APRIL

S'abonner à flux APRIL
L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 28 min 28 sec

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 29 octobre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

il y a 4 heures 48 min
Start: 29 Octobre 2020 - 17:15End: 29 Octobre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 29 octobre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. Ordre du jour : à cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas). Nous essayerons notamment de donner une explication succincte du danger « Non respect de la neutralité du net ».

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Stratégie logiciel libre de la Commission européenne : un « esprit ouvert » qui manque de force

il y a 6 heures 2 min

Paris, le 26 octobre 2020. Communiqué de presse.

La Commission européenne a publié sa stratégie en matière de logiciels libres pour la période 2020-2023. Au-delà de quelques rappels sur l'importance prise par le logiciel libre de nos jours, les objectifs concrets sont rares et on est loin d'une réelle priorité au logiciel libre. Principale mesure : la création d'un « bureau du programme open source » au sein de la DG DIGIT (La direction générale de l'informatique), mais sans détails sur les moyens financiers et humains dédiés à ce bureau.

La Commission européenne a mis à jour sa stratégie en matière de logiciel libre. La précédente couvrait la période 2014-2017. Il a donc fallu attendre trois ans pour cette nouvelle stratégie. Mais notons que c'est un document officiel, numéroté C(2020) 7149, de politique interne liant la Commission, contrairement aux documents précédents. Dans le document intitulé « Stratégie en matière de logiciels libres 2020 – 2023 » (16 pages) la Commission commence par souligner l'importance du logiciel libre. Cependant, à la lecture de cette introduction, on peut se demander si pour la Commission le logiciel libre c'est bien pour les logiciels d'infrastructures, et peu importe ensuite que des services privateurs soient conçus sur ces infrastructures.

La Commission explique vouloir partager plus d'outils développés en interne, et contribuer plus activement dans les principales communautés du libre. La Commission souhaite établir une « culture ouverte » et elle met en avant l'apport intrinsèque du logiciel libre pour les enjeux de souveraineté numérique, d'interopérabilité ou de mutualisation. Sauf que la stratégie manque d'actions concrètes, détaillées, par exemple sur les processus de passation des marchés publics ou encore, concernant sa dépendance à Microsoft pour le poste de travail, les outils bureautique et de messagerie. Ces sujets sont tout simplement passés sous silence.

Il est à ce titre marquant que la stratégie, dont le titre est l'« esprit ouvert », reprenne un critère maintes fois vu : « Les solutions «open source» seront privilégiées lorsqu’elles sont équivalentes en matière de fonctionnalités, de coût total et de cybersécurité » (page 10). Ambition molle qui n'appelle qu'au maintien d'une situation de dépendance à l'informatique privatrice, que seule une réelle priorité au logiciel libre serait de nature à renverser. Avec ce genre de formulation, Microsoft a encore de beaux jours sur les postes de travail de la Commission. Ce principe « d'équivalence » avait d'ailleurs déjà été adopté en 2018 par la Commission1.

La principale action concrète est sans doute la création d'un « Bureau du programme open source » :

« La stratégie et le plan d’action sont inextricablement liés. Le point central sera un bureau du programme open source, bénéficiant d’un véritable soutien politique et organisationnel et impliquant toutes les directions générales »

Ce bureau dépendra de la DG DIGIT (La direction générale de l'informatique). La création d'un tel bureau est une bonne chose. Mais aucune information n'est donnée concernant le budget qui sera alloué à ce bureau et les moyens humains.

D'ailleurs, dans le cadre de notre audition par la mission Bothorel sur l’ouverture des données et codes sources, nous avons défendu le besoin de la création d'une agence ou d'une mission interministérielle pour les logiciels libres, avec des moyens humains dédiés pour accompagner les administrations sur l'utilisation, la publication et la politique de contribution. Une telle structure aurait pour objet la mise en œuvre d'une réelle priorité au logiciel libre dans le secteur public.

Henri Verdier, Ambassadeur pour le numérique - pour une souveraineté et une diplomatie numérique européenne

sam, 10/24/2020 - 17:06


Titre : Henri Verdier, Ambassadeur pour le numérique - pour une souveraineté et une diplomatie numérique européenne
Intervenants : Henri Verdier - Julien Merali - Sébastien Guénard
Lieu : Agora Managers - Les grands invités - Visioconférence
Date : avril 2020
Durée : 58 min 13
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Henri Verdier en 2013 - Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Sébastien Guénard : Bonjour à toutes et à tous, copil, membres et amis à l’instar de Henri Verdier, et partenaires qui accompagnent Agora Managers avec fidélité et enthousiasme dans cette période complexe mais intéressante, avec Michael Lejard et les équipes, nous vous en remercions. Le maillage relationnel que nous avons co-construit depuis 15 ans en présentiel avec les poignées de main, les bisous, les dîners, sont certainement les aspects sensoriels qui nous manquent le plus. Mais ils sont à l’origine des deux piliers essentiels pour le réseau Agora Managers à savoir la confiance et la bienveillance que nous partageons tous. Aussi la transition numérique pour les clubs ne pouvait que réussir et, bien sûr, nous travaillons sur les galas pour vous garantir la même satisfaction.
Une introduction coup de gueule mais assumée de ma part. Notre dépendance industrielle, le manquement voire le désengagement des investissements publics dans le domaine de la santé sont les marqueurs violents de cette période inédite de l’histoire. Pour autant, cartonner le président Macron aux commandes depuis seulement le 7 mai 2017, soit deux ans et 11 mois, ne peut appartenir qu’aux populistes qui sortent toujours du bois au moment où la solidarité et l’engagement sont de circonstance. Tous les jours les femmes et les hommes du secteur santé, de la suppy chain, du nettoyage, de la sécurité, du retail, de l’énergie, de l’informatique ou encore de l’information portent ces valeurs. Pour le réseau Agora Managers, réfléchir, déployer et bâtir des entreprises publiques et privées puissantes dans le cadre d’une économie européenne forte et souveraine sur les sujets stratégiques correspond parfaitement à l’état d’esprit qui anime chacun des membres et partenaires que je salue à nouveau.
Aussi grâce à toi Henri, pardon, Monsieur l'ambassadeur, nous avons l’honneur de vous recevoir et vous écouter sur un sujet oh combien stratégique, l’influence de la France sur le plan numérique et la construction d’une souveraineté et diplomatie numériques européenne.
Qui êtes-vous Henri Verdier ? Vous êtes toulousain de naissance, ancien élève de Normale Sup, titulaire d’une licence en philosophie, d’un magistère en biologie et d’un diplôme d’études approfondies en sociologie. Vous êtes un entrepreneur et spécialiste du numérique français. Juste avant de devenir ambassadeur pour le numérique, vous étiez directeur interministériel du numérique, du système d’information de l’État français et administrateur général des données. Vous avez coécrit et apporté votre contribution à plusieurs livres, dont un que vous nous avez présenté tout à l’heure. Il y a L’âge de la multitude ou Des startups d’État à l’État plateforme et tout ça avec une information : vous êtes seulement à la petite cinquantaine. Bravo !
Avant d’attaquer, dites-moi Henri, c’est un métier, ambassadeur ? Comment on y arrive ?

Henri Verdier : Ambassadeur c’est un vrai métier que je découvre depuis 18 mois, qui est un métier subtil, en fait, puisqu’on essaye d’influencer un équilibre international qui nous échappe totalement. Je pense parfois à mes collègues qui ont négocié pendant quatre ans l’accord de Paris sur le climat, qui ont connu le plus beau jour de leur vie quand ils ont fait signer 127 pays et puis Trump a été élu et tout a déchiré et a volé en éclat. Donc c’est un métier qui travaille à revenir à l’équilibre. Je découvre des diplomates aguerris qui savent reconnaître une situation, qui savent négocier dans des enceintes très particulières comme l’ONU, comme l’OCDE, qui ont chacune leur code. Il y a au Quai d’Orsay une vingtaine d’ambassadeurs thématiques qui sont spécialisés sur un sujet donné. Il y a le fameux ambassadeur aux pôles, il y a un ambassadeur du climat et depuis quatre ou cinq ans il y a un ambassadeur du numérique.
Je ne sais pas si tu veux qu’on présente en trois phrases ce qu’est un ambassadeur numérique ?

Sébastien Guénard : Oui, très bien. Par qui est-il nommé ? Quelle est sa durabilité ?

Henri Verdier : Comme tous les emplois à discrétion du gouvernement et comme mon précédent job, on est nommé en Conseil des ministres par le président de la République, et révocable ad nutum tous les mercredis.

Sébastien Guénard : Ce n’est pas mal.

Henri Verdier : À discrétion du gouvernement. Je peux le dire philosophiquement ou techniquement et je vais faire les deux très vite parce que je sais qu’on a beaucoup de sujets. Philosophiquement, et c’est important de se rendre compte que finalement la sécurité, la prospérité ou la souveraineté d’un pays comme la France, c’est maintenant lourdement déterminé par le numérique. C’est déterminé par le numérique économiquement : sommes-nous capables d’avoir des champions, de défendre les positions de notre ancienne industrie, tout ce que vous voulez sur l’économie numérique ? C’est déterminé culturellement, politiquement : sommes-nous capables de décider que nous voulons protéger la vie privée ?, et parfois par des choix technologiques profonds qui nous échappent. Il n’y a qu’à voir, en ce moment, les débats sur l’application StopCovid, tout repose quand même sur un standard que Apple et Google ont déterminé et, à tort ou à raison, la France voudrait leur demander de changer leur standard et eux ne veulent pas.
Cette réalité, cette profonde vague d’innovation numérique vient de loin. Elle a des couches tech, elle a des couches de relation entre États à la fois parce que des États utilisent le numérique par exemple pour faire la cyberguerre, par exemple pour s’espionner, par exemple pour se menacer de se couper des approvisionnements à des ressources essentielles. Elle est déterminée par la capacité des États de s’unir pour dire « on veut un RGPD1 [Réglement général sur la protection des données] ou on veut telle ou telle garantie même pour définir des standards internationaux sur la liberté d’expression, la liberté de la presse, l’accès à la culture, l’accès à l’éducation, la propriété intellectuelle ».
Donc c’est devenu, un peu malgré nous, en tout cas sans qu’on le voie venir, une patte diplomatique. Concrètement, aujourd’hui il y a des enceintes internationales où des choses très juridiques se négocient : on travaille à l’ONU à un droit international du cyberespace ; il y a des enceintes plus informelles. Souvent la France a eu plusieurs initiatives, notamment on a créé la communauté de l’Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace2 dont, j’espère, de nombreuses entreprises sont des soutiens. On a créé l’Appel de Christchurch3 pour la régulation des contenus terroristes. Et puis il y a une diplomatie parallèle : on a beaucoup de relations bilatérales avec des grandes puissances amies ou plus adversaires. On a un rôle dans la gouvernance d’Internet, en ce moment nous sommes aussi à la pointe du combat pour empêcher que le dot org [.org] soit vendu à un fonds d’investissement prédateur à capitaux républicains qui a mis un chèque d’un milliard et demi sur la table et qui a dit « ne vous inquiétez, pas ça va bien se passer ». En fait, le premier pays qui a levé la main en disant « attendez, ça ne m’a pas l’air d’aller tout à fait dans le sens de l’intérêt général » c’est la France.
Fondamentalement, et je termine cette introduction, on déploie une démocratie numérique dans un carré avec des questions de sécurité – cybersécurité, protection contre les contenus terroristes, contre les ingérences, les fake news quand elles viennent de puissances étrangères – gouvernance d’Internet, diplomatie économique, activité et visibilité de l’industrie de la France.

Sébastien Guénard : Et à terme il y a aura la création d’une Cour internationale, à l’instar de la Cour internationale de Justice de La Haye ? Est-ce qu’il va y avoir une autorité, une convention a minima ou on est dans la diplomatie ?

Henri Verdier : Pas forcément. En tout cas je disais sécurité, gouvernance de l’Internet, diplomatie économique et défense des valeurs ; accès à la culture, accès à l’éducation, liberté d’expression, etc.
Vous voyez justement que si je prends la peine de mettre tout ce carré c’est qu’ensuite les formats d’action et d’intervention ne peuvent pas être les mêmes dans les quatre coins de cette surface. Les sujets les plus régaliens comme le droit international du cyberespace, c’est du droit international, ça ressemble au droit de la guerre. Mais justement, sauf délit pénal qui se juge à La Haye et, dans ce cas-là, un délit cyber-pénal pourrait se juger à la Haye, le droit international est souvent appliqué par les États eux-mêmes.

Sébastien Guénard : Il y a eu un cas de figure de cette nature ?

Henri Verdier : Il y a déjà eu, il y aura d’ailleurs de manière imminente des sanctions, mais là c’est un groupe d’États qui se réunissent et qui disent « on a suffisamment de preuves pour dire que ceci est inacceptable, nous prenons des sanctions ». C’est déjà suffisant pour faire quand même plier un adversaire. Comme toujours en cybersécurité, quand ça coûte plus cher d’attaquer que ce qu’on gagne, on hésite. Donc si les impositions de conséquences sont suffisantes, on peut faire reculer quand même la menace.
Après la gouvernance d’Internet se juge ailleurs et elle s’organise ailleurs. D’ailleurs c’est intéressant, ça dit quelque chose sur la souveraineté. C’est le procureur de Californie qui vient à notre secours en disant « l’ICANN [Internet Corporation for Assigned Names and Numbers] c’est une charity de droit californien, donc j’ai mon mot à dire, donc si vous détournez et que vous faites une sorte d’abus de bien social je vais sanctionner ». Là c’est la justice américaine. Sur les sujets de diplomatie économique, certains abus de position dominante peuvent être jugés par les autorités de concurrence ou par l’OMC le cas échéant et, sur tous les sujets de droit de l’homme, il y a un certain nombre d’enceintes où on peut aussi faire valoir le droit.
Ce n’est pas spécialement une diplomatie de procès. Aujourd’hui ce sont aussi des investissements, des coalitions, des standards, c’est plus doux, c’est moins conflictuel que ça.

Sébastien Guénard : De toute façon c’est très jeune en réalité. On a quoi ? On a 15 ans de recul maintenant, pas plus ?

Henri Verdier : Oui, peut-être même pas d’ailleurs. Vous l’avez rappelé, j’ai créé ma première entreprise en 1995 ; on ne disait pas startup internet à l’époque, on disait PME qui fait du numérique. J’ai l’impression d’avoir vécu des phases. En fait, en 1995, on découvrait avec fascination le lien hypertexte et on disait « c’est génial cette nouvelle écriture » et le numérique était une affaire d’innovation. On disait « qu’est-ce qu’on peut faire avec tout ça ? », c’était l’imagination au pouvoir. À partir des années 2000/2005, c’est devenu une menace pour des filières industrielles entières, de la disruption, et on a beaucoup parlé de transformation des organisations, de conduite du changement, tout ce que vous voulez. Aujourd’hui c’est devenu de la géopolitique, mais finalement, oui, ça fait une quinzaine d’années qu’on a pris conscience que c’était de la géopolitique. On peut dater ça de l’époque qui a précédé les deux forums mondiaux pour la société de l’information, Internet Governance Forum, c’était 2005 et 2006. C’est la première fois que la communauté internationale s’est réunie en disant « mais en fait ce sont aussi des équilibres géopolitiques ».

Sébastien Guénard : C’est clair. Si on parle de création et d’entreprise, je crois que vous êtes à l’origine de la création d’une cinquantaine de startups dans une précédente mission. Quel est le rôle de l’État ? Quel doit être l’accompagnement ? Est-ce qu’il doit y avoir une mixité des investissements publics et privés ? Quel est votre avis sur le sujet?

Henri Verdier : C’est un sujet immense, je ne sais pas si on peut le traiter en trois minutes. J’ai créé personnellement trois startups, j’ai à peu près réussi une fois, puisque la troisième on l’a vendue correctement au groupe Bolloré. J’ai cofondé avec mes amis et présidé pendant sept ans Cap digital4 qui est le pôle de compétitivité des industries de création numérique ; aujourd’hui c’est une association de plus de 1000 startups parisiennes.
L’histoire est compliquée. Contrairement à ce que disent beaucoup de gens je pense que la France est un pays assez entreprenant, qui a une culture d’entreprise profonde. Au début du 20e siècle on a tout inventé à Paris : l’aviation, l’automobile, le cinéma, l’électricité, le téléphone, tout ça a été inventé à Paris en fait. Ce qu’on a raté pour une histoire qui est une histoire européenne avec les deux guerres mondiales, une économie de reconstruction très administrée pendant les Trente glorieuses. On a quand même réussi à être un très grand pays des télécoms, d’ailleurs beaucoup des fondamentaux de la révolution internet ont été inventés en France y compris le Web, ne l’oublions pas, ou le protocole par paquets qui a permis de faire TCP/IP ou l’ADSL ou le triple play avec Free. Et puis on a raté cette économie numérique très consumer oriented, très agile, très centrée la sur UX [user experience ], le design, au fond on a raté la vague du consumer internet pour des tas de raisons qu’on pourrait analyser pendant des heures.
Ce que je crois c’est que, d’abord, les vagues suivantes ne sont pas jouées. Aujourd’hui la Californie fabrique le consumer internet comme Montélimar fait le nougat. Is ont les meilleurs talents, ils ont les meilleures matières premières, ils ont les meilleurs ingrédients, c’est assez dur d’aller les déloger. Les villes intelligentes avec les points stratégiques que nous avons dans la domotique ou dans le bâtiment, les transports intelligents avec nos industries automobiles, la santé du futur avec notre système de soin et ses données, il y a énormément de combats magnifiques qui commencent à peine et qui seront peut-être moins hors-sol et où nos existences seront des atouts.
La leçon que j’ai tirée de 20 ans au service de l’écosystème digital français, c’est que les politiques publiques d’aide à l’innovation devraient être humbles. En fait on peut être un jardinier, on peut faciliter la vie de ceux qui innovent, on ne peut pas les décréter. On ne peut pas dire « vous irez tous à Rennes faire de la cybersécurité, vous irez tous faire ça, je mets le paquet… ». Je l’écrivais déjà dans L’âge de la multitude : il ne sert à rien de tirer sur la plante pour la faire pousser plus vite, mais on serait idiot de ne pas sarcler autour et de ne pas l’arroser. Peut-être que c'est ce qu'il faut apprendre.

Sébastien Guénard : Est-ce qu’on pourrait avoir quelques exemples de belles réussites françaises ?

Henri Verdier : Vous les connaissez aussi bien que moi, je pense. On en a eu une première vague du e-commerce au tournant des années 2000.

Sébastien Guénard : Lafourchette ?

Henri Verdier : Comment ?

Sébastien Guénard : Lafourchette, BlaBlaCar ?

Henri Verdier : D’abord dans les années 2000, on a eu tout le e-commerce PriceMinister, Vente-privée, etc., Free si vous voulez en faire une startup. Ensuite on a eu un petit passage à mou, ensuite on a eu effectivement quelques trucs mais un peu hors-sol comme Criteo et effectivement il y a BlaBlaCar. Je prédis un bel avenir à Drivy qui est du partage de voitures en co-sharing, etc.
Je voudrais insister là aussi sur le fait que faire des startups c’est un peu une spécialité de la Silicon Valley, les très grands du capital risque sont là-bas, ils font des prédictions auto-réalisatrices. Vous vous doutez que quand Marc Andreessen5 dit « maintenant on met le paquet sur le big data », tout le monde se met sur le big data, donc on lui achète ses poulains. Regardons aussi la transformation numérique plus discrète du monde de l’assurance, du monde de la banque, du monde de l’automobile. Je n’ai plus de voiture, j’en loue une tous les étés pour les vacances et chaque fois je vois qu’on s’est rapproché de la self-driving car en rajoutant juste quelques fonctions de contrôle de vitesse, de freinage automatique, d’allumage automatique.
Il faut bien que comprendre que la France est aussi relativement importante dans les communautés non marchandes du logiciel libre, d’OpenStreetMap6, de Wikipédia. Il y a du français quand même à tous les étages dans l’autre partie de la révolution numérique, celle qui ne se termine pas par une IPO [Initial Public Offering] mais qui change quand même la vie des gens. Pardon je vous ai coupé.

Sébastien Guénard : Si on parle data, on a le RGPD, enfin la data c’est ce qu’il faut mettre dans un moteur, c’est le pétrole pour faire avancer la machine ?

Henri Verdier : J’avais fait un grand article sur mon blog qui avait eu un petit impact à l’époque qui disait « non, les données ne sont pas du pétrole »7. Je m’inquiète un peu de cette analogie parce que le pétrole ça se stocke, ça se thésaurise, ça se spécule et après, quand on l’utilise, il n’y en a plus. Il ne sert à rien de stocker la donnée, elle perd de la valeur, et quand on s’en sert on ne la détruit, en général on lui donne plus de valeur parce qu’on crée des métadonnées d’usage.

Sébastien Guénard : Est-ce que le RGPD ne pose pas de contraintes au développement pour tout ce qui constitue l’industrie de l’intelligence artificielle ?

Henri Verdier : Oui et non.

Sébastien Guénard : Autrement dit, sans data ça n’avance pas.

Henri Verdier : Oui, bien sûr, sans data ça n’avance pas et je le dis dans l’autre sens aussi : les données dont personne ne se sert ne créent pas de valeur. Le seul moyen qu’une donnée crée de la valeur c’est qu’on joue avec. Mais je ne crois pas. Certes, on peut considérer que le RGPD soit un peu pénible à mettre en œuvre, un peu bureaucratique. J’étais le DSI [directeur des systèmes d'information] de l’État quand on l’a mis en œuvre pour l’État, j’en ai quand même souffert, ce n’était pas drôle. Je ferai deux/trois remarques :
il autorise quand même de très nombreuses exceptions pour faire de la recherche, etc. Ce qui est dommage c’est que, parfois, les procédures pour obtenir l’agrément sont trop longues, mais je trouve le cadre juridique sain.
Ensuite le fait d’interdire des choses dont de toute façon on ne veut pas, ce n’est peut-être pas plus bête, ça évite aussi des impasses à la recherche.
Et troisièmement, ce que peut-être nous n’avions pas prévu à l’époque. La France a fait la loi Informatique et libertés en 1978, petit à petit c’est devenu un cadre européen. D’abord il y a eu des directives protection de la vie privée et puis, il y a deux ans, le Réglement général pour la protection des données. Moins de six mois plus tard le Japon avait négocié et obtenu un accord d’adéquation avec l’Europe pour dire « en fait, vous pouvez nous considérer comme l’Europe, on a les mêmes sécurités, donc on peut échanger nos données librement entre l’Europe et le Japon ». La Californie, le Mexique, le Chili, un certain nombre de grand pays se sont empressés de faire pareil et là ça a été ralenti par la covid, mais l’Inde était au bord d’adopter une loi qui était un quasi RGPD. En vérité, sur ce coup-là, on a fait un standard de fait, pour le coup c’est un des sujets où il y a une diplomatie digitale discrète. Maintenant on pousse au maximum nos pays amis à nous rejoindre dans le club du RGPD. Aujourd’hui, je dis parfois que respecter le RGPD c’est accéder au plus vaste marché de consommateurs qui existe. Quand on aura l’Inde on sera deux milliards de consommateurs sous RGPD et ça pourrait même finir par devenir un avantage compétitif pour ceux qui se sont inscrits au début.

Sébastien Guénard : Avec des règles.

Henri Verdier : Les combats de normes c’est compliqué. On peut toujours dire qu’une norme vous affaiblit quand vous êtes le seul à l’adopter, mais parfois, si vous en faites ensuite une norme internationale, vous êtes le plus prêt, le plus proche, le plus armé dans le contexte où ça devient une norme internationale.

Sébastien Guénard : Ça m’amène naturellement à poser la question, en tous les cas si on parlait de cloud, pour vous il ressemble à quoi le cloud ?

Henri Verdier : C’est-à-dire ? Il ressemble à des coffres-forts. Il est mal nommé et j’en ai visité. À part ça je ne comprends pas votre question.

Sébastien Guénard : Le cloud souverain, le cloud public, si on peut redéfinir un peu les périmètres et votre vision sur les périmètres du cloud.

Henri Verdier : Oui. C’est une question un peu vaste.

Sébastien Guénard : Un vrai sujet.

Henri Verdier : Oui, c’est un vrai sujet, je sais répondre, mais votre question embrasse des dizaines de questions. Je vais partir du plus simple.
D’abord, quand j’étais le DSI de l’État j’ai quand même pesé pour qu’on ait une forme de souveraineté sur le cloud pour plusieurs raisons. D’abord, un pays souverain doit pouvoir héberger des données archi-sensibles – pensez aux archives de la DGSE – avec la certitude que personne ne les espionne. Donc même les mettre chez une grande entreprise très respectable mais qui est d’un pays étranger, ça n’est pas entièrement rassurant, premièrement. Et par ailleurs, je pensais et je pense toujours que là nous avons une technologie tellement structurante pour l’avenir que considérer qu’on renonce à savoir le faire définitivement, c’était un peu une faute dans une position qui est celle de l’État.
À l’époque on avait dessiné une stratégie qu’on avait appelée en trois cercles, je parle bien pour les besoins de l’État, en disant « nous aurons un noyau que nous opérerons nous-mêmes ». On ne s’est pas facilité la vie parce qu’on a essayé de le faire avec OpenStack8, on a découvert après que c’était vraiment difficile d’opérer OpenStack. On a réussi, trois ministères différents ont chacun réussi. Aujourd’hui on a trois offres de clouds opérés par l’État. C’est assez drôle d’aller visiter celui du ministère de l’Intérieur, vous passez une barrière où ce sont des gendarmes en uniforme qui sont sur une base militaire et qui vous disent « venez, je vais vous montrer mon cloud » et ils vous montrent fièrement leurs deux générateurs électriques en cas de panne, les grilles qui empêchent des hommes-grenouille- de rentrer par le système d’aération, etc.
On avait un deuxième cercle assez proche du SecNumCloud9 de l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information]. Pour faire simple, quand on a essayé de le faire nous-mêmes on s’est rendu compte de deux choses : c’est plus cher, ce n’est pas tellement plus cher que ça en fait, en vérité pour nous, parce que l’État, contrairement à certaines de vos entreprises, n’a pas des oscillations incroyables d’une année sur l’autre et il n’a jamais à gérer d’hyper-croissance. On est 70 millions de Français, on sera 70 millions et 600 000 l’année prochaine. Vous voyez, d’une année sur l’autre ce que fait l’État est assez répétitif. Donc on n’a pas intérêt à utiliser le cloud pour gérer de la balance de charge permanente. Finalement on s’en sert plutôt pour faire de l’hébergement distant ou pour compiler des solutions as a service.

Sébastien Guénard : Ça c’est le deuxième cercle.

Henri Verdier : En tout cas, finalement le prix n’était pas absolument le sujet, on était peut-être 15/20 % plus cher qu’acheter une offre sur étagère, mais si la souveraineté est à ce prix-là, on peut peut-être se l’offrir, ce n’était pas deux/trois fois plus cher.
En revanche, ce qui est sûr, c’est que des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur ont quand même du mal à entrer dans une culture de service, être au service de leurs usagers, les traiter comme des rois, être bienveillants, retrouver leur mot de passe quand ils l’ont perdu, leur faciliter la vie. Je pense que les États ont un point faible là-dessus. En fait, depuis 2001, les États ont des assujettis ou des bénéficiaires, mais on n’a jamais eu de clients, donc on n’a jamais eu à écouter le client, à se mettre à son service, à le bien traiter. Franchement ça c’était dur. Il y a des trucs qui étaient comiques. On nous disait « pas de problème, tu peux venir sur le cloud, viens d’abord chercher la machine qui va te permettre d’accéder au cloud, qui est dans une armoire dans le fort en question. »
Donc on a fait un deuxième cercle, disons SecNumCloud, où on demandait des sécurités. On voulait faire ça, c’est en train d’être repris plutôt par Bruno Le Maire en ce moment avec un cloud dit souverain où il y aurait des spécifications spéciales pensées par la France. On veut que les machines soient en France pour qu’on puisse éventuellement les surveiller nous-mêmes, on veut un certain nombre de spécifications comme ça. Pour l’État ça veut dire aussi un accès direct au RIE [Réseau interministériel de l'État].
Et enfin, il y avait un troisième cercle qui était de labelliser des offres sérieuses et responsables, parce que toutes les données n’ont pas non plus le même caractère de sensibilité. En France on a plus de 50 000 collectivités locales, 36 000 communes et tout le reste, les intercommunalités, tout ça, qui parfois sont très petites, elles veulent juste pouvoir acheter une solution qui marche.
Ça c’est pour répondre à votre question.
Ensuite, je crois que le débat public sur le cloud et le débat international sont parfois un peu approximatifs. Les gens mélangent géolocalisation des serveurs et droit applicable, nationalité de l’entreprise, choix technologiques, dans un grand fourre-tout qui est souvent quand même un peu confus.
Je vais juste terminer avec ça. On avait fini par théoriser une idée assez simple : dans le cloud, comme souvent dans l’informatique, la souveraineté c’est la possibilité vérifiée de changer de prestataire. C’est-à-dire que si j’ai la certitude, après avoir fait le test, que je peux me barrer en 48 heures, alors je suis souverain et je peux recourir à un prestataire. En revanche, si je me retrouve enfermé chez un gars qui me dit que cette année il va augmenter ses tarifs de 30 %, suivez mon regard, et que là on découvre que c’est incroyable il avait certes des archives, mais elles étaient compilées que c’est super dur de les décompiler.

Sébastien Guénard : Et qu’il lui faut deux mois pour la restitution, ça pose un souci.
L’application du droit c’est la localisation du datacenter quand même, pour le coup ? On reste quand même là-dessus ? Je n’ai pas bien compris ce que vous évoquiez.

Henri Verdier : Les Américains ont une doctrine dans le CLOUD Act10 qui est l’application extraterritoriale du droit, donc pour eux si c’est une filiale d’une entreprise américaine, le droit s’applique. Absolument.

Sébastien Guénard : C’est déjà beaucoup plus clair.
Tu es très open data. Est-ce que tu peux nous apporter un éclairage sur ce que tu as mis en place, ce qu’il en reste et ta vision sur le sujet ?

Henri Verdier : Ça c’était la mission pour laquelle on m’a appelé dans l’État. C’est assez drôle parce qu’à la fois il y a une très longue histoire en France de la transparente de l’action publique. J’aimais bien rappeler aux fonctionnaires chenus que la Déclaration des droits de l’homme dit que la société est en droit de demander compte à tout agent public de son administration. Mine de rien, cette histoire a une histoire : par exemple, depuis 1830, les rapports de la Cour des comptes sont publics, ce qui est un truc de dingue si on réfléchit bien. Il y a une magistrature indépendante qui cartonne l’État tous les ans et les rapports sont publics depuis longtemps.
En 1978, justement la même année que la loi informatique et libertés, il y a eu la loi CADA [Commission d'accès aux documents administratifs] qui donne, à nous citoyens, accès aux documents administratifs. Je ne dis pas que c’est parfait, loin de là, il y avait quand même une culture du secret, de la méfiance, mais il y avait vaguement dans l’État l’idée que c’est normal que les citoyens nous demandent des comptes.
Avec la révolution numérique, justement, pas mal de gens se sont rendu compte qu’on pouvait faire beaucoup plus que demander des comptes avec les données faites par l’État, que ça peut créer énormément de valeur, là aussi pour faire des startups si on veut, mais pas seulement. Quand je devais expliquer aux administrations pourquoi les données open data devaient être gratuites, qu'elles me disaient « prouve-moi que ça crée de la valeur », je leur disais « imaginez une seconde une France où, tout d’un coup, j’arrête de distribuer les données de l’INSEE, les fonds de cartes routières de l’IGEN et je ne sais pas quoi, les chiffres du ministère de l’Éducation nationale ». Vous voyez bien que la plupart de vos entreprises, si tout d’un coup on ne sait plus combien il y a de Français dans chaque ville et quelles sont les distances kilométriques entre les villes !

Sébastien Guénard : Cadastre, actes notariés, etc.

Henri Verdier : Justement, ce sont deux mauvais exemples parce que cadastre et actes notariés, ce sont des trucs qu’il fallait acheter pour les recevoir en PDF.

Sébastien Guénard : Mais on pouvait aller les chercher.

Henri Verdier : Ce sont des sujets dont on disait qu’il faudrait les mettre en ligne en format numérique, en format machine-readable, gratuitement et pour toute réutilisation et n’essayez pas, vous, de contrôler les réutilisations.
Quand on voit ça, je ne vais pas être long, en France comme dans d’autres pays, l’open data sert la transparence démocratique parce qu’on peut quand même demander des comptes aux administrations en disant « vous vous moquez de nous, il y a une surpopulation carcérale trois fois trop grande, vous avez mis l’argent ailleurs que là où il y a la pauvreté, vous dites que vous avez tant de lits d’hôpital et ce n’est pas vrai, etc. » C’est important. Je pense que ça crée un stimulus économique. Je t’ai coupé la parole en disant « non la donnée ce n’est pas du pétrole ». Ce n’est pas du pétrole parce que ce n’est pas un bien rival. En revanche oui, c’est le terreau sur lequel on construit l’innovation. C’est quand même une forme de carburant ; à la limite, si tu veux faire une métaphore avec le moteur, dis que c’est l’oxygène.

Sébastien Guénard : D’accord. Et aussi le vent des éoliennes.

Henri Verdier : C’est absolument indispensable, je confirme. Quand j’utilise une donnée je ne vous enlève rien, alors que quand j’utilise du pétrole je vous enlève du pétrole. La donnée stimule énormément l’économie et le vrai sujet qui m’a ensuite captivé les trois dernières années de mon mandat c’est que c’est probablement un levier très grand de transformation de l’État et d’amélioration de l’État lui-même, à la fois pour sortir de cette espèce de culture de chapelle, de méfiance, de silo, de « je cache ma copie », etc. En fait, et on le voit bien en temps de covid, dès qu’on veut réagir à l’imprévu il faut croiser des données de sources diverses et si on a pris la peine de savoir où elles sont, de les « apéifier », de construire avant les sécurités techniques et juridiques pour qu’il soit super facile de les échanger dès qu’on en a besoin, on est bien plus réactifs.

Sébastien Guénard : Je vais te faire un petit quiz parce qu’il faut avancer, il y a des questions qui sont en attente ; Julien nous rejoindra pour la partie questions. Je vais te faire un « questions pour un ambassadeur » : si je te dis 28 janvier 2019, Washington, conférence de presse spectaculaire avec le directeur général du FBI, les ministres de la Justice, de l’Intérieur et du Commerce, je suis ? L’affaire Huawei.

Henri Verdier : Huawei.

Sébastien Guénard : C’est un petit quiz, « ambassadeur quiz ». Face à l’espionnage industriel, la cybercriminalité, sommes-nous bien armés en France, en Europe ?

Henri Verdier : En général, tous ceux qui disent qu’ils sont bien armés se prennent dans les 48 heures une attaque de hackers qui veulent leur prouver que non.

Sébastien Guénard : Et en ce moment les attaques ne manquent pas.

Henri Verdier : Je pense quand même que la France est un des grands pays en défense, un des six ou sept qui savent encore se défendre. On a inventé le concept d’opérateur d’importance vitale, donc on a probablement assez bien protégé, à peu près, le noyau de notre économie. C’est un combat quotidien, c’est un jeu de gendarmes et de voleurs quotidien. On ne va pas faire les malins. Tous les jours on détecte une intrusion, un machin, une tentative. Je suis un peu plus préoccupé de la faible mobilisation de la société civile, des PME. On voit bien, en ces temps de covid, le nombre de gens qui se retrouvent sur Zoom et quand on leur dit « tu sais, c’est complètement pourri », ils disent « ah bon ! Eh bien tant pis ! » C’est impressionnant l’indifférence à ça.

Sébastien Guénard : Ce n’est pas pour balancer, mais le ministre de l’Éducation était sur Zoom, ça se voyait à la télé, c’était écrit Zoom.

Henri Verdier : D’accord ! En tout cas il n’a pas fait comme Boris Johnson qui, en plus, a twitté en mettant l’URL de la salle de réunion.

Sébastien Guénard : C’est quand même drôle !

Henri Verdier : Mais là c’était une stratégie. Bref !
Il y a un vrai travail à faire envers le monde des PME et des particuliers et puis attention, et c’est là que la France a une diplomatie différente, nous considérons parfois que le sujet Huawei est aussi otage d’une guerre technologique Chine/États-Unis et il est aussi analysé en stratégie de deux super powers qui veulent devenir chacun le seul super power. Nous essayons de dire précisément que la France a une vision de citoyenneté vue comme de l’autonomie stratégique, elle veut avoir le choix, elle veut pouvoir auditer les solutions qu’elle utilise, elle veut que ses propres autorités puissent dire qu’elle est en sécurité. En réalité la vraie position de la France sur la 5G c’est « nous voulons plusieurs fournisseurs ».

Sébastien Guénard : La 5G c’est, à mon avis, le vrai sujet en attente du côté des questions. C’est un vrai sujet.

Henri Verdier : On ne confiera jamais de l’infrastructure clef d’un pays à un seul acteur, bien sûr, peut-être, encore moins s’il est Chinois, mais ce n’est pas comme ça qu’on va raisonner. Puisque j’ai dit que l’autonomie stratégique c’était de pouvoir changer de crémerie, il faut qu’il y ait aussi d’autres offres. Un monopole, quel qu’il soit, même si c’était un monopole américain, on n’aimerait pas.

Sébastien Guénard : Pour finir, avant les questions, quels conseils pourrais-tu communiquer aux managers pour aborder le numérique ? Quelles sont les clefs essentielles ? On a parlé de sécurité. Qu’est-ce que tu voudrais, en quelques mots, que chacun retienne ?

Henri Verdier : Ça dépend aussi si vous êtes le DSI d’une boîte de 300 000 salariés ou une PME, ce n’est pas pareil.

Sébastien Guénard : Il y a pas de DSI connectés, CDO [Chief Data Officer], c’est sûr, mais aussi des supply chains.

Henri Verdier : De ce que j’ai appris surtout dans la transformation numérique de l’État mais avant, au fond, dans mes métiers précédents, j’ai été chez Lagardère, j’ai été en PME, le numérique, quand même, un, ça s’« expérience ». Il faut avoir de l’expérience, donc il faut faire monter dans les organigrammes des gens qui connaissent le numérique. Il y a une phrase que je cite souvent, qui était dans un bouquin de Thesmar et Landier : « On n’imaginerait pas un état-major militaire sans personne qui soit allé sur le théâtre d’opérations. » Pourquoi dans les états-majors des entreprises, alors que le théâtre d’opérations aujourd’hui c’est le numérique, vous mettez des gens qui ont ce rapport distant, en plus un peu dégoûté quand c’est de la tech. Il faut mettre des gens de la tech dans les commex [comités exécutifs], dans les codirs [comites de direction], dans les directions métier, etc. Toutes les fonctions qui ont tenté de mettre un petit pôle d’innovation dans un coin de l’organisation ont foiré, parce que quand arrive la crise on oublie qu’on avait un pôle d’innovation.
Deuxième constat, c’est plus pour nos organisations une transformation organisationnelle et managériale qu’une transformation tech. C’est pour ça que je vous ai parlé d’entreprise libérée, de méthode agile, d’open data. Si vous ne pensez pas une stratégie numérique…

Sébastien Guénard : Tu préconises la gouvernance numérique multi-métiers.

Henri Verdier : C’est sûr que je vais préconiser ça. Je me suis tapé l’arrêt de grands projets dingues de 300 millions d’euros ou la reprise de legalicy sur des vieux systèmes. Le plus important, pour moi, c’était les méthodes agiles, un management inspiré quand même d’entreprises libérées, le fait qu’il fallait recruter des espèces de types en tee-shirts qui venaient en rollers au bureau, même s’ils travaillaient pour le Premier ministre et qu’il fallait diversifier comme ça nos parcours et nos talents, ça me semble être ce que j’ai fait de plus important comme DSI groupe de l’État bien plus que les choix de… Et pourtant on a aussi fait de belles choses technologiquement. On a une messagerie sécurisée maison qui a coûté 200 000 euros et qui marche vachement bien, qui est cryptée de bout en bout, hébergée sur nos propres serveurs, qui s’appelle Tchap11. On a fait de jolies choses qui nous mis de l’efficacité et de la souveraineté, mais le vrai combat c’était de faire rentrer un peu l’esprit du numérique dans une vielle organisation, ça c’était dur et ça c’était important.

Sébastien Guénard : D’accord. On va passer aux questions. Julien si tu veux bien nous rejoindre. Julien Merali.

Julien Merali : Bonjour Monsieur Verdier. Bonjour Monsieur Guénard.

Henri Verdier : Bonjour.

Sébastien Guénard : Je reviendrai pour la conclusion, ça évite de voir trop de têtes.

Julien Merali : Il y avait effectivement une première question c’était comment vous situez-vous par rapport au coordinateur national de la stratégie de l’intelligence artificielle. On parle de Renaud Vedel.

Henri Verdier : Bien sûr. D’abord très simplement. Le prédécesseur de Renaud c’était Bertrand Pailhès qui était à la DINSIC [Direction interministérielle des systèmes d'information et de communication de l'État] et c’est moi qui l’avais recruté dans la DINSIC.
En fait c’est assez simple, la stratégie nationale de l’intelligence artificielle qui résulte du rapport Villani12, elle a je crois, de mémoire, 47 mesures, il y a des mesures pour financer la recherche ; ça c’est Renaud qui est un ami par ailleurs, parce qu’il s’occupait de sécurité au cabinet d’un Premier ministre précédent.
Nous on a quelques sujets IA, notamment faire émerger un cadre de gouvernance internationale de l’intelligence artificielle avec un projet très porté par le président de la République qui a s’appelle le Partenariat mondial sur l’intelligence artificielle, donc on travaille avec Renaud. Et puis j’ai des sujets non IA et il a des sujets non diplomatiques, en fait on a une belle intersection et chacun a son métier.
Maintenant je ne m’occupe que de diplomatie, c’est-à-dire quand ça concerne les relations à l’extérieur de la France, quand ça concerne nos relations avec d’autres pays ou éventuellement avec de grandes plateformes, mais je ne m’occupe pas de réforme de l’État. Là on en a beaucoup parlé parce que les questions ont porté là-dessus, mais ce n’est plus mon métier.

Julien Merali : Justement, par rapport à l’État, est-ce que l’État doit s’inspirer encore plus du secteur privé ? C’est une question qui est très pertinente puisque le réseau Agora Managers a cette particularité de rassembler les décideurs issus des grandes entreprises publiques et privées, je le rappelle.

Henri Verdier : Je l’ai déjà dit, y compris dans votre réseau qui était venu me voir il y a deux ans dans mes fonctions précédentes. Oui, mais attention ! Honnêtement, l’innovation ne dépend pas, ne se sépare autour d’une frontière qui serait public-privé. J’ai vu plein de boîtes privées, très conformistes, très plan-plan, ne comprenant rien au numérique et j’ai vu plein de parties de l’État super innovantes, super réactives. La ligne sépare plus les innovateurs et les conservateurs que le public et le privé, si on doit « clustériser » le monde. Après, ce que je crois profondément, qui était la thèse de L’âge de la multitude c’est qu’il y a quand même dans la puissance des grandes entreprises du numérique des purs players, des GAFAM pour les nommer, des règles stratégiques, je ne sais pas, le two-pizza team, le strategy delivery, la méthode agile, une attention sans relâche à l’usager, la conviction que Code is Law, donc les infrastructures c’est super stratégique. Il y a un certain nombre de choses qui sont même quasiment des réflexes, en fait, et dont il faut absolument que l’État s’empare, parce que sinon on fait comme ça peut nous être arrivé dans notre histoire, on prépare la guerre précédente.

Julien Merali : Justement je vois une question qui arrive : est-ce que la méthode agile est applicable dans le secteur public ?

Henri Verdier : Je crois, oui, même magnifiquement en vérité, parce que l’État a encore beaucoup de métiers de service avec un front-office très important qui est au contact des usagers. Quand on fait des projets vraiment autour des retours d’usage réels on peut trouver des agents publics qui ont une grande sensibilité, qui disent « attendez, l’usager n’était pas content, il n’a pas compris, regardez, si on faisait autrement ». Nous, pour information, pour ceux qui ne savent pas, à la DINSIC on avait lancé un incubateur de startups d’État. En fait c’était une équipe de coaches et de quelques devs qui étaient capables, qui disaient « quel que soit votre projet on peut faire le minimum by able project en six mois avec deux développeurs ». Après, si ça marche, on pourra réinvestir, continuer, etc. On a fait plus de 90 projets. Une soixantaine d’entre eux sont devenus des projets très sérieux. Ça c’est pour répondre vite à des besoins. Là il y en a une dizaine en cours à cause de StopCovid, tout d’un coup il y a un besoin, vite, vite.
Surtout j’espérais, et là on n’a pas fini le travail, que ça finirait par contaminer les organisations dans leur pilotage approximatif des très grands projets, des projets à 300 millions d’euros : la paye des profs, des trucs comme ça. Je terminerai avec ça. Évidemment il y a aussi le risque d’antagoniser, d’avoir la vieille IT qui est un peu énervée par les petits trublions qui ne cessent de se vanter de leur succès, donc je voulais que la vieille IT se préoccupe aussi des raisons pour lesquelles ces méthodes marchent. Donc on avait organisé un séminaire avec les DSI des ministères et leurs secrétaires généraux et on s’était isolés pour se parler entre nous. Je leur avais suggéré qu’ensemble et sans témoins on essaie de partager entre nous pourquoi on avait raté ces grands projets qui foirent et qu’on essaie de redécouvrir, ensemble, les règles qu’il faudrait s’imposer pour ne plus les rater. Pourquoi on rate les grands projets, c’est sûrement pareil dans certaines de vos entreprises, parce que tout d’un coup un ministre — chez vous c’est un commex — dit « j’ai une idée géniale on va faire ça ». Ensuite, il y a quelques énarques, quelques haut-fonctionnaires qui font des specs alors qu’ils ne sont pas informaticiens. Ensuite chez nous, en plus, on rajoute une couche où un acheteur public traduit ça en cahier des charges. On doit dépouiller une réponse qui, dans certains cas, fait 600 pages. On est obligé nous l’État, c’est un autre point de faiblesse, d’acheter le mieux prétendant et pas forcément le plus talentueux ; parfois c’est aussi celui qui a le mieux menti qu’on va acheter sinon on se retrouve au tribunal administratif. Après on développe pendant dix ans, souvent d’ailleurs avec trois coups de volant politiques où le projet change pendant les dix ans en question. Chez nous on a un autre handicap : souvent on change les chefs de projet tous les deux ans, en moyenne l’énarque change de job tous les deux ans. Donc au sixième chef de projet, après avoir dépensé 150 millions d’euros, on ne sait plus pourquoi on faisait comme ça au début. Après on fait une bascule en Big-Bang et paf ! On découvre que ça ne marche pas.
Donc je les ai fait réfléchir à tout ça et à la fin, sans le savoir et avec un vocabulaire de haut-fonctionnaire, ils avaient redécouvert quelque chose qui avait une petite gueule de catéchisme agile en fait. Ils disaient qu’il faudrait que les projets puissent commencer petits, atteindre un premier résultat et continuer à partir de ce premier résultat. Il faudrait qu’il y ait un capitaine unique et clairement mandaté. Il faudrait que… Enfin !
En fait, oui je pense que c’est un ferment et je pense aussi que c’est un ferment de réforme de l’État, c’est-à-dire que ça interroge aussi les fondamentaux de la logique bureaucratique. Je peux vous recommander de lire l’excellent David Graeber, cet imprécateur anarchiste qui a écrit un livre merveilleux sur la bureaucratie [The Utopia of Rules : On Technology, Stupidity, and the Secret Joys of Bureaucracy ]. Pour moi c’est lié : la révolution numérique et la contestation de l’ordre bureaucratique ça va ensemble.

Julien Merali : Il y a une autre question qui vient du comité de pilotage de l’Agora, des DSI, on les salue au passage, on parle de Robert Eusebe, Ludovic Tassy, Jacky Galicher maintenant à l’Académie de Normandie, qui posent la question : que dire du président sur l’ambition numérique ?

Henri Verdier : Je sers avec fierté ce président en tant qu’ambassadeur, donc je vais en dire du bien. Sérieusement je pense quand même, pour ceux d’entre nous qui ont vécu plusieurs quinquennats, que là, sincèrement, l’idée qu’il n’y aura pas de modernisation sans passer vraiment par la modernité numérique est acquise et c’est venu avec cette alternance-là. Avant il y avait le chapitre des innovations et il avait un chapitre numérique dans un coin. Aujourd’hui, sincèrement, tous les ministres savent que s’ils ne se modernisent pas dans une modernisation numérique, ils seront à côté de la plaque. D’ailleurs je salue notamment Jacky. Quand je suis rentré dans l’État, ce n’est pas vieux, c’est en 2013, je pense qu’on était une douzaine ou une quinzaine à bien comprendre les enjeux de la transformation numérique de l’État. Aujourd’hui le jeu est devenu complètement différent, il y a des projets et des équipes un peu partout et le plus dur est devenu de synchroniser un peu tout ça et d’être sûr qu’on tire tous dans le même sens, parce qu’il y en a beaucoup maintenant, il y en a partout, mais il vaut mieux ça que le contraire.

Julien Merali : Une autre question, peut-être la dernière : la France peut-elle devenir une e-nation à l’image de l’Estonie par exemple ? Est-ce qu’on en a les moyens ?

Henri Verdier : J’espère surtout qu’on va faire beaucoup mieux que l’Estonie. L’Estonie c’est un pays assez fascinant que j’ai visité au moins une fois par an, qui a fait des prouesses, c’est sûr. C’est aussi un pays qui a accédé à l’indépendance il y a une trentaine d’années et qui a construit son SI en même temps qu’il construisait son État, pour une population de 800 000 habitants qui, en plus, a une vraie homogénéité culturelle et sociale. Donc on ne peut pas devenir d’Estonie. D’ailleurs, il y a quand même dans leur modèle des choses qui feraient un petit peu frémir en France, il y a quand même une centralisation des données que nous trouvons un peu excessive, une interconnexion des services publics que nous trouvons un peu inquiétante. Quand vous voulez tirer de l’argent à la banque vous n’avez pas envie qu’on en profite pour vous dire « tiens, au fait, tu as oublié de payer tes impôts locaux, donc j’en profite pour les prélever », ce que ne fait pas l’Estonie mais ce que fait le Portugal.
Je pense qu’on peut devenir un grand pays qui construit sa démocratie avec une vraie bonne maîtrise du numérique, mais ça ne veut pas dire copier l’Estonie. Oui, bien sûr, il faut faire des services simples, conviviaux, efficaces, qui marchent, il faut le faire dans le respect des libertés démocratiques. Il faut le faire aussi, et ça c’est français, dans l’idée qu’on n’est pas des consommateurs de l’État, on est des citoyens, à la limite on est des actionnaires de l’État. On a des droits, on veut se mêler du débat, on veut contester les décisions, on veut juger le politique, on est copropriétaires de la démocratie.

En fait, il faudrait croiser le magnifique back-office de l’Estonie, la très belle pensée de la qualité des services publics qu’avait le Governement Digital Service du temps de Mike Bracken à l’ère Cameron, le souffle de OpenGov qu’il y a avait dans l’administration Obama et le génie français avec son sens du design, de ce que c’est qu’une ville où il fait bon vivre, de l’importance de conserver le droit à la controverse et les coups de gueule. Oui, on peut devenir un pays très à l’aise avec son numérique où il fait bon vivre.
Je ne vous ai parlé que de réforme de l’État, mais je pourrais faire le même raisonnement pour l’industrie, mais pas en copiant l’Estonie, ni la Silicon Valley, ni les Anglais, en cherchant un chemin français, ou en les copiant tous, comme vous voulez !

Julien Merali : Beau programme !
Une question très intéressante : est-ce que l’ambassadeur du numérique est apolitique ?

Henri Verdier : D’abord je suis ambassadeur pour le numérique. Je ne représente pas le numérique, je représente la France dans des enceintes. C’est compliqué. Il y a un devoir de neutralité des fonctionnaires, on n’a pas le droit d’être partisan. Il y a un devoir encore plus fort : un ambassadeur représente la France à l’étranger. Ceux d’entre vous qui me connaissent depuis longtemps ont peut-être remarqué que je ne blogue plus depuis que je suis ambassadeur parce que ma parole c’est maintenant la parole de la France. Si je dis « je n’aime pas cette solution », ça peut nous mettre en froid avec un pays pendant six mois.
Après, le devoir de neutralité, ce n’est pas un devoir de cécité. J’ai des convictions, j’essaie de les défendre dans des arbitrages et, parce que je ne peux pas m’en empêcher, des fois j’essaie de les laisser transparaître à travers quelques tweets ou quelques formules comme j’ai pu en employer d’ailleurs dans l’heure qui s’est écoulée. En tout cas un fonctionnaire et un ambassadeur c’est au service de l’État, ce n’est pas au service d’un parti politique.

Julien Merali : Merci pour ces réponses. Il est 55, je vais peut-être laisser Sébastien revenir pour le mot de la fin.

Sébastien Guénard : Le mot de la fin, je préfère que ce soit Henri qui nous fasse une conclusion.
Je tenais simplement à informer tout le monde que la semaine prochaine, et Henri doit bien le connaître, on aura le plaisir de recevoir Alain Bauer sur la gestion de crise, donc le post-covid et comment on va aménager tout cela.
C’était très intéressant. Un grand merci. Tu disais que ça faisait deux ans que tu n’étais pas venu et, en fait, le lendemain de ta nomination tu étais déjà avec nous. Tu es venu nous voir deux fois en qualité de directeur du numérique et une fois en qualité d’ambassadeur.

Henri Verdier : C’était il y a 18 mois

Sébastien Guénard : Oui, tu as raison. On t’a connu à ta prise de fonction ambassadeur. En tous les cas un grand merci pour ces brillantes idées, cette franchise qui te caractérise et on se dit à très vite, en tous les cas tu es le bienvenu, tu es un invité permanent en tant qu’IT dans la grande famille Agora Managers.
Merci à tous. Merci Julien pour les questions que tu as retransmises et à très bientôt. Bye Bye. Au revoir.

Henri Verdier : Au revoir.

Julien Merali : Au revoir et merci à tous.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (27 octobre 2020)

ven, 10/23/2020 - 16:46
Start: 27 Octobre 2020 - 15:30End: 27 Octobre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

80e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM et DAB+ en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 27 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 27 octobre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 27 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Journée mondiale du logiciel libre - Interview de Pierre-Yves Gosset (Framasoft) par Alexandre Schon (France insoumise)

ven, 10/23/2020 - 14:34


Titre : Journée mondiale du logiciel libre - Interview de Pierre-Yves Gosset (Framasoft) par Alexandre Schon (France insoumise)
Intervenants : Pierre-Yves Gosset - Alexandre Schon
Lieu : Nouvelles auditions programmatiques de la France insoumise - Paris
Date : septembre 2020
Durée : 17 min 45
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Logo de Framasoft par JosephK inspiré de la mascotte historique de LL. de Mars - Licence Creative Commons By-SA 2.0. Logo France insoumise Wikimedia Commons - Domaine public.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Alexandre Schon : On est dans le 12e arrondissement de Paris sur la place Henri-Frenay, juste à côté de la Gare de Lyon. À l'occasion des nouvelles auditions programmatiques de la France insoumise et de la Journée mondiale du logiciel libre nous allons écouter Pierre-Yves Gosset, codirecteur de Framasoft1, juste à côté devant l'@nnexe l'un des principaux espaces publics numériques de la Ville de Paris tenu par l'association Relais 59, un des nombreux tiers-lieux qui permet une éducation populaire au numérique afin aussi de lutter contre la précarité numérique. Un lieu qui a pour nous tout un symbole. Allez, on y va, c'est parti !
Pierre-Yves Gosset bonjour.

Pierre-Yves Gosset : Bonjour.

Alexandre Schon : Vous êtes codirecteur de Framasoft, une association qui fait référence en France en matière de sensibilisation et d'éducation populaire aux enjeux du numérique. Vous parlez notamment beaucoup de logiciel libre. Vous êtes à peu près 25 bénévoles, une dizaine de personnes salariées réparti·e·s un peu partout en France.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait !

Alexandre Schon : Et vous êtes à l'origine de la démarche Contributopia2 dont vous nous parlerez peut-être tout à l'heure.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait !

Alexandre Schon : Est-ce que vous pouvez nous dresser un petit peu un état des lieux du logiciel libre, des usages libres, aujourd'hui dans notre société contemporaine, que ce soit à l'échelle mondiale, à l'échelle de l'Union européenne, à l'échelle de la nation, ou même à échelle des régions, des départements, puisque les élections départementales et régionales arrivent. Finalement, où est-ce qu'on en est dans le secteur de la puissance publique par rapport à la problématique du logiciel libre et des usages libres ?

Pierre-Yves Gosset : Il faut peut-être déjà rappeler ce que sont les enjeux du logiciel libre.
Le premier enjeu est sans doute politique : aujourd'hui on est dans des sociétés qui sont extrêmement numérisées. Quand on a un téléphone qui est évidemment numérique, dans ce téléphone on a sa musique qui est numérique, on a la télé qui est numérique, on a le plus souvent maintenant les livres qui sont numériques aussi. Et, du coup, la question qui se pose derrière c'est est-ce qu'on peut avoir une société libre sans logiciel libre ? Maintenant qu'on est dans cette société dans laquelle on baigne complètement dans le numérique, dans laquelle les enjeux du numérique sont très prégnants, cela nous force à nous poser la question de : qui contrôle ces logiciels ? Pour en faire quoi ? Qu'est ce qui est fait de nos données ? Etc. Donc la première question est d'abord politique.
Il y a une deuxième question qui se pose en termes d'enjeux, c'est celle de l'éducation populaire au numérique et notamment au numérique libre et ça c'est arrivé un petit peu plus récemment. Jusqu'à il y a une vingtaine d'années, il était très simple de bidouiller, de hacker un ordinateur voire un téléphone, c'était possible. Aujourd'hui, la problématique, c'est que les grandes entreprises, notamment ce qu'on appelle les GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – nous mettent à distance du numérique : en tant que citoyen on a de plus en plus de mal à s'approprier cet outil qu'est le numérique et ça pose une vraie difficulté puisqu’on ne peut plus réparer son téléphone, on ne peut plus savoir exactement ce que fait le logiciel et, je ne sais pas, quand on parle par exemple du cloud, on imagine un espace un peu magique, un peu au-dessus de nous, et on est mis à distance de ce numérique. Donc il y a derrière une vraie problématique d'éducation et de sensibilisation : comment est-ce qu’on peut faire et ré-atterrir le numérique ? Comment est ce qu'on peut faire reprendre conscience aux gens que Internet, par exemple, c'est essentiellement de la plomberie et que, derrière, il y a forcément cette question de : par où passent ces tuyaux ? À qui est-ce qu'ils appartiennent ? Qu'est-ce que moi, en tant que citoyen·ne, je peux mettre ou ne pas mettre dans ces tuyaux ? Aujourd'hui ces décisions sont prises par quelques entreprises et un des objectifs, à mon avis, qu'on doit avoir, que ce soit pour Framasoft en tant qu'association d'éducation populaire aux enjeux du numérique mais, plus globalement, en tant que société civile c'est : comment est-ce qu'on redonne du pouvoir au citoyen de façon à ce qu'il puisse se réapproprier ce numérique, comprendre ce qui se passe quand il envoie un mail, que ce n'est pas magique et que, finalement, on parle beaucoup d'applications, mais derrière ces applications ce sont des logiciels qui fonctionnent sur des matériels, qui fonctionnent sur des réseaux, etc.
Donc il faut reprendre conscience de ça pour qu'on puisse se réapproprier le numérique.

Alexandre Schon : Ça passe par quoi ? Ça passe par réparer certains composants électroniques ? Ça passe par une relocalisation de la donnée ? Ça passe par quoi finalement ?

Pierre-Yves Gosset : Se réapproprier le numérique c'est effectivement se réapproprier les objets, ce qu'on appelle les terminaux, parce que c'est aussi par ça que ça passe. Être capable de changer un disque dur dans un ordinateur ça paraît excessivement compliqué à beaucoup de gens, mais exactement comme, je sais pas, changer la jante d'une roue de vélo ça parait excessivement compliqué à beaucoup de gens et, ce qui nous nous paraît important, c'est que les gens aient la capacité de le faire. Qu'ils le fassent ou qui préfèrent passer par un artisan du numérique pour changer le disque dur, ça nous va. La question n'est pas la possibilité de faire autrement. Par contre, être en capacité de savoir qu'on peut le faire change absolument tout.

Donc il y a la réparabilité, il y a la compréhension autour de l'obsolescence programmée de ces matériels, donc il faut expliquer comment fonctionnent les logiciels, qui les programme, qui fait des téléphones portables, comment est-ce qu'ils fonctionnent, comment est-ce qu'ils sont produits. Tout ça, encore une fois, passe par une compréhension, un petit peu, de tous ces enjeux globaux.
Après il y a la question des données et du logiciel. On a vu le matériel, il y a le logiciel et il y a les données.
Les logiciels, aujourd'hui, sont la plupart du temps des boîtes noires. Quand vous téléchargez, je sais pas, l'application Airbnb ou BlaBlaCar ou une application Amazon, vous ne savez pas ce qu'elle fait sur votre téléphone, vous savez pas nécessairement ce qu'elle capte, etc. Le fait d'utiliser des logiciels libres donne le pouvoir à des gens qui en ont les compétences, essentiellement des informaticiennes et des informaticiens, de pouvoir regarder finalement quel est le code source, c'est-à-dire la recette de cuisine du logiciel, de voir comment fonctionne cette application et de se dire « eh bien non, là, l'application Airbnb collecte trop de données ou elle va installer un tracker qui me suis en permanence et qui va me proposer de la publicité ciblée. »

Alexandre Schon : On évolue dans un capitalisme de surveillance ?

Pierre-Yves Gosset : On évolue carrément dans un capitalisme de surveillance !
Le capitalisme de surveillance, pour l'expliquer vraiment en une phrase, c'est finalement la capacité de collecter un maximum de données, d'être en capacité de les analyser pour prédire nos comportements et notamment nos comportements de consommation. Donc c'est comment est-ce qu'on va monétiser ces prédictions de comportement. Et c'est une vraie différence avec le capitalisme « classique », j'allais dire « à la papa » qui, pour moi, est déjà un système mortifère. Si on y ajoute une dimension de surveillance, le capitalisme de surveillance n'est pas juste le chiffre d'affaires des entreprises qui vendent des caméras, ce n'est pas juste Amazon qui vous traque ou Facebook qui vous traque. C'est la capacité que ces entreprises ont de prédire votre comportement, voire de tenter de l'influencer. Et ça change tout parce qu’il ne s'agit pas juste de lire une publicité pour des yaourts et de se dire « je vais acheter ces yaourts ». C'est que votre frigo connecté va être capable de détecter que la semaine dernière vous avez acheté des yaourts de telle marque et il va vendre aux enchères, à la marque, la capacité de dire « on va non seulement proposer au client d'acheter votre marque et ça vous coûtera 0,003 centime de publicité », mais ça peut aller beaucoup plus loin, ça peut être de proposer un contrat au client qui lui dit : « Votre frigo ne sera jamais vide » et, chaque fois que vous avez consommé trois yaourts sur quatre, la commande est passée automatiquement ; Amazon vous livre, limite par drones – ils n'en sont pas encore là mais c'est pas très loin – et votre frigo est en permanence alimenté par des produits d'entreprises que vous ne connaissez pas et qui orientent vos comportements. Et ça, ça change complètement d'un capitaliste qui est basé essentiellement sur l'accroissement du capital des entreprises. Là on est vraiment dans quelque chose qui est beaucoup plus dangereux à notre avis : c'est comment est-ce qu’on peut orienter les comportements des consommateurs donc des citoyen·ne·s ?

Alexandre Schon : Et face à ça l'alternative numérique existe. C'est l'April, c'est Framasoft, c'est l'EDRi3 [European Digital Rights] au niveau de l'Union européenne, ce sont des collectifs comme CHATONS4. Finalement, où est ce qu'on en est de la question du Libre au niveau de l’État, au niveau des départements/des régions, au niveau de l'Union européenne bref, où est-ce qu'on en est de la question du Libre aujourd'hui au sein des pouvoirs publics ?

Pierre-Yves Gosset : C'est assez simple, il y a du logiciel libre partout. Il y en a dans votre téléphone, il y en a dans votre télévision, il y en a dans le système qui régule les feux de circulation. Évidemment il y en a dans Internet partout, il y en a dans les sites web, il y en a dans les systèmes de paiements bref, le logiciel libre est absolument partout. Pourtant, il bénéficie de quasiment aucun soutien. Non seulement pas de soutien étatique, assez peu de soutien d'entreprises, on va dire que c'est une infrastructure qui demeure relativement invisible et qui est relativement abandonnée. C’est-à-dire qu'elle repose avant tout sur des efforts essentiellement de la société civile, ça peut être un groupe de personnes qui se met ensemble pour développer un logiciel parce qu'il y a un besoin d'un logiciel spécifique un moment donné ; ça peut être une entreprise, pourquoi pas, qui se dit « OK, je vais proposer un logiciel libre et, plutôt que de vendre le logiciel, je vais vendre du service. » Tout ça, finalement, ne s'articule plutôt pas si mal.
La problématique c'est que le logiciel libre n'est pas du tout valorisé puisque les indicateurs qui permettent de juger du succès par exemple d'un projet, que ça soit un logiciel ou une entreprise ou autre, ça va être quel est le chiffre d'affaires qu'il dégage ? Le logiciel libre dégage quand même un certain volume de chiffre d'affaires dans le monde parce qu'il y a des entreprises qui gagnent de l'argent avec. Malgré tout, vu qu'on n'est pas sur des modèles de vente de logiciels mais plutôt soit de prestations de service, soit d'entraide, ce logiciel libre et, on va dire, le pan économique du logiciel libre est finalement assez peu visible au niveau macro. On peut savoir à peu près quel est le le chiffre d'affaires des entreprises du logiciel libre en France, en Europe ou dans le monde, mais, finalement, ces chiffres ne reflètent pas du tout l'apport qu'est le logiciel libre. Le logiciel libre est un bien commun et, comme pour tous les biens communs, il faut en prendre soin. La problématique c'est que ce commun-là ne peut pas réellement être chiffré, tout comme l'eau. Voilà une bouteille d'eau, on peut chiffrer le prix d'une bouteille d'eau en allant dans un magasin, mais si c'est la dernière bouteille qui reste sur la planète autant vous dire que, forcément, elle n'a pas le même prix !
Si on ne voit les choses que sous l'angle de l'offre et de la demande, le logiciel libre paraît ne pas valoir grand-chose, mais si on s'intéresse au logiciel libre comme un bien commun qui sert finalement l'intégralité des citoyens et l'intérêt général, à ce moment-là c'est très difficile de pouvoir chiffrer ça.
En France, énormément d'entreprises, quasiment toutes les entreprises utilisent du logiciel libre, l’État utilise du logiciel libre, mais, finalement, ce logiciel libre n'est pas vraiment reconnu à sa juste valeur et c'est une vraie difficulté de faire comprendre que les États devraient prendre soin de cette infrastructure numérique qui, en plus, fait tourner l'économie.

Alexandre Schon : Ça fait 20 ans que les pouvoirs publics ont délaissé la question du logiciel libre, que ce soit l'Union européenne, que ce soit l’État, que ce soit les départements, les régions, les collectivités territoriales. Bref, si on pouvait prendre une machine à voyager dans le temps et revenir 20 ans en arrière, quelles seraient, finalement, les décisions que la puissance publique pourrait prendre pour réellement accompagner l'essor du logiciel libre ?

Pierre-Yves Gosset : Il faudrait, à mon avis, essentiellement deux choses :
la première chose c'est un engagement clair en faveur du logiciel libre. Ça ne veut pas dire une exclusivité au logiciel libre, je ne suis pas forcément opposé au système marchand. À titre personnel je suis opposé au système capitaliste, mais le système marchand, pour moi, a la possibilité évidemment d'exister. Mais l'engagement en faveur du logiciel libre doit être affiché clairement, aurait dû être affiché clairement par ces gouvernements. Il y a eu des petits bouts de lois ou de décrets qui sont passés disant « il faut donner la priorité au logiciel libre », mais dans les faits c'est rarement appliqué. Donc la première chose c'est reconnaître que la question du logiciel libre n'est pas qu'une question de mise en tension des prix. Ce n'est pas qu'une question de concurrence en disant « vous avez le système propriétaire ou le système libre et puis débrouillez-vous ! ». Encore une fois, il faut prendre soin du système libre, donc la première chose aurait été de reconnaître que le logiciel libre et globalement les communs numériques libres – ça peut être le cas aussi, par exemple, pour des ressources éducatives qui peuvent être aussi sous licence libre – devraient être reconnus comme un apport, finalement, à un pot commun, à l'intérêt général. Si ça, ça avait été compris il y a 20 ans peut-être qu'un certain nombre de lois seraient passées. Ça n’aurait pas nécessairement empêché Microsoft de se développer, mais ça l'aurait empêché de s'accaparer, finalement, de très grandes parts de marché et de verrouiller typiquement l'éducation via des actions de lobbying qui sont aujourd'hui sur la place publique. Donc ça c'est une première chose, ce sont les engagements.
La deuxième chose ce sont les actes. Et concrètement, là aussi, malgré ces différents décrets ou lois qui ont pu passer à droite/à gauche dans certains pays ou dans certaines communes, je pense par exemple à la ville de Munich qui s'est engagée à utiliser LibreOffice, etc., on est quand même passé à côté de ça, c'est-à-dire que les actes n'ont pas suivi les engagements. Donc notre avis vis-à-vis de la puissance publique c'est que depuis 20 ans on a régulièrement des promesses de « avec nous ça va changer ! ». Très bien ! J'ai envie de dire « dont acte ». Aujourd'hui, ce que nous attendons effectivement, c'est que potentiellement il y ait des engagements très clairs en faveur du logiciel libre et que, derrière, ces engagements soient suivis d'actes. Tant qu'il n'y aura pas ça, en tout cas au sein de Framasoft, nous ne discutons pas avec la puissance publique. Ça ne veut pas dire qu'on refuse de leur parler mais ça veut qu'on a arrêté cette démarche de plaidoyer auprès de l'acteur public, parce qu'on est une toute petite association et on n'a pas la capacité à aller taper systématiquement à la porte du député, à la porte du maire, à la porte de l'élu local. C’est pour nous une perte d'énergie extrêmement forte et ce qu'on fait aujourd'hui ce sont des actions directes, concrètes, en direction du public et, finalement, sans aucune aide de la puissance publique.

Alexandre Schon : Merci à vous, Pierre-Yves Gosset.

Pierre-Yves Gosset : Merci.

Signez la pétition pour une commission d'enquête sénatoriale sur le Health Data Hub

ven, 10/23/2020 - 11:38

L'association Interhop, qui promeut le logiciel libre pour la santé, est partie prenante du collectif SantéNathon qui agit contre le recours au cloud de Microsoft pour la plateforme de recherche sur les données de santé Health Data Hub. Dans cette optique elle a lancé une pétition officielle via le site du Sénat pour obtenir la création d'une commission d'enquête sur l'accord avec la société Microsoft concernant la gestion des données de santé des Français. Pétition que nous vous encourageons à signer.

Ainsi qu'indiqué sur le site dédié du Sénat « la plateforme e-pétitions du Sénat permet de déposer une pétition ou de soutenir une pétition déjà publiée. Ces pétitions permettent, si plusieurs conditions sont réunies, de pouvoir saisir le Sénat d’une demande d’inscription à l’ordre du jour d’un texte législatif ou de création d’une mission de contrôle sénatoriale. Les pétitions ayant recueilli au moins 100 000 signatures dans un délai de 6 mois sont transmises à la Conférence des Présidents. »

Dans ce cadre Interhop a déposé une pétition visant à céer une « mission de contrôle sénatorial », qui a passé le premier contrôle de validité préalable à sa mise en ligne, dont la mission serait d'« examiner les conditions de passation d'un accord confiant la gestion des données de santé française à la société Microsoft [et d'] élaborer des préconisations pour renforcer l'autonomie numérique et pour assurer une gestion plus sûre des données de santé de notre système de santé et de nos concitoyen⋅ne⋅s. »

Signer la pétition

Nous vous encourageons à soutenir cette action, car elle donne de la visibilité à un enjeu important qui, au-delà des problématiques spécifiques du Health Data hub, concerne les relations entre l'État français et Microsoft à l'instar des Open Bar conclu avec le ministère des Armées et celui de l'Éducation nationale. Une commission d'enquête, par les pouvoirs qui sont les siens, serait un outil très efficace de mise en lumière de ces relations de dépendance. Pour signer cette pétition il est nécessaire de s'identifier en utilisant « FranceConnect » (par exemple avec son compte des impôts ou de l'assurance maladie). Cette demande d'identification a pour principal objectif d'éviter un « bourrage d'urne » et a le mérite, du point de vue du Sénat et des instances politiques en général, de renforcer la légitimité des résultats de la pétition.

Si le seuil affiché de 100 000 signatures peut paraître difficilement atteignable, et qu'il n'y a pas de garantie que la Conférence des Présidents donne suite à la demande, toute signature n'en demeure pas moins utile pour faire masse et créer un rapport de force politique favorable. Rapport de force qui pourrait, par exemple, faciliter l'inscription à l'ordre du jour d'une autre demande de création d'une commission d'enquête sur le même sujet déposée par la sénatrice Nathalie Goulet.

Il est à ce titre intéressant de noter que, outre la crise sanitaire, cette demande de commission n'intervient pas dans un contexte politique neutre. En juillet 2020, suite à l'action du militant autrichien Max Schrems, la Cour de Justice de l'Union européenne a invalidé l'accord « Privacy Shield » qui encadrait le transfert et le stockage des données personnelles aux États-Unis des personnes ressortissants d'États membres de l'Union européenne 1. S'appuyant sur cette décision, le collectif SantéNathon a saisi le Conseil d'État d'un référé liberté, dont l'objet est de demander en urgence la cessation d'une situation gravement attentatoire aux libertés. Le Conseil d'État, sans aller jusqu'à invalider l'accord entre Microsoft et le Health Data Hub a enjoint les deux parties à mettre à jour le contrat pour limiter le risque d'accès aux données hébergées par les services de renseignement étasunien, reconnaissant ainsi la réalité de ce risque (Lire l'ordonnance, en PDF). Dans le cadre de cette procédure la CNIL a rendu ses observations rappelant et précisant sa position très sévère sur le choix de Microsoft, et globalement d'entreprises de droit américain, pour l'hébergement des données. Enfin, le 9 octobre 2020, lendemain de l'audience, un arrété ministériel est venu préciser qu' « aucun transfert de données à caractère personnel ne peut être réalisé en dehors de l'Union européenne ». Parallèlement, interrogé par la commission d'enquête sur la gestion de la crise sanitaire, Cédric 0, secrétaire d'État au numérique, a annoncé que le gouvernement cherchait des alternatives, françaises ou européennes, à Microsoft pour le Health Data Hub suite à l'invalidation du « Privacy Shield » (à la minute 15:02:10 de la vidéo).

Autant d'éléments qui inscrivent cette demande dans une dynamique politique favorable et qui valident, s'il en était besoin, la nécessité de faire la lumière sur les conditions de passation de ce contrat et d'envisager des alternatives pour la gestion des données de santé des Français. Une commission d'enquête, de par son indépendance et les forts pouvoirs qui sont les siens, semble un cadre parfaitement adapté.

Pour en savoir plus sur les problématiques de ce dossier, nous vous encourageons à écouter les podcasts ou à lire les transcriptions, des émissions Libre à vous ! #51 du 28 janvier 2020 et #76 du 29 septembre 2020 en grande partie consacrées à ce sujet ainsi que de consulter le site internet du collectif SantéNathon.

  • 1. Écouter à ce sujet la chronique In code we trust de Noémie Bergez dans l'émission Libre à vous ! #75 du 22 septembre 2020. Les podcast au format OGG ou mp3, ainsi que la transcription de la chronique, sont disponibles sur la page consacrée à l'émission.

Revue de presse de l'April pour la semaine 42 de l'année 2020

mar, 10/20/2020 - 18:19

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[ouest-france.fr] Une install party pour découvrir Linux, à Granville

Le dimanche 18 octobre 2020.

Une quinzaine de personnes s’est présentée à la médiathèque de Granville avec son ordinateur sous le bras, samedi 17 octobre 2020, pour installer sur ce dernier un système d’exploitation libre.

[L'Essor] Comment les gendarmes se sont passés d'un antivirus trop proche de Microsoft

✍ Gabriel Thierry, le vendredi 16 octobre 2020.

7 ans après leur refus de l’antivirus informatique McAfee, trop lié à Microsoft, les gendarmes ont trouvé leur bonheur avec un autre éditeur.

[Le Monde.fr] On a testé… «/e/», le système d’exploitation Android mobile «dégooglisé»

✍ Nicolas Six, le vendredi 16 octobre 2020.

Peut-on vivre avec un smartphone dont on aurait expurgé toutes les applications et tous les services Google? Cela ne semble pas impossible avec le travail de la fondation /e/.

[The Conversation] La lutte pour une agriculture libre: bricoler et partager pour s'émanciper

✍ Morgan Meyer, le mardi 13 octobre 2020.

Face au verrouillage des machines agricoles et des semences par des industriels, des agriculteurs utilisent les outils des communs pour promouvoir une agriculture libre.

[Numerama] LibreOffice interpelle Apache OpenOffice: jetez l'éponge et rejoignez-nous

✍ Julien Lausson, le mardi 13 octobre 2020.

LibreOffice a pris la plume pour s’adresser à Apache OpenOffice. En substance, il lui est demandé de renoncer à sa suite bureautique et de rejoindre celle qui marche vraiment.

Et aussi: [Marianne] Données de santé hébergées par Microsoft: "Il y a un problème d'intégrité des responsables publics"

✍ Alexandra Saviana, le lundi 12 octobre 2020.

Après un recours au Conseil d’Etat demandant la suspension du Health Data Hub, le projet de plate-forme qui centralise les données de santé des Français à des fins de recherche médicale, la CNIL a fait connaître ce 8 octobre sa position sur le sujet: le gendarme de la vie privée demande l’arrêt de leur hébergement à Microsoft.

Et aussi:

#79 - Health Data Hub (rediff) - Clone Me Twice - De Robota à l'IA - « Libre à vous ! » diffusée mardi 20 octobre 2020 sur radio Cause Commune

mar, 10/20/2020 - 15:30

Au programme de l'émission : Notre sujet principal sera une rediffusion du sujet du Libre à vous! #51 du 28 janvier 2020 sur le Health Data Hub. La chronique d'Éric Fraudain consacrée à l'artiste Clone Me Twice, et la chronique de Marie-Odile Morandi intitulée De Robota à l'intelligence artificielle.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 79e émission :

  • Notre sujet principal sera une rediffusion du Libre à vous! #51 du 28 janvier 2020 sur la plateforme d'exploitation des données de santé « Health Data Hub » avec Stéphanie Combes, directrice de la plateforme, Adrien Parrot et Nicolas Paris de l'association InterHop (les hôpitaux français pour l'interopérabilité)
  • la chronique musicale d'Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil sur l'artiste Clone Me Twice
  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April. Une chronique consacrée à Laurence Devillers et intitulée De Robota à l'intelligence artificielle
  • diverses annonces

Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

S'abonner au podcast

-->

S'abonner à la lettre d'actus

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique d'Éric Fraudain
  4. Références pour la partie consacrée à « Health Data Hub »
  5. Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi : De Robota à l'intelligence artificielle
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April
  • Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil
  • Stéphanie Combes, directrice du « Health Data Hub »
  • Adrien Parrot et Nicolas Paris de l'association InterHop (les hôpitaux français pour l'interopérabilité)
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcription et administratrice de l'April
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique d'Éric Fraudain Références pour la partie consacrée à « Health Data Hub »

Nouveaux éléments depuis l'enregistrement du sujet en janvier 2020 :

Références relatives au sujet enregistré le 28 janvier 2020 :

Références pour la chronique de Marie-Odile Morandi : De Robota à l'intelligence artificielle Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 13 octobre 2020

mar, 10/20/2020 - 10:56


Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 13 octobre 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Vincent Calame - Catherine Heintz - Jean Couteau - Isabelle Carrère - François alias Fréco - Frédéric Couchet - Isabella Vanni à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 13 octobre 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le choix des noms en informatique
  2. Le Réseau Libre-entreprise avec Catherine Heintz de Néréide et Jean Couteau de Code Lutin
  3. Chronique « Que libérer d'autre que du logiciel » avec Isabelle Carrère et François alias Fréco de Antanak sur téléphones et vie privée
  4. Annonces

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Libre-entreprise, le réseau d'entreprises du logiciel libre qui partagent des valeurs et modes de fonctionnement basés sur la démocratie d’entreprise, la transparence et la compétence, c’est le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme la chronique de Vincent Calame sur le choix des noms en informatique et aussi la chronique d’Antanak sur téléphones et vie privée.
Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.

Le site web de l’April est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette l’émission avec tous les liens et références utiles et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous poser toute question, nous y répondrons directement ou lors d’une prochaine émission.

Nous sommes mardi 13 octobre 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui ma collègue Isabella Vanni.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.

Je précise que nous enregistrons à nouveau le début de cette émission, notamment à distance avec le premier intervenant, car en direct mardi 13 octobre nous avons eu des problèmes techniques et le début de l’émission n’a pas été diffusé. Ceci explique la différence de son que vous allez peut-être entendre entre le début et la suite de l’émission.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Je vais commencer par vous proposer un petit quiz. Je vous donnerai les réponses en fin d’émission. Vous pouvez proposer des réponses soit sur le salon web de la radio soit sur les réseaux sociaux sur lesquels nous sommes.
En fait c’est le premier intervenant, Vincent, qui va nous parler du choix des noms en informatique, qui me l’a suggérée ou, en tout cas, l’idée m’est venue à la lecture de sa chronique. La question est : quel est le nom de l’association qui porte ce merveilleux projet de radio Cause commune. Je répète : quel est le nom de l’association qui porte ce merveilleux projet de radio Cause commune ?

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le choix des noms en informatique

Frédéric Couchet : Vincent Calame, informaticien libriste et bénévole à l’April, nous fait partager son témoignage d’un informaticien embarqué au sein de groupes de néophytes. Choses vues, entendues et vécues autour de l’usage des logiciels libres au sein de collectifs, associations, mouvements et équipes en tout genre, c’est la chronique « Jouons Collectif ». Le thème du jour : le choix des noms en informatique.
Vincent, explique-nous un petit peu ce choix des noms en informatique.

Vincent Calam : Bonjour.
L’idée de cette chronique m’est venue lors de la rédaction de ma chronique précédente qui portait sur la terminologie utilisée en informatique et certains choix malheureux comme « Maître et esclave ». En écrivant cette chronique, je me suis donc rendu compte qu’en informatique nous avions très souvent comme tâche de nommer les choses. À l’intérieur de notre propre code nous manipulons en permanence des objets et des concepts qui doivent porter des noms. Le début de la plupart des fichiers de code informatique commence par la « déclaration des variables » où, justement, on nomme ce qui va être manipulé.
Nommer est tout un art, il faut être à la fois concis, car on va devoir réécrire le nom souvent, et compréhensible.
Cet art est aussi un jeu quand il s’agit de donner un nom à un nouveau projet, un nouvel outil. Dans le monde de l’entreprise, cette mission de donner un nom est confiée à des agences de communication. Quand vous êtes bénévole, que vous travaillez pour le secteur associatif, la discussion est beaucoup plus collective et c’est là que cela devient ludique, car il faut faire preuve d’imagination. L’April, par exemple, récemment a dû trouver des noms pour son Chaton ou pour cette émission-même.

Frédéric Couchet : Oui, tout à fait. Choisir des noms fait partie des activités récurrentes. On va d’abord rappeler que CHATONS avec un « S », chatons.org, c’est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires qui propose des services éthiques à toute personne. Notre contribution à ce collectif c’est le site Chapril, chapril.org. Effectivement que veut dire Chapril ? Chapril pourrait signifier plein de choses, notamment « Chaton pour le respect aprilien de votre informatique et de vos libertés » ; « Centre d’hébergement aprilien pour le respect d’une informatique libre » ou encore « Chaton aprilien pour le respect d’une informatique libre » ou, plus simplement, c’est sans doute un jeu de mots, un mot valise entre « Chaton » et « April ».
Concernant le nom de l’émission Libre à vous !, comme on documente tout à l’April, j’ai retrouvé les références du choix de ce nom-là parmi de nombreuses propositions. Le choix est venu pour être dans l’esprit de « Le Libre vient à vous » et également dans l’esprit de « Libre à vous de participer, contribuer ». Donc c’est le côté collectif, ce qui correspond évidemment à ta chronique qui s’appelle, je le rappelle, « Jouons collectif ».

Vincent Calame : Tout à fait. On notera, à l’April, un fort usage du mot « libre », ce qui ne nous étonne pas. Dans beaucoup de logiciels libres, on va utiliser des mots anglais, cela fait chic, branché et ça donne tout de suite l’impression de travailler à l’international. Il en résulte une utilisation immodérée du mot open, « OpenTruc », « OpenMachin », il est partout. Cela aboutit d’ailleurs à des confusions amusantes avec d’autres utilisations en français de open comme dans « Open de tennis » et surtout dans « Open Bar », terme qui, dans le cas du Libre, désigne des ministères français qui n’ont pas du tout une activité liée au Libre.

Frédéric Couchet : Effectivement, « Open Bar », on en a souvent parlé dans l’émission Libre à vous !, d’ailleurs la première émission de mai 2018 était entièrement consacrée à l’« Open Bar » Microsoft-Défense, c’est-à-dire le contrat qui lie depuis 2008 le ministère de la Défense et Microsoft. En fait, ce sont des contrats de type location d’une durée de quatre ans qui permettent l’usage de la plupart des logiciels de Microsoft par le ministère de la Défense et, au bout de quatre ans, s’ils veulent continuer à utiliser ces systèmes, ils doivent renouveler ce contrat. En fait, ils n’ont pas le temps d’étudier des alternatives, notamment, par exemple, la migration vers le logiciel libre. En fait le ministère est pieds et poings liés à Microsoft. C’est pour ça qu’on a utilisé ce terme « Open Bar ».

Vincent Calame : Il existe plusieurs pistes, heureusement, pour sortir des sentiers battus de l’OpenMachinChose. La première est d’explorer d’autres langues que celles de notre voisinage immédiat. Je ne citerai que deux exemples célèbres qui parlent d’eux-mêmes : Ubuntu, la distribution GNU/Linux bien connue. Ubuntu est un mot issu de langues bantoues du sud de l’Afrique qui désigne une notion proche des concepts d’humanité et de fraternité, je cite Wikipédia, et surtout le mot wiki qui signifie en hawaïen rapide, vite ou informel. Cette trouvaille, que je trouve géniale, a eu un succès immédiat, amplifié bien sûr par le succès de Wikipédia.
Si vous n’avez pas la chance de connaître une autre langue que celles enseignées couramment en France, il existe toujours un vivier inépuisable dans lequel le français ne cesse de puiser depuis des siècles pour forger de nouveaux concepts, à savoir le latin et le grec.

Frédéric Couchet : Oui, Vincent, mais tout le monde n’a pas suivi les cours de latin et de grec à l’école !

Vincent Calame : Bien sûr ! C’est là que je place cette chronique sous le haut patronage de Réné Goscinny, un de nos grands auteurs du XXe siècle. Les albums d’Astérix sont remplis de citations latines. Or, de son propre aveu, René Goscinny n’a jamais fait de latin, toutes ses citations viennent des pages roses du dictionnaire Larousse. Il s’amusait même d’avoir reçu des lettres de latinistes distingués lui signalant une erreur. En fait, nous baignons dans le latin, que nous en ayons fait ou non à l’école. Quant au grec, la dette des sciences et des techniques à son égard est énorme, il n’y a qu’à penser à des mots comme « téléphone » ou « micro » que j’utilise en ce moment.

Frédéric Couchet : Cher Vincent, comment procède-t-on ?

Vincent Calame : Je vais prendre mon exemple. Je cherchais un nom pour un logiciel que je code qui est un moteur de recherche et je voulais justement éviter « OpenSearch », évidemment. Je suis allé sur un site, lexilogos.com, qui offre la possibilité de chercher dans de vieux dictionnaires numérisés. J’ai regardé le mot « chercher » qui possède en latin plusieurs entrées - quaero, scrutor, investigo. Comme par ailleurs, en latin, les déclinaisons sont très nombreuses, on a le choix, pour une même racine, à une grande variété de formes. J’ai choisi scrutari qui est l’infinitif de scrutor qui signifie plus particulièrement « fouiller ». C’est d’ailleurs le terme qui a donné en français « scruter » et « scrutateur ».
Pour le grec, j’ai procédé de la même manière. Il faut seulement être un peu plus familier de l’alphabet. Pour un autre projet, j’ai trouvé le terme desmos qui veut dire « lien » ; c’est une racine très peu utilisée en français, à part le terme « desmodromique » connu des amateurs de mécanique. Avec ce terme, cela m’a permis de construire des mots comme « desmographie » pour la représentation des liens entre des éléments ou « desmogramme » qui pourrait être synonyme de « carte conceptuelle ». Donc les infinités sont nombreuses.

Pour conclure et pour revenir au réflexe d’utiliser l’anglais pour des soucis d’universalité qui sont louables, utiliser le latin et le grec ne me pose aucun problème justement d’universalité parce qu’elles ont joué ce rôle pendant des siècles, notamment dans la communauté scientifique. La grande majorité des mots anglais de plus de trois syllabes vient du latin ou du grec et rappelons qu’Isaac Newton a écrit son ouvrage fondamental en latin : Philosophiae naturalis principia mathematica.
Donc un mot latin ou construit à partir du grec sera adopté immédiatement en anglais comme en français.

Voilà, il ne vous reste plus qu’à vous plonger dans les dictionnaires et à explorer les trésors de l’étymologie pour faire preuve d’un peu d’originalité.
Pour information, je signale que « ouvert » peut se traduire par expositus en latin et « code » se dit codex. Donc « Ce logiciel est expositum codex » ; ça change un petit peu de « ce logiciel est open source », non ?

Frédéric Couchet : Effectivement ça change, mais alors comment dit-on « logiciel libre » ? Est-ce que tu le sais ?

Vincent Calame : « Logiciel » est une construction récente à partir de « logique » et de « matériel », « logique » venant lui-même directement de logicus en latin. Pour « libre » c’est liber, pour « logiciel » il y a logicus et puis « matériel » se dit instrumentum. On pourrait imaginer liberum logicus instrumentum. Mais bon ! Les déclinaisons ne sont pas bonnes, les latinistes me corrigeront.

Frédéric Couchet : Les latinistes qui nous écoutent nous corrigeront. En tout cas c’est très joli, effectivement.
Je te remercie pour cette chronique sur le choix des noms. C’était la chronique de Vincent Calame « Jouons collectif ». je te souhaite une belle fin de journée. On se retrouve le mois prochain.

Vincent Calame : Merci. Oui.

Frédéric Couchet : On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Aujourd’hui notre programmateur musical Éric Fraudain, du site auboutdufil.com, nous fait découvrir l’artiste Myuu. Nous allons écouter un premier titre intitulé Hold On. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Hold On par Myuu.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Hold On par Myuu, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, qui permet la réutilisation légale et gratuite, la modification, la diffusion, à condition de créditer le nom de l’artiste, le titre du morceau et la source du fichier original. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm.

Comme nous avons un problème technique au début de l’émission, je vais vous rappeler la question quiz qui porte sur les noms que Vincent Calame a abordés juste avant, que vous n’avez pas eu le plaisir d’entendre mais que vous entendrez en podcast, je vous le promets, on va à nouveau l’enregistrer. La question : quel est le nom de l’association qui porte ce merveilleux projet de radio Cause Commune. Je donnerai la réponse à la fin de l’émission. Vous pouvez évidemment la proposer notamment sur le salon web de la radio.
Vous écoutez toujours radio Cause Commune 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur causecommune.fm. Rejoignez-nous sur le site, bouton « chat », salon #libreavous.

On passe au sujet principal.

[Virgule musicale]

Le Réseau Libre-entreprise avec Catherine Heintz de Néréide et Jean Couteau de Code Lutin

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur le réseau Libre-entreprise qui regroupe des entreprises du logiciel libre qui partagent un certain nombre de valeurs et de méthodes de fonctionnement.
Avec nous au téléphone deux invités : Catherine Heintz. Vérifions qu’elle est bien présente. Bonjour Catherine.

Catherine Heintz : Bonjour.

Frédéric Couchet : Et Jean Couteau. Jean, est-ce que tu es avec nous ?

Jean Couteau : Bonjour. Je suis bien là.

Frédéric Couchet : Très bien. Comme vous êtes tous les deux au téléphone, quand vous voulez intervenir n’hésitez pas à le dire parce que comme je ne vous vois pas, je ne peux pas répartir la parole de la façon habituelle.
Nous allons parler de Libre-entreprise, on en a déjà parlé dans une précédente émission, là on va l’aborder avec deux nouvelles entreprises, Néréide et Code Lutin. Déjà une première question toute simple, une présentation individuelle qui êtes-vous et quelques mots de présentation de vos deux structures d’un point de vue métier logiciel libre ? On va commencer par Catherine Heintz.

Catherine Heintz : C’est gentil. Je suis chez Néréide depuis sa création. On a créé Néréide en 2004 et je m’occupe de tout ce qui touche à la gestion, donc toute la paperasserie que ce soit comptable, administratif, fiscal.
Après, pour ce qui est de Néréide, on est une équipe de 12 salariés, on partage évidemment tous des valeurs très fortes qui sont liées au logiciel libre, c’est-à-dire la transparence, le partage et même notre fonctionnement qui s’apparente un peu à la méthode agile. Notre métier c’est de bâtir des solutions de gestion pour les entreprises en intégrant l’ERP [Enterprise Resource Planning] Apache OFBiz et, bien sûr, notre objectif c’est d’apporter à ces sociétés une facilité, une simplicité d’usage, tout en restant efficaces, performantes et en leur permettant de développer leur activité métier.

Frédéric Couchet : D’accord. Merci. Et de ton côté Jean Couteau ?

Jean Couteau : Ça fait 12 ans que je suis chez Code Lutin. Je m’occupe du commercial et je fais aussi du développement logiciel à côté.
Du côté de Code Lutin, nous sommes une entreprise d’experts en développement Java et JavaScript. On fait du développement sur mesure pour nos clients, sur une base de briques logiciels libres, donc on travaille avec différents secteurs : la recherche, la banque, des télévisions connectées, des ministères. En fait, on incite nos clients à ce que tout ce qu’on développe soit publié sous licence libre. Ça fonctionne plutôt pas si mal avec des laboratoires de recherche ; avec nos clients privés ou les ministères, c’est assez variable, il y en a qui jouent le jeu, d’autres beaucoup moins, mais on milite.

Frédéric Couchet : D’accord. De toute façon on aura l’occasion de revenir là-dessus dans le cours de la discussion.
On va parler du réseau Libre-entreprise. Déjà question introductive, après on détaillera évidemment : comment vous présentez le réseau Libre-entreprise quand il vous arrive, peut-être, d’en parler autour de vous et quels sont les grands principes partagés au sein de ce réseau et qu’on détaillera par la suite ? Qui veut commencer ?

Jean Couteau : Je vais commencer, c’est Jean. En général, quand on nous pose la question et qu’on parle du réseau Libre-entreprise, on le présente comme des entreprises, des sociétés de service en logiciel libre, qu’on a essayé de regrouper parce qu’elles partagent, en fait, un mode de fonctionnement qui est similaire, Catherine en a parlé rapidement tout à l’heure, qui est, en gros, le mode de fonctionnement des communautés du logiciel libre, qui est donc étendu à l’intérieur des structures. Ça se rapproche de l’agilité et surtout de la démocratie d’entreprise. De là découle tout un lot de valeurs qu’on a regroupées dans une charte qui est présente sur notre site libre-entreprise.org.

Frédéric Couchet : D’accord. Catherine, est-ce que tu veux compléter ?

Catherine Heintz : Effectivement la démocratie d’entreprise, c’est vraiment ce qui nous rapproche et qui se résume déjà à un homme= une voix. C’est effectivement ce qui est important pour nous tous.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais préciser qu‘on a déjà parlé de l’agilité dans une émission avec Alexis Monville ; vous retrouverez le podcast sur causecommune.fm et sur april.org.
Avant de rentrer un petit peu dans le détail de cette charte, il y a combien d’entreprises membres actuellement et depuis quand le réseau existe-t-il ?

Catherine Heintz : On regroupe une quinzaine d’entreprises. De mémoire, on a essayé de réfléchir avec Jean, on pense que la création du réseau c’était 2002.

Frédéric Couchet : Je confirme. J’ai vérifié avant. L’annonce, notamment par Emmanuel Raviart d’Easter-eggs, date effectivement de 2002. On va préciser que c’est présent en France et en Belgique, c’est-à-dire principalement en France, mais il y a aussi des entreprises en Belgique. C’est ça ?

Jean Couteau : Exactement.

Frédéric Couchet : D’accord. Pour l’instant, pas d’organisations en dehors. Il n’y avait pas, à un moment, une entreprise au Québec ou quelque chose comme ça ?

Catherine Heintz : Au Canada.

Frédéric Couchet : Au Canada. D’accord. Donc une quinzaine d’entreprises en France et en Belgique. La base, c’est une charte. Évidemment, vous la retrouvez sur le site du réseau, on va le citer : libre-entreprise.org, et dans cette charte, le premier mot, en tout cas l’un des premiers qui est sorti, c’est le mot de démocratie, donc une personne, une voix. On va peut-être commencer par cette fameuse notion de prise de décision, donc prise de décision c’est par consensus de l’ensemble des personnes participantes ou, à défaut, le principe un homme, une voix. Comment fonctionne concrètement ce principe de prise de décision ?

Jean Couteau : En fait, le fonctionnement de prise de décision chez nous, en tout cas chez Code Lutin, part tout le temps d’une discussion entre nous. Il faut savoir que nous on fait des points une fois par semaine où on est en équipe tous ensemble. À ces réunions tout le monde propose les sujets qu’il a envie d’aborder. Ça peut être des sujets techniques, ça peut être des sujets sur la gestion de l’entreprise, il y a du commercial. On aborde un peu tous les sujets et tout le monde peut s’exprimer, prendre la parole pour donner son avis et ensuite, en fonction des sujets, soit on a un consensus, soit on a besoin de passer au vote. Des fois, sur des sujets un peu plus clivants, on a besoin de voter et, dans ce cas-là, c’est effectivement une personne, une voix pour prendre nos décisions. En fonction des sujets, si c’est vraiment un sujet qui a trait au juridique de l’entreprise, là on a les critères de vote d’assemblée générale qui sont en vigueur, donc souvent c’est aux deux tiers des voix, sinon c’est à la majorité. Je sais que chez Néréide il y a un fonctionnement qui est un petit peu différent.

Frédéric Couchet : D’accord. Justement, Catherine, là c’est le fonctionnement de Code Lutin. Quel est le fonctionnement côté Néréide ?

Catherine Heintz : On est d’accord que c’est le fonctionnement qu’on utilise actuellement, en 15 ans, évidemment, on a beaucoup évolué par les personnes qui composent la société. Là je parle de ce que l’on vit en ce moment.
On a un rythme de réunion tous les quinze jours un après-midi. Pareil, nos réunions ont aussi beaucoup évolué, on a changé pas mal de choses. En termes de décision, là où on a évolué, c’est que maintenant on est plutôt vers le consentement, c’est-à-dire qu’on n’est pas forcément sur la solution idéale que la majorité aurait souhaitée, mais on essaye de trouver un équilibre où, finalement, ça ne va pas contenter tout le monde mais personne n’aura d’opposition. C’est plutôt vers ça que l’on est en train de fonctionner pour l’instant. C’est un système de consentement plutôt qu’un vote par un pourcentage ou autre.

Frédéric Couchet : En fait, il ne faut pas qu’il y ait d’opposition forte qui soit exprimée, c’est un petit peu cette idée ? C’est ça ?

Catherine Heintz : Tout à fait. On est attentifs à ce qu’il n’y ait pas d’opposition, mais ça veut dire, effectivement, que la solution proposée n’est pas forcément celle que la majorité aurait souhaitée, mais la proposition qui va finalement être adoptée ou l’attitude ou l’étape qu’on va franchir sera celle où personne n’aura d’opposition.

Frédéric Couchet : D’accord. On va peut-être préciser aussi le rôle, j’aurais peut-être pu commencer par là, de ces prises de décision dans le réseau Libre-entreprise. Si j’ai bien compris, le point fondamental c’est que ce sont les personnes qui composent la société qui la gouvernent. C’est pour ça qu’elles sont impliquées dans ces prises de décision et que l’ensemble de ces personnes peut participer à cette prise de décision alors que dans des sociétés, on va dire autres, souvent la décision dépend du ou de la responsable ou de la direction. Donc vraiment cette notion de personnes qui composent la société qui gouvernent cette société. C’est bien ça ?

Jean Couteau : Exactement.

Catherine Heintz : Tout à fait.

Frédéric Couchet : D’accord. Après je vous poserai aussi la question sur la prise de décision au sein du réseau parce que là c’est au sein de deux structures, je ne sais pas s’il y a aussi des prises de décision au sein du réseau mais ce sera ma question d'après. Il y a déjà une décision qui doit être prise assez régulièrement dans les entreprises, c’est le choix de la personne représentante légale, chaque année ; c’est un peu particulier parce que ça fait des responsabilités différentes, on va dire. Comment ça marche, chez vous, ce choix de la personne représentante légale chaque année ? Est-ce que c’est une personne, est-ce qu’il y a un vote, est-ce qu’il y a plusieurs personnes, est-ce que c’est collégial ? On va commencer par Code Lutin, Jean Couteau.

Jean Couteau : Chez nous, on fait une élection tous les ans où on choisit parmi les personnes salariées qui décident de se présenter, en fait, laquelle va nous représenter. C’est ma collègue Cécilia qui nous représente actuellement. Chez nous, le représentant légal est juste, entre guillemets, « un prête-nom », il n’a aucune responsabilité. Comme on le disait tout à l’heure, les décisions sont prises tous ensemble. Le représentant légal peut être « démis » de ses fonctions, entre guillemets, par l’assemblée des salariés. À part une signature et éventuellement, en cas de litige très important où il y a des responsabilités pénales qui pourraient être en jeu, il ne prend pas les décisions, il n’a pas de pouvoir hiérarchique sur les autres puisqu’il peut être démis par l’ensemble des salariés. Pour nous, c’est juste quelqu’un qui va apposer sa signature.

Frédéric Couchet : D’accord. Et côté Néréide, est-ce que c’est la même chose ou est-ce que c’est différent ?

Catherine Heintz : C’est très proche. Sachant que depuis quelques années on fonctionne en fait avec un binôme donc une cogérance qui est présente pour deux ans et c’est deux ans glissants, c’est-à-dire que tous les ans il y a une personne qui finit son mandat de deux ans et une autre personne démarre, ce qui fait qu’il y a toujours une personne qui, on va dire, a déjà fait un an, qui accompagne celle qui démarre. Au niveau responsabilité, il n’y a effectivement aucun enjeu particulier, c’est vraiment une signature qui entérine une décision d’équipe.

Frédéric Couchet : D’accord. Dans la partie démocratie, au-delà de la prise de décision, il y a un point qui est dans votre charte, si je me souviens bien, en tout cas dans l’organisation de la plupart de vos sociétés, c’est que le capital doit être détenu par les personnes. Est-ce que c’est le cas dans vos structures et comment ça fonctionne concrètement que le capital soit détenu par les personnes, donc, à priori, les personnes salariées de l’entreprise ? Jean.

Jean Couteau : Va-y Catherine.

Catherine Heintz : Effectivement, ça fait partie des choses qui font partie aussi du contrat de travail de préciser qu’on souhaite que la personne, si elle adhère à nos valeurs, au bout d’une année de présence en tant que salariée, intègre la société en prenant une part, ce qui fait qu’actuellement nous avons un nombre de parts qui correspond au nombre de salariés puisque tous les salariés ont plus d’un an de boîte. Quand la personne part, évidemment, elle vend ses parts.

Frédéric Couchet : Elle rend ses parts. D’accord. Et côté Code Lutin, Jean ?

Jean Couteau : Chez nous le fonctionnement est similaire. On est actuellement 20, mais on n’est que 18 à avoir des parts puisque les deux derniers arrivés n’ont pas encore un an d’ancienneté. On est exactement sur le même principe. Chez nous, c’est 50 parts et pas une parce qu’on a des structures juridiques qui sont un peu différentes, on ne va pas rentrer dans les détails. On est exactement sur le même principe : quand la personne part elle revend ses parts. Ça n’a pas toujours été le cas chez nous, chez Code Lutin, mais on a réussi, au fil du temps, à revenir à ce qu’on souhaitait. Tout le monde a un nombre de parts, c’est un peu différent par rapport à Néréide, qui correspond au temps de travail. Ce qui fait qu’on a 50 parts pour un temps plein, si on est à 80 % on a 40 parts, etc. On régule comme ça.

Frédéric Couchet : D’accord. OK ! Je crois que sur le site de Libre-entreprise est marquée la notion de taille humaine. Est-ce que vous savez à peu près quelle est la moyenne, en tout cas combien de personnes salariées sont dans les entreprises du réseau ? Est-ce que c’est une dizaine, une vingtaine, une centaine ? Vous-mêmes, d’ailleurs, combien êtes-vous dans chacune de vos structures ?

Jean Couteau : Chez Code Lutin on est 20. Chez Néréide, tout à l’heure tu as dit 12, je crois, c’est ça ?

Catherine Heintz : Oui.

Jean Couteau : Je pense qu’on n’est pas au-dessus de 20 ; dans toutes les structures de Libre-entreprise on est entre 1 et 20.

Frédéric Couchet : D’accord. Je suppose que ça fait partie, d’ailleurs c’est peut-être une question ultérieure quand on parlera de l’arrivée potentielle de nouvelles entreprises : est-ce que cette taille humaine relativement réduite fait partie, quelque part, pas de la charte en tout cas du mode d’organisation de Libre-entreprise ? Avant ça, je voudrais parler un petit peu du recrutement parce qu’il y a aussi des spécificités dans le réseau au niveau du recrutement. Déjà une première question : est-ce que le mode de fonctionnement très spécifique du réseau Libre-entreprise est une motivation pour le recrutement de personnes ? C’est-à-dire est-ce qu’il y a des gens qui vous contactent non pas avant tout pour travailler dans le logiciel libre, mais pour travailler dans le logiciel libre et travailler dans le réseau Libre-entreprise, en tout cas dans une des entreprises du réseau Libre-entreprise ? Est-ce que vous avez ce genre de motivation ?

Jean Couteau : Souvent les gens qui nous contactent, en tout cas nous Code Lutin, pour notre mode de fonctionnement, ils n’ont pas forcément entendu parler de Libre-entreprise avant parce qu‘on communique aussi sur notre mode de fonctionnement, on a donné des conférences là-dessus, notamment à Nantes où on est situé, on échange dans le réseau des développeurs et souvent les gens viennent pour notre mode de fonctionnement effectivement, enfin souvent, on a des personnes qui viennent pour ça, mais qui ne connaissent pas forcément Libre-entreprise avant. C’est à ce moment-là qu’on va leur expliquer plus dans le détail tout ce que ça implique, etc. Mais oui, ils viennent pour le mode de fonctionnement.

Frédéric Couchet : D’accord. Et côté Néréide, vous êtes à Tours si je me souviens bien ?

Catherine Heintz : Oui, c’est ça, à Tours. Je dirais la même chose. Les gens viennent soit parce que l’annonce, qui est un peu différente des autres, leur a tapé dans l’œil, ils sont allés voir le site, mais ce n’est pas par le prisme de Libre-entreprise qu’ils vont venir. Par contre, clairement quand il va y avoir la phase de recrutement, on va le leur faire découvrir, on va parler de Libre-entreprise, on va parler de la charte, puisque ça fait partie des choses qu’ils auront à accepter, à signer s’ils souhaitent venir participer à l’entreprise.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que vous avez eu le cas de quelqu’un, une personne candidate très compétente et qui, d’un point de vue technique, correspondait parfaitement au profil de poste recherché, mais pour qui, finalement, rejoindre une structure avec ce mode de fonctionnement ne correspondait pas ? Qui dirait finalement ça ne me correspond pas, prise de décision, etc. Est-ce que vous avez déjà eu ce cas ou pas du tout ?

Catherine Heintz : Je pense que ça va se ressentir de toute façon parce qu’on a effectivement, avec Jean, des modes de recrutement différents, mais on se rejoint quand même. Nous, par exemple en ce moment, toujours pareil, chaque recrutement évolue au fil des années, on accueille les personnes qui souhaitent nous rejoindre avec le grand groupe, on les prévient à l’avance. L’ensemble des gens de l’équipe qui veulent rencontrer la nouvelle personne est là, on échange et après le ressenti de l’équipe est important : soit ça a collé, soit ça n’a pas collé. On aura aussi ressenti, nous, une difficulté à travailler avec cette personne si la réticence se fait sentir.

Frédéric Couchet : D’accord. Ça veut dire qu’en fait, dans ce genre d’organisation, pour les recrutements on ne rencontre pas une personne, mais on rencontre toute l‘équipe quelque part, finalement toutes les personnes qui veulent participer au recrutement de la nouvelle personne qui va vous rejoindre ?

Catherine Heintz : Tout à fait.

Frédéric Couchet : Et côté Code Lutin c’est le même fonctionnement ?

Jean Couteau : Nous, on ne fait pas un rendez-vous avec tout le monde, on fait par binôme ou trinôme, on est à deux-trois personnes. On a un premier entretien, ensuite on en a un deuxième, ce ne sont jamais les mêmes personnes en fait. Ensuite, s’il y a besoin, un troisième ou quatrième entretien parce qu’il y a d’autres personnes qui veulent rencontrer la personne ; on organise trois, quatre entretiens s’il y a besoin. On s’est rendu compte qu’avec deux voire trois entretiens en général on arrive à balayer un peu toutes les interrogations qu’on aurait pu avoir. On arrive à faire des recrutements dont on est plutôt contents, dont on est même très contents.
Par contre, on a effectivement eu des cas de personnes qu’on a recrutées, qui ne se faisaient pas à notre mode de fonctionnement et qui sont reparties.

Frédéric Couchet : Après coup tu veux dire. C’est-à-dire qu’avec l’expérience elles se sont rendu compte que ça ne leur convenait pas.

Jean Couteau : Voilà, c’est ça. Elles sont arrivées. Une personne s’est décelée pendant la période d’essai et s’est rendu compte que ça ne le faisait pas, elle n’était pas à l’aise. Techniquement très compétente, rien à dire, au niveau humain ça se passait très bien, par contre au niveau de la gestion, de la prise de décision, ça ne collait pas. Du coup, elle est partie. On a une personne qui a mis un an avant de s’en rendre compte. C’est un mode de fonctionnement qui convient à certaines personnes et pas à d’autres. Il faut juste faire qu’il y ait une bonne compatibilité entre les gens, ensuite ça fonctionne très bien sur le long terme et les gens restent très longtemps dans nos structures.

Frédéric Couchet : Justement, ça me fait penser à deux questions. Je vais commencer par la première. Je ne sais pas si c’est dans la charte de toutes les entreprises du réseau, mais je crois que la plupart pratiquent le salaire égal. Déjà est-ce que c’est dans la charte ou pas ? Déjà, pourquoi le salaire égal et est-ce que ça peut être un frein pour des recrutements ? Déjà, pourquoi le salaire égal pratiqué, je crois, dans la majeure partie des entreprises du réseau ?

Jean Couteau : Ce n’est pas dans la charte. Je ne la connais par cœur, sur le bout des doigts, mais pour moi ce n’est pas dans la charte.
Effectivement, pour la totalité ou quasi-totalité des entreprises du réseau, on fonctionne de la même manière. L’idée, c’est vraiment de dire, en gros, que toutes les personnes qui contribuent à l’entreprise se donnent à 100 % de leurs capacités et, du coup, on valorise l’effort et pas une ancienneté ou quelque chose d’autre. Tout le monde met 100 % de son effort, donc on ne voit pas pourquoi il y en a qui auraient 110 % d’une rémunération et d’autres 90 %. En tout cas chez nous, les gens qui travaillent 80 % sont payés à 80 %, ceux qui travaillent 100 % sont payés à 100 %.

Frédéric Couchet : D’accord. Et côté Néréide c’est le même fonctionnement ?

Catherine Heintz : Oui, c’est pareil. C’est vrai que c’est un ensemble de compétences qui fait que la société arrive à fournir un travail et c’est ensemble qu’on arrive à rentabiliser nos entreprises. Donc chez Code Lutin et chez nous, effectivement, c’est bien la rentabilité de nos entreprises qui fait qu’à la fin de l’année on arrive à avoir des reversements de bénéfices. Dans le fonctionnement annuel, vraiment, les efforts sont partagés.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise effectivement que ce n’est pas dans la charte, je viens de vérifier, mais de mémoire.

Catherine Heintz : Je viens de la relire en diagonale.

Frédéric Couchet : Je pense que toutes les entreprises du réseau que je connais le pratiquent, notamment Easter-eggs, nos amis d’Easter-eggs qui nous hébergent sur Paris. Avant de faire la pause musicale j’avais une dernière question sur cette partie on va dire recrutement, personnes salariées. Souvent, dans les entreprises, il y a ce qu’on appelle les entretiens annuels d’évaluation, etc. Est-ce que dans ce genre de structure où, finalement, tout le monde est à égalité, est-ce qu’il y a des évaluations qui sont faites ? Ou pas du tout ? De façon individuelle j’entends.

Jean Couteau : Oui. Chez nous, chez Code Lutin, on n’appelle pas ça des évaluations individuelles mais des entretiens individuels. C’est Yannick, chez nous, qui fait passer les entretiens de tout le monde. C’est aussi une manière, pour nous, de voir les souhaits de formation de chacun s’il y a besoin et que ça n’a pas été exprimé. Il faut voir aussi que certaines personnes, des fois, ont plus de mal à s’exprimer en grand groupe et ne vont pas forcément souhaiter aborder certains sujets en réunion. C’est dommage, des fois on pourrait le déplorer, mais l’entretien annuel, chez nous, permet justement éventuellement d’aborder ces sujets-là de manière peut-être un petit plus anonyme parce que des fois ce sont des sujets qui tiennent à cœur et on a du mal à les sortir. Du coup, ça pourra ressortir ensuite en grand groupe via Yannick qui fait tous les entretiens annuels de tout le monde.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc c’est effectivement une façon de compenser le fait que certaines personnes n’osent pas s’exprimer dans des grands groupes. Le problème des grands groupes, c’est que souvent ce sont ceux qui parlent le plus qu’on entend le plus, en fait, quelque part.
Cet entretien est fait par la personne qui est gérante ou ça peut être fait par une autre personne ?

Jean Couteau : Chez nous, Yannick Martel était le président avant, c’est toujours lui qui les fait. Déjà c’était son souhait, c’est quelque chose qu’il aime bien faire et chez nous c’est plutôt lui qui gère la RH, donc même pour les recrutements souvent c’est lui qui fait les premiers entretiens, donc il a l’habitude de faire ces entretiens-là. Ça permet aussi d’avoir une continuité dans le temps même si le responsable ou la responsable légale change, on a une continuité dans le temps de la personne qui fait passer les entretiens. Ça permet de voir l’évolution d’une année sur l’autre du ressenti des personnes puisque c’est important, de l’état d’esprit des gens, etc.

Frédéric Couchet : D’accord. Et côté Néréide, comment ça se passe ? Est-ce que vous avez ce genre de chose ou pas du tout ?

Catherine Heintz : Non. On est plutôt pas bons là-dessus, non pas par un souhait mais parce qu’on ne sait pas trop comment le mettre en place. On fonctionne un peu différemment. On a un temps, tous les quinze jours, qu’on appelle le lieu d’expression, où ceux qui veulent se rejoignent. Certains n’y vont jamais, certains ont besoin de s’y retrouver pour discuter, évacuer, papoter ou échanger sur des choses qu’ils ont vécues, plaisantes ou pas. Donc on essaie, pour l’instant on va dire, surtout de travailler là-dessus, mais il n’y a pas de temps d’entretien particulièrement dédié.

Frédéric Couchet : D’accord. De toute façon, quand il y a des temps tout au long de l’année, il n’y a pas forcément d’un temps annuel une fois par an.
On va continuer cette discussion après la pause musicale, donc je vous invite à rester en ligne évidemment.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Dark Creatures par Myuu. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Dark Creatures par Myuu.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Dark Creatures par Myuu, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution, CC By. Vous retrouverez les références sur causecommune.fm et sur april.org.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous parlons actuellement du réseau libre-entreprise avec Jean Couteau de la société Code Lutin et Catherine Heintz de la société Néréide. Nous allons poursuivre la conversation que vous pouvez d’ailleurs rejoindre sur le salon web dédié à l’émission sur le site causecommune.fm, bouton « chat ».
Juste avant la pause, nous parlions de recrutement. Quelque part on parlait un petit peu des entreprises du réseau, à l’intérieur du réseau. Là, on va parler un petit peu du réseau, notamment des relations et notamment de la notion de transparence qui est un point essentiel dans la charte du réseau. On va commencer par la transparence interne, donc dans les entreprises. Si j’ai tout compris, pour que les personnes qui composent la société puissent entre guillemets la « gérer », la « gouverner » correctement, puissent prendre des décisions de façon éclairée, il faut qu’elles aient accès aux informations. Comment se passe concrètement la transparence en interne dans vos entreprises ? Catherine.

Catherine Heintz : Déjà par le partage de tous les documents, tous les fichiers, etc. Ça veut dire que tout est sur un cloud avec un accès ouvert pour tout le monde ; il n’y a pas de restriction quels que soient les éléments que ce soit les éléments comptables, fiscaux, personnels, bulletins de salaire ou autres. Tout est hiérarchisé et nous avons aussi un certain nombre de documents qui sont reversés directement sur Libre-entreprise, donc les autres entreprises peuvent très bien avoir accès à nos propositions commerciales, à tout un tas d’informations qui leur permettraient aussi d’utiliser ces outils-là.

Frédéric Couchet : D’accord. Pour bien comprendre, ça veut dire que déjà en interne toutes les personnes salariées de la structure ont accès aux documents, à la fois aux documents techniques mais aussi aux documents commerciaux, etc. ; donc l’ensemble des documents est accessible sur un outil interne quel qu’il soit.

Catherine Heintz : Oui, tout à fait.

Frédéric Couchet : D’accord. Et côté Code Lutin, je suppose que c’est le même fonctionnement, mais bon ?

Jean Couteau : Exactement ! On a tous nos documents partagés et tout le monde y a accès, etc. On a aussi des listes de diffusion – Catherine n’en a pas parlé, mais je sais qu’ils en ont aussi – auxquelles on va mettre en copie cachée, à chaque fois qu’on envoie une proposition commerciale, qu’on a un échange avec un client, etc., du coup tout le monde sait, même sans suivre l’activité des commerciaux, quelles propositions commerciales partent à quels clients, quels prospects, quels contrats sont gagnés, s’il y a un conflit avec un client x ou y, ça peut arriver. Tout le monde est vraiment au courant de toutes ces informations-là, ce qui permet ensuite, effectivement comme tu le disais, de prendre des décisions éclairées en réunion puisqu’on a vraiment toutes les informations.

Frédéric Couchet : D’accord. Catherine.

Catherine Heintz : On partage aussi beaucoup par des outils de communication tels que Mattermost, par exemple, où il y a des salons par projet. Toute l’équipe est inscrite à ces salons et peut suivre les échanges, on va dire au fil du projet, au quotidien, tout ce qui s’y passe, ce qui fait que vraiment l’information est à disposition. Après, certaines personnes ne souhaitent pas forcément suivre toutes les actualités, parce que trop noyées, parce que ceci, cela. C’est un choix personnel. En tout cas, tout est mis à disposition par différents moyens, il n’y a pas que l’accès aux documents, il y a aussi le fil du quotidien vécu sur les projets qui est en accès, ce qui est aussi important quand on ne fait pas forcément partie de l’équipe projets clients.

Frédéric Couchet : D’accord. On va juste préciser que Mattermost est un service de discussion instantanée libre avec plein de fonctionnalités et, pour les personnes qui voient de temps en temps passer des pubs pour Slack, qui est une version privatrice, Mattermost est la version libre qu’on vous encourage évidemment à utiliser, que vous pouvez télécharger et installer sur vos propres machines.
Ça, ce sont les transparences internes. On a bien compris : accès complet à l’information ; qui veut pouvoir accéder à l’information peut, et ensuite, ça permet d'avoir une prise de décision éclairée. Ça, c’est interne à l’entreprise, mais comme on l’a vu depuis le début, il y a un réseau Libre-entreprise qui regroupe une quinzaine de structures, donc il y a aussi une transparence intra-réseau quelque part. Quels types d’informations sont partagés entre les membres du réseau et pour quel objectif en fait ? Jean Couteau de Code Lutin.

Jean Couteau : Comme Catherine l'a dit tout à l’heure, on partage, en gros, également nos documents. On a nos propositions commerciales, etc., les contrats qu’on peut faire. Ça nous a permis d’ailleurs, quand on arrive à vouloir développer une offre commerciale, par exemple de la maintenance informatique pour des clients alors qu’on n’en faisait pas avant, on peut aller voir parmi les documents des autres entreprises, on peut les interroger effectivement sur pourquoi ils ont mis ça dans le contrat, etc. Ça, ce sont les partages de documents. Comme on a aussi à l’intérieur de nos entreprises des listes de diffusion dans le réseau qui nous permettent d’échanger, que ce soit sur la gestion de nos structures, que ce soit sur des questions techniques, ça peut arriver, ça va être parfois sur un prospect – j’ai envie d’aller travailler avec untel, est-ce que quelqu’un le connaît, est-ce que c’est une bonne idée ou pas, ça peut être ça ; ça peut être sur un client qui nous demande quelque chose qu’on ne sait pas faire ou qu’on ne souhaite pas faire, donc on va le proposer aux autres membres du réseau. C’est le type d’échanges qu’on peut avoir.
Il y a plusieurs objectifs. Il va y avoir de partager notre réseau commercial. Typiquement, on préfère que nos clients, quand il y a quelque chose qu’on ne sait pas faire, aillent voir des entreprises qu’on connaît et qu’on sait compétentes, plutôt qu’aller voir d’autres structures qu’on ne connaît pas et avec qui on aura potentiellement du mal à travailler, alors qu’on sait qu’on n’aura aucun mal à travailler avec les entreprises du réseau puisqu’on les connaît, on sait très bien comment elles fonctionnent. Ça, c’est un premier point.
Ensuite effectivement, comme vous avez pu le voir depuis le début, on a des principes qui sont similaires, mais on les met en œuvre de manières différentes. Ça nous permet d’échanger justement sur ces mises en œuvre. Il a pu y avoir des discussions justement sur des types de réunion, on n’arrive pas à prendre des décisions : comment vous vous en sortez chez vous ? Je sais qu’il y a différentes entreprises qui se posent pas mal de questions et qui se renseignent comme ça.

Frédéric Couchet : D’accord. Catherine, est-ce que tu veux ajouter quelque chose sur la partie intra-réseau et j’aurais des questions encore plus précises ?

Catherine Heintz : Oui, pour compléter ce que dit Jean. C’est vrai qu’une des questions sur laquelle on a échangé lors de la dernière rencontre entre entreprises du réseau, c’est comment grandir tout en partageant, justement, la gouvernance, etc., entre les vieux de l’entreprise qui ont une connaissance et les plus récents qui sont perdus, etc. C’est vrai que ce sont des moments qui sont intéressants et enrichissants à partager pour se remettre en cause, aussi pour faire évoluer nos propres modes de fonctionnement.

Frédéric Couchet : Ça tombe bien que tu parles de ça, c’est une des questions que j’allais poser. Outre vos outils informatiques pour échanger, vous avez des rencontres physiques, enfin quand c’est possible, actuellement, c’est un peu plus compliqué. Tout à l’heure j’ai dit que Libre-entreprise avait été créée en 2002 suite à une annonce d’Emmanuel Raviart, je ne sais plus s’il était à Easter-eggs ou Entr’ouvert à l’époque, là j’ai un trou de mémoire, par contre comme tu viens de le dire, il y a des vieux ou des vieilles structures, des anciennes structures qui sont là depuis longtemps comme Easter-eggs, Entr’ouvert et il y a des structures plus jeunes. Comment se passent justement les relations ? Est-ce que les anciennes continuent, par exemple, à jouer le jeu. Je crois, par exemple, que vous avez une « obligation », entre guillemets, d’envoyer un rapport mensuel d’activité sur le réseau. Comment ça se passe effectivement à ce niveau-là ?

Jean Couteau : Tout le monde ne joue pas forcément tout le temps le jeu, on n’a pas forcément des compte-rendus tous les mois de tout le monde. On a globalement des compte-rendus plus ou moins réguliers, ce qui nous permet, justement, d’avoir des retours. Souvent les entreprises qui sont nouvelles dans le réseau donnent un souffle et réactivent un peu par rapport aux anciens qui se connaissent bien, qui se connaissent même très bien puisque après 10, 15 ans dans le réseau, à se voir régulièrement, on a potentiellement je ne vais pas dire un peu moins besoin, mais on se connaît un peu plus, entre guillemets, et il y a des choses qui ne sont pas forcément dites. Les personnes qui sont plus récentes dans le réseau, les jeunes, les structures – ça peut être à la fois les personnes qui sont arrivées dans des structures plus anciennes ou alors des structures qui sont plus récentes – amènent justement des discussions et réactivent un peu des débats plus anciens. C’est très intéressant, c’est très riche comme échanges.

Frédéric Couchet : Qui font un petit peu partie de la culture partagée par les anciens mais qui n’est forcément toujours connue, pas forcément toujours formalisée.

Jean Couteau : Exactement.

Frédéric Couchet : Tout à l’heure on parlait de l’importance de la prise de décision dans les structures internes. Catherine, est-ce qu’il y a des décisions qui sont prises au niveau du réseau et si oui, comment ça se passe ?

Catherine Heintz : En général, quand on prend des décisions c'est quand on se voit. Ce ne sont jamais des décisions par des échanges de mails ou autres, c’est vraiment quand on fait des rencontres, ce qu’on appelle les rencontres LE. La dernière, sauf erreur, tu m’arrêteras Jean, c’était à Namur, en Belgique.

Jean Couteau : Ça doit être ça.

Catherine Heintz : On avait bloqué trois jours où toutes les entreprises qui souhaitaient se retrouver, qui ont pu, sont venues avec une, deux, trois personnes. On avait un certain nombre de thèmes qu’on a pu aborder à ce moment-là et chaque groupe de travail rapportait après à l’ensemble du groupe et là, effectivement, des décisions ont pu émerger. Après, c’est toujours compliqué de faire le suivi de ces décisions, donc c’est une entreprise qui prend en charge tel sujet, on va mettre en place cette décision-là, mais en restant toujours avec énormément de bienveillance sur chacune de nos entreprises. On sait bien qu’on est pris aussi par le quotidien, par les projets clients, par tout un tas d’impondérables. Voilà. Jusqu’à la prochaine rencontre, on essaie de tenir les engagements.

Frédéric Couchet : Ce sont des rencontres annuelles ? C’est ça ? Ou c’est en fonction des besoins ?

Catherine Heintz : Normalement.

Frédéric Couchet : Normalement. D’accord. Là, le contexte fait que c’est particulier. D’ailleurs, peut-être avez-vous prévu de faire une rencontre par outil de visioconférence genre BigBlueBottom ou Jitsi ou préférez-vous attendre que la situation sanitaire permette de nouveau des rencontres physiques ?

Jean Couteau : On n’en a pas discuté entre nous. Je ne sais pas. Je pense que c'est très difficile ce type de réunion par visioconférence. Je sais que sur Nantes, il y a des communautés qui organisent des rencontres en visio en ce moment, avec des ateliers, et qui arrivent à le faire. Peut-être que c’est faisable, en fait, mais pour l’instant on attend.

Frédéric Couchet : D’accord. OK !
Catherine vient juste de parler des clients, parce qu’en fait ce sont quand même des entreprises du logiciel libre donc vous avez des clients. Ça me fait penser : comment vos organisations avec votre appartenance au réseau Libre-entreprise sont perçues par vos clients et partenaires ? Est-ce que vous en parlez ? Est-ce que c’est sur votre plaquette ? Comment ces structures clientes voient ça ? Catherine.

Catherine Heintz : C’est abordé effectivement au début quand on se présente, quand on explique un petit peu ce qu’est que Néréide et quels sont aussi les liens qu’on a avec les entreprises du réseau qui nous apportent leur expertise dans des domaines dont nous on ne maîtrise pas forcément le métier, ce qui est normal, on ne peut pas être bon partout, c’est logique. Ça permet au client de savoir qu’on a aussi des partenariats qui peuvent être bâtis grâce à Libre-entreprise, je pense notamment au domaine de l’hébergement, clairement, c’est quelque chose qui n’est pas notre métier mais pour lequel nous pouvons justement proposer aux clients d’autres partenaires de Libre-entreprise qui peuvent effectuer ce travail-là. Ça a d’ailleurs été concrètement le cas au printemps dernier pour un de nos clients historiques qui est passé sur un hébergeur du réseau.

Frédéric Couchet : D’accord. Et côté Code Lutin, ça se passe comment avec vos clients ou partenaires d’ailleurs ?

Jean Couteau : En général, on ne rentre vraiment pas du tout dans les détails au début de nos échanges avec nos clients, ils le savent après. Pourquoi ? Historiquement, en fait, ça faisait un peu peur. Il y a dix ans, quand on parlait de notre mode de fonctionnement, on nous regardait avec des grands yeux et entre guillemets, les gens ne nous prenaient pas forcément au sérieux, malheureusement. Maintenant avec les démarches RSE dans beaucoup d’entreprises et de grands groupes bizarrement ça redevient à la mode et on devient à la mode ; du coup, ça les intéresse, on en parle un peu plus.

Catherine Heintz : Je compléterais Jean en disant que quand les clients nous font confiance et savent l’expertise qu’on a, ils ont tout à fait confiance quand on leur recommande quelqu’un. Quand tu as tissé une relation de confiance il n’y a aucun problème pour proposer quelqu’un.

Jean Couteau : Bien sûr. Mais justement, nous on aborde ce sujet-là dans un deuxième temps, quand ils nous ont vu travailler. Par contre, une fois qu’on en a parlé, ils comprennent très bien et ils projettent très bien, ils sont souvent très contents de travailler avec nous aussi pour ça.

Frédéric Couchet : Juste préciser que RSE c’est responsabilité sociale des entreprises.
Si vous entendez un petit peu de bruit, ce sont nos invités d’après qui s’installent, ne vous inquiétez pas.
Pour revenir sur le réseau, on a vu tout à l’heure une quinzaine d’entreprises membres, je suppose que certaines entreprises sont arrivées, d’autres peut-être parties, comment ça se passe pour rejoindre le réseau ? Il faut candidater ? C’est vous qui vous dites « tiens telle structure nous semble correspondre, en termes d’organisation, à ce qu’on fait ? » Est-ce qu’il y a un vote qui est fait par les membres du réseau ? Comment ça se passe ? Je ne sais pas qui veut répondre.

Catherine Heintz : Allez, Jean.

Frédéric Couchet : Jean Couteau.

Jean Couteau : Quand une entreprise veut faire partie du réseau, déjà elle commence par nous contacter. Souvent, d’ailleurs, ça se fait plutôt de manière physique. On rencontre souvent les futurs candidats sur des salons, aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, au Paris Open Source Summit. Du coup, on peut échanger avec les gens, on peut présenter vraiment en détail la charte, etc. C’est un processus qui met plus ou moins de temps et ensuite, une fois que les gens pensent qu’ils ont bien compris tout ce que ça implique, on a un parrain, donc ils demandent à un parrain d’être membre du réseau. Dans un premier temps, ils sont observateurs, c’est-à-dire qu’ils vont partager sur les listes, etc. Ils vont avoir accès à un certain nombre d’informations, pas forcément tout, et ils vont commencer à se « contraindre », entre guillemets, à respecter les engagements du réseau, c’est-à-dire partager leurs listes de diffusion, faire des compte-rendus, partager leur activité, etc. Une fois qu’ils ont bien compris tout ce que ça implique, qu’ils sont, entre guillemets, « mûrs » pour faire partie du réseau, on a un vote entre tous les membres du réseau, donc à la fois les salariés et les structures. Il faut à la fois que les deux « collèges », entre guillemets, soient d’accord – une majorité de salariés, une majorité de structures – pour qu’ils fassent partie du réseau. Ensuite ils font partie du réseau, comme les anciens, avec tous les avantages que ça procure.

Frédéric Couchet : D’accord. Catherine, tu veux compléter cette partie ?

Catherine Heintz : C’est parfait.

Frédéric Couchet : C’est parfait. Le temps file, il nous reste quelques maigres minutes. Pour les gens qui s’intéresseraient à ce réseau Libre-entreprise, en dehors de la charte, qu’on trouve sur votre site libre-entreprise.org, il y a aussi la liste de toutes les entreprises, est-ce que vous avez des conseils, je ne sais pas, de lectures, de podcasts ou autres pour comprendre ce mode d’organisation qu’on n'a décrit que partiellement, évidemment, aujourd’hui ?

Jean Couteau : J’ai La belle histoire de Favi : l'entreprise qui croit que l'homme est bon, qui est un livre qui raconte l’histoire d’une fonderie picarde, qui n’est peut-être pas aussi extrême que nous dans son mode de fonctionnement, mais qui a fait une transformation dans les années 80, ils sont beaucoup plus nombreux donc le fonctionnement est adapté à leur structure, ils ont quand même un peu de hiérarchie. C’est l’histoire de leur transformation par la personne qui l’a menée, qui est très intéressant, ça ne va pas forcément aussi loin et ce n’est pas forcément dans le même contexte, mais je trouve que ça pose déjà beaucoup de bases.

Frédéric Couchet : D’accord. On mettra la référence sur le site de la radio et sur le site de l’April. De ton côté, Catherine, est-ce que tu as quelque chose à conseiller ?

Catherine Heintz : Je peux proposer un livre qui permet d’ouvrir des réflexions, ça n’est pas à prendre à la lettre, qui parle aussi des logiciels libres, c’est le livre L'économie symbiotique – Régénérer la planète, l'économie, la société d’Isabelle Delannoy. C’est une ingénieure agronome qui entraîne des réflexions : trouver un juste équilibre entre l’humain, les écosystèmes naturels, les technologies. On peut produire sans épuiser les ressources et en les régénérant.

Frédéric Couchet : D’accord. Tu m’enverras la référence et on rajoutera ça. Ça me fait penser qu’il y a une question que je n’ai pas posée tellement elle me paraît logique et on arrive en fin d’émission. Dans Libre-entreprise il y a le mot « libre », mais dans la charte, c’est quoi la place du logiciel libre ? Rapidement. C’est 100 % logiciel libre ou c’est autant que possible logiciel libre ?

Catherine Heintz : 100 %.

Frédéric Couchet : 100 %. Jean ?

Jean Couteau : Si on reprend l’objet de la charte c’est « activité qui est centrée sur l’utilisation, la promotion des logiciels libres ». Je peux dire que nous on n’est pas à 100 %, on a un logiciel de comptabilité qui est privateur et dont on cherche à se débarrasser ; je pense qu’on va réussir en 2021, on croise les doigts. On est, on va dire, à 95 %, il y a toujours des petites verrues dans certains coins, mais globalement, on est des libristes dans toutes nos structures, donc on essaye de faire en sorte qu’on n’ait que du logiciel libre même si des fois il y a des petites adhérences.

Catherine Heintz : On tend au maximum pour, évidemment, c’est pour ça que l'objectif c’est 100 %, mais… Ce serait bien !

Frédéric Couchet : C’est priorité au logiciel libre mais pas forcément 100 % en fonction, effectivement, des petites adhérences qui peuvent exister.
On arrive en fin de notre échange est-ce que vous souhaitez ajouter quelque chose en termes peut-être d’actualité, de besoins ou peut-être un résumé de notre échange, rapidement ? Jean.

Jean Couteau : En actualité je pourrais parler des Rencontres Régionales du Logiciel Libre qui ont eu lieu à Nantes il y a un peu moins d’un mois. C’était en live, malheureusement sur YouTube parce que Perturbe n’a pas encore de fonctionnalité de live. Le replay est disponible, ça devrait être disponible rapidement sur PeerTube quand on aura terminé le montage. C’est à suivre.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est à suivre. En parlant de PeerTube je crois qu’il y a un appel à financement justement pour l’ajout du streaming, enfin du live dans PeerTube.
Et de ton côté, Catherine, quelque chose à ajouter, une actualité ou un appel ?

Catherine Heintz : Je dirais juste qu’on est en réflexion justement en cours pour proposer des soutiens aussi bien financiers par des prêts financiers mais aussi par de l’aide aux structures sur leur démarrage numérique, quels outils de base choisir. On est en train de travailler avec l'URSCOP [Union régionale des Scop] là-dessus aussi bien pour pouvoir donner un coup de pouce financier qu’un coup de pouce humain. Sinon, on est toujours contents d’accueillir des propositions de nouveaux coopérateurs si des gens veulent nous rejoindre.

Frédéric Couchet : D’accord. Très bien. Tu parles d’aide. Ça me fait penser que Code Lutin a aussi un mode de financement de projets. Je crois que vous venez de sélectionner et d’annoncer les projets que vous soutenez. C’est-à-dire qu’un pourcentage de votre chiffre d’affaires est reversé à des projets du logiciel libre. C’est bien ça Paul?

Jean Couteau : Exactement. Jean. C’est exactement ça, notamment PeerTube pour le live.

Frédéric Couchet : D’accord. On va rappeler que PeerTube est un système décentralisé de vidéo, qui est notamment développé par une personne qui travaille pour Framasoft, qui progresse vraiment à vitesse grand V notamment par des soutiens financiers. Donc il y en a un en cours que vous pouvez soutenir, on mettra les références évidemment sur causecommune.fm.
Je t’ai appelé Paul, excuse-moi. En fait je connais un Paul Couteau, toi, tu t’appelles Jean ! L’émission est un peu compliquée aujourd’hui. Elle a mal démarré, espérons qu’elle va bien se finir, mais je pense qu’elle va bien se finir, je vois mes deux invités ici.
En tout cas, c’était un grand plaisir de vous avoir, je rappelle Jean Couteau de Code Lutin, Catherine Heintz de Néréide et surtout du réseau Libre-entreprise, libre-entreprise.org. Peut-être qu’on aura, dans une prochaine émission, d’autres membres du réseau ; on a déjà eu Easter-eggs et on va poursuivre ces échanges. J’espère que vous en êtes très contents et je vous souhaite une bonne fin de journée.

Catherine Heintz : Merci Fred.

Jean Couteau : Merci, également.

Frédéric Couchet : Et à bientôt en tout cas.

Catherine Heintz : Au revoir.

Jean Couteau : Au revoir.

Frédéric Couchet : On va passer une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : On va écouter Wasted Wonderland par Myuu. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Wasted Wonderland par Myuu.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Wasted Wonderland par Myuu, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution. Vous retrouverez les références sur le site causecommune.fm et sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Que libérer d'autre que du logiciel » avec Isabelle Carrère et François alias Fréco de Antanak sur téléphones et vie privée

Frédéric Couchet : « Que libérer d'autre que du logiciel », la chronique d'Antanak. Antanak – comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire – eh bien on est voisins, rue Bernard Dimey, dans le 18e à Paris. Donc aujourd'hui, Isabelle Carrère et Fréco vont nous parler de téléphones et de vie privée. Je crois que c'est Isabelle qui fait l'introduction.

Isabelle : Une introduction hyper rapide. Bonjour Fred, bonjour tout le monde. En fait, l'idée c'est juste que je passe la parole à François, puisque cette chronique est bien une chronique d'Antanak et non pas de moi-même, donc merci d'avoir accepté cette affaire.

Frédéric Couchet : Alors Fréco, ça va être à toi. Ton micro est allumé ou pas ? Vas-y, parle…

Fréco : Bonjour Fred, bonjour Isabelle. Juste pour me présenter rapidement, moi c'est François, ou Fréco comme vient de le dire Fred. J'ai découvert le Libre il y a dix ans après avoir refusé d'acheter un nouvel ordinateur pour remplacer le mien qui ramait franchement avec Windows. Et depuis j'ai toujours été fasciné par la possibilité de redonner vie à des vieux PC avec des logiciels libres et de partager cette expérience autour de moi. Logiquement, je me retrouve totalement dans la démarche d'Antanak de revaloriser des ordinateurs récupérés où, depuis quatre ans, je participe à aider dans la préparation des distributions GNU/Linux adaptées aux vieux, voire très vieux, PC. Par exemple, vous pouvez venir dans nos locaux et tester comment Bodhi Linux permet à un vieux PC avec seulement un giga de RAM de naviguer correctement sur Internet. Il faut vraiment venir l'essayer pour le croire. Voilà ! Et depuis deux ans et mon passage enfin sur un smartphone, je milite pour diffuser des logiciels libres sur téléphone, d'où la chronique d'aujourd'hui : téléphones et vie privée. L'idée étant de prendre conscience de la collecte de données personnelles et des solutions pour y échapper, avec les applications et les systèmes d'exploitation libres pour téléphone.

Aujourd'hui, les téléphones sont devenus des objets indispensables au quotidien qui nous suivent partout. Ils rentrent dans notre vie intime et récoltent énormément d'informations personnelles. Vous allez me dire que vous contrôlez vos données et que vous n'avez rien à cacher. Le souci étant que l'on n'a pas forcément conscience du niveau d'informations recueillies. On ne le voit pas tous les jours. Un cas par exemple où on peut le remarquer, c'est quand vous échangez deux mots avec un ami que vous croisez dans la rue en disant, par exemple, « il fait beau, je me ferais bien un barbecue ce midi. » Et ensuite, plus tard, en reprenant votre téléphone, vous voyez une publicité pour des brochettes. À ce moment-là, on prend conscience que tout ce que l'on dit à l'oral est analysé par le téléphone car sinon, le reste du temps, on ne se rend compte de rien.
Un bon test pour prendre conscience de ce que peut garder en mémoire un géant du Net comme Google, vous allez sur Internet, vous cherchez « Google, Mon activité » ou My Activity, et là-dessus, suivant les services Google que vous utilisez, vous risquez d'être surpris par le niveau de renseignements collectés sur vous. Même moi qui ne me connecte jamais sur mon compte Google, j'y ai retrouvé l'historique de toutes les vidéos que j'ai visionnées sur YouTube depuis neuf ans, sauf celles que j'ai pu regarder depuis mon navigateur en mode privé. C'est franchement impressionnant, voire franchement flippant.
Malheureusement, il n'y a pas que Google comme espion, il y en a d'autres. Par exemple, si, comme sur de nombreux téléphones, vous avez l'application Facebook préinstallée, sachez bien qu'au premier démarrage de votre téléphone l'application récupère tous les contacts de votre carte SIM et les renvoie à Facebook. Que vous ayez un compte Facebook ou non, l'application ne se gêne pas pour récupérer vos données même sans l'avoir utilisée.

Isabelle : Ah bon ! Du coup, comment puis-je savoir, dans les applications par défaut, que celles que j’installe respectent vraiment ma vie privée ?

Fréco : La seule garantie dont vous disposez c'est l'utilisation d'applications libres. Par principe, tout le monde peut regarder le code du programme de l'application libre, pour l'améliorer entre autres. Il est donc impossible d'y cacher un programme espion et, si un développeur mal intentionné tentait quand même d'y glisser un mouchard, il se ferait rapidement bannir par la communauté, ici, la confiance est basée sur la transparence. Ce principe de logiciel libre fonctionne depuis plus de 35 ans et il est garanti par la licence libre, la GPL pour General Public License.

Isabelle : OK ! Sur les ordinateurs, on a l'habitude, à Antanak, des logithèques, des bibliothèques qui permettent de trouver tout ça. Et sur les téléphones ?

Fréco : Sur Android, on a la chance d'avoir un magasin d'applications libres, F-Droid, pour Free Droid, qui permet de rechercher, installer et mettre à jour les applications disponibles. Et il y en a beaucoup, plusieurs milliers. Vous êtes sûr de trouver une application libre pour chaque fonctionnalité dont vous avez besoin. Vous pouvez voir sur le lien suivant une sélection des meilleures applications F-Droid sélectionnées par l'association Parinux : pad.chapril.org/p/smartphone_libre.

Isabelle : Du coup grâce à ça, réellement, les téléphones ne peuvent plus être espionnés quelle que soit l'activité ?

Fréco : Cela limite l'espionnage des applications que vous utilisez, mais il reste toujours dans Android, conçu par Google, des services d'espionnage dans le système d'exploitation lui-même.

Isabelle : Et ceux-là, on peut les supprimer du téléphone ?

Fréco : On peut le faire, mais c'est compliqué et risqué. Il faut savoir quoi modifier dans les fichiers système sans tout casser. C'est faisable, mais à réserver aux geeks.

Isabelle : Si on n'est pas geek, comment fait-on ?

Fréco : Le mieux, dans ce cas-là, c'est de changer complètement le système d'exploitation par un système entièrement libre, nettoyé de tout espionnage.
Comme tu l'as expliqué, Isabelle, pour les ordinateurs le mois dernier, lors de la première chronique d'Antanak, on peut aussi changer le système d'exploitation sur un téléphone qui reste un ordinateur + +. La différence ici est que chaque sous-version de chaque modèle possède du matériel spécifique comme l'écran, la caméra, le GPS, le Wi-fi. Malheureusement, on ne peut pas avoir une image unique s'installant sur chaque téléphone, mais on a besoin d'une image pour chaque sous-modèle, s'adaptant aux spécificités de chaque appareil, chaque appareil identifié par un unique codename. Pour que votre téléphone soit compatible, il faut donc qu'un développeur ait adapté le système à votre sous-modèle. La conséquence, c'est qu'il est plus facile de trouver des systèmes libres pour les modèles plutôt haut de gamme parmi les plus courants du marché.
En installant un système d'exploitation libre, finies les applications propriétaires non désinstallables pouvant récupérer vos données. On repart sur une base saine, optimisée, plus performante, à jour, donc plus sécurisée.
Par contre, pour les i-Phones, contrairement aux ordinateurs Mac, il n'est pas possible de changer de système d'exploitation, mais il reste toujours la possibilité d'utiliser des applications libres. Pour savoir ce qu'il existe en Libre pour l'i-Phone, vous pourrez trouver les renseignements toujours sur le même pad.chapril.com/smartphone_libre cité précédemment. Pour info, l'astuce connue sur i-Phone sous le nom de jailbreak, la sortie de prison, consiste à contourner le magasin d'applications payant d'Apple et non à changer le système.

Isabelle : OK. Du coup pour les téléphones sous Android, on a le choix en systèmes libres ?

Fréco : Oui. Pour les téléphones basés sur Android c'est une toute autre histoire. Il existe des systèmes basés sur la version libre d'Android qui permettent une compatibilité complète ou partielle des applications d'Android et, à côté, on trouve aussi des systèmes GNU/Linux pour téléphone. Je précise GNU/Linux pour les distinguer d'Android qui utilise un noyau Linux mais là, il n'y a plus rien de Libre sur Android.
Pour commencer avec les systèmes compatibles Android les plus populaires, on a Lineage, « linéage » à la française, le système le plus répandu, qui a fait sa réputation grâce à sa performance et à sa stabilité. En plus de libérer un téléphone, cela peut permettre de redonner vie à un vieil appareil en le remettant au goût du jour avec une base Android plus récente. À l'installation, il faut choisir entre la version de Lineage sans ou avec les services Google. Sans l'installation des services Google, on n'est donc pas du tout pisté, toutes les applications libres fonctionnent ainsi qu'un certain nombre d'applications populaires propriétaires. Cependant, ce n'est pas forcément conseillé pour le grand public car certaines applications dépendant des services Google ne fonctionneront pas, par exemple Waze, pour la navigation, très bien connue, qui a besoin de Google Maps pour fonctionner. Vous trouvez bien sûr l'équivalent sur F-Droid en Libre, basé sur OpenStreetMap, comme Osmond, mais vu que cette application n'espionne pas les automobilistes comme le fait Google, vous n'aurez pas les mêmes informations sur les bouchons en temps réel. Donc, sans les services Google, vous aurez un usage fonctionnel mais alternatif du téléphone par rapport à un Android classique. Si vous choisissez d'installer complètement les services Google, et si toutes les applications Android sont compatibles, vous êtes pisté par le géant du Net.

Isabelle : Oui, mais dommage d'en arriver là pour se faire totalement « googliser ». Est-ce qu'il y a une solution pour avoir à la fois un usage strictement identique à un Android classique, mais, en même temps, garantir les éléments de sa vie privée ?

Fréco : Oui ! Voilà la magie du Libre. Beaucoup en ont rêvé et les développeurs l'ont fait. C'est une base Lineage sur laquelle vous pouvez utiliser les services Google tout en donnant de mauvaises informations aux espions de Google. Ce système s'appelle e, écrit /e/, il est aujourd'hui le système idéal pour protéger sa vie privée tout en étant accessible au grand public.
Lors d'une prochaine chronique on pourra détailler tous les autres systèmes d'exploitation existant pour smartphones, il y en a beaucoup, ainsi que préciser certaines informations sur l'installation d'un nouveau système d'exploitation sur votre téléphone. Mais avant cela, sachez juste qu'il est possible de se renseigner et de se faire installer son téléphone lors d'install-parties comme celles organisées par Parinux chaque premier samedi du mois à La Villette et que le site e.foundation propose des téléphones reconditionnés et neufs déjà préinstallés avec /e/. Donc aujourd'hui, plus besoin d'être un geek pour se « dégoogliser » et ne plus avoir de mouchards dans la poche. Maintenant, c'est à vous de choisir.

Isabelle : Voilà. À Antanak on organise aussi régulièrement des ateliers, soit avec toi, soit avec d’autres, pour aider les gens à faire ça, soit comprendre ce qui se passe pour de bon, soit réellement modifier et changer son système sur son téléphone.

Frédéric Couchet : Merci François et merci Isabelle. Je rappelle que Antanak c’est au 18 rue Bernard Dimey dans le 18e à Paris et avec l’aide de François et d’autres, pour répondre à la question d’Étienne sur le salon web, vous pourrez vous faire aider pour installer Lineage OS ou d’autres systèmes comme Replicant. Je rappelle qu’on a déjà parlé de téléphonie mobile et liberté dans l’émission du 6 novembre 2018 avec Paul Kocialkowski et Aurélien.

Merci François. Merci Isabelle. Restez avec moi. On va finir par quelques annonces.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Dans les annonces rapides, d’abord la réponse au quiz. Je vous demandais en début d’émission, que vous n’avez pas entendue, mais je vous l’ai demandé au milieu de l’émission : quel est le nom de l’association qui porte ce merveilleux de radio Cause Commue ? L’association s’appelle Libre à Toi, c’était un peu facile. Le site web c’est libre-a-toi.org où vous pourrez trouver des informations.
Autre annonce : Le Garage Numérique que connaît bien Antanak, association qui est dans le quartier des Amandiers à Ménilmontant à Paris, a ouvert un poste afin de trouver une personne pour l’aider à travailler sur les systèmes d’exploitation GNU/Linux. Vous pourrez trouver les références sur le site legaragenumerique.fr, legaragenumerique tout attaché, donc ça recrute.
Autre recrutement ce coup-ci de bénévoles, c’est la Maison des Lanceurs d'Alerte qui a besoin de personnes disposant de compétences informatiques pour perfectionner, maintenir et améliorer son système d’information principalement basé sur des logiciels libres. Le site web c’est mlalerte.org et vous pouvez contribuer ce coup-ci de façon bénévole sur cette Maison qui soutient les lanceurs et lanceuses d’alerte, qu’il est important, évidemment, de soutenir.
Vous retrouverez les évènements autour du logiciel libre évidemment sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.
François vient de nous parler des Premiers samedis à la Cité des Sciences, je ne sais pas si les Premiers samedis ont repris suite à la covid.

François : Ils parlaient de reprendre mais finalement ça a été reporté.

Frédéric Couchet : D’accord. En tout cas sur l’Agenda du Libre vous retrouvez toutes les informations nécessaires.
Dernière annonce très rapidement, j’ai encore le temps, c’est aujourd’hui c’est le Ada Lovelace Day. Ada Lovalace est la première personne à avoir réalisé un programme informatique. Je vous rappelle que nous avions réalisé et je vous encourage à réécouter l’interview de Catherine Dufour dans l’émission du 19 novembre 2019 pour son livre Ada ou la beauté des nombres et évidemment à acheter ce livre et à le lire, c’est totalement passionnant, donc c’est le Ada Lovelace Day.

Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Vincent Calame, Catherine Heintz, Jean Couteau, Isabelle Carrère, François
Aux manettes de la régie Isabella Vanni. Merci Isabella, tu t’en es très bien sorti sur cette grosse difficulté technique du début.
Je vais faire un grand merci à l’équipe qui traite le podcast parce qu’ils vont avoir un gros travail aujourd’hui, donc Sylvain Kuntzmann, Antoine, Samuel Laurent, Olivier Humbert, Élodie Déniel-Girodon ; je ne sais pas quelle est la personne qui traitera ce podcast, mais je lui souhaite bon courage. Merci également à Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupe de la post-production finale et de la mise en ligne sur le site. Merci également à Christian Momon qui va découper en podcasts individuels pour chacun de sujets.

Vous retrouverez sur le site de l’April, april.org et sur le site causecommune.fm, toutes les références utiles et également les moyens de nous contacter N’hésitez pas à nous poser des questions, nous faire des retours, nous sommes à l’écoute.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.

Je félicite Marie-Odile qui avait donné la bonne réponse, l’association Libre à Toi, je viens de le voir sur le salon web de la radio.

Si vous avez aimé cette émission n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous et également à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 20 octobre 2020 à 15 heures 30. Je ne sais pas encore quel sera le sujet principal, car ce sera une rediffusion, nous allons le choisir bientôt.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi prochain et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Décryptualité du 19 octobre 2020 - Le libre hors de l'informatique, de l'intérêt de distinguer entre bien commun et bien plublic.

mar, 10/20/2020 - 02:30

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 19 octobre 2020 (15 minutes)

On profite cette semaine d'un article sur l'agriculture libre pour se pencher sur les points communs et les différences avec l'informatique.

Decryptualité sur Mastodon

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Musique de l'indicatif : Sebkha-Chott - CRPTS ND TPSTRZ - KHOLIK NEFAEHRTITIK

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 22 octobre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

lun, 10/19/2020 - 17:04
Start: 22 Octobre 2020 - 17:15End: 22 Octobre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 22 octobre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. À cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

COVID, confinement et grande conversion numérique, avec Antonio Casilli - Le code a changé - France Inter

lun, 10/19/2020 - 10:18


Titre : COVID, confinement et grande conversion numérique, avec Antonio Casilli
Intervenants : Antonio Casilli - Achille Mbembe - Xavier de la Porte
Lieu : Le code a changé - France Inter
Date : septembre 2020
Durée : 42 min 55
Écouter ou enregistrer le podcast
Présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Antonio Casilli en 2013 Wikipédia - Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Xavier de la Porte : Depuis le début de cette épidémie de COVID, je me dis qu’elle a un rapport avec le numérique. Un rapport profond. Mais je n’arrive pas vraiment à cerner les contours de ce rapport.
Par exemple : la manière dont on a suivi la progression de l’épidémie était particulière – sans doute inédite même dans l’histoire des pandémies. On a vu en temps réel le virus se propager. De par la capacité des données hospitalières d’une bonne partie du monde à être récoltées, à être compilées et diffusées, de par aussi les réseaux sociaux qui bruissaient sans cesse, de par la mise en commun du travail des chercheurs, le virus est, en fait, devenu viral. Je ne sais pas comment, mais ça a sûrement joué et dans la manière dont on a vécu l’événement, nous dans nos chairs presque, et dans les décisions politiques qui ont été prises.
Ensuite, pendant le confinement, le numérique a continué d’occuper une place importante : télétravail, les apéros Zoom, les films sur Netflix, les problèmes de bande passante, l’application de traçage…, tout ça nous a beaucoup occupés.
J'ai voulu essayer d'y voir plus clair, de comprendre si ce moment que nous avons vécu – et qui n’est pas complètement derrière nous, malheureusement – a changé quelque chose à nos vies numériques, à notre rapport à Internet. J’ai le sentiment que c’est le cas, mais peut-être que je me trompe !
Pour m’éclairer, il fallait quelqu’un capable de parler aussi bien des livreurs Deliveroo que de sexe en ligne, aussi bien de Zoom que de StopCovid, et j’ai quelqu’un pour ça. Antonio Casilli, sociologue, qui enseigne à Télécom Paris, une grande école d’ingénieurs, qui a travaillé sur des sujets hyper-variés comme la vie de bureau, la sociabilité numérique, les trolls, les travailleurs des plateformes. Alors on s’est retrouvés un soir, dans un jardin. Il faisait nuit. On se distinguait à peine dans le noir. Ce qui explique peut-être le ton un peu confident d’Antonio. Et on a discuté.

Voix off : Le code a changé.

Xavier de la Porte : Je voulais partir du début, parce que ce qui est intéressant, si on s’en tient à la stricte chronologie, c’est que dès que le confinement a commencé, une question s’est posée : Internet va-t-il tenir ? Très vite on a senti évidemment que beaucoup passeraient par là, les informations qu’on recevait, qu’on voulait avoir, notre travail, le lien avec les autres, nos distractions, on s’est mis à flipper sur la capacité du réseau à assumer cette charge. Ça m’a étonné parce que les infrastructures du réseau c’est un peu un point aveugle de notre rapport à Internet, on n’en parle pas beaucoup. Donc j’ai trouvé cela étonnant que ce soit notre premier souci et j’ai demandé à Antonio si lui aussi était étonné.

Antonio Casilli : Pas vraiment, parce que là on s’est rendu compte effectivement que les réseaux, tels qu’on les appelle aujourd’hui, sont revenus à ce moment-là à leur fonction originaire, c’est-à-dire assurer une infrastructure de communication dans une situation d’enfer dystopique dans lequel rien ne marche. Si on revient aux origines d’Internet, comme projet DARPA [United States Department of Defense Advanced Research Projects Agency], un projet de la recherche de l’armée américaine, c’était pensé non pas pour une pandémie mais pour survivre à une situation de destruction nucléaire, donc pour assurer la continuité productive et communicationnelle après que les téléphones ont été ubérisés, la télévision ne marche pas, on ne peut pas bouger. Évidemment la situation est loin d’être, même au mois de mars, si dystopique que ça. Et pourtant on s’est retrouvés dans une situation dans laquelle on a eu besoin d’arrêter drastiquement nos mobilités et de suppléer ces mobilités par une communication. Du coup c’était légitime comme questionnement.

Xavier de la Porte : Tout de suite après le début du confinement j’ai pensé à faire un papier sur cette question : Internet va-t-il tenir ? Alors j’ai appelé Stéphane Bortzmeyer1 qui est un des plus brillants connaisseurs de l’Internet. Il m’avait expliqué qu’il n’y avait pas grand risque et il m’avait rappelé quelques principes vraiment basiques. Si on n’arrive pas à accéder à un site – typiquement la plateforme de cours à distance de l’Éducation nationale, c’était un peu le problème au début – c’est en général à cause du site. Ce n’est pas à cause d’Internet lui-même, c’est le site qui sature et le plus souvent, s’il sature, c’est parce qu’il est mal fait pour de multiples raisons que pourrait détailler Bortzmeyer. Et là, c’est toute la chaîne de fabrication du site qu’il faut questionner.
Ensuite, ce n’est pas parce qu’on a un problème de bande passante chez soi que l’Internet est saturé. Et puis, ce n’est pas parce que certains sites sont très sollicités, Netflix par exemple, que l’ensemble des réseaux qui constituent l’Internet sont saturés. Par sûr qu’en moyenne d’ailleurs, Internet dans son ensemble ait subi une surcharge pendant le confinement par rapport à la vie normale. Parce que quand ils sont au bureau et qu’ils travaillent, les gens sont aussi sur Internet et consomment de la bande passante sans que ça pose de problème. Bref ! Selon Bortzmeyer Internet allait tenir, c’était assez évident. Donc je me pose une question : si on s’est tant inquiétés, si des médias ont tant relayé cette inquiétude, si des personnalités publiques ont pris la parole pour dire qu’elles s’inquiétaient, c’était juste par méconnaissance de l’architecture des réseaux ?

Antonio Casilli : C’était aussi qu’ils sont animés, dans certains cas, par des intérêts qui n’étaient pas de simple curiosité pour la dimension infrastructurelle des tuyaux, c’est-à-dire que derrière il y avait aussi des stratégies ou plutôt des questionnements intéressés, parce que derrière il y a des stratégies industrielles.
Quand Thierry Breton [Commissaire européen au Marché intérieur] se pose la question de la survie de nos réseaux, donc demande par exemple à certains acteurs américains de limiter le débit ou, à certains acteurs en général, de limiter le trafic, il y a un intérêt effectivement à sélectionner non seulement certaines plateformes par rapport à d’autres, certains contenus par rapport à d’autres et certains usages par rapport à d’autres, certains usages qui sont orientés à une idéologie productiviste c’est-à-dire servez-vous d’Internet avant tout pour bosser. S’il vous reste de la bande passante le soir, vous allez regarder des films, si possible des films que vous payez pour donner du boulot et de l’argent à nos chers producteurs de contenu.

Xavier de la Porte : Là, Antonio fait référence à une annonce de Thierry Breton, le commissaire européen en charge du numérique notamment, qui a dit en plein confinement avoir passé un coup de fil au PDG de Netflix pour qu’il baisse la qualité des vidéos afin d’occuper moins de bande passante. Là on voit comment l’inquiétude pour la solidité des réseaux a bon dos !
Bon, ça c’est le problème de la bande passante vu à un niveau macro. Mais en fait, le confinement a posé le problème de la bande passante à un niveau micro, à l’intérieur même du foyer. Je ne parle même pas des foyers où il y avait un seul ordinateur, voire un seul téléphone pour tout le monde. Même dans un foyer bien équipé ça posait problème, c’était risqué de faire deux discussions Zoom en même temps ou d’avoir quelqu’un sur Skype pendant qu’un autre téléchargeait un fichier lourd. Du coup, on s’est mis à avoir des conduites un peu étranges : se mettre tout près de la box, piquer en loucedé le câble Ethernet, repérer les horaires où le débit est meilleur. Par exemple, là où j’étais, j’ai remarqué systématiquement une chute de débit vers minuit et demi à peu près sans savoir si c’était du fait de mon cousin qui peut-être matait du porno ou alors un truc décidé par mon fournisseur d’accès. Parfois même je penchais mon ordinateur vers l’avant parce que j’avais l’impression qu’il captait mieux la Wi-fi ou alors je me déconnectais et reconnectais dix fois au réseau en espérant que cette fois-ci ça allait marcher mieux. Bref, j’ai l’impression qu’on a développé des conduites qui n’étaient pas très loin du magique.

Antonio Casilli : Je ne sais pas si c’est forcément une question de magie, mais c’est clairement une situation dans laquelle on a dû mettre en place des négociations : qui est autorisé et à quel moment, entre guillemets, à « se servir d’Internet », par exemple être plus près de la box, ou qui doit s’installer à un autre endroit. Très vite on se retrouve face à une négociation qui devient difficile, qui devient pénible et qui, en plus, renvoie à des hiérarchies par âge, par genre, par rôle, par position économique, qui se manifestent parfois de manière extrêmement violente, une sorte de mini lutte des classes ou des sexes au sein de la famille.

Xavier de la Porte : Bien sûr. Et les études qui ont été menées sur le travail en période de confinement l’ont montré : souvent ce sont les femmes qui ont été privées de bande passante ou des ordinateurs, donc une prolongation des inégalités déjà constatées dans le monde du travail.
En même temps, ça a rendu notre usage d’Internet très matériel. Et ça, je l’ai ressenti à plusieurs degrés. Par exemple, dans les premiers jours du confinement et d'ailleurs encore plus quand j’ai compris que ça allait durer, je me suis mis à angoisser, mais alors follement, que mon téléphone tombe dans les toilettes, que mon ordinateur se mette en rade, que la box ne marche plus, comme si ma vie en dépendait. C’est-à-dire que le matériel s’est rappelé à moi avec une force inédite parce que ce matériel était précisément ce qui me permettait de m’extraire de chez moi, de pouvoir être ailleurs avec d’autres gens tout en ne sortant pas de chez moi. Je me demande d’ailleurs si cette expérience n’a pas été centrale pour beaucoup de gens.
Après quelques semaines de confinement, j’ai discuté par Zoom avec Achille Mbembe. Achille Mbembe est un grand intellectuel camerounais qui vient d’Afrique du Sud. Mbembe est très mondial, il voyage beaucoup en Afrique, en France, aux États-Unis. Et voilà que tout à coup il était confiné avec sa femme et ses enfants à Johannesburg et je lui ai demandé comment ça se passait pour lui. Voici la première chose qu’il m’a dite :

Achille Mbembe : J’avais l’impression d’être divisé et je n’arrivais pas à réconcilier ces deux dimensions, dimension corporelle – un corps que l’on peut toucher, mais qui est confiné, qui ne peut pas vraiment se déplacer – et une psyché qui se déplace librement et qui risque de laisser le corps derrière elle. Donc j’avais vraiment peur, je ne sais pas si c'est cette claustrophobie, j’avais peur de ne pas me retrouver et cette peur n’a pas disparu.

Xavier de la Porte : Cette peur n’a pas duré ?

Achille Mbembe : Commen ? Je ne t’entends pas.

Xavier de la Porte : Pardon, j’ai compris que tu disais que cette peur n’a pas duré.

Achille Mbembe : Non, elle n’a pas disparu.

Xavier de la Porte : Pas disparu.

Achille Mbembe : Non, pas entièrement en tout cas.

Xavier de la Porte : C’était vraiment la galère ces discussions sur Zoom. Bref ! J’ai voulu savoir ce que Antonio pensait de cette impression de dissociation qui faisait si peur à Achille Mbembe.

Antonio Casilli : Je suis certain qu’il y a certaines personnes qui se sont vues obligées à faire de l’informatique comme on faisait de l’ordi, tu sais, dans les années 80 du siècle passé, du jour au lendemain, de manière beaucoup plus importante. Du coup elles ont aussi pu, dans certains cas, récupérer tout un tas de manières de voir, d’imaginaires qui sont liés à ces pratiques qui ne sont pas forcément les leurs. Pour certaines personnes j’imagine que l’expérience a été effectivement de vivre en 2020 ce que d’autres avaient déjà vécu dans les années 1990 quand la rhétorique ambiante était celle de « je m’échappe de mon corps pour évoluer dans l’espace éthéré du cyberespace évidemment, de la réalité virtuelle dans laquelle je suis un et multiple, je suis partout et je suis omniprésent, etc. »

Xavier de la Porte : Là, Antonio envoie une petite pique, pas à Mbembe directement, mais à tout un discours qui consiste à dire qu'évoluer dans les réseaux c’est évoluer dans le virtuel, dans un autre monde où les contraintes du corps sont absentes et que, du coup, ça produit avec le monde physique un effet de dissociation. Bon ! C’est vrai que ce discours est un peu daté. D’ailleurs, beaucoup de travaux ont montré depuis que c’était beaucoup plus compliqué que ça, que le virtuel n’est pas le contraire du réel ou un autre réel, mais que les deux s’imbriquent, etc. Néanmoins, on ne peut pas nier qu’on a eu des moments d’étourdissement après des heures à échanger avec des gens qui étaient loin. Je ne peux pas donner complètement tort à Achille Mbembe là-dessus.
Cela dit, en bon sociologue, Antonio Casilli fait un rappel nécessaire. Cette impression de s’échapper hors de son corps, grâce ou à cause du numérique, a aussi été un luxe. Beaucoup de gens n’ont même pas eu le loisir de l’expérimenter. Parmi ces gens il y a d’abord ceux que Antonio appelle les défavorisés du confinement.

Antonio Casilli : Les défavorisés de cette situation ce sont, par exemple, les personnes qui n’avaient pas un capital social extrêmement développé, je veux dire, par exemple, de rencontres en face à face. Des personnes qui vivaient en situation d’isolement ou d’échec et de désintégration par rapport à leur milieu, à leur groupe, à leur ville et ainsi de suite. Ces personnes-là ont vécu le confinement, quoiqu’équipées, comme une situation dans laquelle la séparation, l’exclusion, a été encore plus poussée. Ces personnes-là ont vécu le confinement de manière certainement très éloignée de cette idée selon laquelle on peut être partout et tout le monde est avec nous. Au contraire, tout le monde est avec nous, c’est quelque chose qui peut être une absence extrêmement douloureuse.

Xavier de la Porte : En effet, ça c’est intéressant, parce qu’on a beaucoup parlé des gens qui ont subi, pendant le confinement, ce qu’on appelle la fracture numérique. C’est-à-dire qu’ils n’ont pas de compétences numériques, ils n’ont pas les moyens d’être équipés ou alors ils sont dans des zones blanches, c’est vrai que ça, ça a sans doute été très compliqué pour eux, par exemple télécharger une attestation de sortie. Mais on a peu parlé de ceux qui, tout en étant équipés, connectés et compétents, n’avaient rien à faire. Pas de boulot, pas grand monde à qui parler dans les réseaux. Il a raison d’évoquer ça Antonio, la solitude connectée. Mais il n’y a pas qu’eux qui ne se sont pas échappés dans le cyberespace.

Antonio Casilli : Je pense au contraire aux personnes qui, en télé-travaillant et en devant assurer effectivement la continuité des activités au sein d’un foyer, se sont retrouvées, effectivement, à gérer différents plans d’existence : assurer le présentiel et le distanciel ; s’occuper par exemple du voisin âgé et peut-être malade auquel il faut apporter, que sais-je, à manger chaque jour ou l’aider pour ses courses, mais, en même temps, s’occuper aussi d’une personne qui pouvait être un parent ou un frère éloigné qui se trouve à des milliers de kilomètres. Au contraire, ça peut être un confinement qui est extrêmement peuplé, très densément peuplé.

Xavier de la Porte : C’est beau cette idée du confinement très densément peuplé. Ça rendrait un peu mieux compte, je crois, de ce que j’ai vécu à titre personnel, et comme beaucoup je ne peux pas dire que les moments d’échappée dans le cyberespace aient été très longs, ça a plutôt été une course de tous les instants, c’était même très physique.
Justement, je veux revenir à cette question du corps, parce que si Achille Mbembe parlait d’une sorte de dissociation entre le corps physique et la psyché, eh bien je pense qu’on a aussi assisté à autre chose. Par exemple la pratique assidue de l’ordinateur et l’inertie ont provoqué une épidémie hallucinante de mal de dos. Je dis hallucinante mais je n’ai aucune source statistique, j’ai juste observé autour de moi que tout le monde était sorti de là avec un mal au dos, une sciatique, un lumbago. Donc on ne peut pas dire que vivre dans le cyberespace nous ait fait sortir de nos corps, c’est plutôt l’inverse.
Et puis, dans un autre registre, une copine qui était confinée toute seule, m’a raconté comment, pour la première fois de sa vie, elle avait fait du sexe à distance et que ça lui avait bien plu. Bon ! Eh bien ça, pour moi, ça va dans le même sens que ce qu’on vient de dire, c’est-à-dire que nos expériences numériques n’ont pas forcément été des sorties de nos corps. Au contraire parfois, elles ont ramené certains à leur corps. J’aimerais savoir ce que pense Antonio de cette question particulière du sexe en ligne.

Antonio Casilli : C’est anodin comme type d’usage aujourd’hui et, en même temps, pour certains, c’est aussi une découverte, c’est un moment dans lequel on prend le temps – parce qu’on y est obligé – de réfléchir effectivement à ce que veut dire d’assurer un lien qui est aussi un lien corporel, qui est lien qui est une tension passionnelle avec une autre personne, ou alors tout simplement pour tromper l’ennui, s'amuser, mais qui doit être assuré en passant par une intermédiation visible, donc deux écrans, ou la tablette, le mobile, peu importe ou même, pour les gens qui aiment passer par des objets connectés, les objets connectés en plus.

Xavier de la Porte : Les objets connectés, genre le godemichet qu’on commande à distance avec une appli, etc., c’est vrai que ce n’est pas banal, ce n’est pas anodin comme le dit Antonio, autour de moi personne ne fait ça, en tout cas personne ne me raconte avoir fait ça. Mais bon ! Sans aller jusqu’aux objets connectés, je suis persuadé que l’usage de tous ces outils, je pense aux textos mais aussi à Skype, pour faire monter l’excitation de l’autre et la sienne, eh bien certains l’ont expérimenté ou alors parfait à cette occasion et ça ce n’est pas intéressant. Il en dit quoi, Antonio, de tout ça ?

Antonio Casilli : Dans ce contexte-là, une communication Skype si c’était Skype, ou Zoom, ce n’est pas seulement quelque chose qui arrive parce qu’on clique sur un bouton et qu’une caméra se met en place. Il y a, par exemple, la question du cadrage, les lumières, le type de ton, de son, et tout ça relève de compétences qu’on apprend, qu’on a apprises — dans certains cas, pendant le confinement, certains se sont obligés à les apprendre très vite pour se mettre à jour.

Xavier de la Porte : Je trouve important que Antonio Casilli parle de compétences, parce que je pense vraiment que ce sont des compétences. Savoir écrire les textos qu’il faut, au rythme qu’il faut, avec le vocabulaire qu’il faut, par exemple insérer la petite dose de vulgarité nécessaire au moment nécessaire, savoir cadrer son corps pour qu’il excite l’autre, eh bien ce sont des compétences. Moi, j’aime assez l’idée que de par le monde, ces derniers mois, plein de gens les aient développées dans leur coin, sans trop en parler, je trouve ça assez beau.
Cela dit, entre ceux qui ont fait du sexe sur Skype, c’est-à-dire sur une plateforme de Microsoft, ceux qui ont dragouillé dans le chat de Facebook, un service qui n’est pas très connu pour son souci de la vie privée, ceux qui ont fait toutes leurs réunions de boulot sur Zoom ou dans le Hangout de Google, j’ai l’impression que plus encore que d’habitude on a balancé toute notre vie privée dans les réseaux, sans faire le moindre effort pour la préserver. Comme si on avait tout lâché, comme si on avait abaissé les dernières barrières de notre intimité.

Antonio Casilli : S’est jouée, à mon sens, la même chose que celle qui se joue depuis quinze ans, c’est-à-dire qu’on ne lâche rien au niveau de notre vie privée, mais qu’on choisit les batailles qu’on peut gagner. Par contre, dans certains cas, on est obligé à des retraites stratégiques, même parfois à des mini déroutes. Je pense typiquement à l’usage de certains outils comme Zoom. Zoom n’a pas été plébiscité parce qu’il est plus performant que d’autres ou parce qu’il a eu plus de marketing que d’autres. Il y a eu une très forte pénétration de Zoom dans les usages pour travailler. Personnellement, c’est mon employeur, donc mon université, qui me l’a proposé et après moult protestations, très violentes de ma part, qui a insisté sur le fait que c’est ça ou il n’y a pas de communication. On peut composer, c’est-à-dire qu’on s’invente des mini stratégies pour limiter les dégâts, par exemple choisir l’équipement qui se connecte ou choisir l’endroit d’où on se connecte et ainsi de suite.

Xavier de la Porte : OK ! On peut avoir des petites stratégies. Il n’empêche qu’une conversation qui a lieu dans Zoom a lieu dans une plateforme qui est considérée comme très intrusive. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais entre le partage de données avec Facebook sans en informer l’usager et les fausses annonces sur le chiffrement des communications, les atteintes à la vie privée de Zoom ont été quand même largement documentées. En même temps, j’avoue que je suis assez rassuré qu’un aussi ardent défenseur de la vie privée qu’Antonio Casilli admette qu’il y a des moments où on peut difficilement faire autrement. Qu’on a le droit à des petites retraites stratégiques et que le souci de la vie privée, eh bien il peut survivre à ces petites défaites. Et puis, malgré toutes les critiques qu’on peut leur adresser, il y a des choses qui se sont passées avec ces services en ligne, on ne peut pas le nier, des formes d’appropriation qui ont été assez marrantes, voire assez inventives. Je pense évidemment aux apéros Zoom, Skype ou autres et tout ce à quoi ils ont donné lieu, c’est-à-dire les gens qui se faisaient des blagues, qui jouaient avec le cadrage, avec les fonds, ça avait quand même un côté assez jouissif à voir tout ça. J’imagine, surtout, pour un sociologue qui s’est intéressé aux sociabilités en ligne comme Antonio Casilli.

Antonio Casilli : C’était jouissif, même les apéros Zoom, parce qu’on savait que c’était limité dans le temps. Même si je pense à un pays qui est mon pays d’origine, comme on peut le deviner à mon accent, et un pays qui a été lourdement touché par le coronavirus, donc l’Italie, là, très vite, c’était clair, par exemple surtout à Milan qui a une longue tradition historique de l’apéro, en effet, que même sans attendre le déconfinement, les apéros avaient lieu chez l’habitant. Et très vite, la première chose que les Milanais ont faite après le déconfinement, c’est de se précipiter aux Navigli, qui est la zone sur la rivière, pour recommencer les apéros. Ce n’est pas que l’apéro Zoom s’est imposé, c’était une expérience intéressante, parce qu’on savait que c’était limité dans le temps.

Xavier de la Porte : Il n’a pas tort Antonio. D’ailleurs je pense que tout le monde a vécu la même chose, ça a été drôle un mois et puis on s’est ennuyés. Personnellement, ça m’a plongé dans une grande mélancolie ces apéros Zoom. Je crois d’ailleurs que pendant certains je n’ai même pas ouvert la bouche et je comprends très bien ceux qui ont lâché l’affaire et qui ont préféré trinquer à distance avec des voisins de balcon qu’ils connaissaient à peine.
Mais on n’a pas fait que prendre l’apéro pendant ce confinement. Certains ont travaillé, notamment les enseignants. D’ailleurs Antonio Casilli est prof à Télécom Paris et ça m’intéresse de savoir comment il a vécu, lui, l’enseignement à distance.

Antonio Casilli : La modalité distancielle impose des formes de pédagogie, je ne veux pas rentrer dans les détails ni être lourd, mais un renversement de la logique pédagogique. C’est-à-dire si, auparavant, c’était moi qui parlais donc c’était une sorte de structure rayonnante dans laquelle je livrais certains contenus ou je donnais des consignes pour réaliser des TD et ainsi de suite, là on a dû tout simplement partir des contenus et faire en sorte que d’abord les étudiants travaillent entre eux et ensuite, mon rôle, devenait aussi un rôle de facilitateur de leur travail et de, ça c’est un peu pénible, même aussi de surveillant pour s’assurer qu’ils fassent ce qu’ils devaient réaliser avant une certaine date.
Du coup le rôle de l’étudiant change, le rôle de l’enseignant change et le travail pendant le confinement a été pour moi un travail de coordination. Un travail effectivement, aussi dans certains cas, d’accompagnement, je ne veux pas dire forcément psychologique. L’immédiateté de la relation présentielle dans laquelle on peut se rendre compte, par exemple, si un étudiant ou une étudiante ne va pas, ce sont des choses qu’on a dû gérer de manière complètement différente, par exemple en s’accordant des temps à chaque fois qu’on avait des réunions avec les étudiants pour faire un petit tour de table dans lequel chacun racontait ses conditions matérielles de vie, où il était, comment il allait et ainsi de suite. Ce sont des choses qu’on va devoir apprendre.

Xavier de la Porte : Marrant ça ! Finalement, ce que raconte Antonio, ça ressemble à ce que certains pédagogues appellent la classe inversée, c’est-à-dire une pédagogie où les élèves travaillent d’abord le contenu, seuls, chez eux, et où l’enseignant intervient après, dans la classe, pour faire des exercices, pour vérifier la compréhension, développer ou réexpliquer si besoin. Finalement c’est un peu ça dont parle Antonio Casilli.
Mais est-ce que le fait de travailler à distance, par écran interposé, ça a remis en question son métier ou, plutôt, est-ce que ça l’a amené à se poser une question qu’il s’était peu posée jusque-là ?

Antonio Casilli : À quoi sert une université ? Une université, d’un certain point de vue, est aussi un lieu d’accueil, même, d’une manière très cynique, c’est presque un peu de l’hôtellerie. Dans une situation d’enseignement à distance, il faut réinventer tout ça de manière complètement différente. On n’accueille plus dans des lieux physiques, on n’assure pas un service qui est aussi un service dans lequel on s’occupe des étudiants. C’est peut-être toute l’idée de ce à quoi sert l’enseignement universitaire qui est remis sur le tapis et il faudra y réfléchir.

Xavier de la Porte : Cette question : à quoi sert vraiment mon boulot ? Quelle est sa vraie utilité ? Beaucoup de gens se la sont posée quand ils se sont mis à ne plus l’exercer parce qu’il n’était pas essentiel, selon la terminologie de rigueur, ou parce qu’ils se sont mis à l’exercer différemment que d’habitude, dans d’autres conditions. On a tous, autour de soi, des gens qui ont connu des remises en question parfois assez violentes.
Je discutais récemment avec ma petite sœur qui est diététicienne dans un hôpital public qui, donc, n’a jamais arrêté de travailler alors qu’elle a deux petites filles en bas-âge et que son compagnon, lui non plus, n’a jamais arrêté de travailler. Ça a été dur, d’autant qu’elle bosse dans un service de gériatrie qui a connu une surmortalité effarante. Je la plaignais et elle m’a dit : « Ouais, mais tu sais, au moins moi j’ai eu le sentiment d’être utile ; ce n’est pas pas le cas de tout le monde ! » Et en écoutant Antonio je me dis que bien des métiers qu’on peut faire à distance perdent néanmoins une partie de leur utilité quand ils ne sont pas faits en présentiel. Et, en plus, c’est une utilité qu’on ne perçoit pas immédiatement mais qui saute aux yeux quand on n’a que l’écran pour se parler.
Mais bon ! Là on discute des gens qui ont pu télé-travailler, pour le meilleur et pour le pire. Si on s’en rapporte aux chiffres, aux seuls chiffres, eh bien c’est une minorité. Environ 25 % de la population active a télé-travaillé pendant le confinement alors que c’est environ entre 5 et 6 % en temps normal. C’est beaucoup 25 %, mais c’est loin d’être tout le monde ! Le reste soit ne pouvait pas travailler à distance et n’a pas travaillé, soit a été obligé d’aller travailler, ce sont les fameux métiers essentiels, soit n’avait pas de boulot ou alors l’a perdu pendant le confinement. Mais il y a une population qui a continué à travailler, ce sont les travailleurs des plateformes numériques. Les gens qui bossent pour Nexflix ont travaillé. Les livreurs UberIT ou Deliveroo, eh bien ils ont travaillé. Antonio les connaît bien. Son dernier livre, En attendant les robots, porte sur eux et je veux qu’il m’explique comment ces gens ont bossé, dans quelles conditions.

Antonio Casilli : Il y a trois types de plateformes numériques qui ont continué à exister et, dans certains cas, ont même prospéré pendant le confinement : les plateformes de livraison, ce qu’on appelle le dernier kilomètre de la logistique, de Deliveroo à Amazon. Aprè il y avait un dernier kilomètre de la donnée, un dernier kilomètre des personnes qui devaient assurer la survie de nos algorithmes, de nos systèmes informatiques, ce ne sont pas forcément les gens de la DSI [Direction des systèmes d'information] de votre entreprise, je pense par exemple aux freelancers ou les gens travailleurs de la foule ou microtravailleurs ; ça c’est toute une catégorie qui est relativement nouvelle. Après, il y a aussi le dernier kilomètre en information, donc tous ceux qui travaillent pour que nos services et nos contenus sur Internet continuent d’exister, continuent d’être de la qualité que les entreprises souhaitent, je pense aux modérateurs, les modérateurs des plateformes ; pour eux c’était particulièrement difficile.

Xavier de la Porte : C’est vrai qu’on ne pense jamais à ces travailleurs-là, les modérateurs de plateformes, qui passent leurs journées à regarder ou lire des contenus en général assez gerbants pour savoir si la plateforme doit les garder en ligne ou pas. Récemment un documentaire leur a été consacré et c’est vrai que c’est une vie hyper-difficile. En revanche, je ne vois pas pourquoi le confinement a été particulièrement difficile pour eux.

Antonio Casilli : Parce que, normalement, ils ne peuvent pas télé-travailler. Ils doivent modérer les contenus. Imaginez des personnes qui regardent à longueur de journée des vidéos de décapitation sur YouTube et qui sont là pour filtrer ces contenus, typiquement ce ne sont pas des contenus qu’on laisse tranquillement gérer chez soi, peut-être pendant qu’un enfant passe dans la pièce. Et en plus, souvent, il n’y a pas toujours ça, mais on imagine pour les personnes qui modèrent des conversations sur un forum ou sur Facebook, que, parfois, on est en train de gérer des données personnelles et c’est toujours mieux que ces données ne sortent pas de l’entreprise qui, par ailleurs, n’est presque jamais Facebook même, mais plutôt un sous-traitant.
Qu’est-ce qui s’est passé ? Il s’est passé tout simplement que ces personnes ont été d’abord, initialement, poussées à continuer à travailler depuis leur bureau, donc risques de contamination par le COVID dans une situation, en plus, qui n’était pas un métier de rêve, ce n’est pas un métier qui est super bien payé.
Après, on a commencé à faire du télétravail avec des équipements qui étaient des ordinateurs achetés par les entreprises, dans certains cas, mes informateurs me disent, avec des boîtiers particuliers qui servaient pour éviter des fuites de données, tout ça c’est très bien et, en même temps, tout ça ne peut être improvisé du jour au lendemain. Il faut acheter ces ordinateurs, il faut les envoyer, il faut que les gens se mettent en condition de travailler, bref, il y a des jours parfois des semaines perdues. En plus on a la question des fuseaux horaires parce que ces plateformes travaillent 24 heures sur 24, par contre un modérateur confiné à Barcelone ou confiné à Cork normalement dort alors que quelqu’un se réveille aux Philippines, mais aux Philippines aussi on est confinés et on a d’autres types de problèmes. Bref, ce n’était pas simple et très vite les grandes plateformes ont admis que ça allait être difficile, voire galère. Donc YouTube, Twitter, Facebook, ont tous annoncé que pendant le confinement il fallait s’attendre à un service d’une qualité moindre.

Xavier de la Porte : Du coup ont circulé sur ces plateformes des contenus qui, en temps normal, circulent moins parce qu’ils sont éliminés par ces modérateurs. Et ça, est-ce que ça veut dire que si de très nombreuses rumeurs ont été diffusées dans les réseaux pendant le confinement c‘est parce que les modérateurs humains ne travaillaient pas, ou moins, pendant cette période ?

Antonio Casilli : Ou que les modérateurs travaillaient dans des conditions extrêmement difficiles et cherchaient, en plus, à faire face. Je ne veux pas exclure forcément que la panique généralisée ou des moments de détresse globale poussent les gens à s’insulter davantage ou à faire circuler des fausses rumeurs d’autant plus que, dans certains cas, il y a effectivement des fake news, il y a de l’infox, c’est clair, mais il y a aussi une connaissance scientifique qui évolue rapidement, qui, dans certains cas, se contredit parce que ça fait partie du jeu scientifique. Le jeu scientifique est le jeu de la falsification. Je ne veux pas faire le Popper de service, mais c’est clair qu’une chose qui était une news avérée aux mois de mars-avril, eh bien on la regarde avec peut-être un peu plus d’attention ou de prudence au mois d’août. Donc les modérateurs n’ont pas forcément eu la possibilité d’être rapides telle qu’on l’aurait souhaité.

Xavier de la Porte : Autre chose qui m’a fasciné, le recours à la technologie comme solution à tous nos maux. C’est-à-dire que face à l’épidémie et à tous les problèmes qu’elle posait, on a vite fait de brandir les solutions technologiques comme moyen d’y remédier : les applications de traçage pour identifier les potentiels contaminés, les drones pour faire respecter la distanciation sociale dans les espaces publics, la géolocalisation pour mesurer les flux de population et j’en passe.
Pour moi, cette période a été la manifestation flamboyante de ce qu’on appelle le solutionnisme technologique, soit la tendance à considérer que c’est la techno qui va être la solution à tous nos problèmes. Je veux savoir si Antonio est d’accord avec mon constat.

Antonio Casilli : Très souvent, on a des solutions en quête de problèmes. C’est-à-dire que le drone est une solution qui cherche le problème qu’elle va résoudre, donc c’est l’envers du solutionnisme populaire. Qu’est-ce qui se passe ? Il se passe tout simplement qu’il y a certains dispositifs de reconnaissance faciale par exemple, des dispositifs de Technopolice, de contrôle des populations, parfois des foules comme les drones, qu’on cherchait à vendre depuis des années et des années et on n’arrivait pas à trouver le cas d’usage. Le cas d’usage parfait est le cas de l’épidémie. Là, effectivement, on a l’opinion publique de notre côté et des financeurs, privés et publics surtout, prêts à payer le prix fort pour mettre en place une flotte de drones.

Xavier de la Porte : C’est ça que j’aime bien avec Antonio Casilli : il retourne les problèmes. Pour lui, ce qui s’est manifesté pendant cette période assez dingue, ce n’est pas recherche d’une solution technologique mais le contraire. C’est le fait qu’enfin on trouvait une utilité à des technologies à disposition, mais dont on ne savait pas très bien quoi faire. C’est-à-dire qu’on ne trouvait pas une solution pour l’épidémie, mais pour les boîtes qui fabriquent des drones ou des programmes de géolocalisation et, en plus, avec l’appui des gouvernements et parfois même des populations. C’est en effet quelque chose qu’on oublie souvent dans les technos. Souvent l’usage vient après l’invention et une épidémie c’est un bon moment pour imposer des technologies contestées du type de la reconnaissance faciale, parce que soudain les résistances sont moindres. On sait très bien, c’est le même mécanisme qui fonctionne quand il y a des attentats terroristes.
Là, en l’occurrence, il faut faire un sort à StopCovid2, l’application que le gouvernement a proposée aux Français de télécharger. Antonio Casilli a fait partie des gens qui ont alerté sur les dangers de StopCovid tout de suite, notamment en termes d’atteinte à la vie privée. Mais bizarrement, quand je lui dis « eh alors, StopCovid ? », ce n’est pas du tout de liberté individuelle qu’il me parle.

Antonio Casilli : Soyons clairs, c’est une histoire très ancienne, c’est une histoire qui commence en 2015 et qui a déjà été tentée à des endroits différents, en Asie, je pense à la Corée, je pense à l’occasion d’Ebola en Sierra Leone, au Cameroun, à des tas d’autres pays, et ces applications n’ont jamais été concluantes parce qu’elles demandent, dans la meilleure des hypothèses, énormément de travail de la part de qui ? Non pas du patient ou de la personne potentiellement contaminée, mais de la part du praticien, du médecin. Il faut que des médecins renseignent ces informations. Donc tout au plus elles peuvent être des applications qui aident le contact tracing, traçage contact, qui existe depuis un siècle. On le faisait à l’époque du sida. On le faisait à la main avec des bouts de papier, enfin des formulaires. Des personnes faisaient passer des entretiens à une personne qui avait été testée positive par exemple à la TBC ou au sida, à laquelle on demandait : « Vous avez rencontré combien de personnes ? À quel endroit ? À quel moment ? Quel type de relation avez-vous eu avec ces personnes ? » Ce ne sont pas des entretiens qu’on peut improviser. Il faut former les personnes, il faut avoir des personnes spécialisées, donc ça coûte cher. Tout au plus, les applications comme StopCovid cherchent à faire gagner, ou à faire des petites économies, pour éviter de payer du personnel formé au traçage des contacts. C’est quelque chose qui s’inscrit dans une logique de gouvernement d’austérité ou de gouvernement qui cherche à limiter le budget de la fonction publique, si on veut, de ce point de vue-là.

Xavier de la Porte : C’est drôle ça. Avant même la question des libertés individuelles, ce qui frappe Antonio c’est la motivation économique qu’il y a derrière ce type de solution. L’idée que la technologie nous permettra de faire des économies en nous passant de personnel humain pour faire ce qu’on a toujours fait en temps d’épidémie, à savoir tracer les contacts. C’est important cette idée. Si on est prêt à prendre des risques du point de vue des libertés individuelles, ce n’est pas toujours parce que l’on se fout des libertés individuelles, ni même parce que c’est plus efficace, mais d’abord parce que c’est moins cher. C’est une question d’allocation des ressources avant d’être une question idéologique. Bilan : jusqu’à maintenant pas grand monde n’a téléchargé StopCovid, en tout cas pas un nombre suffisant de personnes pour que ce soit efficace. Et les différents organes de la santé publique ont dû embaucher des gens pour faire le travail que StopCovid était censé faire. Est-ce qu’il faut voir là une leçon ?

Antonio Casilli : On ne peut pas tout automatiser et forcément on aura toujours des éléments humains. Voilà. Ça c’est une bonne leçon à l’ancienne.

Xavier de la Porte : OK ! Ça, c’est la leçon philosophique. Mais la question des données personnelles n’était quand même pas anodine dans l’histoire. On peut imaginer que plein de gens n’ont pas téléchargé l’application à cause des campagnes menées autour de l’atteinte possible à la vie privée.

Antonio Casilli : StopCovid est arrivée au bout de plusieurs de mois d’échec dans d’autres pays, je pense par exemple à Singapour. Singapour a été le premier pays qui avait fait une application de traçage de proximité, de traçage de contact automatique et, à deux reprises, a tenté de la mettre en place et, à chaque fois, n’a pas eu plus de 12 % de la population de Singapour ; en même temps, Singapour c’est 5 millions de personnes, c’est une ville État, etc., c’était beaucoup plus gérable.

En France, c’est beaucoup moins que cela. Je pense que c’est 3 % de la population. Pourquoi ? Évidemment il y a eu une campagne, j’ai été parmi ceux qui ont souligné les risques en termes de vie privée, de gouvernance des données, d’autonomie de ces données. Il y a aussi, encore une fois, certaines histoires de l’horreur qui nous viennent de l’étranger, je pense par exemple à la Corée du Sud. La Corée du Sud, même si elle a choisi des solutions complètement différentes, a été une source d’inspiration très forte pour les développeurs de traçage de proximité parce qu’en Corée du Sud des choses incroyables se sont passées. Ils ont décidé de mettre en place, par exemple, des applications qui étaient basées sur des données en open source, tout le pays est très orienté open source et open data, du coup énormément de personnes ont commencé à développer des applications parasites qui servaient pour stalker les gens dans la rue. Donc tu commençais à suivre dans la rue une personne qui était diagnostiquée COVID pour faire quoi ? C’est la cata !

Xavier de la Porte : Mais bon, l’open source n’était pas le modèle choisi par la France. Cela dit, le modèle choisi par la France, qui reposait sur la centralisation des données, allait à l’encontre des modèles choisis ailleurs en Europe et des possibilités techniques ouvertes par les principaux fabricants d’OS que sont Google et Apple, ce qui n’a sans doute pas aidé au succès de l’application. Soit une autre leçon de ce qu’on a vécu : dans une période de crise, en matière technologique, les pays ont des cultures nationales. En France on centralise, on veut préserver sa souveraineté, on fait cavalier seul quitte à se prendre un…
Je reviens à Achille Mbembe parce que dans la discussion qu’on avait eue pendant le confinement, il m’a dit quelque chose qui m’avait frappé. Je cherche dans mes archives et je retrouve ce morceau de notre discussion sur Zoom.

Achille Mbembe : Je doute très fort que l’entrée, plutôt cette descente dans les tréfonds du digital, soit réversible. Je crois que c’est irréversible. Un gros aspect de nos vies quotidiennes risque d’être téléporté vers le numérique si ça ne l’était pas déjà. En tout cas ce processus ira en s’accélérant, à mon avis.

Xavier de la Porte : Je demande à Antonio son avis sur cette idée. Parce que, en l’écoutant depuis tout à l’heure, Antonio Casilli, j’ai l’impression qu’il ne serait pas du tout d’accord avec Achille Mbembe. Si j’entends bien ce que dit Antonio, l’épidémie et le confinement n’ont pas marqué une grande étape dans nos vies numériques. StopCovid montre que le contact tracing reste une affaire humaine. Bon ! On a supporté la sociabilité en ligne des apéros Zoom parce qu’on savait que ça ne durerait pas. Les gens faisaient du sexe à distance avant le confinement et le télétravail a été minoritaire, etc. Bref, je ne suis pas certain que Antonio accrédite l’idée émise par Achille Mbembe que l’épidémie a mis fin à l’ère pré-numérique.

Antonio Casilli : Comment dire, le numérique c’est vraiment quelque chose du siècle passé. La question est que parfois, et là je peux être d’accord avec Achille Mbembe, on s’oblige à y réfléchir de manière constante et on s’oblige aussi à faire de grandes synthèses de ce que le numérique signifie pour nous, synthèses théoriques.
Je peux bien imaginer que pour certaines personnes cette période corresponde aussi à une sorte de conversion, comme la conversion religieuse. Et là je reviens aux travaux de Milad Doueihi3, qui avait parlé du numérique comme d’une grande conversion. Mais oui, on en a toutes les quelques décennies, pas forcément en correspondance de certaines crises, parfois il y a certains grands succès. À la moitié des années 2000, c’était il y a 15 ans, quand on a commencé à avoir l’Internet social, là c’était un moment de conversion. Ou dans les années 1990, avec l’arrivée du Web, c’était un autre moment de conversion. Peut-être que même en correspondance du bug de l’année 2000, il y a eu une conversion de personnes qui se sont obligées à réfléchir à l’importance de l’Internet de l’époque parce qu’elles anticipaient une apocalypse au passage du 31 décembre 1999 au premier janvier 2000.
Il y a des moments qui sont des moments de vérité mais qui sont aussi des moments de synthèse. Et ce sont des moments dans lesquels on se dit « là le numérique commence », mais ce n’est pas le numérique qui commence, c’est peut-être tout simplement le moment où on arrête de regarder le monde autour, de se faire distraire par le monde autour et, de manière assez paradoxale, on se concentre un peu sur nos écrans parce qu’on ne le fait pas. Parce que malgré, encore une fois à mon avis, la vision populaire qui consiste à dire qu’on passe son temps rivés à son écran, en réalité on ne le voit pas cet écran-là.

Xavier de la Porte : J’aime beaucoup cette idée, cet écran sur lequel on a les yeux rivés toute la journée et qu'en fait on ne le voit pas. On ne le voit pas au sens où on ne le pense pas, on n’y réfléchit pas, donc pendant des moments comme celui qu’on vit, on est obligé d’y réfléchir.
Je trouve que c’est une très belle idée et ça répond assez bien à la question que je me posais au début de cette discussion : ce qui s’est passé ce n’est pas l’entrée du numérique dans nos vies, ça, ça date, mais c’est qu’on a dû y réfléchir, on a dû penser notre vie numérique et peut-être l’accepter d’une certaine manière. En ça, la notion de conversion au numérique proposée par Milad Doueihi est assez juste. Une conversion ça peut arriver très longtemps après la révélation. Parfois il faut des chocs pour qu’elle ait lieu. Voilà ! C’est peut-être ça qui nous est arrivé avec l’épidémie, le confinement et tout ce qui se vit aujourd’hui, c’est qu’on s’est convertis pour le meilleur et pour le pire.
Merci à Antonio Casilli pour cette discussion. On peut lire son excellent En attendant les robots qui est paru au Seuil.
Merci aux réalisatrices du Le code a changé, Fanny Bohuon et Hélène Bizieau. À la technique c’était Louis Audebert. C’était Le code a changé un podcast proposé par France Inter en partenariat avec Fabernovel.

Quand l'informatique en veut à notre peau - Décryptualité du 12 octobre 2020

lun, 10/19/2020 - 07:21


Titre : Décryptualité du 12 octobre 2020 - Quand l'informatique en veut à notre peau.
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 12 octobre 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 41 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Panneau A14 signalant un danger - GNU Free Documentation License et licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported, 2.5 Generic, 2.0 Generic et Generic
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Dans la foulée du Cellmate, Décryptualité s'intéresse à ces applications de l'informatique qui peuvent directement nous mettre en danger.

Transcription

Luc : Décryptualité. Semaine 41. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Commençons tout de suite par la revue de presse.

Manu : Six jolis articles cette semaine.

Luc : ITforBusiness, « L'UE passe ses logiciels open source au crible du Bug Bounty », un article de Marie Varandat.

Manu : Un Bug Bounty c’est une sorte d’enchère à qui va trouver des bugs dans un logiciel donné.

Luc : C’est une prime.

Manu : Une prime, exactement. On propose à tous ceux qui le veulent de tester les logiciels de l’Union européenne, ceux qu’elle met en avant, et si vous trouvez des bugs, on vous paye, c’est quand même très sympa.

Luc : Il y a quelques années il y a des gens qui avaient montré qu’on pouvait très facilement espionner les députés européens au travers du Wi-fi qui n’était pas sécurisé.

Manu : C’est là que le Bounty devient important.

Luc : Mediapart, « La Cnil demande l'arrêt du stockage de nos données de santé par Microsoft », un article de Jérôme Hourdeaux.

Manu : Les données de santé c’est toute une problématique dont on a déjà parlé plusieurs fois et effectivement on est contents de voir que la Cnil [Commission nationale de l'informatique et des libertés] se démène pour les rapatrier sur le continent européen parce que c’est un petit peu embêtant que ce soit aux États-Unis.

Luc : Next INpact, « Droits voisins de la presse : condamnée à négocier, Google pourra parfois ne pas payer », un article de Marc Rees.

Manu : Ce sont des problématiques de droit d’auteur et d’argent, de gros sous même. En gros, l’Europe et les éditeurs de presse européens veulent que Google leur donne de l’argent. Et Google, bizarrement, ne veut pas. Il y a plein de négociations.

Luc : Avec une loi qui ne tenait pas trop la route, qui était hyper-facile à contourner.

Manu : Ils l’ont contournée, justement. Là il y a des gros bâtons qui sont de sortie et des problématiques de tribunaux. Google va peut-être quand même devoir cracher au bassinet.

Luc : Dans le domaine, j’ai lu un article : aux États-Unis il y a une commission qui a rendu son rapport, commission officielle, un boulot de deux ans, qui tacle les GAFAM très fortement et qui parle de les démanteler. Peut-être que l’avenir est un petit peu sombre pour nos amis les GAFAM, j’espère.

Manu : Ouh là là !

Luc : ITforBusiness, « Pourquoi est-il si difficile de trouver des alternatives aux GAFAM ? », un article de Patrick Brébion.

Manu : Ça parle du Cigref, une entité dont on a déjà parlé récemment, un regroupement des grosses entreprises françaises dans le cadre de l’informatique. Elles sont effectivement un peu embêtées avec les GAFAM et en général l’informatique en nuage parce qu’elles sont un peu pieds et mains liés face à des fournisseurs qui sont dominants. Et ça, c’est toujours gênant dans une relation d’entreprise à entreprise.

Luc : Et puis il y a toute une série d’organisations, dans les entreprises et également dans les administrations, où on a des solutions de GAFAM qui marchent tout de suite, là, et on dit « on prend ce qui marche » et sur le long terme on se retrouve là où on est.
Usbek & Rica, « Alice Zeniter: « L'engagement politique est plus facile au passé, quand tout est sépia » », une interview de Fabien Benoît.

Manu : Ça parle d’une auteure, Alice Zeniter, plutôt intéressante parce qu’elle a fait un livre qui met en avant beaucoup de nos problématiques de Libre, d’activisme, d’Anonymous. C’est plutôt intéressant, j’aime bien voir apparaître ça parce que c’est dans la culture générale. On va voir dans les librairies poindre des livres qui parlent un peu de nos sujets.

Luc : C’est beau !
La Tribune, « Propriété intellectuelle : la guerre Oracle-Google devant la Cour suprême » , un article de la rédaction.

Manu : Un sujet très embêtant avec des allers-retours. Ce sont deux géants qui sont en train de se battre l’un contre l’autre. En gros, Oracle accuse Google d’avoir copié des interfaces d’accès de programmation et Google qui dit « attendez, ça va, ce sont des interfaces d’accès, c’est fait exprès pour être copié. Où est le problème ? » Au début Google avait gagné. Ils ont été en appel, ils ont à nouveau gagné en appel il me semble. Ils sont allés en contre-appel, c’est Oracle qui a gagné, et ils ont gagné des grosses sommes, ce sont des milliards qui sont en jeu. Là ils sont en train l’aller en contre, contre, contre-appel, je ne sais plus quoi, peut-être la Cour suprême.

Luc : La Cour suprême, c’est ce que dit l’article.

Manu : Ça monte dans les tours, il y a des milliards, je crois que ce sont huit milliards qui sont en jeu. C’est considérable.

Luc : Oui et c’est aussi cette question : est-ce qu’on peut mettre de la propriété intellectuelle sur à peu près tout et n’importe quoi ?

Manu : Notamment sur des points d’accès. Moi, en tant qu’informaticien, ça m’embête, parce qu’un point d’accès normalement c’est fait pour être ouvert. Petit détail : ils ont Trump dans leur cour, Oracle est soutenu par l’administration en place aux États-Unis, ça aide.
Notre sujet du jour ?

Luc : Tu avais un sujet grave à aborder, une alerte à lancer.

Manu : Une alerte de sécurité. Si vous avez acheté un Cellmate, il faut que vous fassiez attention, que vous vous rapprochiez du fabricant pour récupérer une mise à jour du logiciel et faire en sorte de pouvoir le débloquer à loisir, sinon ça va être un peu embêtant !

Luc : C’est quoi un Cellmate ?

Manu : Un Cellmate, comme son nom ne l’indique pas, c’est une cage de chasteté.

Luc : C’est-à-dire ?

Manu : Une ceinture de chasteté, mais pour les hommes !

Luc : Donc un accessoire pour s’amuser entre adultes consentants.

Manu : N’est-ce pas !

Luc : Mais avec le Cellmate on a découvert que c’est un peu plus que des adultes consentants puisque toutes les commandes de ce gadget connecté passent par un serveur chez le fournisseur, donc c’est l’occasion de s’ouvrir à la sexualité collective sans nécessairement en avoir conscience. Comment a-t-on découvert cette faille ?

Manu : Un laboratoire de recherche en sécurité a fait des tests de pénétration, ça ne s’invente pas !

Luc : Ça existe réellement en informatique !

Manu : C’est ça, ce sont des tests de pénétration, et qui a découvert que ce serveur pouvait être accessible assez facilement et qu’on pouvait obtenir des informations – nom, prénom des acheteurs de l’appareil, localisation du dernier usage – et qu’on pouvait le bidouiller de façon à ce qu’il bloque les commandes de déblocage. En gros, si vous avez bloqué votre partenaire sexuel.

Luc : C’est un peu le principe, c’est à ça que ça sert !

Manu : Oui, voilà ! Mais ça peut se terminer à l’hôpital ou chez le garagiste du coin et c’est embêtant quand les appareils sont un peu trop intriqués. Je trouve ça amusant parce qu’on se retrouve avec de l’informatique au cœur des problèmes humains de tous les jours. C’est un peu original, on pourrait dire que le monde moderne nous réserve des surprises.

Luc : Il y a effectivement tout un nombre de cas, et ça remonte à loin, l’informatique se répandant dans tous les domaines, elle touche nos vies de façon potentiellement très directe.

Manu : Il y a des choses qui sont plus au cœur de l’être humain, par exemple.

Luc : Le cœur notamment et les pacemakers. On a eu, par le passé, plusieurs affaires là-dessus et ce qui a été dit à l’époque est probablement toujours valide aujourd’hui. On avait, d’une part, une jeune hackeuse qui avait des problèmes cardiaques et qui voulait pouvoir accéder au code source de son pacemaker en disant « ce truc-là me maintient en vie, je veux savoir comment c’est fait et je veux m’assurer que ça n’a pas été codé par un gros nul. »

Manu : Effectivement, dans le pacemaker, c’est tellement complexe qu’il y a de l’informatique et il y a des informaticiens qui ont placé ça là-dedans mais qui ne se sont pas forcément préoccupés de tout ce qu’il y a à faire pour sécuriser comme il faut.

Luc : Ils assurent qu’ils ont tout bien fait comme il faut.

Manu : Bien sûr, mais justement, il faut pouvoir vérifier, valider, s‘assurer que, faire des tests de pénétration, quoi ! Mais sur un pacemaker c’est dangereux.

Luc : C’est très important. Il y a eu également des articles par le passé qui expliquaient que des gens, expérimentalement, avaient réussi à hacker un pacemaker, comme quoi les inquiétudes de cette hackeuse n’étaient pas totalement surfaites. Oui, on a réussi à pirater informatiquement un pacemaker, donc on imagine ce que ça peut donner !

Manu : On sait qu’il y a de plus en plus d’appareils qui sont de cet acabit, par exemple des pompes à insuline qui sont connectées ou connectables à des moyens informatiques. Et, d’une manière générale, il y a a plein de systèmes de monitoring qui permettent de suivre la santé des gens. On le voit de plus en plus avec les téléphones portables. À la limite, du monitoring c’est moins grave que des outils qui permettent de changer des doses chimiques.

Luc : Oui. On peut imaginer que derrière le monitoring il y ait des mauvais choix qui soient pris. Après on peut espérer, mais ce n’est pas gagné, que le médecin refasse des vérifications à la main. Dans le cas du pacemaker ou de l’insuline, un mauvais dosage d’insuline c’est mortel, on peut effectivement informatiquement tuer des gens. Par contre, ça ne touche que les gens qui ont un pacemaker ou ces systèmes d’insuline.

Manu : Au moins, quelque part, ils partent en sachant qu’il y a un objet avec eux, qui est dangereux et qui comporte une part d’informatique. Malheureusement cette informatique est souvent privatrice, on n’a pas accès à ces mécanismes. On n’a pas les moyens, si on n’est pas informaticien soi-même, même de demander à quelqu’un qui a les compétences de tester comment ça fonctionne.

Luc : L’argument des éditeurs c’est de dire on veut que ça reste secret parce que si on le rend public les failles pourront être trouvées par n’importe qui et exploitées. En général, il y a toujours des bugs dans du code.

Manu : Ça c’est l’argument de la sécurité par l’obscurité. Ce n’est pas un mauvais argument en soi. Effectivement, si on ne sait pas comment quelque chose fonctionne, ça peut être utile comme un petit blocage. Et puis il y a plein de choses qu’on n’a pas à donner comme information, il y a des codes qu’on ne donne pas. Mais la sécurité par l’obscurité, si on n'a que ça comme protection, on n’est pas à l’abri, par exemple, d’un employé pas content qui sort de l’entreprise avec, lui, la connaissance, ou de gens qui ont juste beaucoup de patience et qui vont tout tester.

Luc : Ou de gens qui s’en foutent un petit peu de la sécurité, qui bâclent le boulot, ne mettent pas les moyens, des patrons, ça c’est vu de multiples fois. Pas toujours sur des équipements où la vie des gens est en danger, mais, malgré tout, on l’a vu sur des choses assez graves, assez sérieuses.

Manu : Et ça apparaît encore sur d’autres appareils. Dans les voitures, par exemple, on a beaucoup d’informatique et il y a eu des cas de hacking qui ont été faits pour bloquer les freins par exemple.

Luc : Oui. Il y a eu plein de tentatives qui ont réussi, de différentes manières, et ça fait des années. Les chercheurs en sécurité se sont intéressés à ça très tôt et ils ont réussi à pirater des voitures de multiples façons, au travers de l’autoradio.

Manu : Oui. Le Bluetooth de l’autoradio peut être dangereux.

Luc : Tout à fait, en se branchant sur une prise informatique sous le capot, sachant qu’il suffit juste d’ouvrir le capot de la voiture pour pouvoir brancher un Arduino1 ou un truc de ce genre-là, un mini-ordinateur qui coûte 30 euros, pour ensuite prendre le contrôle des différents composants, y compris le moteur, les freins, etc. Du coup, de la même façon, on pourrait imaginer vouloir assassiner quelqu’un en faisant piler sa voiture ou accélérer à fond au mauvais moment.

Manu : Les capacités deviennent de plus en plus importantes. J’ai cru comprendre qu’il y avait d’autres moyens de transport qui commençaient à être « hackables ».

Luc : Ça fait longtemps aussi. Des gens s’étaient penchés sur les avions. Il y a eu des témoignages notamment du fait qu’un passager avait réussi à accéder à des fonctions critiques de l’avion. Il l’a juste affirmé, donc on n’a pas de preuves absolues. Il y a eu d’autres tentatives qui ont été faites, au moins en accédant à des prises de l’avion au sol on peut effectivement pirater le système informatique.

Manu : Vous réclamez la confiance dans les constructeurs d’avion. Les constructeurs d’avion sont solides, sérieux, il font attention à la sécurité, il n’y a aucun risque !

Luc : Aucun risque, bien sûr. Il y a le Boeing 737 Max qui devrait voler à nouveau très bientôt normalement, c’est annoncé pour novembre et cette fois ça devrait se faire. C’est un truc absolument scandaleux où Boeing a très sciemment torché le boulot. Pour raconter vite fait, c’est un avion qui était un vieil avion. Ils ont mis des moteurs modernes qui ont un gros diamètre et, du coup, ça ne rentre pas parce que l’avion est bas sur patte. Ils ont fait une configuration qui change l’équilibrage de l’avion, qui modifie plein de choses.

Manu : Mais ?

Luc : Pour dire qu’il n’y a pas besoin de former à nouveau les gens, tout est bien, ils ont mis une sorte de système automatique.

Manu : Informatisé.

Luc : Informatisé. Pour éviter que les pilotes aillent dans un domaine de vol qui n’est pas possible avec cet avion. Sauf qu’il n’y avait qu’un seul capteur, quand il tombe en panne c’est le bordel. Comme les pilotes n’ont pas été formés à ce système-là qui, en plus, ne marche pas bien, que tout ça c’est compliqué, il y a eu deux crashes il y a quelques années, tuant, je crois, 347 personnes. Donc l’avion est cloué au sol depuis. On voit comment de l’informatique a tué des gens, un paquet de gens, et comment une énorme entreprise…

Manu : Dans laquelle on avait toute confiance.

Luc : Voilà, et qui, je pense, a toutes les certifications qualité que tu veux, eux sont ISO de tous les côtés.

Manu : Ils sont ISO pour des milliers années.

Luc : Ils sont bordés de partout, mais ils ont très sciemment fait ça avec des détails incroyables, du type l’alerte qui dit que le système est en panne a été retirée entre deux crashes et rendue payante, des trucs hallucinants. Il y a des spécialistes d’aviation qui disent que c’est du meurtre, mais selon les lois il n’y a pas de souci, ils ne seront pas inquiétés.

Manu : Ce sont des patrons d’entreprises bien sous tout rapport. Il n’y a pas de risque, il n’y a pas de souci !

Luc : Dans le domaine aéronautique, comme tout est informatisé, souvent on utilise plusieurs ordinateurs qui analysent les données de vol et doivent être d’accord entre eux pour prendre une décision.

Manu : On en prend trois en général, comme ça il n’y a que deux qui ont besoin d’être d’accord entre eux, au cas où il y ait un problème.

Luc : Et qu'ils ne soient pas d’accord. Ça montre le niveau de confiance que les ingénieurs ont dans l’informatique. Pour un avion ils se disent on va faire trois systèmes qui ne sont pas les mêmes, évidemment, parce que sinon ça ne marche pas.

Manu : Oui. Avec des systèmes de programmation différents, des systèmes techniques différents. En tout cas c’est ce qu’ils essayent de faire Officiellemnt.

Luc : En tout cas aujourd’hui c’est de l’informatique qui fait tourner les avions et il y a intérêt à ce que ce soit fiable.

Manu : On sait que c’est aussi de l’informatique qui fait tourner les voitures. Je pense aux voitures qui vont se conduire toutes seules.

Luc : Se conduire plus ou moins toutes seules. Celles qui se conduisent déjà toutes seules et qui s’emplafonnent dans des camions, des choses comme ça, dans ce cas-là ce n’est pas nécessairement un bug. C’est aussi une limite. Là, en l’occurrence, les gens qui ont eu ces accidents n’ont pas respecté les conditions d’utilisation de la voiture, c’est-à-dire qu’ils ne regardaient pas la route.

Manu : Ça peut aussi être une limite de programmation. J’ai cru comprendre qu’il y avait eu un cas où le constructeur avait diminué les critères.

Luc : C’est l’accident de Uber, un véhicule expérimental, et ça marchait tellement mal, ils avaient besoin de rassurer leurs investisseurs et de montrer que ça avançait, qu’ils avaient baissé tous les trucs d’alerte pour que la voiture roule et ils l’ont renversé une femme, ils l’ont tuée.
Il y a plein de gens qui sont prêts à faire n’importe quoi avec les critères de sécurité sur des systèmes informatisés qui mettent la vie de gens directement en danger.

Manu : Ça apparaît maintenant de plus en plus aussi chez nous, en domotique. Quand vous rentrez dans un appartement neuf, il y a de fortes chances qu’une partie de cet appartement soit contrôlée par de l’informatique, la température par exemple, le chauffe-eau, les volets roulants sont au minimum électriques et contrôlés de manière centrale, parfois par téléphone portable. Ça implique que tout ça est « hackable » à un niveau ou à un autre.

Luc : Oui. Ou qu’il y ait effectivement un gros bug, une grosse insuffisance. Après il y a d’autres équipements qui sont normalement sécurisés qui sont notamment tous les chauffe-eau, tous les trucs qui brûlent du gaz et ce genre de chose, avec le risque de faire du monoxyde de carbone. Effectivement, ce sont des équipements qui sont sécurisés puisqu’ils vont vérifier que tout marche avant d’envoyer le gaz et l’allumer, etc. On se souvient de l’affaire Stuxnet2.

Manu : Un gros truc, avec des agences de renseignement israélienne et étasunienne contre l’Iran.

Luc : Un très gros truc. Et qui avaient réussi informatiquement, avec du logiciel, à détruire les centrifugeuses de l’Iran qui étaient utilisées pour l’enrichissement de l’uranium, à priori pour faire des bombes.

Manu : Quand même, tu ne vas pas me dire que ça pourrait être utilisé dans la maison !

Luc : Je ne suis pas certain, mais je me dis que si, avec juste du logiciel, on arrive à détruire et à faire fonctionner du matériel industriel en dehors de son mode de fonctionnement normal, peut-être que c’est possible de le faire avec un chauffe-eau qui serait connecté à autre chose. C’est de la pure spéculation, mais l’informatique va se répandre de plus en plus dans de plus en plus d’équipements, du coup on va nécessairement voir se multiplier les cas où de l’informatique, soit par bug soit par malveillance, pourra tuer des gens.

Manu : Terminator a débarqué à notre époque moderne, mais il se présente sous la forme d’un téléphone portable et il est encore plus dangereux.

Luc : C’est dommage parce que je l’aurais bien invité pour le podcast…

Manu : Oui, il aurait pu discuter avec nous, c’aurait été intéressant ! Donc faites attention et j’espère qu’on vous retrouvera tous la semaine prochaine.

Luc : Tu as l’air un petit peu tendu Manu, c’est le covid, ça ne va pas ? Tu as l’air mal à l’aise.

Manu : Il faut que j’aille mettre à jour mon appareil personnel. Je me sens un peu coincé. C’est comme si j’avais un piège à souris qui était…, bon voilà…
On va terminer. Sur ce à la semaine prochaine.

Luc : Salut.

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (20 octobre 2020)

ven, 10/16/2020 - 11:19
Start: 20 Octobre 2020 - 15:30End: 20 Octobre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

79e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 20 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principale sera une rediffusion du Libre à vous! #51 du 28 janvier 2020 sur la platerforme d'exploitation des données de santé « Health Data Hub » avec Stéphanie Combes, directrice de la plateforme, Adrien Parrot et Nicolas Paris de l'association InterHop (les hôpitaux français pour l'interopérabilité)
  • la chronique musicale d'Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil
  • la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions et administratrice de l'April
  • diverses annonces

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 20 octobre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 20 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Le modèle associatif est-il soluble dans la Startup Nation - Pierre-Yves Gosset - Framasoft

ven, 10/16/2020 - 07:30


Titre : Le modèle associatif est-il soluble dans la #StartUp Nation ?
Intervenant : Pierre-Yves Gosset - Framasoft
Lieu : Ethics by Design 2020
Date : 12 octobre 2020
Durée : 8 min 49
Écouter ou enregistrer la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : capture d'écran de la vidéo dont la licence est Creative Commons Attribution - Partage dans les mêmes conditions
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Je suis Pierre-Yves Gosset. Je suis codirecteur et délégué général d’une association qui s’appelle Framasoft1.
Je suis venu parler un petit peu de comment est-ce que le modèle associatif peut être une forme de résistance au modèle qui nous est bien vendu aujourd’hui qui est celui de la startup nation avec cette idée que, finalement, en mettant en place un certain nombre de mécanismes de résilience, on peut proposer un autre modèle de société à la fois à l’ensemble de la société et un autre modèle d’organisation et de structuration interne typiquement pour des projets associatifs.
Framasoft est une association d’éducation populaire aux enjeux du numérique. Ça veut dire qu’on est un petit groupe de personnes, on est 35 adhérentes et adhérents, et on essaye de travailler l’esprit critique aux enjeux du numérique et à la place que le numérique prend dans nos vies. On est essentiellement connus ces dernières années pour avoir fait une campagne qui s’appelle « Dégooglisons Internet »2, qui visait justement à la fois à sensibiliser justement à la toxicité des GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, etc. – et aussi à démontrer que le logiciel libre était une réponse à cette problématique en montrant que le logiciel libre pouvait être installé un peu partout par un peu n’importe qui et permettait de se réapproprier le numérique, sachant que justement les GAFAM essayent de nous mettre à distance du numérique. Ils essayent un petit peu de monter une espèce de mystification – quand on parle du cloud, c’est magique, etc. On voulait rendre les choses beaucoup moins magiques et beaucoup plus terre à terre et réexpliquer finalement ce qu’est qu’Internet, comment ça fonctionne, c’est quoi la plomberie qu’il y a derrière. Et les logiciels qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est qu’un algorithme. On essaye de travailler un petit peu ces questions-là.

Une des problématiques principales, une des sources du problème, c’est le modèle « croisssanciste » dans lequel on est où on crée de l’emploi pour avoir des salaires, pour consommer, pour faire vivre des entreprises qui elles-mêmes vont recréer de l’emploi, etc. C’est un modèle qui a plutôt bien fonctionné et qui, pour être tout à fait franc, a permis à un certain nombre de personnes de sortir de la misère, mais c’est un modèle qui a complètement éludé un pan quand même relativement important de la question : c’est un modèle qui est extractiviste, qui va prendre des ressources sans se poser la question de quelle est la quantité de ces ressources et de ce qu’on fera quand il n’y en aura plus.
À Framasoft, ce qu’on essaye de faire, c’est de sortir de cette société de consommation pour essayer de proposer un modèle qu’on appelle la société de contribution. C’est à la fois travailler des objets numériques, concrètement on développe des logiciels, on en propose au grand public, mais c’est aussi dans notre propre organisation, dans notre propre structure, dans notre propre association : comment est-ce qu’on peut résister à ce modèle « croissanciste » ?, typiquement en plafonnant le nombre d’embauches ou ce genre de chose. Donc on réfléchit, c’est quelque chose de relativement récent, à notre propre compostabilité en tant que structure : qu’est-ce qui restera de nous quand cette structure disparaîtra, parce qu’elle va disparaître, parce que rien n’est permanent en ce bas monde.

Pourquoi est-ce qu’on développe des logiciels ? Au départ on n’en développait pas, on ne voulait pas du tout devenir éditeur de logiciels, on était vraiment dans l’idée d’être une association d’éducation populaire, donc de travailler finalement cette matière informatique, numérique, dans la société pour essayer de vulgariser un certain nombre de choses auprès du plus large public qui s’en emparera ou pas.
Petit à petit on s’est aperçu qu’il y avait des manques, il y a des chaînons manquants au niveau du numérique libre, notamment, par exemple, il n’y avait pas d’alternative à YouTube. On pouvait faire son petit YouTube chez soi, mais il ne pouvait pas discuter avec d’autres. Donc on a créé typiquement un logiciel qui s’appelle PeerTube3 qui est une alternative, pas un concurrent, une alternative à YouTube. Sa particularité est que tout un chacun peut s’installer PeerTube, mettre ses vidéos dessus et se mettre en relation avec d’autres personnes qui ont installé PeerTube de façon à ce que sur sa petite installation PeerTube on puisse avoir accès non pas à 5, 10 ou 100 vidéos mais aujourd’hui à 400 000 vidéos et de façon à ce que l’on puisse se partager de l’information, découvrir d’autres vidéos, etc.
On est en train de développer un autre logiciel qui s’appelle Mobilizon4, qui sortira là au mois d’octobre. Mobilizon est un logiciel qui se veut être une alternative aux pages, aux groupes et aux événements Facebook de façon à ce que des mouvements, notamment militants, puissent s’organiser en dehors de Facebook, je pense notamment au mouvement des Gilets jaunes. Ils se retrouvent dans des groupes privés sous leurs vrais prénoms, leurs vrais noms, et ça me catastrophe totalement parce que si on veut être un contre-pouvoir il faut, à un moment donné, pouvoir potentiellement utiliser du pseudonymat. Mobilizon permettra d’utiliser différentes identités, autorisera à ne pas utiliser son véritable prénom, son véritable nom, parce que ce n’est pas la même chose si vous allez à la crémaillère de votre cousine ou si vous allez manifester avec les Gilets jaunes. Il nous faut des outils d’organisation militante qui aujourd’hui n’existent pas, donc on s’est dit « OK on va le faire ».

Pourquoi être sous forme associative plutôt que, finalement, être devenue une entreprise ? On nous a souvent posé la question et on se l’est posée nous-mêmes. On aurait très bien pu devenir une coopérative ou une société coopérative d’intérêt collectif. Après réflexion on a refusé de faire ce choix pour deux raisons.
La première raison c’est que la loi de 1901 nous parait être une loi absolument merveilleuse, elle est très courte, elle est lisible, plus de 120 ans après elle reste parfaitement lisible et elle permet une liberté qui est folle et que d’autres pays nous envient.
La deuxième raison qui est corrélée à la première c’est que si, à chaque fois qu’on a un projet associatif qui marche, on monte une entreprise, on ringardise les mouvements associatifs. Il nous paraissait extrêmement important de défendre ces mouvements associatifs et de dire que, finalement, le succès ne doit pas être réservé qu’aux entreprises. Je comprends tout à fait qu’il y ait des gens qui ont envie de faire de l’argent, c’est tout à fait logique, je ne vais cracher sur eux. Par contre, on peut aussi avoir du succès en restant sur un modèle qui est celui d’un modèle non lucratif. Le fait de vouloir être une association était pour nous quelque chose qui permettait de résister à la ringardisation des associations qui sont aujourd’hui l’un des principaux contre-pouvoirs au modèle à la fois étatique et entrepreneurial.

À Framasoft, comme je le disais, la problématique c’est qu’on n’essaye pas de croître verticalement, on a plutôt la volonté d’essaimer horizontalement. C’est pour ça qu’on a impulsé un Collectif dont l’acronyme est CHATONS5 qui veut dire Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires. L’idée c’est non pas de créer des clones de Framasoft, mais plutôt de donner l’envie et l’impulsion à des gens, puisqu’à la base ce sont des gens qui se réunissent dans des structures, la plupart du temps ce sont des associations mais ça peut être des entreprises, pour proposer des services soit sous forme thématique, soit sous forme d’un territoire donné. On va trouver des chatons qui fournissent plutôt des services par exemple aux coopératives ; on va trouver des chatons qui fournissent plutôt des services sur la région nantaise, etc. Aujourd’hui, parmi ces 70 structures que compte le Collectif, il y a un peu tout comme offre, ce qui est plutôt compliqué à identifier pour les utilisateurs, mais ça permet d’avoir une vraie résilience en cas de difficulté et en cas de crise, avec des gens qui, finalement, auront appris comment est-ce qu’on gère, comment est-ce qu’on devient hébergeur, comment est-ce qu’on devient un tout petit fournisseur de service. On pense que c’est là que se situe l’espoir par rapport au numérique.

#78 - Libre Entreprise - Le choix des noms - Téléphones et vie privée - « Libre à vous ! » diffusée mardi 13 octobre 2020 sur radio Cause Commune

mar, 10/13/2020 - 15:30

Au programme de l'émission : le Réseau Libre-entreprise qui « regroupe des entreprises à taille humaine ayant des spécialités proches ou complémentaires dans le domaine du logiciel libre. Toutes partagent les mêmes valeurs et modes de fonctionnement  ; la chronique» de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le choix des noms en informatique ; la chronique d'Antanak sur téléphones et vie privée.

Émission Références Transcription --> Contact

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 78e émission :

  • sujet principal : le Réseau Libre-entreprise qui « regroupe des entreprises à taille humaine ayant des spécialités proches ou complémentaires dans le domaine du logiciel libre. Toutes partagent les mêmes valeurs et modes de fonctionnement, basés sur la démocratie d'entreprise, la transparence et la compétence ». Avec Paul Couteau de Code Lutin et Catherine Heintz de Néréide
  • la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le choix des noms en informatique
  • la chronique « Que libérer d'autre que du logiciel » avec Antanak sur téléphones et vie privée
  • diverses annonces
Réécouter en ligne

Votre navigateur ne supporte pas l'élément audio : écoutez l'émission (format OGG) ou format MP3.

podcast OGG et podcast MP3

-->

S'abonner au podcast

S'abonner à la lettre d'actus

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Personnes participantes
  2. Galerie photos
  3. Références pour la chronique de Vincent Calame
  4. Références pour la partie sur le réseau Libre-Entreprise
  5. Références pour la chronique d'Antanak
  6. Références pour la partie sur les annonces diverses
  7. Pauses musicales
  8. Licences de diffusion, réutilisation
Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Paul Couteau de Code Lutin
  • Catherine Heintz de Néréide
  • Isabelle Carrère et Freco d'Antanak
  • Vincent Calame, bénévole à l'April
  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April (régie)
Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

--> Références pour la chronique de Vincent Calame Références pour la partie sur le réseau Libre-Entreprise Références pour la chronique d'Antanak Références pour la partie sur les annonces diverses Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

$( document ).ready(function() { var hash = document.location.hash; if (hash) { var tab = $(hash).parent('.tabcontent').attr('data-fromtab'); document.getElementById(tab).click() } });

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 15 octobre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

mar, 10/13/2020 - 09:55
Start: 15 Octobre 2020 - 17:15End: 15 Octobre 2020 - 19:30

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque 3ème jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 15 octobre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. À cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas).

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Décryptualité du 12 octobre 2020 - Quand l'informatique ne veut à notre peau.

mar, 10/13/2020 - 01:16

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 12 octobre 2020 (15 minutes)

Dans la foulée du Cellmate, Décryptualité s'intéresse à ces applications de l'informatique qui peuvent directement nous mettre en danger.

Decryptualité sur Mastodon

 Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

Musique de l'indicatif : Sebkha-Chott - CRPTS ND TPSTRZ - KHOLIK NEFAEHRTITIK

Revue de presse de l'April pour la semaine 41 de l'année 2020

lun, 10/12/2020 - 20:15

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[ITforBusiness] L'UE passe ses logiciels open source au crible du Bug Bounty

✍ Marie Varandat, le vendredi 9 octobre 2020.

L’Union européenne a lancé deux vastes programmes pour vérifier la sécurité des principaux logiciels open source utilisés par ses institutions. Étonnants à bien des égards, ces programmes ont été conçus comme une démarche pour le bien commun et non pas pour garantir la sécurité des implémentations effectuées par l’UE.

[Mediapart] La Cnil demande l'arrêt du stockage de nos données de santé par Microsoft (¤)

✍ Jérôme Hourdeaux, le vendredi 9 octobre 2020.

Dans le cadre d’un recours visant à obtenir la suspension du Health Data Hub, le projet de plateforme centralisant l’ensemble de nos données de santé, le gendarme de la vie privée a transmis au Conseil d'État un mémoire demandant à l’ensemble des acteurs de cesser de confier leur hébergement à Microsoft ou toute autre société soumise «au droit étatsunien». Mediapart le publie.

Et aussi: [Next INpact] Droits voisins de la presse: condamnée à négocier, Google pourra parfois ne pas payer (¤)

✍ Marc Rees, le jeudi 8 octobre 2020.

La cour d’appel a rendu ce matin son arrêt. Saisie par Google, elle devait examiner la conformité de la décision de l’Autorité de la concurrence ayant condamné l’entreprise à négocier de bonne foi notamment avec les éditeurs de presse. Explications.

[ITforBusiness] Pourquoi est-il si difficile de trouver des alternatives aux GAFAM?

✍ Patrick Brébion, le jeudi 8 octobre 2020.

Pour la troisième année consécutive, le Cigref trace un portrait assez noir des relations clients-fournisseurs dans l’IT. Apparemment, les grands éditeurs de l’IT continuent de faire la sourde oreille aux mécontentements des DSI…

[Usbek & Rica] Alice Zeniter: «L'engagement politique est plus facile au passé, quand tout est sépia»

✍ Fabien Benoit, le mercredi 7 octobre 2020.

La romancière et dramaturge, autrice du plébiscité L’art de perdre (Flammarion), récompensé en 2017 par le Prix Goncourt des lycéens, revient avec Comme un empire dans un empire (Flammarion, 2020), un livre qui convoque le mouvement des Gilets jaunes, Nuit debout et l’hacktivisme pour interroger les espoirs et limites des différentes formes contemporaines de l’engagement.

[La Tribune] Propriété intellectuelle: la guerre Oracle-Google devant la Cour suprême

Le mardi 6 octobre 2020.

Le géant des logiciels Oracle accuse l’autre géant Google de lui avoir volé le code de programmation Java qui lui a permis de concevoir le système Android. Le groupe de Mountain View rétorque, lui, que l’exploitation du code Java était gratuite et en open source.

Et aussi:

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (13 octobre 2020)

lun, 10/12/2020 - 17:51
Start: 13 Octobre 2020 - 15:30End: 13 Octobre 2020 - 17:00

Réécouter en ligne

Lire la transcription

-->

78e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 13 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • sujet principal : le Réseau Libre-entreprise qui « regroupe des entreprises à taille humaine ayant des spécialités proches ou complémentaires dans le domaine du logiciel libre. Toutes partagent les mêmes valeurs et modes de fonctionnement, basés sur la démocratie d'entreprise, la transparence et la compétence ». Avec Paul Couteau de Code Lutin et Catherine Heintz de Néréide
  • la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur le choix des noms en informatique
  • la chronique « Que libérer d'autre que du logiciel » avec Antanak sur téléphones et vie privée
  • diverses annonces

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 13 octobre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 13 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Pages