on aboutit derrière tout ça. Il y a des entreprises qui proposent des services pour essayer de tracer un petit peu ces problématiques, ce n’est pas simple, mêmes elles ont du mal, beaucoup de mal.

Luc : The Conversation, « Débat : Peut-on faire de la science ouverte sur Zoom ? », un article de Alexandre Hocquet.

Manu : Oui, peut-on ? Je te le demande, peut-on faire de la science ouverte quand on est renfermé ? Hein ?

Luc : Manifestement oui puisque plein de gens en font, donc sauf à dire que ce ne sont pas des scientifiques, de fait c’est comme ça que ça marche. Zoom, on le rappelle, c’est un outil de visioconférence, un système qui marche bien, mais qui est sévèrement propriétaire, qui s’est fait épingler il y a quelques mois pour faire un peu n’importe quoi avec les données des gens et les espionner.

Manu : Soi-disant, est-ce que tu as des preuves ? Ça va être compliqué.

Luc : Non, je ne sais pas. Du coup ça pose la question : si on veut effectivement faire de la science, être autonome, ne faut-il pas que nos outils soient également autonomes ?

Manu : Malheureusement la réponse a déjà été proposée par plein de gens, ils utilisent Zoom et puis tant pis ! C’est un outil.

Luc : On va parler de science ouverte comme sujet de la semaine, donc on reviendra là-dessus.
Le Journal de Montréal, « L'accès universel à la science, plus que jamais nécessaire face à la Covid-19 », un article de la rédaction.

Manu : Parler au féminin de Covid-19, ça me fait toujours bizarre.

Luc : Moi pareil.

Manu : C’est intéressant parce qu’il y a un appel qui vient d’être fait notamment par l’UNESCO, institution internationale, qui demande à ce que la science soit ouverte. On est touchés, ça nous fait plaisir de voir cela, on va répondre.

Luc : C’est pour ça qu’on en reparlera tout à l’heure.

Manu : Voilà !

Luc : Le Droit, « L'homme qui redonne des ordis », un article de Mylène Moisan.

Manu : Ça parle de Miguel Ross, quelqu’un qui a des soucis de vue, mais qui arrive malgré tout à réparer des ordinateurs et les redonner aux gens, notamment avec du logiciel libre. On l’encourage.

Luc : Il y a plein d’associations, à droite, à gauche, un peu partout, souvent des associations locales, qui font ça, qui font du reconditionnement et évidemment qui se tournent vers du logiciel libre qui est moins gourmand et qui permet de faire tourner des vieilles machines sans payer de licence.
ZDNet France, « La Commission européenne et les logiciels libres : "ambition molle" pour l'April », un article de Thierry Noisette

Manu : Ils sont durs sur l’ambition molle, je trouve. Mais oui, effectivement, on en a parlé, l’Europe s’intéresse aux logiciels libres et met en avant des ambitions de faire de l’open source en interne et dans toutes les administrations, c’est quelque chose de conséquent, mais du point de vue de l’April ça ne va pas assez loin…

Luc : Peut mieux faire comme on dit. C’est ça ?

Manu : C’est ça. Bien vu.

Luc : ZDNet France, « Les emplois Linux et open source plus tendance que jamais », un article de Steven J. Vaughan-Nichols.

Manu : Ça parle d’entreprise, du fait qu’en entreprise c’est plus facile de trouver du boulot quand on fait du logiciel libre, donc c’est super, c’est génial, on est vraiment dans une période intéressante.

Luc : Très bien. Donc science ouverte. On ne va pas parler directement de logiciel même si je pense qu’on va y revenir au grand galop puisqu’un des articles, finalement, évoquait cette question des logiciels. Déjà il y a une proximité très forte entre le logiciel libre et la science.

Manu : Oui. On pourrait même considérer que le logiciel libre est une forme de fonctionnement scientifique parce qu’on échange, on améliore et on critique. Les quatre libertés. Tu te rappelles ? Les quatre libertés du logiciel libre ?

Luc : La liberté d’exécuter le code pour ce qu’on veut, la liberté de l’étudier pour voir comment c’est fait dedans, la liberté de le modifier, la liberté de le redistribuer.

Manu : En fait c’est ce que font les scientifiques. Les scientifiques, largement, quand ils vont utiliser des connaissances, ils vont les utiliser, ils vont les étudier, ils vont les modifier et ils vont les repartager. C’est un mécanisme qu’on connaît depuis des siècles.

Luc : Il faut bien se souvenir que le logiciel libre a été formalisé par Stallman qui était un universitaire, à une époque, début des années 80, avec son expérience d’informatique qui était une expérience d’universitaire. Donc les principes même du logiciel libre sont clairement recopiés des principes de partage de la science puisque ça été mis en place par des gens qui étaient des scientifiques, qui étaient des universitaires. Ils ont remis dans l’informatique ce qu’ils pratiquaient déjà en termes de recherche.

Manu : Malheureusement, en tout cas c’est comme ça que ça se passe, la science n’a pas eu besoin d’être concrétisée de la même manière que l’a fait Richard Stallman1 avec le logiciel parce qu’on considère depuis déjà des siècles qu’il faut partager ses connaissances et qu’elles appartiennent à l’humanité, elles n’appartiennent pas à une personne en particulier : e=mc2, on ne peut pas mettre un droit d’auteur dessus, on ne peut pas mettre un brevet dessus, il n’y a pas de marque qui s’applique !

Luc : Tu es contre l’argent ! Tu es contre la réussite !

Manu : Ben !

Luc : De fait, que ce soit dans la science ou dans l’informatique, on a vu, depuis quelques décennies, des mouvements d’appropriation, le fait de mettre de la propriété. Dans le domaine scientifique, puisque c’est celui qui nous intéresse, il y a tout le jeu de la publication où les gros journaux scientifiques qui font référence, dans lesquels il faut publier si on veut avoir l’air sérieux, sont des entreprises privées qui font payer à peu près tout le monde, c’est-à-dire les personnes qui veulent publier, les personnes qui achètent ; les personnes qui relisent ne payent pas mais travaillent gratos. Elles sont là pour faire vraiment du profit.

Manu : Et c’est le cas parce que tout ça coûte très cher.

Luc : Du coup il y a des mouvements de scientifiques qui ont dit on veut sortir de ce truc-là. Il y a clairement eu depuis des décennies des mouvements de dévoiement de ce principe scientifique de publier et de faire valider son travail par ses pairs qui doivent être capables de comprendre, de reproduire les résultats, et tout ça a pris du plomb dans l’aile. Même chose dans l’informatique avec le logiciel propriétaire.

Manu : Tout ça ce sont des formes de mécanismes tordus. C’est-à-dire qu’effectivement on s’approprie d’une certaine manière l’accès à la science, ce n’est pas la science qui était appropriée elle-même, c’était l’accès mais, au final, on peut considérer que c’est largement la même chose.

Luc : Il y a également la question des outils qui renvoie à l’article de tout à l’heure. Si on fait de la science avec des outils propriétaires. fermés, avec notamment potentiellement des algorithmes qu’on ne maîtrise pas, on ne sait pas ce que fait le logiciel, et pour récupérer les résultats il faut avoir le produit lui-même. Par exemple si on veut retravailler les données, si c’est dans un format propriétaire, le laboratoire qui veut répéter les résultats, refaire l’expérience, sera obligé d’avoir le même logiciel ou le même système.

Manu : Et ça s’applique aussi aux données. Les données qui sont utilisées par les scientifiques ont besoin, on s’en rend compte de plus en plus quand on veut reproduire les résultats, d’être publiées, ont besoin d’être rendues publiques très tôt dans le processus. Il y a eu pas mal de cas de dévoiement, encore une fois, où ne peut pas reproduire quelque chose et finalement, en grattant un peu, on se rend compte que c’était basé sur du vent.

Luc : Oui, tout à fait. Et même si derrière il n’y a pas d’erreur ou d’escroquerie, un format propriétaire n’est pas nécessairement pérenne dans le temps puisqu’il n’est pas ouvert et si l’éditeur n’a pas intérêt à le garder, peut-être dans 30 ans, 40 ans, le temps de la science est parfois très long, on n’arrivera pas à récupérer ces données-là parce que, justement, le format sera obsolète.
Dans un format libre et ouvert, on a toutes ses spécifications, on pourra toujours trouver un moyen de relire ces données.

Manu : Là je trouve qu’il y a un pivot qui est intéressant avec le logiciel libre, c’est que Richard Stallman a utilisé le droit d’auteur, quelque chose qui nous embête fondamentalement, on voudrait que les logiciels libres appartiennent à l’humanité, en tout cas moi je voudrais qu’ils appartiennent à l’humanité et pas à des auteurs, mais Richard Stallman a utilisé le droit d’auteur tel qu’il existait pour dire « voilà, les logiciels libres qui seront distribués sous la clause du copyleft2, par opposition au copyright, vous ne pourrez plus les renfermer, on va dire les enclore, comme on peut le faire avec du logiciel privateur ».

Luc : Mais dans la science comme dans l’informatique, l’auteur est important non pas par rapport au fait qu’il contrôle l’information et qu’il en fasse du profit en possédant l’information mais pour sa notoriété. Et dans l’économie du savoir, pas l’économie avec des sous mais comment les échanges se font, que ce soit dans le logiciel libre ou dans la science, le principe essentiel c’est cette question de la notoriété.

Manu : Notoriété, je ne sais pas, il y avait d’autres termes, je crois que c’est paternité, maternité ?

Luc : Oui, on peut parler de paternité, de maternité, mais il y a quand même cette idée de dire que ce super boulot a été fait par untel. Même s’il ne conserve pas de droits exclusifs dessus en disant « c’est à moi, personne n’y touche ou alors il faut cracher le pognon », au moins on sait que c’est Manu qui a fait ce superbe boulot ; c’est lui. Donc ta réputation – le mot notoriété devient un peu péjoratif avec les réseaux sociaux et tout ça, mais je ne le prends pas du tout comme ça – c’est ce qui est important. Quand on a quelqu’un de brillant, qui est reconnu pour avoir fait le boulot et avoir contribué, eh bien quand il dit quelque chose on l’écoute.

Manu : Sur le contrôle de l’exploitation, le droit d’auteur, le brevet, le droit des marques, ce sont des verrous qui sont posés et là, en mettant le copyleft, ce verrou a été utilisé pour garantir que les logiciels libres continueront à être libres. Malheureusement, dans la science, ce n’est pas toujours le cas, il y a des gens qui enferment la science par l’accès aux publications, mais il y a d’autres mécanismes. Les droits sur les médicaments peuvent être contrôlés parce que, par exemple, on n’a pas le droit d’accéder au marché.

Luc : Ça correspond ce qui est apparu fin des années 70, années 80, tout ce mouvement néolibéral d’appropriation, de mettre des titres de propriété sur tout, qui fait la situation qu’on connaît aujourd’hui avec de la propriété intellectuelle appliquée à de plus en plus de choses, des inégalités, des boites qui sont extrêmement rentables, des gens qui s’enrichissent beaucoup et d’autres qui, par contre, sont dans la misère.
Il y avait un autre article là-dessus qui montre en quoi aujourd’hui c’est absolument vital qu’on change de paradigme et qu’on revienne au paradigme d’avant en mieux parce qu’il faut être ambitieux. On a toute une série de défis qui nous attendent, on a une crise économique assez sévère qui va arriver, on a des problèmes environnementaux très sérieux qui vont arriver dans très peu de temps.

Manu : On a une pandémie et probablement d’autres qui vont arriver parce qu’on peut s’attendre à ce qu’il y ait d’autres choses qui déboulent à la suite de ce qu’on connaît en ce moment.

Luc : Donc on a besoin de souplesse, on a besoin d’être rapides, on a besoin d’être intelligents et pour ça on a besoin de partager nos savoirs, nos connaissances et ça va bien au-delà du domaine scientifique. Si on veut réussir à s’organiser les uns avec les autres, ce que fait le logiciel libre.

Manu : Là je vais te traiter de grand naïf parce qu’il y a des sociétés qui n’attendent qu’une chose c’est de trouver le médicament pour la Covid-19 et s’il y a un médicament qui sort, qui est efficace, même pas d’ailleurs, ce ne sera peut-être même pas nécessaire qu’il le soit, il y a de l’argent énorme à se faire. Si quelqu’un ou même un pays contrôle ce médicament, eh bien c’est une garantie d’obtenir plein de choses.

Luc : Comme j’ai la réputation d’être pessimiste, je te rassure, l’épidémie actuelle est un souci, mais c’est un souci extrêmement mineur par rapport à ce qui nous attend à l’horizon de 30 ans en termes environnementaux. Les actionnaires de cette boîte qui va faire des super bénéfices seront très contents parce qu’ils vont gagner beaucoup d’argent, mais, à un horizon assez rapide, ce modèle-là est insuffisant pour faire face à la montagne qui nous attend.

Manu : Ce que j’en retiens c’est qu’il faut qu’on travaille tous ensemble, qu’on améliore l’état des connaissances humaines, nos techniques, nos technologies et qu’on les partage à égalité.

Luc : D’accord ! Du coup tu m’aides à faire le montage de l’émission ?

Manu : Oui, tout à fait ! Non, chérie…

Luc : Très bien. On se retrouve la semaine prochaine. Manu ! Manu…

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (10 novembre 2020)

jeu, 11/05/2020 - 15:18
Start: 10 Novembre 2020 - 15:30End: 10 Novembre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

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82e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM et DAB+ en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 10 novembre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • sujet principal : l'apprentissage de la programmation pour les femmes avec avec Chloé Hermary de Ada Tech School, Laïla Atrmouh de Ladies of Code Paris et Sonia Edouardoury de de Django Girls Paris
  • la chronique « Partager est bon » de Véronique Bonnet, professeur de philophie et proutidente de l'April, sur le thème de la documentation libre
  • la chronique « Que libérer d'autre que du logiciel » avec Antanak sur le thème des téléphones mobile et vie privée
  • quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 10 novembre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 10 novembre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 5 novembre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mer, 11/04/2020 - 16:06
Start: 5 Novembre 2020 - 17:15End: 5 Novembre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 5 novembre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. Ordre du jour : à cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas). Nous nous attaquerons notamment aux explications succinctes des cases relatives au danger « Centralisation et monopoles » (cases 5, 12, 19, 26, 33 et 39 du plateau).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

#81 – La playlist de Libre à vous ! – De Robota à l’intelligence artificielle – Maintenir et archiver – « Libre à vous ! » diffusée mardi 3 novembre 2020 sur radio Cause Commune

mar, 11/03/2020 - 15:30

Au programme de l'émission : La Playlist de Libre à vous ! musiques libres déjà diffusées dans l’émission, et commentées par Valentin ; la chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème « De Robota à l'intelligence artificielle » ; la chronique de Vincent Calame sur le thème « maintenir et archiver, deux enjeux pour un site associatif ».

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 81e émission :

  • Sujet principal : La Playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin qui co-anime notamment sur la radio l'émission Les joyeux pingouins en famille)
  • la chronique de Marie-Odile Morandi sur le thème de « De Robota à l'intelligence artificielle »
  • la chronique de Vincent Calame sur le thème « maintenir et archiver, deux enjeux pour un site associatif »
  • quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre
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Podcasts des différents sujets abordés

    Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi
  4. Références pour la partie « La playlist de Libre à vous ! »
  5. Références pour la chronique de Vincent Calame
  6. Références pour la partie « Quoi de Libre ? »
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes
  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcription et administratrice de l'April
  • Vincent Calame, bénévole à l'April
  • Valentin qui co-anime notamment sur la radio Cause Commune l'émission Les joyeux pingouins en famille
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques (à la régie)
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi Références pour la partie « La playlist de Libre à vous ! » Références pour la chronique de Vincent Calame Références pour la partie « Quoi de Libre ? » Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

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Décès de Laurent Séguin

mar, 11/03/2020 - 12:03

C'est avec une grande peine que nous avons appris le décès de Laurent Séguin. Laurent était notamment ancien président de l'Aful, il travaillait actuellement chez Entr'ouvert. Figure incontournable du libre, personne aux multiples talents, tel était Laurent ainsi que le rappelle le CNLL dans son éloge.

Laurent était également un artiste sous le pseudonyme CyberSDF. Composer de la musique puis la diffuser sous licence libre — licence CC BY — faisait partie de ses engagements, et il le faisait avec talent. Vous pouvez écouter sa musique sur Soundcloud et sur Dogmazic. Le créateur du site Au Bout Du Fil témoigne ainsi dans sa présentation de CyberSDF&nbsp: « Depuis que je gère ce site, j’ai rarement eu l’occasion de découvrir des artistes aussi polyvalents, la diversité des styles musicaux de ses compositions est tout simplement impressionnante. Vous avez de tout. C’est la particularité et l’originalité de CyberSDF qui fait de lui un artiste hors norme à mes yeux ».

L'April adresse ses plus vives condoléances à sa famille et à ses proches.

Décryptualité du 2 novembre 2020 - Le libre dans la science, une nécessité

mar, 11/03/2020 - 01:21

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 2 novembre 2020 (13 minutes)

La presse nous offre plusieurs articles sur la question du libre dans la science. L'occasion de revenir sur le lien entre les deux mouvements et l'importance de renouer avec une science ouverte.

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Musique de l'indicatif : Sebkha-Chott - CRPTS ND TPSTRZ - KHOLIK NEFAEHRTITIK

Revue de presse de l'April pour la semaine 44 de l'année 2020

lun, 11/02/2020 - 20:05

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[lesoir.be] L’enseignement supérieur pas assez «open source»? (¤)

✍ Thomas Casavecchia, le dimanche 1 novembre 2020.

Un rapport de stage à rendre en «.doc» via Outlook, une réunion de TP sur Zoom; les étudiants sont nombreux à devoir composer quotidiennement avec les outils de Microsoft dans leur vie estudiantine. Trop?

[Le Monde.fr] Concurrence: «Ni Apple ni Google n'avaient besoin de ces comportements prédateurs» (¤)

Le samedi 31 octobre 2020.

Le professeur de communication Charles Cuvelliez et le cryptographe Jean-Jacques Quisquater étudient, dans une tribune au «Monde», le rapport très complet de la commission antitrust du Congrès américain qui analyse le comportement anticoncurrentiel des GAFA.

Et aussi: [LeMagIT] Licences open source: les ambiguïtés subsistent

✍ Gaétan Raoul, le vendredi 30 octobre 2020.

Avec la multiplication des projets open source, la gestion des licences devient de plus en plus compliquée. Une étude réalisée par ClearlyDefined sur 5000 packages applicatifs sous licence open source démontre que seulement 5 % d’entre eux sont suffisamment documentés pour éviter les ambiguïtés de droits.

Et aussi: [The Conversation] Débat: Peut-on faire de la science ouverte sur Zoom?

✍ Alexandre Hocquet, le mercredi 28 octobre 2020.

Au plus fort de la pandémie de coronavirus, plusieurs grands éditeurs ont eu l’idée d’ouvrir l’accès à la littérature scientifique pour tou.te.s, un geste applaudi à la fois par la communauté et dans les médias.

[Le Journal de Montréal] L'accès universel à la science, plus que jamais nécessaire face à la COVID-19

Le mardi 27 octobre 2020.

La crise a révélé la solidarité dont peut faire preuve la communauté scientifique internationale, a indiqué mardi la directrice générale de l’UNESCO.

[Le Droit] L'homme qui redonne des ordis

✍ Mylène Moisan, le lundi 26 octobre 2020.

Miguel Ross ne voit rien du tout et pourtant, il arrive avec ses mains à monter un ordinateur à partir d’un tas de pièces détachées.

[ZDNet France] La Commission européenne et les logiciels libres: "ambition molle" pour l'April

✍ Thierry Noisette, le lundi 26 octobre 2020.

La stratégie de la Commission manque d’actions concrètes, détaillées, par exemple sur les processus de passation des marchés publics ou encore, concernant sa dépendance à Microsoft, estime l’association libriste.

Et aussi: Voir aussi: [ZDNet France] Les emplois Linux et open source plus tendances que jamais

✍ Par Steven J. Vaughan-Nichols, le lundi 26 octobre 2020.

Si vous cherchez à lancer votre carrière dans l’univers tech, il pourrait être intéressant de perfectionner vos compétences dans le domaine de Linux et des logiciels open source.

Et aussi:

États généraux du numérique libre et des communs pédagogiques

lun, 11/02/2020 - 16:36
Start: 3 Novembre 2020 - 09:00End: 3 Novembre 2020 - 20:15

Des États généraux du numérique libre et des communs pédagogiques sont proposés par Internet le 3 et le 18 novembre 2020 par l'association Faire École Ensemble (FÉE).

L'April participera mardi 3 novembre 2020 à la 1ère journée. Véronique Bonnet, présidente de l'April, interviendra dans la table-ronde Souveraineté numérique : GAFAM ou le libre pour l'éducation. Elle reviendra notamment sur le sujet de son éditorial de la rentrée : « Code is Education ».

Soutenez les quatre propositions de l'April à la mission sur la politique publique des codes sources

lun, 11/02/2020 - 16:12

En complément de son audition par la mission « Politique publique de la donnée », l'April a publié quatre propositions sur la plateforme publique de contributions. Nous appelons toutes les personnes soucieuses d'une meilleure prise en compte du logiciel libre dans les politiques publiques à se créer un compte et à soutenir nos propositions d'ici le 9 novembre 2020.

Le Premier ministre a confié au député Éric Bothorel la conduite d'une mission d'information ayant pour objet d'analyser les opportunités stratégiques et financières et les freins à lever pour favoriser l’ouverture par défaut des données et des codes sources publics 1. La mission mène des auditions — l'April a été auditionnée le 15 octobre 2020 — et a ouvert une plateforme publique de contributions qui prendra fin le 9 novembre. Toute personne peut contribuer en faisant des propositions, en soutenant celles existantes et/ou en les commentant.

Lors de la préparation et des débats pour la loi pour une République numérique (promulguée en 2016), l'April s'était mobilisée pour faire inscrire une priorité au logiciel libre dans le secteur public. La rédaction finale de l'article 16 de la loi – appelant les administrations à encourager l'utilisation des logiciels libres – est dépourvue de valeur normative. Modifier la disposition en faveur d'un principe de priorité, normatif, enverrait un signal politique fort. Une telle priorité nécessite de moyens humains dédiés pour accompagner les administrations sur l'utilisation, la publication et la politique de contribution aux logiciels libres. Concernant la publication, actuellement la quasi totalité de ces codes sources sont publiés sur la plateforme privatrice GitHub soumise, de plus, aux restrictions de la politique étrangère américaine. Les codes développés par l'administration doivent être publiés sur une forge publique, gérée par l'administration. En 2016, l'April s'était également mobilisée pour que les codes sources soient considérés en tant que document administratif communicable. Malheureusement, l'alinéa 3 de l'article consacrant ce statut avait introduit une exception pour « la sécurité des systèmes d'information des administrations ». Exception disproportionnée qui s'ancre dans le fantasme de la sécurité par l'obscurité.

En conséquence, l'April fait quatre propositions sur des points essentiels et directement actionnables :

L'April appelle toutes les personnes soucieuses d'une meilleure prise en compte du logiciel libre dans les politiques publiques à se créer un compte puis à soutenir nos propositions. Si on a pu constater depuis 2016 et le projet de loi pour une République numérique une tendance forte à l'usage de plateformes de consultations publiques sans réel suivi, celle-ci a le mérite d'être cohérente avec son objet d'étude, et des signes encourageants en termes de suivi ont déjà pu être remarqués, comme l'organisation d'un échange en visioconférence à inscription libre.

Se créer un compte puis soutenir nos propositions

Le CNLL (Union des entreprises du logiciel libre et du numérique ouvert) a également émis des propositions. N'hésitez pas à les soutenir.

L'informatique est-elle devenue trop compliquée à développer ? - Décryptualité du 26 octobre 2020

lun, 11/02/2020 - 13:42


Titre : Décryptualité du 26 octobre 2020 - L'informatique est-elle devenue trop compliquée à développer ?
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 26 octobre 2020
Durée : 16 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 43 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Mannequin of a human figure sitting, Free SVG - Licence Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Plus de lignes de codes, plus de technologies, plus de plateformes. Et si le développement informatique était devenu trop compliqué pour rester fun ?

Transcription

Luc : Semaine 43. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Sommaire de la revue de presse.

Manu : Quelques jolis articles.

Luc : Gomet.

Manu : Tu es sûr que c’est Gomet ?

Luc : Oui, il y a une petite apostrophe à la fin, g, o, m, e, t.

Manu : Très bien !

Luc : Gomet, « Ateliers, plateforme, usages… la stratégie open data de Christophe Hugon pour Marseille », un article de Lena Cardo.

Manu : C’est une interview de Christophe Hugon, un conseiller municipal à Marseille et ça parle de transparence, open data, un peu de logiciel libre et même d’April. On aime bien, allez jeter un œil, c’est plutôt intéressant.

Luc : Silicon, « Open Source : les 5 engagements de la Commission européenne », un article de Ariane Beky.

Manu : Superbe idée : la Commission européenne avance sur les sujets qu’on aime, qu’on adore, il y a de super trucs qui s’ouvrent en ce moment. On en avait parlé dans le passé, des appels à aller creuser sur les bugs des logiciels pour essayer d’aider à les rendre plus solides. Là il y a des engagements. Je pense qu’on va en reparler dans les semaines qui viennent parce qu’il y a pas mal de choses qui se décantent autour de ça.

Luc : Clubic.com, « Google en justice : Mozilla ne veut pas être un dommage collatéral d'une éventuelle sanction », un article de Guillaume Belfiore.

Manu : La sanction c’est quoi ?

Luc : C’est la menace de se faire exploser par une procédure antitrust.

Manu : Anti-monopole, anti abus de position dominante, il y a plein de termes.

Luc : On se souvient que Microsoft avait échappé à ça il 10, 20 ans

Manu : De justice !

Luc : Et maintenant c’est Google qui est en quasi monopole sur le moteur de recherche, qui est dans la ligne de mire

Manu : Et ça peut poser problème à Mozilla parce que ?

Luc : Ils sont dépendants de l’argent de Google.
Le Monde.fr, «La justice américaine ouvre une procédure contre Google pour abus de position dominante ».

Manu : Eh bien voilà !

Luc : Il aurait fallu le mettre avant !
Developpez.com, « Le Conseil d'État autorise Microsoft à héberger les données de santé des Français », un article de Stéphane le Calme. Consternation !

Manu : Il n’y a aussi un souci, on peut faire héberger les données de santé par Microsoft aux États-Unis. En plus, les raisons qu’ils ont données pour cela sont très bonnes et bien solides. On s’attendait forcément à des trucs brillants.

Luc : En gros c’est : on n’a aucune preuve que le gouvernement américain va demander à Microsoft de faire fuiter les données.

Manu : Et que Microsoft ne va pas résister à cette demande. Après tout, peut-être que c’est dans la loi américaine, non !

Luc : Et puis ce n’est pas comme si on avait fait sauter le Privacy Shield1 récemment en mode on n’a plus trop confiance en nos bons alliés. Donc décision du Conseil d’État assez incompréhensible.

Manu : Dépitant ! Ça pue ! En plus de ça, ils disent : « Il n’y a pas de souci, les données vont être anonymisées, il n’y a aucun risque, ne vous inquiétez pas ! » Ce n’est pas comme s’il y avait la NSA avec des équipes de mathématiciens qui sont capables d’enlever cette anonymisation facilement. Non, il n’y a pas de risque.

Luc : Même anonymement, ce sont des statistiques, ce sont beaucoup d’informations qui peuvent être intéressantes d’un point de vue industriel, commercial.

Manu : Stratégique !

Luc : On rappelle que la première activité de la NSA ce n’est pas de combattre le terrorisme, c’est de faire de l’espionnage industriel.

Manu : C’est toi qui le dis !

Luc : Oui ! Manifestement.

Manu : C’est quoi le sujet de cette semaine ?

Luc : C’est compliqué.

Manu : Comment ça c’est compliqué. Tu n’as pas de sujet ?

Luc : Si, si, c’est compliqué.

Manu : Tu n’as pas compris !

Luc : Si, j’ai compris. L’idée c’était de parler de la complexification de l’informatique. Je suis tombé sur un petit article qui explique, une étude qui dit qu’aujourd’hui les développeurs doivent travailler sur des projets beaucoup plus complexes qu’avant. Déjà parce qu’il y a beaucoup plus de lignes de code, ça s’est beaucoup enrichi, souvent avec plusieurs technos, sur plusieurs plateformes, notamment s’ils travaillent sur du mobile ou des choses comme ça, et que les informaticiens d’aujourd’hui sont bien plus mis à l’épreuve et ont beaucoup plus de choses à gérer que les informaticiens du passé.

Manu : Je ne peux que aller dans ce sens-là, effectivement avec le temps, je constate qu’on doit maîtriser et j’essaye de maîtriser de plus en plus de technologies. C’est un panel de choses à connaître et à comprendre, d’outils, de logiciels, de techniques, qui ne fait qu’évoluer. Et quand il y a une évolution de ce type-là, c’est souvent une évolution par l’addition : on additionne des nouvelles technologies, des nouveaux outils, qu’il faut maîtriser à un moment donné. J’ai 20 ans d’expérience derrière moi, c’est mon boulot à temps plein.

Luc : Une espèce de vieux con !

Manu : Exactement. Là je peux le réclamer, 20 ans c’est de l’expertise ! Eh bien je constate que je continue à rajouter des techniques sur les anciennes et je ne perds pas complètement de vue ce que j’ai déjà appris dans le passé, ça se complexifie dans ce sens-là.

Luc : Oui et il y a aussi le fait que l’informatique fait des trucs de plus en plus compliqués. On additionne petit à petit. Aujourd’hui, si on sort un logiciel qui ressemble à ce qui se faisait il y a 20 ans, tout le monde rigole et personne ne l’utilise. De fait, on a des outils et on se dit « tiens, on va remettre de l’argent pour refaire quelque chose », mais on veut gérer plus de choses, on veut faire communiquer des systèmes différents, on veut gérer des volumes de données de plus en plus importants. Et c’est assez naturel puisqu’on construit sur les fondations de ce qu’on a déjà, donc on va forcément dans le mouvement de plus en plus de complexité.
Alors, avant c’était mieux ?

Manu : Avant ? Tu penses à quoi ? Les années 80, les années 60, les années 40 où il fallait utiliser des machines physiques et les bugs étaient des insectes qui se promenaient derrière les diodes ou les lampes à incandescence ?

Luc : Je ne sais pas jusqu’où il faut remonter.

Manu : Il y avait des cartes perforées.

Luc : Ce n’était peut-être pas plus simple, mais le code était beaucoup plus facile.

Manu : Il était plus court parce qu’il y en avait moins.

Luc : J’avais un collègue qui était assez âgé, il travaillait encore à 65 ans, il y a quelques années de ça, et il m’expliquait que quand, jeune étudiant, il avait étudié l’informatique, en fait il n’y avait qu’un seul ordinateur dans l’école. Ils écrivaient leur code sur du papier, le donnaient à la secrétaire de l’école qui tapait le soir les codes dans l’ordinateur et qui, le lendemain, leur donnait des sorties papier en disant « voilà ce que ça a donné ».
On imagine le chemin parcouru et à l’époque, effectivement, le code n’était pas important. On cite par exemple le code de la mission Apollo sur le peu d’informatique qui était embarquée, aujourd’hui c’est ridicule ! La moindre calculette embarque plus !

Manu : Oui, c’est assez sidérant et je sais que les gars de l’époque qui se sont replongés sur ça ont refait des simulations, des outils qui permettent de faire tourner ce code, eh bien ils se rendent compte que c’était d’une simplicité énorme parce que c’était tout petit. Et c’était nécessairement petit parce qu’il n’y avait pas beaucoup de stockage possible. Même dans les années 80, on disait « on n’aura jamais besoin d’une taille énorme – je ne sais plus ce que c’était – de 600 kilooctets, au-delà ça ne servira à rien parce que de toute façon on peut tout faire dans ce genre de taille. »

Luc : On a encore aujourd’hui des systèmes qui sont assez anciens, notamment dans l‘aviation, on en parlait la semaine dernière, notamment du Boeing 737 Max et une des difficultés qu’ils ont avec cet avion-là, c’est que les calculateurs embarqués sont de très vieux machins, qui ont je ne sais plus combien.

Manu : Quelques dizaines d’années probablement.

Luc : Quelques dizaines d’années, à qui, du coup, on demande tellement de trucs et tellement de trucs nouveaux qu’ils sont ras la gueule.

Manu : Ce sont d’ailleurs les mêmes problématiques dans l’espace, parce que dans l’espace on ne peut envoyer que du matériel qui est solide face aux radiations, donc on ne prend pas du matériel hyper-récent.

Luc : Et qui consomme très peu en plus.

Manu : Voilà. Et qui doit être fiable, donc il a tellement de requis qu’on utilise souvent des vieux microprocesseurs. Je sais que les 486 ont tourné pendant longtemps dans l’espace.

Luc : Il y a une unité de mesure de la complexification qui s’appelle le Doom, tu connais ?

Manu : Le quoi ?

Luc : Ce n’est pas une vraie unité de mesure, mais assez souvent on voit des gens qui font des tests. Il y a quelques années, on avait dit que la taille d’une page web moyenne est supérieure à Doom, au code du jeu Doom qui était le premier jeu en 3D.

Manu : Duke Nukem 3D2.

Luc : Non !

Manu : C’était le nom du jeu.

Luc : Doom3, c’était le nom du jeu. Pour la petite anecdote ce n’était pas vraiment un jeu 3D, même si la représentation était de la 3D, en fait ça gérait de la 2D.

Manu : En gros il fallait tuer des monstres et des nazis. Il y avait peut-être des nazis ? C’était ce jeu-là ?

Luc : Non, ce sont des monstres.

Manu : Des monstres. D'accord.

Luc : Ce n’est déjà pas mal. Du coup on avait dit ce jeu qui avait été un grand succès, sur lequel des gens, dont je fais partie, ont passé de heures.

Manu : J’ai dû y jouer aussi, mais ça date trop, j’ai oublié.

Luc : Voilà ! Tu n’assumes pas ! Aujourd’hui une page moyenne sur Internet est plus lourde que ce jeu qui a occupé des gens et sur lequel on a bossé, etc. Récemment, il y a eu un autre exemple où des gens ont réussi à faire tourner Doom, c’est pour ça que c’est une unité de mesure, sur un test de grossesse.

Manu : Un test… Le petit bâton qu’on doit mettre sous l’urine pour vérifier…

Luc : C’est ça, dans lequel il y a une petite puce, je ne sais pas comment ça marche, mais il y a un petit peu d’électronique embarquée et les gens ont mis dessus et ont dit « est-ce qu’on peut faire tourner Doom ? » Il y a un petit écran, minuscule, du coup ils ont réussi à faire tourner Doom dessus.

Manu : Waouh ! On fait vraiment n’importe quoi avec son temps aujourd’hui.

Luc : Ce qui démontre qu’aujourd’hui on a évidemment une puissance de calcul très importante, mais la taille des logiciels a explosé. Par exemple, je me souviens qu’au début des années 2000, il y avait toute la question de la gestion des bugs. C’est-à-dire qu’avant, quand les logiciels étaient plus petits, on était dans un mode de développement plutôt artisanal.

Manu : Largement artisanal !

Luc : Il y a eu un moment, dans le monde informatique, où il a fallu mettre en place des outils et des méthodes pour gérer les bugs. C’est-à-dire qu’avant on disait « il y a un bug, ça ne marche pas » ; il y avait relativement peu de tests à faire parce qu’il y avait relativement peu de fonctionnalités, les gens connaissaient leur code et quand quelque chose plantait hop, hop ils retrouvaient. Avec des logiciels de plus en plus complexes, cette question de la quantité de bugs, un, on est sûr qu’il y en aura, il y en aura toujours, et deux, la quantité de bugs fait qu’on ne pouvait plus les gérer en disant je note ça dans un coin et je vais regarder.

Manu : Un, non, il n’y a pas toujours des bugs ! Moi, dans mes logiciels, il n’y a pas de bugs. Je te demanderai de prouver qu’il y en a et de les reproduire devant moi !

Luc : D’accord, c’est comme les données de la Sécurité sociale chez Microsoft, il va falloir prouver que ça peut se passer.

Manu : C’est ça ! Effectivement, il y a toujours des bugs et on se rend compte qu’ils ont développé des forges, des outils et des méthodologies qui permettent de prendre en compte des méthodes de travail qui permettent d’évoluer avec la taille des logiciels.
Souvent, on partait sur des gros logiciels et des grosses équipes, sur des cycles en V, c’est comme ça qu’on disait, mais effectivement il y a eu beaucoup d’évolutions sur ça et on fait changer les choses pour faciliter la vie.

Luc : Le cycle en V4, rien à voir avec le col en V du pull, c’est un système d’organisation et de conduite de projet issu de l’industrie, où on va avoir une phase « descendante », entre guillemets, où on va tout spécifier, mettre sur le papier en disant « je veux ceci, je veux cela ».

Manu : En allant du général au détail.

Luc : C’est ça, en rentrant dans le détail, en faisant des plans de gestion des risques, en disant « qu’est-ce qui peut mal se passer, etc. » Une fois qu’on a tout bien écrit, c’est la phase montante où on réalise. C’est un cycle qui a du sens quand on est dans le domaine de la construction, de l’industrie, etc., parce que, si on fait par exemple un bâtiment, au moment où on a commencé à couler le béton, c’est un peu tard pour dire « en fait je voulais mettre un escalier là. »

Manu : Je trouve qu’en informatique c’est même pire parce que souvent on code en bas du V, le reste ce sont ce sont les tests, l’intégration, la documentation qui est souvent mise après. Et ça c’est un système qui était affreux parce qu’on se rendait compte qu’on entrait dans des tunnels de travail pendant un an ou deux et, au bout de deux ans, on sortait avec un produit que personne n’attendait. On avait oublié ce qu’on avait exactement demandé au départ.

Luc : Archétype de ce projet lourdingue qui va dans le mur c’est Louvois [logiciel unique à vocation interarmées de la solde] qu’on aime bien critiquer.

Manu : Oui, ça fait toujours plaisir parce que c’est un gros projet de l’État français pour gérer les payes.

Luc : La paye des militaires.

Manu : Donc un sujet qui apparaît quand même assez cadré, assez solide, parce qu’on maîtrise normalement.

Luc : Normalement oui, mais très compliqué parce que les militaires se promènent à droite, à gauche, ils partent en opération, ils vont faire ceci, ils vont faire cela. À chaque fois, du coup, il y a des primes et des systèmes de paiement qui sont différents et c’est un gros merdier administratif.

Manu : Et le logiciel Louvois, qu’est-ce qu’il a donné une fois qu’il a été développé ?

Luc : Eh bien ça a été une catastrophe. Tout a été jeté, ça a coûté vraiment très cher, ça se compte, je crois, en centaines de millions d’euros. Le pire est qu’au départ du projet il y a eu un audit qui a dit « ça ne marchera pas ». En fait, personne n’a pris la décision de ne pas y aller, ça a été développé, des fortunes d’argent public ont été déversées là-dedans, les militaires n’ont pas été payés, trop payés, etc., c’était un merdier.

Manu : Je crois même qu’ils sont repassés au papier pour certains parce qu’ils voulaient être sûrs de les payer. Tout simplement.

Luc : Oui. Ils n’en pouvaient plus tout ça pour tout jeter à la poubelle. Et des projets de ce type-là il y en a eu d’autres.

Manu : Il y en a plein. On sait qu’en Grande-Bretagne ils ont eu des problèmes avec des projets qui tournent autour de la sécurité sociale et puis il y a sûrement plein de choses qu’on oublie, qu’on va se dépêcher d’oublier.

Luc : Trop compliqué ! Est-ce qu’il n’y a pas un seuil au-delà duquel on n’arrive plus à rien ? En plus de ça c’est trop compliqué pour le faire et, en plus, ça devient chiant pour les gens. C’est-à-dire que c’est tellement lourdingue, il faut rentrer dans le détail que ça devient difficile de motiver des gens pour bosser là-dessus parce que c’est juste pas fun.

Manu : Effectivement, on se rend compte qu’on arrive à des limites. Heureusement il y a des évolutions et il y a des innovations, notamment sur la méthodologie. Tu parlais notamment du cycle en V tout à l’heure, on a inventé des nouvelles choses qui sont largement portées par le logiciel libre et Internet en général. Il y a une dont on aime parler régulièrement…

Luc : La méthode agile5.

Manu : Ce n’est pas Gilles Vervisch ou autre. C’est une méthode qui recommande l’agilité. Effectivement on est orienté sur peu de procédures, des petites équipes, une responsabilité individuelle qui est mise en avant. Et puis il y a quelques caractéristiques qui peuvent se décliner, parce que la méthode agile est quelque chose de très général et très générique. Ensuite on la décline et il y a plein de manières de la mettre en place. Un des avantages de ça c‘est qu’on a beaucoup simplifié la manière de travailler. Déjà, on ne travaille plus dans ce système de tunnel où on donne des spécifications générales détaillées, ensuite on implémente et finalement on teste et on met en place. Non ! On met en place le plus vite possible, parfois en quelques jours ou quelques semaines, ça peut aller très vite.

Luc : Il y a également au niveau de la technique, de l’informatique, des choses qui simplifient le boulot avec notamment les frameworks.

Manu : Par exemple, c’est-à-dire que c’est de l’outillage. En gros un framework être un échafaudage qui va nous mettre en place tout de suite des mécanismes de base.

Luc : Et des modules.

Manu : Oui. En veux-tu en voilà, il y a de quoi faire. Il y a aussi une évolution, je ne sais plus comment on dit, mais il y a du code qui est de bas niveau et on va monter en niveau dans le code et dans les langages.

Luc : C’est-à-dire qu’au lieu de dire à la machine « tu vas gérer la mémoire comme ça, là tu vas faire ceci, là tu vas faire cela », ce sont des choses qui vont être prises en charge par du code déjà existant et on va se concentrer sur un niveau plus près de la fonctionnalité.

Manu : Exactement. Et cette façon de voir les outils et de les appréhender c’est une évolution qui est assez considérable. En gros on ne travaille plus avec des petits Lego, on travaille avec de plus grosses briques qui vont nous permettre d’aller beaucoup plus vite et de ne pas avoir à se soucier à des détails. Et c’est souvent dans les détails, notamment parce qu’on a fait plein de lignes de code, qu’on va introduire plein de bugs, plein de problèmes. Effectivement aujourd’hui, avec la méthode agile et en se concentrant sur des petits projets qui en rassemblent d’autres, eh bien on peut faire des projets qui sont quasiment sans bug.

Luc : On rappelle que la Cour des comptes avait audité, en gros, l’informatique de l’État et avait dit « faites de l’agile, faites des petites équipes, réintégrez des compétences au sein de l’État », parce que, et c’est typique du cycle en V, il avait tendance à dire « on spécifie, on n’a pas besoin de connaître et on demande à des gens de faire ». En fait, quand on veut bien faire, il faut connaître. « Faites des petits projets qui sont agiles, qui vont vite, qui permettent de gagner du temps. »

Manu : En râteau, avec peu de chefs, avec peu d’administration.

Luc : Oui, et sans essayer de faire un énorme paquebot et à la fin on arrivera peut-être à faire, justement, que tous ces systèmes se parlent et à faire quelque chose qui fonctionne mieux.

Manu : J’ai l’exemple d’un truc qui marche largement comme ça, c’est le noyau Linux6 qui est développé par des milliers de personnes dans le monde entier, des experts, qui arrivent, bon an mal an, à le faire évoluer. On l’a aujourd’hui dans nos poches sous la forme d’Android.

Luc : Et aussi plein de grosses entreprises qui sont normalement concurrentes et qui arrivent à contribuer ensemble au noyau en dépit de la complexité du projet.
Du coup l’informatique reste toujours un truc intéressant malgré la lourdeur, la complexité ?

Manu : Non, parce que ça se simplifie en permanence. On a de nouvelles manières de l’accaparer. J’adore justement faire évoluer ma manière de travailler pour me simplifier la vie, c’est un peu le but, ça fait 20 ans que je cherche à simplifier toujours plus et à toujours moins faire en préparant mieux, en organisant mieux, en ayant plus de facilité avec mes outils.

Luc : On va se simplifier la vie en ne faisant pas de petite blague pour la conclusion. On se retrouve la semaine prochaine.

Manu : À la semaine prochaine.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 27 octobre 2020

lun, 11/02/2020 - 10:37


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 27 octobre 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Noémie Bergez - Jean-Marc Briand - Anne-Cécile Voisin - Denis Dordoigne - Luk - Tanya - Isabella Vanni - Frédéric Couchet - Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 27 octobre 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui porte sur la nouvelle recommandation de la CNIL sur les cookies
  2. Accompagnement des associations à l'utilisation des logiciels libres avec Jean-Marc Briand, Anne-Cécile Voisin et Denis Dordoigne
  3. Chronique « La pituite de Luk » sur le thème « Dépendance et informatique, une opportunité à saisir »
  4. Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Isabella Vanni : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
L’accompagnement des associations à l’utilisation des logiciels libres, c’est le sujet principal de l’émission du jour, avec également au programme la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez qui portera sur la nouvelle recommandation de la CNIL sur les cookies et aussi la chronique « La pituite de Luk » sur le thème « dépendance et informatique, une opportunité à saisir ». Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Cause Commune sur la bande FM c’est de midi à 17 heures, puis de 21 heures à 4 heures en semaine. Du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures. Sur Internet c’est 24 heures sur 24.
La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile et la radio diffuse désormais en DAB+ 24 heures sur 24. Le DAB+ c’est la radio numérique terrestre avec notamment un meilleur son et c’est le terme officiel choisi par le CSA. Capter le DAB+ c’est gratuit, sans abonnement, il faut juste avoir un récepteur compatible avec la réception DAB+.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets pour l’April.

Le site web de l’April est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette l’émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Vous pouvez également nous poser toute question et nous y répondrons directement ou lors d’une prochaine émission.

Nous sommes mardi 27 octobre 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Isa.

Isabella Vanni : Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme de cette émission :

  • nous commencerons par la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera sur la nouvelle recommandation de la CNIL sur les cookies ;
  • notre sujet principal sera consacré à l’accompagnement des associations à l’utilisation des logiciels libres avec Jean-Marc Briand de l'UBAPAR, Anne-Cécile Voisin de l'ADEC 56 et Denis Dordoigne d'Infini ;
  • enfin ce sera la chronique « La pituite de Luk » sur le thème « dépendance et informatique, une opportunité à saisir » ;
  • nous finirons par quoi de libre ? Les actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui porte sur la nouvelle recommandation de la CNIL sur les cookies

Isabella Vanni : Nous allons commencer par la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera aujourd’hui sur la nouvelle recommandation de la CNIL sur les cookies. Bonjour Noémie.

Noémie Bergez : Bonjour Isabella.

Isabella Vanni : Désolée pour avoir écorché ton nom de famille tout à l’heure. Je te laisse la parole.

Noémie Bergez : Merci. Bonjour à tous et à toutes.
Il y a un peu plus d’un an, j’avais évoqué lors d’une précédente chronique dans Libre à vous ! la réglementation sur les cookies à la suite de la publication des lignes directrices de la Commission nationale de l’informatique et des libertés en juillet 2019. La réglementation se mettait peu à peu en place mais n’était pas figée, ce qui ne facilitait pas les choses pour les acteurs concernés. Un an après qu’en est-il ?
Il faut bien s’accrocher, car il y a eu des avancées très concrètes, certainement pas définitives.

Avant toute chose, revenons à la base du sujet : qu’est-ce que les cookies ?
Les cookies sont les fichiers texte de petite taille qui sont stockés sur un terminal lors de la navigation sur un site internet. On les appelle également les témoins de connexion. On les retrouve pour la gestion des cessions pour les paniers d’achat en ligne, la personnalisation ou encore le pistage. Techniquement, ces cookies vont permettre d’accéder à des informations qui sont stockées sur le terminal d’un utilisateur ou d’accéder à ce terminal pour y inscrire des informations. Il y a donc une dualité entre ces données qui vont être très techniques ou contenir des données à caractère personnel d’où le renvoi vers le Règlement général sur la protection des données, le RGPD.

Quel est l’historique de la réglementation ?
Lors de la chronique de 2019, j’avais rappelé que la CNIL avait pris une recommandation en 2013 sur les cookies, mais que l’entrée en vigueur du RGPD, le Règlement général sur la protection des données du 25 mai 2018, avait obligé à la CNIL revoir sa copie sur les modalités d’utilisation des cookies compte tenu des nouvelles règles relatives au consentement.

Quelle est la législation applicable en France aujourd’hui en matière de cookies ?
C’est l’article 82 de la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978 qui fixe en partie les règles et qui prévoit qu’un utilisateur doit être informé, de manière claire et complète, de la finalité des cookies et des moyens dont il dispose pour s’y opposer.
Donc premièrement il doit connaître la finalité, deuxièmement il doit être informé des moyens pour s’y opposer.
L’article 82 précise également que le dépôt de ces cookies ne peut avoir lieu qu’à la condition que l’abonné ait exprimé, après avoir reçu ces informations, son consentement. Le consentement peut résulter des paramètres.
Il existe une exception au consentement, c‘est lorsque le cookie a pour finalité exclusive de permettre ou faciliter la communication par voie électronique ou si ce cookie est strictement nécessaire à la fourniture d’un service de communication en ligne à la demande expresse de l’utilisateur.

Comme les règles sont très abstraites, CNIL vient fournir en la matière des éclaircissements.
En juillet 2019, la CNIL avait publié des lignes directrices sur les cookies. Ces lignes directrices étaient venues abroger et remplacer la fameuse recommandation de 2013 qui n’était plus dans la lignée du RGPD. Mais nous savions que ces lignes directrices étaient transitoires, car la CNIL avait annoncé une nouvelle recommandation à venir qui devait préciser les modalités pratiques du recueil du consentement. Cette nouvelle recommandation était attendue pour le premier trimestre 2020, mais la crise sanitaire actuelle a eu des conséquences et le calendrier s’est espacé.

Le 14 janvier 2020 la CNIL a lancé sa consultation publique pour faire remonter par le public les difficultés d’interprétation suscitées par la réglementation, notamment cet article 82 de la loi informatique et libertés. Les contributions ont permis la rédaction de la nouvelle recommandation qui a été publiée le 17 septembre 2020 aux côtés de nouvelles lignes directrices ou plutôt de lignes directrices modificatrices et elles sont complétées par une foire aux questions qui est accessible sur le site de la CNIL.

Les nouvelles lignes directrices de la CNIL rappellent, d’une part, le droit applicable aux cookies, mais elles ont été modifiées pour tenir compte aussi de la décision du Conseil d’État du 19 juin 2020. Nous en avions parlé en septembre 2019 mais nous n’avions pas la décision. Un recours avait été formé devant le Conseil d’État contre le contenu des lignes directrices de la CNIL. Le Conseil d’État, dans une décision du 19 juin 2020, a annulé certaines parties des lignes directrices de la CNIL dans sa version de juillet 2019.
À côté de ces lignes directrices, nous avons la recommandation de la CNIL qui a pour objectif de guider, d’accompagner les professionnels concernés dans leur démarche de mise en conformité grâce à des exemples très pratiques.

Qui est concerné ?
Les lignes directrices et la recommandation vont s’appliquer à la fois aux organismes privés mais également aux organismes publics soumis à la loi informatique et libertés qui, évidemment, utilisent des cookies.

Quels sont les grands principes qui sont d’ailleurs confirmés par la CNIL dans ses lignes directrices ?
Le premier principe à retenir c’est que si on veut mettre en œuvre des cookies depuis son site, depuis une application, il faut le consentement des utilisateurs. Aujourd’hui, la simple poursuite de la navigation sur un site dans une application ne peut plus être considérée comme une expression valide du consentement de l’internaute au dépôt de cookies.
L’internaute doit donc consentir au dépôt des cookies par un acte qui est dit positif et clair, par exemple le fait de cliquer dans une bannière sur un bouton « j’accepte les cookies ». Sans cette acceptation positive et claire, il ne peut pas y avoir de dépôt de cookie qui ne serait pas essentiel au fonctionnement du service sur son terminal. L’absence de manifestation claire de volonté d’accepter le cookie doit s’entendre comme un refus. Dans ces conditions, et c’est là le changement très important depuis l’entrée en vigueur du RGPD et la construction de cette nouvelle recommandation, la poursuite de la navigation sur un site ne vaut pas acceptation des cookies.

Il faut quand même noter que les cookies ne sont pas tous concernés par le recueil d’un consentement et certains ne nécessitent pas le consentement de l’utilisateur, notamment, par exemple, lorsqu’ils ont pour finalité de permettre l’authentification auprès d’un service ou lorsqu’ils gardent en mémoire le contenu d’un panier d’achat sur un site marchand ou qu’ils génèrent des statistiques de fréquentation.

Une fois que le consentement est donné, il faut aussi que l’utilisateur puisse le retirer facilement et à tout moment.
Inversement, on peut retirer son consentement après l’avoir donné.
La CNIL recommande d’ailleurs plusieurs solutions très pratiques pour permettre à l’utilisateur de gérer et retirer son consentement de manière facilement accessible tout au long de sa navigation. Par exemple, elle propose la mise à disposition d’un lien accessible à tout moment depuis le site, qui portera par exemple une dénomination descriptive telle que « gérer mes cookies » ou dans le cadre d’un module de paramétrage qui serait accessible sur toutes les pages du site, avec une icône sur les cookies qui permettra à l’utilisateur d’aller cliquer sur cette icône.
Lorsqu’on s’assure que le retrait du consentement peut se faire simplement et à tout moment, elle recommande également de prévoir un mécanisme qui va permettre de gérer et de retirer le consentement, dans une zone qui soit visible, et là, elle propose les solutions pour accompagner les opérateurs pour qu’ils sachent proposer les mécanismes pour que ce soit visible.

Une fois qu’on a recueilli le consentement ou qu’on a un refus, il faut aussi que la personne qui est derrière le site internet conserve la preuve du consentement libre, éclairé, spécifique et univoque. Il n’est pas possible, aujourd’hui, de renvoyer au paramétrage du navigateur pour collecter le consentement de l’utilisateur puisqu’il faut un consentement spécifique, éclairé, libre, univoque

​Le deuxième grand principe à côté du consentement c’est est l’information des personnes, c’est-à-dire qu’une personne qui se connecte à un site doit savoir pour quelles finalités il peut y avoir des cookies qui vont être déposés sur son terminal et qu’elles vont être les conséquences si elle accepte ou elle refuse ces cookies. Elle doit également connaître l’identité de tous les opérateurs qui vont avoir accès aux informations recueillies via les cookies qu’elle aurait acceptés.

Dans sa recommandation, la CNIL propose des modalités très pratiques pour recueillir le consentement, mais aussi pour informer de l’identité des responsables du traitement qui vont obtenir éventuellement le consentement pour déposer un cookie et aussi des modalités pratiques pour apporter la preuve du consentement.

Elle recommande aussi une symétrie quant à la durée de conservation du consentement, avec la même durée de conservation pour le refus. C’est-à-dire que si, en tant qu’utilisateur je me connecte à un site dont j’accepte les cookies ou, en parallèle, si je me connecte à un site et que je refuse des cookies, la durée de conservation de mon acceptation, de mon consentement ou de mon refus doit être identique ou similaire.

Peut-on redemander le consentement de l’utilisateur après qu’il a refusé une première fois les cookies ?
Oui, évidemment, mais, par exemple, ça ne doit pas être fait pendant la même navigation sur le site en question, sinon ce serait trop facile, toutes les deux minutes on demande le consentement.
Se pose donc la question de la durée de conservation et c’est vrai que dans la recommandation de 2013, la CNIL recommandait une durée de conservation de 13 mois. Aujourd’hui elle a changé sa position, elle recommande de déterminer la durée de conservation au cas par cas au regard du site et des spécificités de l’audience. Elle semble proposer comme étant une bonne pratique une durée de 6 mois, donc 6 mois pendant lesquels on peut conserver le consentement et les informations qui ont été recueillies à travers ce consentement.

On s’était aussi interrogés à savoir si la CNIL avait un droit de regard sur les données collectées qui n’étaient pas des données à caractère personnel. Effectivement, comme je vous l’ai rappelé au début de cette chronique, les cookies peuvent récolter à la fois des données à caractère personnel mais aussi des données techniques.
La CNIL règle la question dans sa foire aux questions puisqu’elle explique qu’elle est chargée de veiller à la conformité de tout traitement de données relevant du champ d’application de la loi informatique et libertés, et que les dispositions de l’article 82 concernent à la fois les données à caractère personnel et des données techniques, elle a donc ce rôle à jouer.

Quel est le calendrier pour se mettre en conformité avec cette nouvelle réglementation, cette recommandation, ses lignes directrices ?
Évidemment le plus tôt est le mieux, mais la CNIL a quand même proposé une période d’adaptation qui ne devrait pas dépasser 6 mois, donc au plus tard fin mars 2021 il faut que les opérateurs se soient mis en conformité.
Évidemment la CNIL va continuer à poursuivre les manquements à la réglementation antérieure, ça veut dire que si vous n’avez pas mis en place les nouvelles règles, attention à veiller quand même à ce que les anciennes règles aient été mises en œuvre pour éviter toute difficulté. Il faut quand même savoir que la CNIL a toujours, évidemment, la possibilité de sanctionner indépendamment de cette période d’adaptation qu’elle propose si elle constate une atteinte particulièrement grave au droit, au respect de la vie privée.
Il faut quand même aussi continuer à suivre l’actualité en la matière, car il y a une directive qui est en cours et qui pourrait encore changer des règles. Et surtout, en cas de doute, contactez un professionnel pour vous assurer de la conformité de la réglementation en matière de cookies.

Voilà pour cette présentation sur la recommandation et les nouvelles lignes directrices de la CNIL.

Isabella Vanni : Merci beaucoup Noémie, c’était très clair. Je te dis à bientôt, peut-être avec des nouvelles toujours sur la CNIL et les cookies.

Noémie Bergez : À très bientôt. Au revoir.

Isabella Vanni : A très bientôt.
Nous allons maintenant faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Isabella Vanni : Aujourd’hui notre programmateur musical Éric Fraudain du site auboutdufil.com nous fait découvrir trois morceaux de l’auteur et compositeur finlandais Otto Halmén, qui est notamment inspiré par les univers héroïques fantaisies. Nous allons donc écouter le premier morceau de Otto Halmén qui s’appelle Airship Thunderchild. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Airship Thunderchild par Otto Halmén.

Isabella Vanni : Nous venons d’écouter Airship Thunderchild par Otto Halmén, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 3. Cette licence permet la réutilisation, la modification, la diffusion, le partage de cette musique pour toute utilisation, y compris commerciale, à condition de créditer l’artiste, le nom, la source du fichier original, d’indiquer la licence et d’indiquer si des modifications ont été effectuées. Vous retrouverez les références de ce morceau sur causecommune.fm et sur april.org. Vous trouverez une présentation de l’artiste sur le site auboutdufil.com.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets pour l’April.

Passons maintenant au sujet suivant

[Virgule musicale]

Accompagnement des associations à l'utilisation des logiciels libres avec Jean-Marc Briand, Anne-Cécile Voisin et Denis Dordoigne

Isabella Vanni : Nous allons poursuivre par notre sujet principal qui porte sur l’accompagnement des associations à l’utilisation des logiciels libres avec Jean-Marc Briand de l’UBAPAR, Union bretonne pour l’animation des pays ruraux, Anne-Cécile Voisin de l’ADEC 56, association membre de l’UBAPAR et Denis Dordoigne d’Infini, hébergeur associatif, membre du Collectif CHATONS.
N’hésitez pas à participer à notre conversation sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Bonjour Jean-Marc, Anne-Cécile et Denis. Tout le monde est là ?

Anne-Cécile Voisin : Oui, bonjour.

Jean-Marc Briand : Bonjour.

Denis Dordoigne : Bonjour.

Isabella Vanni : Bonjour. Merci d’avoir accepté notre invitation à participer à cette émission pour parler de l’accompagnement des associations à l’utilisation des logiciels libres.
Je vous propose de faire une courte présentation de votre structure, de dire aussi la fonction que vous occupez à l’intérieur de cette structure. Je propose de commencer par Jean-Marc puis Anne-Cécile puis Denis.

Jean-Marc Briand : D’accord. Moi c’est Jean-Marc. Je travaille à l’UBAPAR, l’Union bretonne pour l’animation des pays ruraux qui est une fédération d’éducation populaire sur la région Bretagne, qui fait environ 35 à 40 associations, structures associatives, sur les territoires ruraux de la région, autour de l’animation communale ou intercommunale. Parfois ce sont des structures d’accueil ou bien des associations plus thématiques autour du sport en milieu rural, de la promotion ou de la défense des langues minoritaires comme le breton et le gallo en Bretagne et puis aussi sur les aspects environnementaux. Voilà pour aller vite.

Isabella Vanni : Merci. Et aussi sur les aspects culturels, comme c’est le cas de l’association ADEC 56. Je laisse la parole à Anne-Cécile.

Anne-Cécile Voisin : Oui, bonjour. Je suis déléguée de l’ADEC 56 un centre de ressources pour le théâtre en amateur sur le Morbihan qui est donc affiliée à l’UBAPAR. On accompagne les troupes de théâtre d’amateurs dans le Morbihan qui sont, pour la plupart, les acteurs culturels de ces territoires ruraux.

Isabella Vanni : Très bien. Merci. C’est le tour de Denis Dordoigne pour l’association Infini.

Denis Dordoigne : L’association Infini est une vieille association qui date de 1995, qui originellement fournissait l’accès à Internet pour Brest et qui, aujourd’hui, fournit les services sur Internet et particulièrement à ses adhérents les services de type CHATONS donc le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires. Vous avez déjà fait deux émissions dessus donc je crois qu’il y aura des liens sur la page de l’émission.

Isabella Vanni : Je confirme.

Denis Dordoigne : Du coup, on participe aussi à défendre le logiciel libre localement, donc on est membre de l’April depuis une quinzaine d’années je pense. Pour préciser on a environ 350 adhérents dont une bonne moitié sont des associations et cinq ou six sont des fédérations d’associations.

Isabella Vanni : 350, j’ai bien compris ?

Denis Dordoigne : Oui, à peu près.

Isabella Vanni : À peu près. D’accord.
Vous aurez compris qu’il y a trois structures de la Bretagne, c’était facile, et on a déjà compris quel est le lien entre l’UBAPAR et l’ADEC, l’ADEC est affiliée à l’UBAPAR, mais il y a aussi un lien entre l’UBAPAR et Infini. Je laisse Jean-Marc expliquer pourquoi.

Jean-Marc Briand : L’UBAPAR est adhérent à l’association Infini depuis très longtemps, je pense plus de 20 ans. Les premiers sites internet que nous avons mis en ligne l’étaient via les services d’hébergement de l’association Infini déjà à l’époque. Donc on est, je pense, un adhérent de longue date parmi les 350 adhérents de l’association Infini. Bien sûr, on s’est rapprochés d’eux très naturellement parce que, déjà, on défend la proximité, la localisation des personnes physiques qui font vivre y compris les services de type numérique et puis, aussi, parce que nous militons pour le logiciel libre même si, à l’époque, c’était un peu tôt pour nous on s’y est mis assez rapidement dans la foulée, un peu dans le courant du début des années 2000 on va dire.

Isabella Vanni : Très bien. Si j’ai bien compris, quand vous vous êtes rapprochés de l’association Infini, donc l’hébergeur associatif Infini, vous vous êtes rapprochés pour des raisons de proximité, mais vous n’étiez pas encore, peut-être, à fond pour le logiciel libre. Peut-être saviez-vous déjà ce que c’est, mais ce n’était pas encore la raison principale ?

Jean-Marc Briand : Peut-être pas, non, c’était un peu tôt. Je n’étais pas encore dans la maison UBAPAR à l’époque, j’y suis arrivé très peu de temps après et c’est vrai que le logiciel libre était encore un petit peu trop, comment dirais-je, en naissance. C’est-à-dire qu’il était quand même compliqué, à l’époque, de mettre entre les mains de professionnels de l’animation du territoire des outils qui étaient un petit peu en phase de maturation. On s’y est penchés pour essuyer, quelque part, un peu les plâtres pour nos adhérents, assez rapidement, comme je le disais, assez tôt dans le début des années 2000. Dès qu’on s’est sentis capables d’accompagner nos adhérents, on a commencé à leur expliquer qu’il y avait des alternatives aux logiciels qu’on ne qualifiait pas encore à l’époque de privatifs, mais qu’on pouvait déjà qualifier de propriétaires.

Isabella Vanni : Effectivement, si on va voir le site de l’UBAPAR, votre engagement en faveur de la promotion du logiciel libre est vraiment bien mis en avant, on voit bien que c’est quelque chose de très important pour vous. Je voulais savoir quels sont les moyens, à part le site web, que vous mettez en place pour promouvoir le logiciel libre auprès de vos membres, pour leur expliquer l’intérêt d’utiliser ce type de solution.

Jean-Marc Briand : Là-dessus on se cherche toujours un peu parce que c’est loin d’être évident d’accrocher l’intérêt sur ce qui ne devrait être qu’un outil pour la plupart des adhérents de l’UBAPAR dont le cœur de métier est souvent un peu en dehors de tout ce qui touche au numérique. Par contre, comme pour tout le monde, il est difficile d’échapper à ces logiques-là aussi.
Ce qu’on met déjà en place ce sont des formations au logiciel libre auprès de nos adhérents et on ouvre même vers l’extérieur en faisant nos communications via l’infolettre, via notre site internet ; des logiciels qui restent généralement dans les préoccupations, on va dire, des professionnels de l’animation, c’est-à-dire pouvoir utiliser un logiciel comme Gimp pour le traitement des images pixelisées, Inskape pour les images numériques plutôt vectorielles et puis Scribus pour la PAO, Publication Assistée par Ordinateur, des outils importants pour générer ses propres supports de communication par rapport aux activités que nos adhérents peuvent proposer sur leur territoire. Et puis il y a des logiciels libres plus en rapport avec la gestion associative ou aussi des outils de travail collaboratif à distance pour pouvoir permettre à nos adhérents de travailler sur tout le territoire et faciliter, on va dire, les échanges entre les divers professionnels de nos métiers sur l’ensemble du territoire sans nécessairement recourir à des réunions et à des déplacements intempestifs.
Après, au-delà de la formation proprement dite, il y a parfois des actions pures de communication autour de la promotion du Libre. On a eu l’occasion d’organiser, sur certains territoires volontaires, des soirées projection-débat, je pense par exemple à la dernière occasion qui s’est présentée avec le film .

Isabella Vanni : Si je me souviens bien c’était à l’occasion du Libre en Fête, l’initiative coordonnée par l’April.

Jean-Marc Briand : Oui, c’est ça. On essaye justement de se tenir un peu dans le créneau de Libre en Fête, tous les ans on essaie d’organiser quelque chose. Ce n’est pas possible tous les ans, mais on essaie le plus souvent possible de répondre présent à cette initiative-là.
On a aussi eu l’occasion d’organiser une journée de rencontres un peu autour de l’éducation populaire et du numérique qu’on avait intitulée « Le numérique ça nous regarde », en jouant un peu sur l’ambiguïté du terme entre le fait que ça nous concerne et le fait que ça nous surveille aussi un peu.

Isabella Vanni : Un beau titre !

Jean-Marc Briand : Ça nous avait justement permis d’attirer un peu l’attention des gens qui sont comme beaucoup, je dirais, plus en consommation de services numériques ou d’achat de matériel numérique sans trop savoir exactement ce qui se cache derrière, comment ça fonctionne, et surtout quels acteurs monopolistiques sont derrière. Voilà, discuter directement des enjeux avec les gens, le plus directement possible.

Isabella Vanni : En plus, c'est dans la logique de l’éducation populaire. Cette rencontre était, du coup, proposée non seulement à vos membres mais aussi à un public plus large si j’ai bien compris.

Jean-Marc Briand : Oui, c’est ça. On communique publiquement, en fait, de nos actions et ça va souvent au-delà de nos seuls adhérents. Il y a pas mal de gens qui sont intéressés à nous suivre, à pouvoir venir écouter ou discuter avec nous sur ces thématiques-là.

Isabella Vanni : C’est très important parce que ça veut dire que vous faites la promotion pas qu’auprès de vos membres mais auprès de beaucoup plus de personnes. Vous avez vraiment un rôle important pour le logiciel libre sur le terrain.
Je voulais savoir quelle est la réaction, la réponse de vos membres – vous m’avez dit à peu près 35 membres – par rapport à la proposition de formation, de services. Est-ce que vos membres sont intéressés ? Se montrent intéressés ? S’inscrivent aux formations ? Quelle est leur réaction ?

Jean-Marc Briand : C’est variable en fait. C’est vrai qu’à l’UBAPAR on n’a pas vocation à aider les gens à s’équiper de matériel ou de logiciels propriétaires, donc notre angle est très défense du logiciel libre et tout le monde n’est pas forcément prêt à prendre ce risque-là. Ils le voient souvent comme un risque parce qu’ils ne savent pas très bien ce qui se cache derrière, parce qu’il y a parfois quelques réticences au changement aussi : quand on a mis du temps à maîtriser un environnement comme celui de Windows, pour ne pas le nommer, et certains logiciels propriétaires, on n’a pas forcément tout de suite envie de changer ses habitudes.

Isabella Vanni : La crainte du changement.

Jean-Marc Briand : Oui. Il y a certain frein au changement. Mais, encore une fois, c’est un effet qui peut se comprendre et, heureusement, ce n’est pas forcément systématique. Anne-Cécile, par exemple, pourra parler un peu d’une association entre l’UBAPAR et ses membres qui date depuis longtemps et qui, justement, est en osmose dans l’évolution et dans la pérennité, on va dire, d’une installation et de l’utilisation de logiciels complètement libres depuis pas mal d’années. Donc c’est variable entre des adhérents qui sont plus volontaires, qui voient bien l’enjeu et qui ont envie de s’affranchir d’un certain nombre de dépendances numériques et d’autres qui ont besoin de plus de temps pour franchir le pas.

Isabella Vanni : C’est pour ça que le sujet principal s’appelle l’accompagnement des associations parce qu’on ne peut pas prétendre non plus que le changement arrive sans accompagnement, sans quelqu’un qui aide, qui donne des tuyaux et qui soit présent.
Du coup, je suis très contente de pouvoir avoir le témoignage d'Anne-Cécile Voisin, directrice de l’association ADEC 56, membre de l’UBAPAR, parce que c’est typiquement le cas d’une association qui a répondu oui à l’appel pour essayer d’utiliser de l’informatique libre. Anne-Cécile, je voulais savoir un petit peu comment ton association s’est rapprochée des logiciels libres ? Par exemple si elle les connaissait déjà avant d’être adhérente de l’UBAPAR ou si vous avez commencé parce que vous étiez membre de l’UBAPAR, vous avez vu passer des annonces de formation ? Je te laisse la parole.

Anne-Cécile Voisin : Je ne pense pas qu’on les connaissait avant d’être membre de l’UBAPAR. On était membre de l’UBAPAR quand je suis arrivée, mais je ne pense pas qu’on utilisait les logiciels libres. Si je remonte un peu la chronologie, je pense que la première utilisation est arrivée au moment de l’informatisation de notre fonds documentaire. On a une bibliothèque spécialisée en théâtre, on voulait informatiser le fonds et là l’UBAPAR, association à laquelle on était déjà affilié pour d’autres raisons, pour des raisons affinitaires, avait une solution avec un logiciel libre de gestion de fonds de bibliothèque, PMB, et ce logiciel répondait vraiment aux besoins de l’ADEC, d’autant qu’en plus il nous a permis de personnaliser des éléments pour répondre encore plus que n’importe quel logiciel propriétaire à la spécialité qu’était notre fonds et au moteur de recherche qu’on voulait associer à ce fonds-là.
On a commencé comme ça, par un logiciel, et petit à petit on s’est intéressés et depuis il y a eu plein d’autres utilisations qui sont amenées par l’UBAPAR parfois parce qu’on a un besoin et d’autres fois parce que l’UBAPAR nous présente quelque chose, donc on saute le pas.

Isabella Vanni : Merci. On m’indique qu’il y a une question sur le salon de chat, ce n’est pas pour Anne-Cécile, je la poserai peut-être plus tard.
Si j’ai bien compris vous avez commencé par ce logiciel parce qu‘il était proposé par l’UBAPAR, vous vous êtes rendu compte que ça matchait complètement avec vos besoins. Est-ce que vous étiez conscients aussi de l’éthique qui était derrière ce logiciel ?

Anne-Cécile Voisin : Pas au départ, je pense, en tout cas pas tous dans l’équipe ou encore moins dans les adhérents. J’ai le souvenir du moment de la conviction et du moment qui fait qu’on conscientise aussi que c’est un choix. C’était justement après la projection d’un documentaire. L’UBAPAR en organisait comme ça sur les territoires et c’est après ce film-là et l’échange qui a suivi, on était d’ailleurs plusieurs équipes d’associations, pas que de l’ADEC, mais d’autres associations à se dire qu’en tant qu’association d’éducation populaire, en fait, on s’y retrouvait vraiment dans les valeurs qui étaient portées par le Libre et ça devenait évident. Cette conviction permettait, sans doute, de dépasser les résistances au changement dont parlait Jean-Marc. C’est vrai que j’ai le souvenir au tout début sur certaines choses, peut-être sur les suites bureautiques ou sur des outils où il faut se refaire la main, que la résistance venait aussi du fait que les interfaces des logiciels propriétaires sont souvent très séduisantes, elles paraissent très efficaces. Donc quand on a cette vision d’efficacité un peu tac, tac, tout est fabriqué pour moi, je n’ai plus qu’à charger, tout s’est transformé comme par magie derrière, eh bien on a un peu de mal à se dire « il faut que j’aille dans quelque chose qui est peut-être moins avenant, qui est moins coloré, et peut-être faire un peu plus par moi-même parce que finalement je peux faire plus de choses et j’ai un potentiel plus grand ». Ce passage-là mérite quand même d’être convaincu par le sens du choix pour se motiver à quitter des interfaces qui nous ont peut-être simplifié un peu le travail au départ.

Isabella Vanni : Merci beaucoup pour ce témoignage. Je voulais savoir, tu parles toujours de « on » a, « on » devait vaincre une petite résistance, tu parles de combien de personnes ? Je veux savoir si c’est une personne en particulier ou plusieurs personnes qui ont réussi à convaincre les autres ? Comment avez-vous, justement, réussi à rassurer ?

Anne-Cécile Voisin : Là c’est surtout l’équipe des permanents qui est confrontée au quotidien. On est trois permanents, à l’époque, d’ailleurs, on devait être quatre et on accueille aussi, chaque année des volontaires du service civique qui découvrent le Libre complètement immergés, d’un coup d’un seul, dans cet univers quand ils arrivent ici.
D’ailleurs je pense que c’est à chaque fois l’UBAPAR qui refait le travail de conviction parce qu’on fait aussi des formations professionnelles en compagnie de l’UBAPAR sur un nouvel outil, on passe une journée ensemble. Jean-Marc resitue aussi à chaque fois les enjeux de ce choix-là, donc ça remobilise. On a aussi accueilli des formations de bénévoles pour des bénévoles de l’association, pour porter ensemble, pour connaître ensemble certains outils qu’on n’utilise pas tout le temps tout de suite, en fait, mais ça permet, sans enjeu, de découvrir des choses et de pouvoir les réactiver au moment où ça vient. La formation avec des bénévoles c’est sur les outils collaboratifs et ça c’était chouette parce qu’on n’avait pas vraiment de besoin au départ et on a découvert tout un panel de choses qu’on a pu réactiver, d’autant plus pendant le confinement où on avait vraiment besoin de ce renfort numérique pour travailler encore ensemble.
Voilà un petit peu les étapes pour faire progresser. Je pense que maintenant l’association elle-même a, comment dire, décidé qu’elle voulait promouvoir aussi ce choix-là. C’est quelque chose qu’on ne remet plus en débat et que l’on défend par conviction. Je pense que maintenant on cherche moins à convaincre les uns et les autres, finalement on est plus dans l’affirmation de ce choix-là comme évident ; on essaye maintenant de démontrer que c’est un choix pertinent.

Isabella Vanni : Merci. C’est vraiment une belle évolution. On essaie un logiciel, ça marche bien, on en est content, on découvre l’éthique qu’il y a derrière et on devient ambassadeur de l‘éthique de l’informatique libre.
Je voulais savoir si vous faites aussi la promotion auprès de vos membres par rapport au logiciel libre ?

Anne-Cécile Voisin : Plus avec ces formations de bénévoles. Après aussi sur le site internet parce qu’à l’intérieur de l’association il y a d’autres personnes qui sont vraiment militantes sur ce sujet-là et qui ont pu faire, par exemple, des fiches pratiques pour utiliser Gimp pour faire des affiches de spectacles ou partager d’autres fiches pratiques comme celles-ci, voire développer : en ce moment on a une équipe d’éclairagistes qui développe son propre logiciel libre pour la régie de spectacles. Eux continuent d’œuvrer avec les autres membres. C’est vrai que c’est plus avec les membres du conseil d’administration et l’équipe professionnelle qu’on est force de proposition pour se former. Auprès du grand public on est plus dans l’affirmation, mettre en avant ce choix, mais pas forcément accompagner les autres dans cette démarche.

Isabella Vanni : D’accord. Bravo ! Merci beaucoup pour ce témoignage.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Isabella Vanni : Nous allons écouter un deuxième morceau de l’artiste Otto Halmén, sélectionné par notre programmateur musical Éric Fraudain du site Au Bout du Fil, auboutdufim.com. Le titre du morceau, toujours inspiré par les univers héroïques fantaisies est Death Is Just Another Path. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Death Is Just Another Path par Otto Halmén.

Isabella Vanni : Nous venons d’écouter Death Is Just Another Path par Otto Halmén, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By 3. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets pour l’April.

Le sujet principal de l’émission d’aujourd’hui est consacré à l’accompagnement des associations à l’utilisation des logiciels libres. Nous en discutons avec Jean-Marc Briand de l’UBAPAR, Anne-Cécile Voisin de l’ADEC 56 et Denis Dordoigne d’Infini.
N’hésitez pas à participer à notre conversation sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».

Nous allons reprendre notre discussion et cette fois je m’adresse à Denis, donc des questions pour Infini. Je voulais savoir comment les associations frappent à votre porte. Vous êtes un hébergeur associatif, vous avez pas mal de membres, quelques centaines, je voulais savoir comment vous vous faites connaître et comment les associations arrivent chez vous. C’est la proximité ? C’est le fait que vous proposez des services en logiciels libres ?

Denis Dordoigne : C’est le bouche-à-oreille, parce que, historiquement, ce sont beaucoup des associations qui sont membres et comme les bénévoles des associations sont souvent dans plusieurs c’est comme ça que le message passe au final. On a toujours été, chez Infini, une association avec un site internet.

Isabella Vanni : Ce sont des associations bretonnes ou ça peut être des associations ailleurs en France ?

Denis Dordoigne : Essentiellement à Brest. Après on en a un peu dans le Finistère, un peu dans la Bretagne et un peu dans la France entière, mais c’est surtout Brest et sa métropole.

Isabella Vanni : Vous n’avez pas besoin, en fait, de faire énormément de communication, les associations viennent directement avec le bouche-à-oreille. Pour moi c’est important parce que si le bouche-à-oreille marche ça veut dire que les services que vous proposez marchent bien et que vous faites un très bel accompagnement. J’imagine que vous avez des retours très positifs.

Denis Dordoigne : C’est ça, notre point fort c’est l’accompagnement. L’association qui adhère n’est pas laissée à l’abandon, elle peut venir voir – en ce moment elle ne peut pas avec la covid –, mais quand c’est ouvert elle peut venir voir le service sur place, prendre rendez-vous, on va lui expliquer comment ça fonctionne, comment on se connecte, comment on envoie des fichiers sur Internet, des choses comme ça. Comme on n’utilise que des logiciels libres on ne présente que des logiciels libres, c’est logique.
Je continue sur ta question suivante qui va être, je suppose, qu’est-ce qu’on fait pour présenter le logiciel libre ? En plus de la présentation qu’on fait aux nouveaux adhérents, on essaie de faire cinq ou six rendez-vous à Infini par an. À ces rendez-vous à Infini on prend l’apéro et on fait une présentation de logiciels libres. Les derniers il a dû y avoir SPIP, il a dû y avoir un service de media ; maintenant ça fait longtemps parce que cette année il n’y en a pas eu.

Isabella Vanni : SPIP c’est ? Tu vas l’expliquer.

Denis Dordoigne : C’est un outil pour créer des sites.

Isabella Vanni : Tout à fait. Et l’ADEC 56 est sur SPIP d’ailleurs.

Anne-Cécile Voisin : Oui.

Isabella Vanni : Je t’ai interrompu Denis, je te redonne la parole. Tu parlais des rendez-vous Infini.

Denis Dordoigne : Il y a quelque chose qui est très bien, qu’on donne à toutes les associations quand elles viennent, c’est le guide Libre Association qui a été fait par le groupe de travail Libre Association de l’April. S’il y en a qui veulent voir le site c’est guide.libreassociation.info. Ce guide est très bien. Ça reprend des logiciels utiles pour les associations, pour faire de la comptabilité, pour faire de la gestion des membres, pour faire tout ce qui est utile dans une association. Ce guide est vraiment bien, il y a vraiment des réponses à tout.

Isabella Vanni : Ce guide est disponible. Vous pouvez acheter la publication sur papier, mais vous pouvez aussi le télécharger parce que, bien évidemment, c’est sous licence libre, donc téléchargeable librement, partageable, modifiable.

Denis Dordoigne : Pour les Brestois, quand ce sera ouvert, récupérable sur Infini gratuitement.

Isabella Vanni : Voilà ! Tu disais justement que vous êtes hébergeur associatif, donc c’est surtout hébergement de sites, listes de diffusion, mais vous avez aussi un local qui permet de voir les personnes, donc il y a aussi une relation de visu quand c’est possible, pas aujourd’hui peut-être. Je pense que ça aussi c’est hyper-important, on se sent plus rassuré quand on peut parler avec quelqu’un. Ce que je viens de dire est assez logique.

Je voulais savoir, ce sont des questions qui peuvent s’adresser aussi à UBAPAR, d’après vous quel est le bilan que vous faites par rapport à l’évolution dans les pratiques des associations dans votre périmètre d’action ? On parle de deux associations, de deux structures qui existent depuis vraiment plusieurs années maintenant, 20, 25 ans, est-ce que vous voyez une évolution ? Est-ce qu’il y a eu, comme disait Anne-Cécile tout à l’heure, un pic pendant cette période de confinement ? Quel est votre retour sur ça ? Jean-Marc par exemple.

Jean-Marc Briand : C’est vrai que si on parle des 20 dernières années, on va dire qu’il y a eu une évolution assez lente, une prise de conscience progressive peut-être effectivement au fil des actions qu’on a pu mener pour accélérer les choses.
S’il est question de cette année, là j’ai quand même l’impression que beaucoup de gens ont réalisé l’importance que le numérique pouvait prendre dans leur existence et pour cause, puisque c’est presque devenu le seul moyen ou de travailler ou de voir ses proches pendant quand même les mois de mars et avril. Je pense que maintenant les gens ne doutent plus de l’importance que le numérique peut prendre dans leur existence.
Après est-ce qu’ils sont plus prêts maintenant à imaginer quel genre de numérique ils veulent pour prendre en charge ces parties mêmes de leur vie et de leur existence, c’est peut-être un peu tôt pour le dire, et puis peut-être que je me trompe, mais personnellement j’ai quand même l’impression que là on a peut-être mis le pied dans la porte de quelque chose. Si utiliser les services numériques c’est enrichir les GAFAM, étant donné l’incertitude économique dans laquelle on est tous plongés par ailleurs, il y a quand même de quoi se poser quelques questions. Est-ce qu’on n’a pas quand même tous intérêt à reprendre la main sur ces aspects-là de nos vies ?

Isabella Vanni : Vous l’avez vu concrètement aussi ? C’est-à-dire est-ce qu’il y a des membres ou des personnes qui vous ont écrit ou contactés ? C’est une impression ou vous avez vraiment des retours concrets ?

Jean-Marc Briand : Je poursuis très brièvement. On m’a demandé des choses du type : est-ce que tu connais un logiciel de visioconférence libre, qui ne me surveille pas, par exemple.

Isabella Vanni : Très bien. Et vous avez répondu ?

Jean-Marc Briand : Oui, j’ai répondu.

Isabella Vanni : Et lequel ? Lequel avez-vous proposé ?

Jean-Marc Briand : J’en ai deux qui me viennent spontanément à l’esprit, c’est le logiciel Jitsi Meet utilisé notamment par Framatalk et pas mal de services des chatons qui ont des instances de ce logiciel-là. Je pense aussi à BigBlueButton qui est aussi une alternative intéressante.
Après, si on veut réunir 30 personnes, j’ai peur qu’on tombe sur des problèmes, on va dire, techniques, de flux, parce que l’avantage que les solutions propriétaires conservent quand même actuellement c’est qu’ils ont des moyens tellement colossaux à y affecter qu’ils sont capables de conserver un service fiable au-delà de plusieurs dizaines, voire centaines d’utilisateurs, ce qui n’est pas réaliste quand on héberge soi-même sa solution avec un serveur qui est forcément limité en volume, en taille et en ressources.

Isabella Vanni : Désolée de t’interrompre. Pour BigBlueButton, vous redirigez vers quelle structure ? C’est l’UBAPAR qui a une instance ou bien vous redirigez vers autre chose ?

Jean-Marc Briand : Moi, perso, je me suis dirigé vers une association qui s’appelle faimaison.net, qui propose une instance, mais je pense qu’il y en a d’autres. Je suis tombé sur celle-ci, ça fonctionne bien pour mon usage, pour l’usage que j’en ai avec mes collègues. C’est essentiellement un outil d’équipe pour l’instant. On travaille à distance via ce logiciel-là, de préférence.

Isabella Vanni : Très bien. Je passe la parole à Denis, pour la même question : quel est le bilan ? Quel est ton ressenti ? Je tutoie Denis parce que c’est un bénévole de l’April, je le connais depuis un moment. Quelles sont aussi les actions concrètes, les retours concrets qui te font dire qu’il y a eu une évolution, s’il y en a eu ?

Denis Dordoigne : Il y a quelque chose qui m’a beaucoup surpris pendant le confinement. Infini n’a pas proposé d’outils particuliers, on n’a pas eu beaucoup de demandes parce qu’on fait beaucoup de communication sur les chatons donc les gens ont su trouver où c’était : je n’ai trouvé aucune invitation pour une réunion sur Google, pour une réunion sur Zoom. Je n’ai vu passer que des trucs libres. Donc je crois qu’en fait le message est bien passé. Je ne sais pas quoi dire, je n’ai pas fait grand-chose, mais ça marche très bien.

Isabella Vanni : Tu dis que tu ne vois pas passer d’invitations sur Zoom.

Denis Dordoigne : Typiquement je suis membre de plusieurs associations en Bretagne, je suis membre de plusieurs associations à Brest, j’ai vu qu’effectivement il n’y a plus de demandes là-dessus.

Isabella Vanni : D’accord. C’est une super bonne nouvelle.

Denis Dordoigne : Les chatons sont vraiment bien comme système pour répondre à ces besoins, ils sont vraiment faits pour ça.

Isabella Vanni : Tout à fait. Il y a des questions qui sont arrivées ; je suis contente de vous adresser quelques questions du public. La première est par rapport aux liens que l’UBAPAR, mais aussi Infini, tisse avec les GULL, c’est-à-dire les groupes d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres sur le terrain ? Est-ce qu’il y a des liens forts ? Est-ce que vous investissez du temps et de l’énergie pour construire des liens ? Est-ce que vous vous contactez souvent ? Est-ce que vous faites des choses ensemble ? Cette fois Denis en premier.

Denis Dordoigne : Il y a beaucoup d’associations qui font du logiciel libre. Ça fait plusieurs fois qu’on essaye de se regrouper, par exemple le dernier regroupement qu’on a fait c’était bien, on travaillait tous ensemble, et finalement on a créé une structure de plus. Avant on était nombreux, maintenant on est nombreux plus un. Chacun a travaillé un peu dans son coin, c’est dommage, mais en même temps on se complète. Dans l’Agenda du Libre on est quatre ou cinq associations de Brest qui sont déclarées, chacune fait des animations et on ne se marche pas sur les pieds ; on ne travaille pas trop ensemble, en tout cas directement.

Isabella Vanni : D’accord. Et Jean-Marc.

Jean-Marc Briand : À l’UBAPAR on est plus, comment dirais-je, dans la coordination. Comme on a un rayon d’action plutôt régional, on crée des liens plutôt au coup par coup avec des groupes d’utilisateurs GNU/Linux locaux. Je pense notamment à l’occasion de la journée éducation populaire et numérique qu’on avait organisée à Kergrist-Moëlou, on s’était rapprochés d’une association de territoire qui était tout près, à Rostrenen, qui a d’ailleurs été très présente sur cette journée-là, qui a bien encadré ces ateliers et tout. Au coup par coup, disais-je. Quand on a eu l’occasion d’organiser des projections soirées-débat, là aussi on faisait appel aux groupes locaux qui pouvaient être intéressés à venir nous épauler pour discuter avec les gens à l’issue de la projection, ou bien sur des actions. Il nous est plutôt arrivé de venir en soutien d’initiatives locales de type install-parties quand on était contactés, justement, par un groupe d’utilisateurs locaux qui souhaitait mettre en place quelque chose. Donc les liens sont plutôt comme ça, pour nous, au coup par coup et bien sûr ils sont toujours les bienvenus et ça fait toujours plaisir de rencontrer vraiment concrètement des gens motivés et aussi compétents sur le terrain.

Isabella Vanni : Merci pour ce témoignage.
Tout récemment l’association Framasoft a publié un annuaire sur des structures d’accompagnement au numérique libre dans toute la France. Cet annuaire n’est pas exhaustif dans le sens où sont référencées uniquement les structures qui ont répondu à un questionnaire proposé par l’association. Néanmoins, c’est un annuaire qui est hyper-intéressant parce qu’il y a des dizaines et des dizaines de structures qu’on peut découvrir par ordre alphabétique, par thématique, par périmètre d’action, par adresse du siège, etc. Pourquoi je vous parle de cet annuaire ? C’est parce que notre administrateur de l’April, Laurent Costy, qui connaît Jean-Marc et qui te passe le bonjour – il me dit qu’il a un très bon souvenir de l’intervention logiciel libre à l’UBAPAR les 29 et 30 avril 2011, donc ça remonte à un moment – et Laurent pose cette question, question difficile dit-il : comment pourrions-nous, toutes et tous, faire pour mettre encore plus de liant entre tous les acteurs et toutes les actrices de l’accompagnement, par exemple les structures recensées dans cet annuaire ? Quelles sont les actions qu’on pourrait mettre en place ? Je laisse la parole à Jean-Marc et je fais bien sûr intervenir aussi Anne-Cécile et Denis.

Jean-Marc Briand : C’est vrai que Laurent pose une question difficile. Je ne suis pas sûr que j’aurai une réponse très pertinente à donner. C’est vrai qu’effectivement ça pourrait être important de coordonner une forme de mutualisation des idées, des ressources disponibles, autour de cette envie qu’on a de diffuser, autant que faire se peut, la pratique et l’usage des logiciels libres dans les associations, déjà au niveau de tous les territoires francophones.
Après il existe peut-être des choses type le site de l’April. C’est aussi au travers de l’April que j’ai rencontré Laurent, que j’ai pu aussi m’intéresser à un certain nombre d’initiatives à commencer par la revue de presse, l’émission Libre à vous !. Il y a, comme ça, des choses qui peuvent quand même servir, je pense, à rassembler.
Après, est-ce qu’on peut trouver quelque chose de plus direct, de plus efficac, c’est difficile à dire. C’est déjà bien qu’on y réfléchisse et qu’on ait des initiatives comme ça qui peuvent nous parler et nous aider à dépasser un petit peu nos propres boutiques et nos propres préoccupations de territoire. C’est vrai qu’il faut garder l’oreille attentive à ça, à ces initiatives, et essayer un peu d’amener aussi sa pierre à l’édifice. De toute façon on a en face de nous des logiques commerciales tellement puissantes économiquement qu’il faut vraiment se serrer les coudes. C‘est vraiment une histoire de liens, de relations à tisser entre des individus, des gens qui partagent la même préoccupation de reprendre un peu de contrôle dans cette folie mondiale. De moins en moins de gens, je dirais, sont indifférents à ce qui est en train de se produire ; je pense.

Isabella Vanni : Merci Jean-Marc. Je laisse la parole à Anne-Cécile, parce que tu me disais – je passe au tutoiement, c’est plus simple – que même si vous vous occupez de théâtre, d’éducation populaire, vous êtes aussi, maintenant, vraiment convaincus, tu parlais d’affirmation, à chaque fois que vous parlez d’informatique libre. Est-ce que vous envisagez de mettre votre pierre à l’édifice, par exemple en mettant encore plus en avant les outils que vous utilisez, pourquoi les utiliser ?
Est-ce que tu penses qu’une association qui ne s’occupe pas d’informatique peut quand même jouer un rôle sur le terrain auprès de ses membres, auprès du grand public ?

Anne-Cécile Voisin : Oui. En tant qu’association d’éducation populaire, oui, on participe à différents évènements qui interrogent, de toute façon, toutes ces questions et qui participent à l’émancipation. Je pense qu’il y a des points de rencontre.
Maintenant, je pense que si on fait des choses, on ne le fait pas consciemment en pensant à le dire. C’est vrai que ce qui nous motive, nos moteurs, c’est le théâtre, c’est la création artistique, mais comme je le disais il y a des bénévoles de l’ADEC qui ont construit un logiciel d’éclairage et de régie de spectacle, qui tentent de le maintenir, de le développer. Donc sans doute, quelque part il y a comme ça des petites ouvertures qui font qu’on met aussi « les mains dedans », j’ai envie de dire, mais je ne sais pas. Quand j’entendais quoi faire tous ensemble, c’est vrai qu’on sait que dans nos mouvements, la recherche-action c’est ce qui se fait le mieux. C’est quand on est en action ensemble et qu’on réfléchit aussi avec l’expérience partagée qu’on avance collectivement.
Après, je laisse aux associations qui sont entièrement tournées vers le numérique le soin de nous concocter des fêtes et des rencontres nationales qui pourraient mêler tous les acteurs qu’ils soient artistiques, culturels, sportifs ou informatiques.

Isabella Vanni : Pour moi, l’intérêt de votre choix, c’est la façon dont vous le soutenez, vous le défendez. C’est-à-dire que votre contribution la plus importante peut être vraiment une contribution par un témoignage. C’est une association qui n’a absolument rien à voir avec l’informatique et pourtant vous avez complètement adhéré à l’éthique, donc vous pouvez témoigner. Par exemple l’UBAPAR peut vous contacter pour que vous puissiez contribuer à rassurer les associations, montrer comment, finalement, c’est possible de le faire, c’est possible d’utiliser des logiciels libres, d’aider, d’accompagner, de faire des formations. Je pense que vous avez effectivement un rôle à jouer par rapport à votre retour d’expérience.
Je laisse parole à Denis toujours sur ce sujet, cette question difficile. Est-ce que c’est difficile pour toi aussi Denis ?

Denis Dordoigne : Non. Nous avons la chance que de n’avoir fait que du logiciel libre et de ne faire que ça, donc c’est naturel. On accompagne déjà les gens, on leur présente les choses, on fait des évènements pour leur présenter. Après oui, on pourrait faire des évènements un peu plus œcuméniques, on va dire pour faire du spectacle, c’est à voir, pourquoi pas ! Le problème c’est qu’aujourd’hui on est bloqué sur toutes actions. Le jour où on reprendra on essaiera de faire les choses bien et mieux.
Après, pour ceux qui veulent vraiment s’engager pour travailler à améliorer l’objet du logiciel libre dans l’association, participer, le groupe de travail Libre Association n’est pas réservé qu’aux gens de l’April donc libre-association.info. On peut s’abonner quelque part je crois et là on peut discuter entre gens, donner des conseils sur les associations, dire les problèmes qu’on rencontre, etc. Que des gens motivés pour travailler là-dessus sur la liste, donc il faut en profiter !

Isabella Vanni : Excellente suggestion Denis, merci beaucoup.
J’ai une question pour Anne-Cécile sur le salon de chat : est-ce que tu penses, Anne-Cécile, que la valeur de partage, qu’on imagine importante pour le théâtre, joue aussi dans votre choix, dans le choix d’ADEC ?

Anne-Cécile Voisin : Oui, je pense qu’il y a aussi un peu de ça. Après, le partage c’est très large. Je pense que oui, dans les critères, dans le champ de valeurs qui nous a rapprochés il y a bien sûr que ce soit ouvert et que tout le monde puisse être acteur de ça. Je crois, finalement, que c’est plus ça. Le partage c’est très large. Mais je pense, en tous les cas, de pouvoir permettre à tout le monde, à la limite, de prendre aussi sa place dans cette utilisation du numérique, ça, ça a eu une grande importance. Que ce soit dans le logiciel PMB ou maintenant sur notre site SPIP ou dans d’autres outils que l’UBAPAR a pu nous partager ou que l’on peut construire nous-mêmes maintenant, c’est vraiment se dire on les adapte, on les coconstruit, on contribue, et l’humain existe à l’intérieur de tout ça.

Isabella Vanni : Ça ne pouvait pas être mieux résumé pour la fin de ce sujet : prendre sa place, une place active et pas passive, c’est aussi ça que permet l’informatique libre.
On est arrivé à la fin de ce sujet principal. Je vous remercie vraiment beaucoup d’avoir accepté notre invitation et pour vos interventions. Merci. À très bientôt et bon courage pour tous vos projets.

Anne-Cécile Voisin : Merci.

Jean-Marc Briand : Merci.

Denis Dordoigne : Merci.

Isabella Vanni : Nous allons maintenant faire une pause musicale et pour cela je vais confier la parole à notre jeune invitée, Tanya.

[Virgule musicale]

Tanya : Nous allons écouter Sylvan Waltz par Otto Halmén. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Sylvan Waltz par Otto Halmén.

Tanya : Nous venons d’écouter Sylvan Waltz par Otto Halmén, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Isabella Vanni : Merci Tanya, qui a eu, on m’a dit, 10 ans hier. Je te souhaite un très joyeux anniversaire.

Tanya : Merci.

Isabella Vanni : Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets pour l’April.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « La pituite de Luk » sur le thème « Dépendance et informatique, une opportunité à saisir »

Isabella Vanni : Nous allons poursuivre avec la chronique « La pituite de Luk » sur le thème « Dépendance et informatique, une opportunité à saisir ».
Bonjour Luk.

Luk : Bonjour Isabella.
Je sais, je dois toujours venir physiquement dans le studio, je ne suis pas là, mais il y a plus important. J’aurais besoin que tu me trouves un bon avocat parce que là je suis en garde à vue. J’ai déjà expliqué dans une précédente chronique l’importance de savoir s’excuser pour réussir, mais là je vais vraiment en avoir besoin.
Ça n’est pas suffisant pour autant et je me suis dit que pour enfin devenir milliardaire, il fallait que je prenne les meilleures stratégies de réussite et que je les combine habilement pour former une Killer app qui nique tout. Et il y a un truc essentiel pour réussir c’est d’exploiter la dépendance.
Récemment le Cigref [Réseau de grandes entreprises], qui est une sorte de poney club pour les DSI de grosses boîtes françaises, s’est plaint de se faire tondre par le cloud alors qu’ils leur ont sciemment livré le contrôle de leur informatique.

L’informatique qui fait du fric fonctionne de longue date comme la mafia. Microsoft casse les genoux des constructeurs de PC qui proposent des alternatives à Windows et rackette ceux qui font du téléphone Android. Oracle dégaine sa clause d’audit comme un cran d’arrêt pour forcer ses clients à passer sur leur offre cloud. Ça ferait un bon film de gangsters avec Ellison qui débarquerait dans un datacenter en déclarant : « C’est une jolie infrastructure que vous avez là, ce serait dommage qu’elle se casse. Vous devriez plutôt la confier à des pros, parce que c’est fragile ces trucs-là… »

Et puis il y a bien entendu la dépendance induite de Facebook. Son directeur de la monétisation la compare à celle de la clope et a claqué la porte il y a peu en expliquant que c’est une stratégie volontaire qui met la démocratie en danger.

J’ai aussi trouvé l’inspiration chez Purdue Pharma qui a réussi à convaincre les Américains que les anti-douleurs aux opioïdes c’est top.

Du coup, je me suis dit qu’il y avait un super business model à la clé. Un truc qui mixe dépendance à un réseau social avec celle de la drogue et qui ajoute une dose de contrainte crapuleuse. Du coup, j’ai créé un super réseau social qui facilite l’achat de drogue sur le darknet avec des bitcoins. Les utilisateurs peuvent valoriser leur toxicomanie aux yeux de leurs amis de débauche, partager ce qu’ils consomment et ajouter des photos et des vidéos de situations humiliantes quand ils sont défoncés. Il y a des filtres pour avoir la classe même quand on a la tête dans les toilettes, on peut générer des mèmes, lancer des défis, gagner des badges quand on fait une overdose…
L’exposition de chacun est favorisée quand il contribue à faire grossir le réseau et quand il entraîne autrui à tester un truc plus dur. J’utilise d’ailleurs du machine learning pour définir pour chaque utilisateur le meilleur cheminement pour atteindre la dépendance la plus forte. J’ai appelé ce module « Parcours Stup ».
Dans la roadmap, j’ai des connecteurs vers le bon coin ou ebay pour que les clients fauchés puissent revendre les jouets de leurs gamins. Peut-être même revendre les gamins eux-mêmes sur le darknet un jour, pourquoi pas !

Mais ce n’est pas tout, l’application siphonne toutes les données personnelles, pour connecter les gens ensemble, bien sûr, mais surtout pour exercer un chantage frontal à quiconque serait tenté de lever le pied : « si tu pars, je leake toutes tes infos à ton carnet d’adresses ». L’application est aussi impossible à désinstaller parce qu’elle aura chiffré le disque et récupéré tout ce qu’elle peut.
Les dealers peuvent payer pour acquérir des clients et les motiver à consommer plus et plus dur. Une partie des bénéfices alimente une caisse spéciale qui sous-traite automatiquement sur le darknet le cassage de gueule des concurrents et des mauvais payeurs. Pour le nom, je ne sais pas, peut-être « Foncedé-online » ou « Toxico-rama », mais bon, ça fait trop vingtième siècle je trouve…

Mon problème, c’est les gendarmes. Ils sont pas open sur la dépendance. Rien qu’un simple anti-virus qui les forcerait à changer de Windows, ils n’en veulent pas. Pourtant, le crack c’est leur truc, malheureusement, c’est celui d’EncroChat qui les fait kiffer. Et c’était avec ça que je négociais avec mes fournisseurs et avec mon business Angel Dust sud-américain. Depuis, mes plans prennent l’eau comme un narco-sub fissuré. Je ne peux même pas m’appuyer sur le secret des affaires qu’on vient le renforcer, ce n’est toujours pas suffisant !

J’avais un plan de secours consistant à proposer des faveurs sexuelles au ministre de l’Intérieur pour arranger mon cas, mais je me suis fait disrupter les os de la face par un tir de LDB lors de mon arrestation. Le policier qui m’a notifié ma garde à vue a même parlé d’Admission Post-Bac. Je suis tout bonnement foutu. Et après on se demande pourquoi la start-up nation ne décolle pas !

Isabella Vanni : Merci Luk. Tu as une vie, comment dire, fascinante !

Luk : Ce n’est pas facile tous les jours !

Isabella Vanni : J’imagine ! Merci beaucoup et à très bientôt.

Luk : À bientôt.

Isabella Vanni : Nous approchons de la fin de l’émission, nous allons terminer par quelques annonces.

[Virgule musicale]

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Isabella Vanni : Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio pour réagir à l’un des sujets de l’émission, nous poser une question ou simplement nous laisser un message. N’hésitez pas à nous faire des retours. Le numéro du répondeur est 09 72 51 55 46.
L’émission, et plus globalement la radio, est contributive. N’hésitez pas à proposer des sujets, des musiques, des personnes à inviter. Vous pouvez contribuer à l’émission. Vous trouverez sur les sites april.org et causecommune.fm, les différents moyens de nous contacter. Vous pouvez également contribuer aux autres actions de l’April et/ou aider la radio par un don ou par des actions bénévoles. L’April participe à cette belle aventure que représente Cause Commune, radio associative. La radio a besoin de soutien financier notamment pour payer les frais matériels, le loyer du studio, la diffusion sur la bande FM, les serveurs. Nous vous encourageons à aider la radio en faisant un don. Toutes les informations sont sur le site causecommune.fm. Vous pouvez aussi aider en consacrant du temps.

Passons maintenant aux actualités à venir pour l’April et le monde du Libre. Quoi de Libre ?
L’association InterHop qui promeut le logiciel libre pour la santé a lancé une pétition officielle via le site web du Sénat pour obtenir la création d’une commission d’enquête sur la gestion des données de santé des Français et des Françaises par la société Microsoft. L’April soutien cette initiative. Nous vous appelons à signer la pétition.
LibrePlanet est la conférence annuelle de la Free Software Foundation, Fondation pour le logiciel libre. Normalement organisée en mars à Boston en 2021, elle aura sans doute lieu exclusivement en ligne. Il est possible de soumettre une intervention, sans doute en anglais, jusqu’à mercredi 11 novembre.
Les États généraux du numérique libre et des communs pédagogiques sont proposés sur le Web mardi 3 novembre 2020 sur la proposition initiale de l’association Faire École Ensemble qui facilite les collaborations entre les citoyens et la communauté éducative. Cette rencontre se veut être une contribution originale aux États généraux du numérique organisés par le ministère de l’Éducation nationale et s’adresse à un public large, enseignants, parents d’élèves, acteurs de l’éducation populaire, médiateurs numériques et toute personne intéressée par ces thèmes.
L’association Framasoft vient de publier la première version du logiciel Mobilizon, avec un « z », une alternative libre et décentralisée pour gérer ses évènements, ses profils et ses groupes. Nous vous invitons à la découvrir.
Une nouvelle réunion du groupe Sensibilisation de l’April, ouverte à tout le monde, aura lieu jeudi 29 octobre à 17 heures 30 à distance. Au programme un atelier d’écriture collective : expliquer de façon simple et efficace les principaux dangers informatiques. Cet atelier s’inscrit dans le cadre du projet Jeu du Gnou, jeu de plateau collaboratif pour sensibiliser le grand public aux enjeux de l’informatique libre. J’en ai parlé un peu plus parce que je suis l’animatrice de cette réunion.
Retrouvez tous les autres évènements sur l’Agenda du Libre.

Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Noémie Bergez, Jean-Marc Briand, Anne-Cécile Voisin, Denis Dordoigne, Luk.
Aux manettes de la régie aujourd’hui Étienne Gonnu.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, Antoine, Samuel Laurent, Olivier Humbert, Élodie Déniel-Girodon, bénévoles à l’April, Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupent de la post-production des podcasts.
Merci également à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpera le podcast complet de l’émission d’aujourd’hui en podcasts individuels par sujet.

Vous retrouverez sur notre site web, april.org, toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio, causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Vous pouvez également nous poser toute question et nous y répondrons directement ou lors d’une prochaine émission. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues à l’adresse contac@libreavous.org.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et également à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

On me dit qu’on est légèrement en avance, donc je passe la parole à Frédéric Couchet, délégué général de l’April.

Frédéric Couchet : Merci Isabella, tu as été tellement efficace, comme d’habitude, qu’on est un petit poil en avance. Je vais me permettre d’improviser. Désolé Tanya, je ne t’avais pas prévenue, mais on a réactivé ton micro. Il nous reste deux-trois minutes pour qu’on soit dans les temps, sinon il va falloir meubler avec autre chose.
Je vais préciser que Tanya a eu 10 ans hier, donc elle est en période scolaire. En fait Tanya est ma voisine, c’est une fan de radio, donc elle est intervenue la semaine dernière et aujourd’hui pour présenter la pause musicale. Je voulais déjà savoir pourquoi tu aimes la radio ?

Tanya : Parce que c’est un moyen de communiquer avec d’autres personnes autre que la télévision.

Frédéric Couchet : Qu’est-ce que tu reproches à la télévision par rapport à la radio ?

Tanya : Par exemple, tu peux parler sans que les gens voient ton visage ou des choses comme ça, ce qui, à la télévision, n'est pas possible.

Frédéric Couchet : Effectivement, c’est une des qualités de la radio : on peut arriver habillé comme on veut, on n’a pas le stress de l’image, etc., de ce point de vue-là c’est plus intéressant pour les personnes invitées.
Quand on a parlé de l’émission ou même de radio, tu m’as dit que tu écoutes beaucoup la radio. Quels types d’émission écoutes-tu ?

Tanya : Déjà, quand j’écoute la radio, je change souvent de radio, c’est-à-dire que chaque fois que je me lasse d’une radio j’en cherche une autre sur ma chaîne Hi-fi. Du coup je n’ai pas d’émission, mais j’aime beaucoup les émissions qui racontent des histoires.

Frédéric Couchet : D’accord. Des histoires de l’Histoire de France ou du monde, des histoires policières, des histoires politiques ? Je crois que tu es quand même passionnée de politique.
Je précise, pour les personnes qui écoutent, que ce n’est pas un piège pour Tanya, mais elle n’était pas du tout prévenue. Je crois que tu aimes beaucoup les histoires, les enquêtes, tu m’as notamment parlé d’une émission sur France Inter, je crois.

Tanya : Je ne me souviens plus tout à fait du nom.

Frédéric Couchet : Peu importe !

Tanya : C’est sur France Inter, c’est ça, j’écoute ça, ce sont des histoires policières mais qui se sont vraiment passées et j’aime bien écouter ça. Et oui, je suis passionnée de politique depuis à peu près la période des attentats en 2015, ça m’a sensibilisée à la politique.

Frédéric Couchet : Si on dit que tu as 10 ans, tu avais 5 ans à l’époque, en 2015. On va un peu préciser le contexte. À l’époque, on se rappelle en 2015, il y a eu, en janvier, les attentats contre Charlie Hebdo, mais là tu fais sans doute plus référence aux attentats de novembre, notamment au Bataclan à Paris et aussi Saint-Denis parce qu’en fait le mercredi je crois, je ne sais pas quelle date exactement, il y a eu l’assaut rue du Corbillon, pas très loin d’où tu habitais, pas très d'où j’habite. C’est à ce moment-là que tu as commencé à t’intéresser à ce sujet, donc vraiment très tôt.
On me dit que c’est peut-être Affaires sensibles.

Tanya : Oui, c’est ça.

Frédéric Couchet : On félicite Adrien qui est en formation régie, que je le salue, qu’on va retrouver bientôt en régie, qui est bénévole, qui a un beau tee-shirt Fondation pour le logiciel libre.
Donc tu t’intéresses à la politique et on t’a convaincue, en tout cas on t’a proposé de faire peut-être bientôt une petite chronique dans l’émission Carte Blanche de Lucas Malterre. J’en profite pour signaler que Lucas Malterre fait maintenant sa Carte Blanche en direct, en matinale, le lundi de 7 heures à 9 heures, rediffusion de 12 heures à 14 heures, c’est vraiment une matinale très intéressante. Tu es en train de préparer un petit sujet et tu vas parler, à priori, des élections municipales de Saint-Denis donc là où on vit. Pourquoi veux-tu parler de ça ?

Tanya : Déjà parce que cette année elles ont été reportées, et j’aimerais en parler parce que nous, à Saint-Denis, ça faisait extrêmement longtemps que c’était des maires communistes et là ça a changé avec monsieur…

Frédéric Couchet : Je ne me souviens plus de son prénom, Mathieu Hanotin, du parti socialiste, ancien directeur de campagne de Benoît Hamon lors de la présidentielle.
J’avais oublié qu’on a un troisième dionysien, Étienne. Je ne vais pas noter la remarque qu’il a faite, c’est réservé aux gens qui sont sur le webchat. Si vous voulez savoir ce qu'Étienne a dit vous allez sur causecommune.fm, bouton « chat ».
On va finir par une petite question — là on entend le générique de fin en mode tapis — on m’a noté « Tanya et les logiciels libres ». Avant de me rencontrer est-ce que tu connaissais les logiciels libres ou pas du tout ? Est-ce que, par exemple, à l’école tu en utilises, même si évidemment tu es en primaire. Est-ce que tu savais ce que c’était avant ?

Tanya : Non.

Frédéric Couchet : Non. Donc tu as découvert ça, je crois d’ailleurs qu’à la maison ta maman utilise openoffice.org qui est une suite bureautique libre.

Tanya : Je ne sais pas !

Frédéric Couchet : Tu ne sais pas ! En fait, sa maman est arrivée derrière la vitre, on essaie de la convaincre de passer à LibreOffice qui est une évolution.

Qu’est-ce que me dit Marie-Odile sur le salon web, la France ce n’est plus Paris, c’est désormais Saint-Denis. D’accord !
Dernière question : comment as-tu trouvé cette expérience ? Aujourd’hui on va préciser que non seulement tu es intervenue tout à l’heure pour la pause musicale, que tu interviens là en improvisant et ce n’est pas du tout évident d’improviser, d’ailleurs quel que soit l’âge, d’autant plus quand on a dix ans. Tu as un petit joué tout à l’heure avec la régie. Peut-être, d’ailleurs, es-tu une future régisseuse et une future animatrice de radio ? Comment as-tu trouvé cette expérience ? Est-ce que ça correspond à l’image que tu te faisais de la radio ?

Tanya : Je n’imaginais pas du tout la radio comme ça. Je n’imaginais pas un studio comme ça. Au début, en fait, j’ai commencé à m’intéresser à la radio parce que je me demandais comment on pouvait diffuser quelque chose comme ça. À la télévision je savais qu’on était filmé, mais je me demandais comment on faisait à la radio.

Frédéric Couchet : D’accord. Là, tu as vu effectivement comment ça se passe avec la régie. On est plusieurs avec un ordinateur pour pouvoir lire sur le salon web, la diffusion FM et, comme l’a dit ma collègue tout à l’heure, Cause Commune est aussi en DAB+ 24 heures sur 24 et aussi en diffusion sur Internet. On a des gens qui nous écoutent sur Internet.
En tout cas j’étais ravi que tu participes à cette émission. J’espère qu’on aura l’occasion d’écouter ta chronique avec Lucas Malterre et aussi que tu reviendras. Oui ? Elle fait oui. En tout cas merci Tanya.

Comme disait ma collègue notre émission se termine vraiment ce coup-ci.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 3 novembre 2020 à 15 heures 30. Notre sujet principal sera une diffusion de la spéciale La Playlist de Libre à vous ! que j’ai enregistrée récemment avec Valentin. Valentin c’est l’équipe des Joyeux Pingouins en famille et, en plus, j’ai eu le plaisir de faire ça au studio. Nous avons pris des photos, donc nous mettrons en ligne des photos de Valentin, vous verrez comment Valentin travaille pendant qu’il analyse cette playlist. La Playlist de Libre à vous ! ce sont les musiques libres que l’on a déjà diffusées dans l’émission mais commentées par Valentin et vous verrez qu’il est absolument exceptionnel, il arrive à reconnaître des instruments. J’avais préparé des références, en fait pas besoin de préparer des références, il les reconnaît, il est capable de discuter dessus. C’est la semaine prochaine.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 3 novembre et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (3 novembre 2020)

lun, 11/02/2020 - 08:42
Start: 3 Novembre 2020 - 15:30End: 3 Novembre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

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81e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM et DAB+ en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 3 novembre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • sujet principal : sujet principal : La Playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission. Les musiques sont commentées par Valentin qui co-anime notamment sur la radio l'émission Les joyeux pingouins en famille
  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi sur le thème De Robota à l'intelligence artificielle
  • la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, sur « maintenir et archiver, deux enjeux pour un site associatif »
  • quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du libre

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 3 novembre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 3 novembre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Lettre d'information publique de l'April du 1er novembre 2020

lun, 11/02/2020 - 08:30

Bonjour,

La Commission européenne a publié sa stratégie en matière de logiciels libres pour la période 2020-2023. Au-delà de quelques rappels sur l'importance prise par le logiciel libre de nos jours, les objectifs concrets sont rares et on est loin d'une réelle priorité au logiciel libre.

L'association InterHop, qui promeut le logiciel libre pour la santé, partie prenante du collectif SantéNathon, a lancé une pétition officielle via le site du Sénat pour obtenir la création d'une commission d'enquête sur l'accord avec la société Microsoft concernant la gestion des données de santé des Français. Nous vous encourageons à soutenir cette action en signant la pétition et en la faisant connaître.

L'April a été auditionnée par la mission sur la politique de la donnée et des codes sources. La mission a mis en place un site « Recueil des réactions aux constats du rapport d'étape et contributions libres ». Vous pouvez réagir et apporter vos commentaires jusqu'au 9 novembre 2020.

Vous pouvez retrouver les podcasts des dernières émissions « Libre à vous !». Au programme : santé et logiciel libre, chronique de Vincent Calame sur le thème « Maître et serviteur » ; chronique Luk sur le thème « Digital rime avec Médiéval » ; la Playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission et commentées ; interview de Mélanie Lacayrouze sur le projet Métacartes Numérique Éthique ; Wikisign ; le Réseau Libre-entreprise ; le choix des noms en informatique ; téléphones et vie privée ; Health Data Hub ; la chronique musicale d'Éric Fraudain consacrée à l'artiste Clone Me Twice.

Pensez à vous abonner au podcast de l'émission ainsi qu'à la lettre d'actus.

Véronique Bonnet, présidente de l'April, interviendra lors de la 1ère journée des « États généraux du numérique libre et des communs pédagogiques » mardi 3 novembre 2020.

Le groupe Transcriptions vous offre quinze nouvelles transcriptions.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité.

La Fondation pour le Logiciel Libre (FSF) a fêté ses 35 ans. À cette occasion, un événement en ligne a eu lieu, avec notamment Eda Nano, administratrice de l'April. En attendant la mise en ligne de la vidéo de l'événement, nous avons mis en ligne une vidéo du flux (modulo deux petites coupures en réception).

LibrePlanet est la conférence annuelle de la Fondation pour le Logiciel Libre. Normalement organisée à Boston, elle aura lieu sans doute exclusivement en ligne en mars 2021, l'occasion de proposer une intervention à distance.

Suite au reconfinement, l'apéro April prévu à Marseille le 20 novembre 2020 est annulé.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Dans la lettre précédente, je vous proposais un quiz : quelle association francophone va fêter ses 25 ans l'an prochain ? Réponse : l'April.
La question du jour : trouveriez-vous intéressant que l'on diffuse dans l'émission Libre à vous ! la lecture d'extraits d'articles de presse, pour vous donner envie de les lire ?

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Stratégie logiciel libre de la Commission européenne : un « esprit ouvert » qui manque de force

La Commission européenne a publié sa stratégie en matière de logiciels libres pour la période 2020-2023. Au-delà de quelques rappels sur l'importance prise par le logiciel libre de nos jours, les objectifs concrets sont rares et on est loin d'une réelle priorité au logiciel libre. Principale mesure : la création d'un « bureau du programme open source » au sein de la DG DIGIT, la direction générale de l'informatique, mais sans détails sur les moyens financiers et humains dédiés à ce bureau. Lire la suite du communiqué.

Signez la pétition pour une commission d'enquête sénatoriale sur le Health Data Hub

L'association InterHop, qui promeut le logiciel libre pour la santé, est partie prenante du collectif SantéNathon qui agit contre le recours au cloud de Microsoft pour la plateforme de recherche sur les données de santé Health Data Hub. Dans cette optique elle a lancé une pétition officielle via le site du Sénat pour obtenir la création d'une commission d'enquête sur l'accord avec la société Microsoft concernant la gestion des données de santé des Français.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Stratégie logiciel libre de la Commission européenne : un « esprit ouvert » qui manque de force
  2. Signez la pétition pour une commission d'enquête sénatoriale sur le Health Data Hub
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. 35 ans de la Fondation pour le Logiciel Libre
    2. Contribution à la mission sur la politique de la donnée et des codes sources
    3. Auditions
    4. Ada Lovelace Day
    5. Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune
    6. S'inscrire à la liste d'information dédiée à l'émission « Libre à vous ! »
    7. Décryptualité
    8. Quinze nouvelles transcriptions
    9. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
    2. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets 35 ans de la Fondation pour le Logiciel Libre

La Fondation pour le Logiciel Libre (FSF) a fêté ses 35 ans. À cette occasion, un événement en ligne a eu lieu. Eda Nano, administratrice de l'April, a participé à cet événement. Des vidéos ont également été diffusées, en particulier de membres de l'April souhaitant Happy Birthday à la FSF.

La vidéo complète de l'événement devrait être bientôt disponible sur le site de la FSF. En attendant, nous avons mis en ligne une vidéo du flux (modulo deux petites coupures en réception).

Contribution à la mission sur la politique de la donnée et des codes sources

Le député Éric Bothorel conduit une mission concernant la politique d'ouverture des données et des codes sources. Le député vient de publier un rapport d'étape. Un site a été mis en place « Recueil des réactions aux constats du rapport d'étape et contributions libres ». Il est possible d'apporter sa ou ses contributions jusqu'au 9 novembre 2020.

L'April a auditionnée par cette mission et fera une communication écrite.

Auditions

L'April a auditionnée par la mission « Géants du numérique » de l'Assemblée nationale ainsi que dans le cadre d'une mission d'information sur l'obsolescence logicielle. Les rapports de ces deux missions sont attendus dans quelques mois.

Ada Lovelace Day

Mardi 13 octobre 2020 c'était le Ada Lovelace Day, en hommage à Ada Lovelace, principalement connue pour avoir réalisé le premier véritable programme informatique.

Vous pouvez (ré)écouter l'interview de Catherine Dufour (ou lire la transcription) dans Libre à vous ! du 19 novembre 2019 suite à la publication de son livre Ada ou la beauté des nombres.

Véronique Bonnet a publié, à cette même occasion, une tribune « Ni d’Ève ni d’Ada ».

Émissions Libre à vous ! diffusées sur radio Cause Commune

Quatre nouvelles éditions de notre émission Libre à vous ! ont été diffusées en direct sur radio Cause Commune.

Émission du 29 septembre 2020

Au programme : Santé et logiciel libre, la chronique de Vincent Calame sur le thème « Maître et serviteur » et la chronique Luk sur le thème « Digital rime avec Médiéval ».

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 6 octobre 2020

Au programme : la Playlist de Libre à vous ! diffusion de musiques libres diffusées dans l'émission et commentées ; chronique d'Isabella Vanni : interview de Mélanie Lacayrouze sur le projet Métacartes Numérique Éthique ; chronique de Jean-Christophe Becquet sur Wikisign.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 13 octobre 2020

Au programme : le Réseau Libre-entreprise qui « regroupe des entreprises à taille humaine ayant des spécialités proches ou complémentaires dans le domaine du logiciel libre. Toutes partagent les mêmes valeurs et modes de fonctionnement » ; la chronique de Vincent Calame sur le choix des noms en informatique ; la chronique d'Antanak sur téléphones et vie privée.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

Émission du 20 octobre 2020

Au programme : rediffusion du sujet du Libre à vous ! du 28 janvier 2020 sur le Health Data Hub. La chronique d'Éric Fraudain consacrée à l'artiste Clone Me Twice.

Les podcasts sont disponibles ainsi que la transcription.

S'inscrire à la liste d'information dédiée à l'émission « Libre à vous ! »

Pour savoir toutes les nouvelles de l'émission Libre à vous ! sur les libertés informatiques, inscrivez-vous à la lettre d'actus.

Vous y recevrez régulièrement les actualités concernant l'émission : annonce des podcasts, des émissions à venir et de toute autre actualité en lien avec l'émission.

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Quinze nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec quinze nouvelles transcriptions :

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour celles et ceux qui souhaiteraient contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir Événements passés Vie associative Revue hebdomadaire

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Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 2 octobre 2020, la synthèse de la revue du 9 octobre 2020, la synthèse de la revue du 16 octobre 2020, la synthèse de la revue du 23 octobre 2020, la synthèse de la revue du 30 octobre 2020.

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Le libre hors de l'informatique, de l'intérêt de distinguer entre bien commun et bien public - Décryptualité du 19 octobre 2020

ven, 10/30/2020 - 07:42


Titre : Décryptualité du 19 octobre 2020 - Le libre hors de l'informatique, de l'intérêt de distinguer entre bien commun et bien plublic
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 19 octobre 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 42 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : A working Massey Ferguson 6290 (?) tractor and a buzzard (Buteo buteo) on a field somewhere in Somerset, UK - Licence Creative Commons Attribution 2.0 Generic
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

On profite cette semaine d'un article sur l'agriculture libre pour se pencher sur les points communs et les différences avec l'informatique.

Transcription

Luc : Décryptualité. Semaine 42. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Je ne ferai aucune remarque sur le chiffre 42.

Manu : Aucune remarque !

Luc : OK ! D’accord ! Je viens d’en faire une. La revue de presse.
ouest-france.fr, « Une install party pour découvrir Linux, à Granville ».

Manu : C’est quelque chose qu’on remonte régulièrement, des gens qui s’organisent entre eux et qui vous invitent pour venir libérer votre ordinateur en mettant du logiciel libre dessus.

Luc : C’était à la médiathèque et bravo à tous les gens qui ont participé à ça.
L'Essor, « Comment les gendarmes se sont passés d'un antivirus trop proche de Microsoft », un article de Gabriel Thierry.

Manu : C’est un sujet que je trouve passionnant. Je suis sûr qu’on en reparlera, on fera sûrement un podcast dessus. Les gendarmes sont des gens formidables dans leur approche du logiciel libre et ils se battent pour utiliser des ordinateurs qu’ils contrôlent complètement, ce n‘est vraiment pas mal et ils refusent dans une large mesure d’utiliser du logiciel privateur et Microsoft, mais on leur impose d’utiliser des antivirus, donc c’est la galère depuis des années parce qu’ils essayent de passer à travers et que ça ne leur convient pas de mettre Windows. [Il s'agit d'un antivirus pour les postes Windows des cadres de la gendarmerie et non d'un anti-virus pour les postes GNU/Linux, Note des intervenants].

Luc : Il y a extrêmement peu de virus sur Linux.

Manu : Oui, mais il y a aussi peu d’antivirus, il semblerait, et, en plus, d’antivirus avec un fournisseur d’une entreprise.

Luc : Est-ce que tu as déjà eu un virus sur un GNU/Linux ?

Manu : Carrément pas !

Luc : Est-ce que tu connais quelqu’un qui a déjà eu un virus sur un GNU/Linux ?

Manu : Du tout, mais il ne faut jamais parier parce qu’il y a toujours un risque. Il existe des virus. Ceci dit, je ne mets jamais d’antivirus sous GNU/Linux, mais ça m’empêche. Bref, les gendarmes ont enfin trouvé un fournisseur qui va leur filer quelque chose qui tourne sur leur Ubuntu, ils auront un Ubuntu à eux.

Luc : Le Monde.fr, « On a testé… «/e/», le système d’exploitation Android mobile « dégooglisé » », un article de Nicolas Six.

Manu : C’est slash e slash, /e/, mais je ne sais pas comment on le prononce. C’est embêtant.

Luc : On sent que les gens ont trouvé un nom vraiment bien.

Manu : Oui, super pratique, ça m’a cassé tous mes filtres pour constituer la revue de presse, c’est juste génial. Mais on les encourage parce que ce sont des petits gars hyper-motivés, hyper-courageux. Ils essayent de refaire un Android Like, mais, comme l’indique l’article, c’est un petit peu compliqué à installer quand on part de zéro, le plus simple c’est d’acheter un téléphone qui a déjà ce système d’exploitation libre installé de base. Il y a notamment le Fairphone qui peut remplir ce cas-là. C’est intéressant et c’est toujours bien d’avoir de la compétition dans un espace comme le téléphone portable.

Luc : Numerama, « LibreOffice interpelle Apache Open Office : jetez l'éponge et rejoignez-nous ? », un article de Julien Lausson.

Manu : On a eu la réponse. Non, ils n’ont pas jeté l’éponge, ils ne rejoignent pas. En gros, ce sont des versions concurrentes, malheureusement, d’un office libre qui s’appelle LibreOffice aujourd’hui.

Luc : Ça a forké comme on dit.

Manu : Ça a « fourchetté ».

Luc : Par contre, tout le monde connaît la marque, le nom Open Office et ça freine un peu LibreOffice dans son développement.

Manu : Malheureusement, ils ont sorti une info comme quoi Open Office ne rejoindra pas LibreOffice, en tout cas pour l’instant.

Luc : Ils vont continuer à échouer dans leur coin.

Manu : Voilà !

Luc : Marianne, « Données de santé hébergées par Microsoft : "Il y a un problème d'intégrité des responsables publics" », un article de Alexandra Saviana.

Manu : C’est un gros sujet, les données de santé des Français sont hébergées chez Microsoft, aux États-Unis. C’est embêtant parce que les lois américaines s’appliquent nécessairement, d’ailleurs sans forcément qu’on le sache, puisqu’ils ont des lois secrètes, enfin des conditions secrètes qui s’appliquent. Là, les autorités françaises ont déclaré que ce n’était pas normal, c’est juste que c’est en cours et que ça bataille dans tous les sens pour essayer de rapatrier ça en Europe sous un régime légal qui nous soit approprié.

Luc : The Conversation, « La lutte pour une agriculture libre : bricoler et partager pour s'émanciper », un article de Morgan Meyer.

Manu : Le sujet sur lequel on va commencer aujourd’hui, parce que c’est un sujet super intéressant, l’agriculture. Tu te sens fort sur l’agriculture, Luc.

Luc : Je n’ai pas grandi à la campagne comme toi !

Manu : Oui, c’est vrai.

Luc : De quoi parle l’article ?

Manu : Ça parle effectivement d’agriculture, mais pas que. Ça parle plus globalement de s’émanciper avec le bricolage, les fabrications personnelles, et puis les échanges de données, les échanges de graines. Il y a beaucoup d’efforts qui sont faits en ce moment pour pouvoir réparer son tracteur, réparer son matériel, en fabriquer en partant de rien ou en partant de pas grand-chose. On en a parlé dans le passé, notamment un docteur en physique nucléaire, polonais, qui s’est installé aux États-Unis et qui essaye de reconstituer tout le matériel agricole nécessaire à rebooter la civilisation parce que ça l’amuse.

Luc : Et puis dans un souci d’indépendance. On aime bien rappeler que dans le domaine qui nous intéresse, le logiciel libre et l’informatique en général, il y a plein de propriété intellectuelle avec des gens qui essayent de bloquer, de s’approprier les idées.

Manu : D’enclore.

Luc : Voilà, de tout bloquer. Dans le domaine de l’agriculture, c’est bien pire que dans notre domaine. Chaque fois qu’on en entend parler on est toujours effarés. On a des trucs qui sont assez connus.

Manu : Il y a des registres de graines, qui imposent de n’utiliser que des graines qui font partie de ce registre et ce sont souvent les grosses entreprises qui peuvent y mettre des graines.

Luc : C’est ça. D’une part ça coûte de l’argent, mais il y a aussi des critères, c’est-à-dire que les graines doivent donner quelque chose qui va être calibré, qui va entrer dans certains critères parce que ça doit être industrialisable. Si on veut faire autre chose, eh bien le catalogue dit juste non, vous n’êtes pas dans les critères vous n’avez pas le droit d’être vendu. Je crois que pour les carottes ça a été changé depuis.

Manu : Il y a eu des évolutions.

Luc : Il y a eu quelques évolutions dans le bon sens.

Manu : Il semblerait maintenant que ce qu’ils appellent les graines rustiques, parce que forcément depuis des générations, des milliers de générations, les agriculteurs s’échangent entre eux ces fameuses graines et il y a plein de variétés qui existent. Effectivement, là on était en train de les raréfier au nom, quelque part, de la propriété de ce bien et un bien commun ou public ?

Luc : Qui est bien public quoiqu’il faille voir, il faut en discuter. Le mouvement est loin d’être à l’arrêt. Je viens de fini un bouquin qui s’appelle L'art de la fausse générosité sur la fondation Bill Gates que tout le monde encense en disant « oh là, là quel bienfaiteur de l’humanité ! »

Manu : Oui ! Avec les milliards que l’humanité lui a transmis !

Luc : C’est ça ! Et qu’il a placés. En fait, il est encore plus riche et il continue à devenir de plus en plus riche, mais c’est accessoire. Le truc c’est que, dans ses activités, cette fondation favorise l’appropriation intellectuelle, les semences OGN brevetées dans tous les coins, etc., et ils veulent du brevet dans tous les sens. Tu parlais du matériel agricole, pour revenir sur l’agriculture, il y a également chez les agriculteurs cette difficulté à réparer.

Manu : À réparer le matériel.

Luc : Parce qu’ils sont endettés jusqu’au cou, ils achètent du matos très cher, où on retrouve toutes les astuces de type « tu ne pourras pas réparer toi-même, il faut payer une maintenance et ceci, cela ».

Manu : Il y a des assurances appropriées. Il y a probablement des stickers qui font que si tu ouvres certains éléments du moteur, eh bien le sticker est déchiré et l’assurance ne s’applique plus, enfin j’imagine. Et puis il y a de l’électronique et de l’informatique embarquée et les agriculteurs n’ont pas forcément accès au logiciel et au matériel qui va leur permettre peut-être de recompiler ou de changer, modifier, mettre à jour des éléments du matériel que pourtant ils possèdent. Donc aujourd’hui, quand ils ont des tracteurs qui tombent en panne, ils se retrouvent bloqués, ils doivent aller voir le fournisseur de ce tracteur qui est le seul à pouvoir le contrôler. On dirait une Ferrari quoi !

Luc : Pas qu’une Ferrari. Il y a maintenant plein de voitures modernes où ce ne sont que des clefs spéciales, etc., et quelqu’un qui a une voiture récente, d’un grand constructeur, en général ne peut quasiment rien faire dedans.

Manu : Il y a plein de gens qui se battent pour ce droit à la réparabilité. Ça évolue dans les consciences et chez le législateur, comme pour les graines. On se rend compte que ce sont quand même des conneries de bloquer la réparation.

Luc : C’est loin d’être gagné !

Manu : C’est vrai.

Luc : Donc ça pose la question : qu’est-ce que c’est qu’une agriculture libre ? Parce que dans le domaine du logiciel on est sur du code, donc on est sur un bien immatériel.

Manu : Qui est couvert par le droit d’auteur.

Luc : Qui est couvert par le droit d’auteur. Très souvent on parle de bien commun, c’est quelque chose qui revient très souvent dans la revue de presse. C’est quelque chose dont on parle beaucoup dans les milieux qui rêvent d’alternative.

Manu : Et dans les milieux économiques.

Luc : Oui, tout à fait. Pour comprendre ça, en fait, il y a un bouquin que j’ai lu, il est assez bref, assez facile à lire, donc je le recommande.

Manu : Qui s’appelle ?

Luc : C’est le bouquin d’Elinor Ostrom, La Gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles.

Manu : C’est ce qui lui a valu un prix Nobel ?

Luc : Non, parce qu’il n’y a pas de prix de Nobel d’économie. Il y a un Le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, mais ce n’est pas un prix Nobel.

Manu : Oh ! Décerné par le comité Nobel.

Luc : Écoute, je l’ignorais.

Manu : Grosse évolution parce que parler des biens communs et de manière positive, à ma connaissance ça va à l’encontre de tout ce qu’on avait entendu auparavant dans les milieux économiques.

Luc : Effectivement. Le gros apport d’Elinor Ostrom1 c’est qu’elle a fait un truc complètement incroyable dans le monde de l’économie : elle est allée voir le terrain. Les économistes, les théoriciens en économie, très souvent ce qu’ils aiment bien faire, c’est prendre des grands principes, les brasser, paf, paf, paf ! et de fait, dans le livre, elle parle de quelque chose qui était comme une vérité admise dans le monde économique qui était la tragédie des communs.

Manu : Et qui était, effectivement, plus une expérience de pensée de la philosophie et de la philosophie économique, on pourrait dire, que quelque chose qui s’appliquait.

Luc : Sauf qu’il y a pas mal de théoriciens académiques qui passent allégrement de la réflexion intellectuelle à la réalité. Elinor Ostrom reprend cet auteur dont j’ai oublié le nom [Garrett Hardin], elle reprend la même définition : le bien commun, dans le sens économique, est un bien qui est un bien rival c’est-à-dire qu’il n’y en pas pour tout le monde. C’est un bien qui est global, collectif, typiquement de l’eau dans un réseau d’irrigation pour des paysans.

Manu : Souvent, ce qui était utilisé dans la tragédie des communs2, c’était des pâturages, parce que des pâturages qui étaient, par exemple, gérés par un village, c’est quelque chose qui peut être limité à un moment donné, si on fait paître ses moutons dessus il y a moins de pâture à donner à ses moutons. Donc on peut les organiser pour que tout le monde en profite. Justement, dans la tragédie des communs, il était question du fait que certains pouvaient faire trop pâturer leurs moutons, donc c’était tragique parce que les autres n’allaient plus pouvoir en profiter.

Luc : C’est comme l’irrigation : tu as un canal et le premier qui est sur le canal peut piquer toute la flotte et les autres, derrière, n’ont rien du tout.
La tragédie des communs telle qu’elle était exprimée c’était de dire que comme les agents économiques voient leur intérêt avant tout chose, c’est un premier point de départ, ils vont tenter de prendre toute la flotte ou tous les biens, etc.

Manu : Ils veulent maximiser leur avantage personnel.

Luc : Pour maximiser leur intérêt et ils ne vont pas gérer la ressource. Personne ne se sentira responsable puisque ce n’est pas à lui, donc personne ne va l’entretenir, du coup, un bien commun est condamné à péricliter et c’est condamné à ce que ça se passe très mal. Cet auteur disait qu’il y a deux solutions : l’une c’est la propriété publique, mais c’était plutôt un auteur libéral à l’époque, donc il n’aime pas trop ça, ou alors on met un propriétaire privé et lui, comme il a intérêt à ce que cette ressource lui fasse du profit il va la maintenir dans le temps et il va ensuite la répartir sur différents clients puisque s’il n’en a qu’un seul il ne sera pas en position de force pour négocier.

Manu : Cela a donné lieu à ce qu’on appelle l’enclosure des communs.

Luc : C’était la tragédie des communs et, dans le monde de l’économie, on considérait ça comme un truc incontournable, c’était brillamment démontré. Elinor Ostrom est allée voir la réalité et a découvert un peu partout dans le monde, dans des coins très différents, le fait qu’il y ait notamment des paysans qui géraient, selon un principe d’auto-organisation, leurs ressources en eau de telle sorte que un les infrastructures fonctionnent, avec les petits canaux, les béals, etc., et deux, que personne ne soit lésé. Elle voit dans quelles conditions ça marche, dans quelles conditions ça ne marche pas, notamment s’il y a un très gros acteur dans le système ça ne marche plus. Elle a démontré, en gros, que la tragédie des communs c’était bidon : il y a plein d’exemples, parfois très anciens, de biens communs qui étaient gérés collectivement.

Manu : En grande partie c’est ce qui lui a permis de gagner ce prix.

Luc : Si on revient à Elinor Ostrom et à sa définition, l’open data ou le logiciel libre n’est pas un bien commun, c’est un bien public.

Manu : C’est quoi la différence ?

Luc : La différence c’est que c’est un bien qui n’est pas rival, c’est-à-dire que si je prends ton code source, eh bien tu n’as pas perdu ton code source original. Je peux dupliquer ton code source, faire tourner des logiciels à droite à gauche, ça ne retire rien. On n’est pas comme dans le cas de l’eau où le premier paysan qui prend la flotte, eh bien cette flotte-là est perdue pour les autres.

Manu : Rappelons qu’il y a des gens qui essayent d’utiliser les lois pour, quand même, contourner le fait que la connaissance est diffusable et non excluable et qui vont te rajouter du droit d’auteur, des brevets, des conditions d’accès, qui vont faire en sorte de bloquer cette diffusion, malheureusement, donc ça va un peu à l’encontre.

Luc : C’est un mouvement de fond depuis un bon moment et, comme dans le monde de l’agriculture, c’est loin d’être fini, la fondation Gates pousse à fond dans ce sens-là. On l’a dans le domaine de la culture où on va avoir des droits voisins, une extension du droit d’auteur sans doute à l’infini puisque tous les 20 ans ça prend 20 ans.

Manu : Plein de gens essayent de se battre contre ça, je pense notamment à Wikipédia. Wikipédia est effectivement un bon cas, c’est sous licence Creative Commons et ils essayent de se gérer comme des communs. Vous pouvez contribuer, vous pouvez participer et faire de la gestion de ce site qui est un bien incroyable pour l’humanité.

Luc : La question que ça soulève, qui est un peu bizarre, c’est qu’on comprend comment l’information est un bien public, c’est facile à partager, mais comment fait-on pour faire de l’agriculture libre, c’est-à-dire mettre une licence libre sur quelque chose de matériel ? On peut dire « mes plans pour construire une machine, si je veux être autonome, oui, je peux les mettre en licence libre. En revanche la machine elle-même est à moi je ne peux pas la partager. »

Manu : C’est ta propriété et effectivement ça va être difficile de dupliquer à l’infini une machine. On n’a pas aujourd’hui.

Luc : Même chose sur les semences. Ce qui va être sous licence libre c’est le code génétique.

Manu : Du code, d’ailleurs.

Luc : Qui est du code encore une fois. Dans le domaine de l’art aussi on a des gens qui font de l’art libre. La musique d’introduction bizarre qui passe est sous licence Art Libre et là ce n’est pas exactement la même chose. Souvent la licence va s’appliquer à la copie. La musique, à la limite, ça se copie assez facilement. Il y a fort longtemps, on avait fait un peu de radio avec Hélène Pestre qui était une jeune sculptrice qui avait mis sa sculpture sous licence libre et, effectivement, ce n’est pas ça qui nous autorise à partir avec la sculpture sous le bras, hormis le fait qu’elle soit en métal qu’elle pèse un certain poids.

Manu : Elle est libre, mais elle n’est pas duplicable à l’infini puisqu’elle est matérielle.

Luc : En fait ce sont les représentations de cette œuvre qui sont sous licence libre.
Après, c’est un domaine où il y a encore plein de choses à faire, qui n’est pas le même domaine. Cette différence entre bien rival et non rival est vachement importante parce que ça ouvre plein de possibilités. Par exemple, si je fais de la musique libre, est-ce qu’il faut que je fournisse les partitions ? Si quelqu’un ne peut pas rejouer ma musique, peut-être qu’on pourrait dire qu’elle n’est pas libre. Aujourd’hui, dans les licences, on considère qu’elle est libre parce que la copie de la musique est sous licence libre.

Manu : Ça c’est de la sémantique, c’est le mot qui s’applique comme ça.

Luc : Oui, mais on pourrait très bien détailler. Il y a des gens, notamment Sebkha-Chott – le groupe n’existe plus mais c’est à eux que j’ai piqué la musique pour le générique – qui ont donné les détails des fichiers de mixage sur certains albums. Donc on voit tous les fichiers, comment ils sont agencés, etc. ; si on veut, par exemple, remixer tout l’album on peut le faire.
On peut se poser toutes ces questions-là, ça ouvre plein de possibilités. C’est super que le Libre inspire plein de gens, mais il faut toujours regarder les choses avec circonspection et se dire que chaque domaine est particulier et on ne peut pas nécessairement tout décliner à l’identique.

Manu : Sur ce je te dis à la semaine prochaine. Reste libre, commun, public.

Luc : Écoute non, bien commun puisque je ne suis pas duplicable à l’infini !

Manu : Mais on peut essayer !

Manu : Oui, si on découvre la technologie du clonage rapide d’ici à la semaine prochaine ! On vous tiendra au courant.

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